PALÉONTOLOGIE
Les espèces animales d’une période géologique quelconque, n’ont jamais vécu ni avant, ni après cette époque. Chaque formation a ses espèces fossiles qui lui sont propres, et la même espèce ne se trouve jamais dans deux couches d’âges différents, sauf très rare exception.
Les différences qui existent entre les faunes éteintes et les animaux vivants, sont d’autant plus grandes que ces faunes appartiennent à des époques plus anciennes. La comparaison des faunes des différentes époques, montre que la température de la surface du globe est aujourd’hui fort différente de ce qu’elle était autrefois. Certaines régions du globe ont été autrefois habitées par des animaux, dont les analogues n’y sauraient vivre aujourd’hui, à cause de la basse température de ces lieux; tels sont les bords de l’Océan glacial, où l’on rencontre des éléphants et des rhinocéros fossiles. De plus, ces contrées ne pourraient plus aujourd’hui fournir une végétation appropriée à ces animaux, et suffisante pour les nourrir.
La faune fossile de la période tertiaire en Europe, présente une plus grande analogie avec la faune actuelle des régions tropicales, qu’avec celle de la zone tempérée : par exemple, durant la période carbonifère, l’Europe était couverte d’une végétation prodigieusement abondante qui, par son développement et le caractère de ses espèces végétales, ne peut être comparée qu’à celle qui existe actuellement dans certaines régions de la zone intertropicale.
Les espèces qui vivaient dans les époques géologiques antérieures à l’époque actuelle, avaient une distribution géographique beaucoup plus étendue que celle qui existe de nos jours : par exemple les époques géologiques, qui ont immédiatement précédé la nôtre, nous montrent des tatous, des didelphes, des crotales, des alligators fossiles en Europe, quand ils ne vivent aujourd’hui qu’en Amérique; des chevaux et’des chameaux fossiles en Amérique, quand ils ne vivent aujourd’hui originairement que dans l’ancien monde. Les animaux marins dans tous les embranchements, nous fournissent des faits analogues. On voit au mont Bolca, en Italie, ainsi qu’en France et en Angleterre, un grand nombre de jeunes poissons, qui sont aujourd’hui exclusivement propres aux mers de l’Inde et de l’Amérique. Enfin, parmi les mollusques nous trouvons en Europe des nautiles, des harpes, des trigonées, etc., tandis que ces genres sont •spéciaux au grand Océan. De tous ces faits on doit conclure que non seulement les mêmes animaux occupaient, autrefois, des zones géographiques beaucoup plus étendues qu’aujourd’hui, mais encore que la répartition géographique des êtres fossiles dans tous les âges du monde, n’a aucun rapport avec leur répartition actuelle.
Les faunes des anciennes couches sont composées d’animaux d’une organisation plus simple et le degré de perfection de ces derniers augmente à mesure qu’ils s’approchent des époques plus récentes. Celte loi u’est surtout vraie que pour les vertébrés.
Les plantes furent indubitablement les premières à paraître. Elles
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peuvent vivre sans le secours des animaux, tandis que ceux-ci ne peuvent se passer des plantes.
La période antédiluvienne nous révèle, la première, la présence des mammifères, c’est à cette époque seulement que la terre leur offre des conditions d'habitat. Dans les périodes qui précèdent immédiatement, les tortues et les lézards sont les animaux les plus parfaits, avec cette différence que ces créatures, aujourd’hui inoffensives, avaient : les tortues de 8 à 9 mètres de longueur sur 4 d’épaisseur ou de hauteur, et les lézards la taille des plus énormes baleines. C’est à l’une de ces monstrueuses espèces qu’appartient l’hydrarchos, dont le squelette a 1 20 pieds de long ; un autre animal en ayant à peine le quart de la dimension, auquel nous ajouterons un troisième monstre, qui pourrait justifier toutes les légendes des temps antiques sur les dragons ailés, c’est le plerodactylus qui nous rappelle notre vampire ou chien-volant (énorme chauve-souris). On trouve aussi d’énormes empreintes de mains de grenouilles; ces êtres ni poissons, ni grenouilles, lézards ou salamandres, avaient de nombreuses rangées de dents, de là le nom de labyriathodontes.
Les végétaux de cette époque étaient les sigillaires, les lépipododendrons, les palmiers cicas et autres de ce genre, les roseaux, calamus. équisétacées.
