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PHOSPHORESCENCE DE LA MER

Nous faisons nettement celte protestation contre une de ces hypothèses qu’on laisse facilement se glisser dans les sciences physiques, aussi croyons-nous devoir examiner ici, en détail, tout ce qui a trait à l’étude d’un phénomène aussi lumineux par lui-même, qu’en est hasardeuse, sinon inadmissible, l’explication qu’on en donne.

Et nous aussi, à moments favorables, avons attentivement examiné l’eau de la mer avec des instruments de grossissement, et dans nos nombreuses et longues traversées et pendant nos stations dans les ports, et nous déclarons n’avoir rien pu y découvrir en fait d’animalcules microscopiques.

Mais d’autres observateurs plus heureux, auraient découvert des animalcules infusoires gélatineux, transparents de la grosseur de la tète (Pline petite épingle, dit-on, et, qui plus est, phosphorescents la nuit, d’où leur nom générique de noctiluques, noctiluca (de nox, nuit, lucere, briller), on ajoute même l’épithète de miliaris, miliaire (de milium miliet, c'est-àdire du volume d’un grain de millet). Ces animalcules seraient fort communs sur nos côtes. Nous n’avons pas assurément la fantaisie de contester un fait d’histoire naturelle qui, s’il se confirme, à ne pas le révoquer en doute, n’aura rien qui doive surprendre les naturalistes; il est même logique de supposer que si nous avons sur terre, et voltigeant dans l’air, des insectes phosphorescents (les lampyres ailés et non ailés), il n’y a rien d’impossible d’admettre qu’il puisse y avoir des mollusques phosphorescents dans les eaux de la mer, puisque les poissons morts deviennent phosphorescents, et que certains zoophytes rayonnés, notamment l’acalèphe hydrostatique, le sont aussi. Mais de là à admettre qu’il y eut assez de noctiluques, répandus dans la surface de toutes les mers des pays chauds, pour produire ce grand phénomène généralisé de la phosphorescence, il y a loin. Et d’ailleurs, si la phosphorescence était due à des générations infinies de mollusques infusoires, ces animalcules, une fois produits à la saison et dans les latitudes où le phénomène est observé, c'est tous les soirs, que la mer devrait paraître uniformément phosphorescente, tant à sa surface tranquille qu’à sa surface agitée. Or, quiconque a observéee phénomène, sait fort bien qu’il n’est qu’accidentel, qu’une soirée il est très marqué et qu’il manque aux suivantes. C’est, qu’en effet-, il n’a pas lieu par une nuit sombre et noire, il est peu apparent par un beau clair de lune; c’est surtout en l’absence de cet astre et par une belle soirée d’été calme, où les étoiles scintillent, qu’il apparaît dans toute sa splendeur, encore ne faut-il pas que ce soit passé minuit, cardans nos quarts d’observation à bord, nous ne l’avons jamais vu le matin. Ce qui semblerait indiquer une corrélation intime entre sa production et le récent passage du soleil à la surface de la mer, c’est-à-dire pendant la durée où se maintient encore à un degré voulu la caléfaction de l’eau des couches de surface.

Nous le répétons, l’eau de la mer, quand elle est tranquille à surface unie, n’est pas phosphorescente; pour qu’elle le devienne dans les con-

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