Plus avant eut lieu la formation de la houille ; ici nous perdons toute trace d’animaux vertébrés. On y trouve de rares poissons, des escargots, des mollusques. Mais il y a des végétaux splendides, fougères, palmiers, sigillaires, lépipodendrons. Les deux dernières espèces sont tout-à-fait éteintes.
Paléontologie anthropologique. — A quelle époque l’homme est-il apparu sur la terre? Problème bien difficile à résoudre, mais les faits se multiplient chaque jour en paléontologie, pour faire admettre sa présence à des époques géologiques très reculées. Le docteur Buchner les a savamment résumées d’après les travaux contemporains. Dans un très grand nombre de cavernes à ossements, et dans presque toutes les contrées du globe, en Angleterre, en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Belgique, et même en Amérique, en Asie, en Australie, on a trouvé, mêlés à des ossements d’animaux antédiluviens, soit des débris humains, soit des objets manifestement travaillés de main d’homme, et souvent les choses sont disposées de telle sorte, qu’après un examen minutieux, on ne peut douter de la contemporanéité de l’homme et des animaux, par conséquent, bien avant la dernière de nos périodes géologiques, celle qu’on appelle l’alluvium, c’est-à-dire le terrain produit par l’action que nos fleuves actuels exercent sur les rives et leurs embouchures.
En effet, Boucher de Perlhes découvre près d’Abbeville (Somme), dans des terrains tertiaires, entre la craie et ralluvium, des haches en silex antédiluviennes, qu’il faut bien distinguer des haches en silex, celta, armes de pierres, polies par le frottement, d’une époque plus récente. Une commission de savants français et anglais conclut que ces
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haches, « associées aux. restes d’animaux antédiluviens, d’espèces actuellement éteintes, attestent une antiquité du genre humain qui remonte au-delà de toute histoire, de tout souvenir. »
Ces silex ne sont que des éclats des rognons qu’on' trouve dans la craie blanche; ils ne sont ni polis, ni aiguisés, et n’ont pas de trou pour être emmanchés. Les ouvriers carriers les appellent langues de chat. C’est le travail le plus primitif de l’art de l’homme primitif. Au gisement de ces haches aucune trace d’industrie humaine, notamment aucun de ces ustensiles en corne, en os, en coquillages, des couteaux en silex, si fréquents dans les terrains plus jeunes, et qui ne font jamais défaut dans les nombreuses cavernes à ossements, notamment dans celle d’Aurignac, mise en renom par Lartet.
Il était à souhaiter, qu’avec les haches de silex antédiluviennes, on trouvât quelques vestiges d’ossements humains, Boucher de Perthes a réussi à satisfaire ce désideratum. Le 28 mars 1865, il déterra lui-mème, dans une carrière, dans le gisement même des haches à silex, à une grande profondeur, et tout près de la craie sous-jacente, une mâchoire humaine (maxillaire inférieure), devenue célèbre sous le nom de macho ire dumoulin Quignon. Elle est d’une coloration foncée, d’un noir bleu, et, par sa conformation, elle se rapproche quelque peu de l’animalité. Le 15 mai 1865, une commission savante internationale, décida que la mâchoire et son gisement étaient bien authentiques, et de plus que cette mâchoire était contemporaine des haches en silex du diluvium. Le 16 juillet 1864, Boucher de Perthes trouva au môme endroit, à une profondeur de trois mètres, et dans des conditions analogues, un certain nombre d’ossements humains. Ces ossements avaient le même aspect que le maxillaire en question, et parmi eux se trouvait un crâne dont la forme indiquait une race très inférieure. D’autres ossements ont. été trouvés en dehors des cavernes, par exemple, l’homme fossile de Denise, découvert par le Dr Aymard, dans la France centrale, dans le tuf d’un ancien volcan depuis longtemps éteint en Auvergne, et des ossements de l’hyène des cavernes et d’hippopotame ont été trouvés dans les blocs de tuf analogues du pays. Citons aussi l’homme fossile des Natchez (Amérique du Nord), trouvé à la suite d’une tremblement de terre, en compagnie d’ossements de mastodonte et de mégalonyx, animaux éteints et contemporains d’une époque géologique, écoulée dans le ravin du mammouth. Mentionnons encore un squelette humain, trouvé par Assis-Boué, en 1825, dans le lœss du Rhin; or ce lœss est un produit de la période glaciaire. Lyck se prononça sur la fossilité de ces os, comme sur celle du squelette deNeanderlhal, qui, en 1856, fut trouvé dans une caverne calcaire de Neander, près de Dusseldorf. Enfin il sera intéressant de savoir à quoi s’en tenir sur Yhomme pétrifié , envoyé à Bologne par M. Piombino, à l’occasion du congrès international d’archéologues de 1871 , de même que sur le squelette d’homme fossile antédil uvien, trouvé le 26 mars 1872 à Baoussé-Roussé, dans les grottes dites de Menton. (V. Académie des i ïciencei <. Séance du lundi 6 mai 1872).
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M. Lartet proclame une troisième série de preuves de la haute antiquité de l'homme. Ces preuves consistent dans la constatation des traces laissées, par la main de l’homme, sur des ossements d’espèces antédiluviennes. Il signale en France neuf espèces animales diluviennes caractéristiques; l’ours des cavernes, le lion des cavernes, l’hyène des cavernes, le mammouth, le rhinocéros à narines cloisonnées, le cerf géant, le renne, l’aurochs et l’urus. — Puis il distingue quatre périodes successives, celle de l’ours des cavernes est la plus ancienne, vient ensuite celle du mammouth et du rhinocéros; celle de l’urus est la plus récente. Sur les os de presque tous ces animaux, Lartet a constaté les traces incontestables de l’action humaine.
Les plus remarquables de ces traces sont des dessins et sculpture, ébauchés; ce sont de grossières ligures d’animaux de ces époques, gravées avec un silex sur des os et des bois de renne, de cerf géant, sur des lames de schiste, le renne et le mammouth sont très distinctement dessinés.
Le plus souvent les pièces gravées, travaillées et adaptées aux usages les plus divers, sont en bois de renne. On a fait figurer, à l’exposition universelle de Paris, une multiplicité de ces témoignages irrécusables de la contemporanéité de l’homme avec les animaux éteints, dans les couches quaternaires ou de l’époque diluvienne. Les découvertes fossiles de M. Desnoyer, dans les graviers de St. Priest près de Chartres, feraient même remonter la présence de l’homme primitif à la période tertiaire, troisième et dernière période des trois grandes divisions, suivant lesquelles on a classé les terrains à fossiles et aussi les phases géologiques, (primaire, secondaire, tertiaire). L’époque diluvienne a succédé immédiatement à cette période tertiaire.
Si les géologues sont d’accord, à n’en plus douter, de l'existence antédiluvienne de l’homme, à plus forte raison trouvent-ils aisément dans notre époque, notre période géologique actuelle, celle que l’on appelle alluvium, terrain de nouvelle formation, la preuve d’une très haute antiquité relative du genre humain, qui laisse bien loin derrière elle les temps historiques et la tradition biblique. En effet, la durée de formation de l’ail uvium embrasse, selon les évaluations des géologues, une centaine de milliers d’années au moins, et laisse ainsi, à l’existence préhistorique de l’homme, un énorme laps de temps.
Les découvertes faites dans les terrains d’alluvion sont très nombreuses, très variées. Le sol de la Basse Egypte s’exhausse de trois pouces et demi par siècle, et comme 200 pieds d’alluvion ont été déposés depuis l’apparition de l’homme dans cette contrée, Bunneisler en conclut que l’antiquité de l’homme égyptien est de 72,000 ans.
En creusant un canal entre Stockholm et Gothembourg, on a trouvé, sous un dépôt d’osars ou blocs de pierres erratiques, à angles tranchants, déposées par les glaces dans la couche la plus profonde du sol, un aire de pierre, avec des morceaux de charbons de bois, d’où il ressort qu’à cet endroit l’homme a vécu, avant et pendant la période glaciaire. Dans le Delta du
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Mississipi, en creusant pour bâtir une usine à gaz à la Nouvelle-Orléans, on trouva, sous six couches distinctes d’alluvion, à une profondeur de K) pieds, des os humains, parmi lesquels un crâne ayant tous lescaractères des races de l’Amérique du sud. Les calculs les plus réduits des géologues n’ont pu abaisser son antiquité à moins de 15.000 ans. Les palafittes ou habitations sur pilotis de la Suisse et de l’Italie, ont mis hors de doute l’existence antique, préhistorique, en Europe, de peuplades qui se réfugiaient sur l’eau, ét au sujet desquelles l’histoire se tail (t).
On trouve de nombreuses preuves de l’antiquité de l’homme dans les vastes tourbières du Danemark et de i’Islajule, dans les antiques monticules (Mounds) ou ouvrages en terre, en Amérique, dans des vallées du Mississipi et de l’Ohio. Dans les énormes amas de coquillages ou Kjokkenmoddings (débris de cuisine) du Danemark. Ce sont d’immenses monceaux de 500 mètres de longueur, sur 150 de largeur et 2 à 5 de hauteur, composés de coquilles de mollusques, notamment d’huîtres, situés sur le rivage de la mer, et qui ont servi à la nourriture de l’homme primitif. On y trouve mélangés des débris d’armes, d’ustensiles de pierre, de corne, d’os, de poterie grossière, des coins, des couteaux de pierre, des ossements d’animaux-appartenant le plus souvent au bœuf primitif, à l’aurochs, au cerf, au chevreuil, au porc sauvage, au renard, au loup, au castor, au chien de mer.
Comme traces anléhisloriques de l’homme sur les terrains d’alluvion, il faut ajouter les tombeaux ou tumuli des Huns, qu’on a cru à tort être des géants; les dolmens ou tables de pierres qui ne sont que les pierres tombales de tumulus détériorés, ainsi qu’on en a la preuve manifeste sur les côtes de Bretagne, notamment à Lokmariaker, où l’on trouve tout à la fois et la simple pierre funéraire, le menhir, la grande pierre tombale ou dolmen, avec ses supports en blocs moindres, le tumulus complet, c’est-àdire le tertre, recouvrant la galerie et le tombeau grossièrement ouvragé à l’intérieur.
Si l’on peut suivre les traces de l’homme primitif de l’alluvium à la période du diluvium ou diluvienne, dont l’époque glaciaire est une sonsdivision, pour remonter plus loin encore jusqu’à la période tertiaire, comme on croit en avoir la preuve géologique, l’antiquité de l’homme sur la terre doit s’évaluer par des centaines de milliers d’années. Ces chiffres surprennent, mais la chronologie géologique est infinie, pourrait-on dire, par rapport à la chronologie historique. Croirait-on que, pour évaluer
(1) On trouve de nos jours des palaliltes habitées par les Malais, à singapore notamment, la peuplade de celte ile vit dans des cabanes recouvertes de feuilles de lalanier et et bâties sur pilotis, plantés à l'embouchure de la rivière. De tout temps, les indigènes ont ainsi cherché à se garantir d \s tigres qui infestent encore Elle. I es étrangers qui débarquent dans la ville anglaise, fondée depuis une trentaine d’années, se demandent naïvement pourquoi les Malais continuent à vivre ainsi entre le ciel et l’eau. Ils ne tardent pas à apprendre que la moyenne annuelle des personnes dévorées est encore de 3 à 400, four nies surtout par les coolies chinois disséminés dans l’intérieur des terres.
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seulement le temps présumé nécessaire à la formation et à la superposition graduelle de l’ensemble des couches du globe, on arrive à avoir besoin de 6 à 700 millions d’années.
Dans l’échelle des couches terrestres, mesurant la formation de la croûte terrestre, l’àge de l’homme, remonterait-il à la période tertiaire, est aussi faible, qu’est faible la durée des temps historiques par rapport à l’âge de l’homme.
La chronologie historique, pour nous européens, ne remonte pas à 2000 ans avant J.-C. — Les écrits sémitiques placent la naissance d’Abraham environ à cette date, 2290.ans avant Jésus-Christ, et le déluge dans le 20R siècle avant Abraham-; et de la Création au déluge la Bible compte 2000 ans. Les monuments archéologiques de l’Egypte, les preuves paléontologiques et géologiques, prouvent que la vallée du Nil avait un haut degré de civilisation, il y a plus de G000 ans.
Les Chinois font remonter leurs annales à des temps fabuleux. Mais la période historique proprement dite daterait de Fou-hi, 5568 ans avant Jésus-Christ. C’est sous le règne de Yao, 2554 ans avant Jésus-Christ, que serait arrivée la grande inondation diluvienne.
Ce fait est constaté dans le premier des Kings, livres sacrés compilés par Confucius. Ce sont les chroniques les plus authentiques que possède aucun peuple du monde. La tenue en est confiée au tribunal de l’histoire, institution fondée par Ilong-Ti, 2657 avant notre ère. Des tables chronologiques authentiques établissent, ainsi, la série des empereurs qui se sont succédé et des événements rattachés à leur règne, depuis plus de 4000 ans.
L’histoire mythique ou légendaire des Chinois comprend une période de 129,000 ans. Les Babyloniens remontaient plus haut, car, d’après Spiegel, ils assignaient, à la vie de leurs dix plus anciens patriarches, une durée totale de 452,000 années.
Distribution des êtres vivants à la surface du globe, ou géographie botanique et zoologique.
La géographie physique a pour objet la description des principaux traits de la surface du globe. Elle considère les proportions respectives des mers et des continents, l’étendue et la configuration de ces derniers et des îles, leur position par rapport à l’équateur et à un méridien donné, l’élévation et la direction des chaînes de montagnes, la conformation des plaines, des vallées, leur hauteur au-dessus du niveau de la mer, le sol, le climat et les productions tant végétales qu’animales, des diverses contrées. Elle étudie également les divers phénomènes que présente la surface aqueuse du globe, tels que les marées, les glaces polaires, le cours des fleuves, les courants de l’Océan etc. Enfin les questions qui font l’objet de la météorologie et de la climatologie, comme les températures des différents pays, la hauteur des neiges, les vents dominants, les orages, la quantité de pluie annuelle etc.; et l’effet de ces divers agents sur les
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conditions physiologiques de l’espèce humaine, ressortissent également de la géographie physique. Comme on le voit, la géographie physique ellemême est susceptible de se diviser en un certain nombre de branches, selon l’objet particulier que l’on considère. C’est ainsi que plusieurs auteurs ont traité soit des systèmes de montagnes, sous le nom d’orographie, soit des parties liquides de la surface terrestre, sous celui d’hydrographie etc. La distribution des végétaux et des animaux à la surface du globe a été également considérée à part, et forme deux annexes fort intéressantes à la botanique et à la zoologie, qu’on a appelées géographie botanique et géographie zoologique, dont nous allons nous occuper.
Géographie botanique. On sait que toute plante n’est pas uniformément répandue sur tout le globe, mais se montre seulement sur telle ou telle partie de sa surface. Il existe pour les plantes, comme pour les animaux, des centres de création qui soulèvent ce même problème insoluble, mais, de même que les espèces zoologiques, les espèces végétales ont des limites qu’elles ne peuvent dépasser. Ainsi, la distribution des végétaux sur la terre est réglée par deux ordres de causes, les unes cachées à nos recherches dans les mystères de l’origine des choses, les autres accessibles à nos études, car elles dépendent de la nature des espèces et des agents et conditions qui les entourent. Les agents extérieurs, qui exercent l’influence la plus considérable sur les végétaux, sont la température, la lumière, l’humidité et la nature du sol. L’influence thermale des altitudes n’est pas moindre que celle des latitudes. Elle est même en un sens plus tranchée, car une ascension de quelques heures, sur une montagne, fait passer par tous les degrés de la température. Celle du Chimboraço, par exemple, représente tous les changements qu’on éprouverait, si on allait de l’équateur au pôle. Comme la lumière joue un rôle essentiel dans la respiration, la nutrition et la coloration des végétaux, il est facile de concevoir combien l’abondance de la lumière doit favoriser la végétation, et que son absence doit empêcher le développement de la loi végétale. Les plantes qui habitent près de l’équateur, subissent l’action alternative de nuits égales aux jours, pendant lesquels les rayons lumineux du soleil leur arrivent presque perpendiculaires. A mesure qu’on s’éloigne de la ligne, l’inégalité, soit des saisons, soit des jours et des nuits, entraîne une inégalité correspondante dans la distribution de la lumière, qui, en même temps, devient de plus en plus oblique, et par conséquent de plus en plus faible, jusqu’aux rayons polaires où celle obliquité, ainsi que cette inégalité, atteint son maximum. Le décroissement de la lumière marche régulièrement de l’équateur aux pôles. Cependant il importe d’observer que le voisinage de grandes étendues d’eau, par la production des vapeurs qui viennent s’interposer entre la terre et le soleil, diminue proportionnellement l’intensité de la lumière qu'elle tend à affaiblir. La présence de l’eau est, comme la chaleur et la lumière, indispensable à la vie des plantes; de là l’influence
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considérable qu’exerce, sur ces dernières, l’humidité de l’air ou du sol. Il suffit pour s’en faire une idée de comparer les déserts de l’Afrique, avec les forêts vierges de l’Amérique méridionale, où l’action combinée de la chaleur et de l’humidité développe la végétation la plus luxuriante et la plus riche, en formes diverses.
On peut dire, en thèse générale, que selon la latitude, l’altitude et l’exposition, le progrès et la variété de la végétation sont en rapport avec l’échelle de la chaleur atmosphérique, quand il n’y a pas d'obstacle, soit par la nature du sol, soit par l’absence de l’eau; c’est ce que démontre la distribution des végétaux à la surface du globe. A mesure qu’on avance vers l’équateur, apparaissent de nouvelles espèces et de nouvelles familles, successivement remplacées par une végétation plus riche, plus variée et toute différente. Chaque contrée du globe, selon la latitude, présente des caractères spéciaux de végétation. Cette différence apparaît non moins tranchée, quand des plaines on arrive aux montagnes. En effet, à mesure qu’on s’élève sur celles-ci^ on trouve des espèces différentes et une végétation décroissante, jusqu’à une certaine hauteur où toute végétation disparait. C’est ainsi que Tournefort trouva au pied du mont Ararat, au milieu des végétaux ordinaires de l’Arménie, ceux de l’Italie et de la France, et sur le sommet ceux de la Scandinavie.
Il y a, comme on le voit, une grande similitude entre la végétation générale d’un hémisphère, considéré de l'équateur au pôle, et celle d’une grande montagne, envisagée de sa base à son sommet.
Le nombre absolu des espèces végétales va en augmentant, progressivement des pôles à l’équateur, où s’observe leur maximum ; il en est de même des familles et des genres . Ainsi, par exemple, la flore de la Laponie compte environ 1100 espèces pour 297 genres; celle de Suède. 25,000 espèces pour 566 genres; celle de France 70,000, espèces pour 1 .100 genres. Le nombre des espèces ligneuses et leur proportion, relativement aux espèces herbacées, suit la même progression en allant des pôles à l’équateur. Toutefois, ce sont les régions tempérées qui sont le plus favorables à la nature délicate des espèces annuelles ou bisannuelles; elles y acquièrent leur maximum, puis leur proportion reprend une marche décroissante, les régions les plus froides, soit en latitude, soit en hauteur, ne pouvant être habitées que par des plantes vivaces ou suffrutescentes.
Il existe pour les espèces botaniques, de même que pour les animaux, des centres primitifs de végétation, comme si chacun d’eux avait été, dans le principe, l’objet d’une création à part. Deux points éloignés, avec un climat analogue et même identique, et avec toutes les autres circonstances, dont l’ensemble paraît devoir entraîner l’identité des productions naturelles, peuvent néanmoins ne produire que des espèces différentes. C’est donc que chacun d’eux, dès l’origine, a reçu certaines plantes seulement et, non les autres, quoique celles-ci eussent pu également y vivre. Cela est tellement vrai, qu’on voit une foule d’espèces transportées d’un centre en un autre, y prospérer comme dans leur patrie primitive. Il est même
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des végétaux exotiques qui, apportés dans nos pays, se sont si bien naturalisés qu’on les croirait indigènes, si on ne connaissait la date de leur introduction. Par exemple, l'agave, vulgairement appelée aloës , et la raquette ( cactus opuntia ) qui couvrent l’Algérie, la Sicile, une partie du littoral de l’Europe, de l’Italie et de la Grèce, au point que les voyageurs les regardent comme des types d’une végétation africaine, viennent cependant tous deux de l’Amérique.
Une espèce, partant d’un centre quelconque, se propage en rayonnant, tant qu’elle trouve des conditions nécessaires à son existence. Dans certains cas cette dissémination spontanée peut s’étendre fort loin, jusqu’à ce que les plantes rencontrent quelques barrières infranchissables comme les chaînes de montagnes, les déserts et surtout les mers. Cependant il y a des espèces qu’on trouve sur des points très distants, et séparés les uns des autres par les obstacles naturels que nous venons de signaler. Comme on ne peut pas non plus supposer qu’elles aient été propagées par les mains de l’homme, par les vents, par les cours d’eau, par les animaux, on se trouve conduit à admettre que ces espèces ont pu appartenir à la fois à plusieurs foyers de végétation, et que chacun de ces foyers ou centres se compose de végétaux dont le plus grand nombre sont propres à lui seul, et dont quelques-uns lui sont communs avec d’autres centres. On a nommé sporadiques , ces végétaux répandus dans de grands espaces et dans plusieurs pays différents; et identiques ceux qu’on a observés dans un seul pays.
Parmi les premiers, les uns se montrent sur des points très divers d’une même zone, mais sans la franchir, comme, par exemple, le sauvagessa erecta qu’on a observé aux Antilles, à la Guyane, au Brésil, à Madagascar à Java etc.
D’autrès, au contraire, se rencontrent sur plusieurs zones à la fois de sporadiques; ces mêmes aptitudes endémiques peuvent s’appliquer aux genres et aux familles, aussi bien qu’aux espèces, mais nécessairement dans des limites plus étendues. Les cactées, concentrées dans l’Amérique intertropicale, qu’elles ne dépassent qu’un peu au nord, les quinquinas qui n’habitent qu’une zone particulière, les Andes, sont des exemples de familles endémiques. Au reste, nous remarquons ici les mêmes phénomènes que pour les animaux. Si deux points placés sur le globe à des distances assez considérables, mais à des conditions analogues, n’offrent pas les mêmes espèces, il y a néanmoins, entre les deux végétations, des rapports qu’on ne peut méconnaître. Ainsi les mêmes genres peuvent être représentés dans chacun de ces pays par des espèces différentes, des genres différents, ou des familles voisines. Les conifères d’Europe sont représentés, dans l’Amérique méridionale, par des conifères de genres différents. Le hêtre commun, placé sur la limite septentrionale de la zone tempérée, dans notre hémisphère, est remplacé, dans l’hémisphère austral, parle hêtre antarctique, où il se trouve sur la limite correspondante. La limite septentrionale des palmiers est marquée, dans les deux continents
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par deux espèces différentes de genres chamœrops ; le chamœrops humilis en Europe, et le chamœrops palmetto en Amérique. Les botanistes qui, comme Sehon, de llumboldt, Brown, les deux de Candolle, se sont plus spécialement occupés de la géographie botanique, ont essayé de déterminer le nombre des foyers primitifs de végétation; Sehon en admettait 18, de Candolle 20, Àlph. de Candolle 45.
On a donné le nom de stations, à des localités assez différentes par leur nature pour être habitées, en grande partie, par des espèces qui leur sont propres. Le nombre de ces stations est assez considérable; les principales sont : la mer ou les grands amas d’eau salée, qui sont habités par les plantes maritimes, les eaux douces où se trouvent les plantes aquatiques, distinguées en fluviatiles et lacustres, les marais ou les lieux tourbeux, qui sont habités par les plantes palustres, les prairies, les terrains cultivés, les haies, les buissons, les décombres, les lieux souterrains; les lieux stériles, les sables, les rochers, les montagnes, les forêts et les végétaux euxmêmes, sur lesquels peuvent se développer des plantes parasites. Mais il y a surtout les immenses stations artificielles, dont la main des hommes a multiplié les étendues, à la surface du globe, par la culture et surtout celle des graminées, substituées, parle défrichement, aux forêts naturelles qui recouvraient la plus grande partie des terres. De même que la présence ou l’absence des forêts ont de notables influences sur les climats, de même l’homme, par son labeur continué, a rendu clémentes des contrées qui ne l’étaient pas autrefois. (Défrichements, dessèchements, cultures, questions que nous reprendrons à la section d’hygiène générale.)
Géographie zoologique. • — Ce qui frappe d’abord, quand on considère la distribution des êtres animés sur notre globe, c’est leur répartition entre les deux éléments qui en occupent la surface, la terre et l’eau. De cette différence de milieux résultent, pour les animaux, des modes d’existence différents et une organisation en harmonie avec la nature de ces milieux. C’est surtout par le système respiratoire que s’établit une distinction tranchée, entre les animaux terrestres et aquatiques. L’animal aérien ne peut respirer dans l’eau où il s’asphyxie, et l’animal aquatique cesse de vivre hors de son élément, parce que la proportion d’oxygène est trop considérable dans l’air, et détermine une combustion rapide. Uue autre circonstance contribue encore à la promptitude de leur mort en pareil cas, c’est l’affaiblissement de leurs tissus, et cette cause s’applique surtout aux espèces qui, comme les cétacés, ont une respiration aérienne.
En outre, la vie dans l’atmosphère exige des organes beaucoup plus compliqués et plus parfaits qu’il n’en faut pour la vie aquatique. Cela ressort de la comparaison des organes de la locomotion et de préhension, chez les animaux aériens et chez ceux qui habitent les eaux. En conséquence on peut regarder les eaux, comme élément naturel des animaux inférieurs, dans la série zoologique, et de ce fait, on semble être autorisé à conclure que c’est dans cet élément qu’a dû se produire la première mani-
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festation de la vie. Les études paléontologiques, qui ont jeté une lumière si vive sur tant de points obscurs, en déterminant la succession des apparitions organiques à la surface du globe, ont en effet démontré que parmi les animaux, comme parmi les végétaux, ce sont les espèces les plus simples qui se sont montrées, d’abord et avant tout, celles dont la vie est aquatique.
Chaque pays nourrit des espèces d’animaux qui lui sont pour ainsi dire propres. C’est ainsi, par exemple, que l’Afrique possède seule l’éléphant à grandes oreilles, le rhinocéros bicorne, l’hippopotame, le zèbre, le buffle du cap, le chimpanzé etc., qu’elle seule nourrit aussi certaines espèces d’oiseaux, de reptiles, d’insectes etc. L’Asie nous offre le tigre du Bengale, l’éléphant à courtes oreilles, le rhinocéros unicorne, l’yack, l’onagre, l’axis, le chevrotain porte-musc, l’argus, les faisans dorés et argentés, le lophophore et ainsi qu’une foule innombrable de reptiles, d’invertébrés inconnus partout ailleurs. L’ile de Madagascar, quoique voisine de l’Afrique, ne possède aucun des grands quadrupèdes de celle partie de l’ancien continent, mais elle est l’habitation exclusive de la plupart des Lémuriens, du cheiromys, du Touroc.
L’Amérique, divisée en deux parties, présente des faunes différentes. L’Amérique septentrionale est la patrie exclusive du bison, de l’oribos, du dindon etc. L’Amérique du sud est celle des singes à queue pendante, du jaguar, du coguar, du lama, de la vigogne, des tatous, des colibris etc. Elle est également riche en insectes qui lui sont également propres.
L’Australie nous présente une faune qui ne nous paraîtpas moins étrange quesaflore. Elle ne renferme aucun mammifère de grande taille, aucun genre, ni même aucune espèce analogue à nos bœufs, à nos chevaux, à nos moutons, à nos ours, à nos grands carnassiers. Elle est la patrie presque spéciale des marsupiaux, tels que les kanguroos, les phalangers, les phoscolomes, l’ornithorynque et l’échidné ; ces deux énigmes zoologiques suffiraient à faire classer à part, la région qu’habitent ces animaux. Ce que nous disons des animaux terrestres s’applique également aux animaux aquatiques, chaque grande division du globe a ses espèces fluviatiles, qui ne se rencontrent nulle part ailleurs. Bien plus, quoique l’immensité de l’Océan ne fasse qu’une seule mer, chaque région de l’empire des eaux est habitée par des espèces qu’on ne retrouve plus dans d’autres parages. Il en est aussi de même des mollusques, des zoophytes, des polypiers, en un mot de toutes les classes du règne animal. La plupart des genres et des espèces ne dépassent pas certaines limites plus ou moins étendues, quelques-unes même ne sortent pas d’un cercle très circonscrit.
Un autre fait bien remarquable, c’est la relation de la température et des différents degrés de richesse zoologique des pays. Plus on remonte vers les pèles, plus les espèces terrestres diminuent, plus la vie va décroissant à la surface du globe. Plus au contraire on descend vers l’équateur, plus la faune devient nombreuse et variée, chaque climat semble représenter une zone spéciale. Dans les pays les plus chauds se trouve la vie
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animale et végétale la plus exubérante. C’est à la zone torride qu’appartiennent les animaux les plus grands, les plus bizarres sinon les plusbeaux, et qui possèdent à la fois l’organisation la plus complète et les facultés les plus développées : les éléphants, les girafes, les hippopotames, les singes» les perroquets, les crocodiles, les tortues etc.
Les climats plus tempérés ont une faune plus restreinte, moins brillante, moins variée; les climats froids sans chaleur et sans lumière ont une faune pauvre et rabougrie, et, sauf quelques espèces, telles que l’élan, le renne et l’ours, on n’y trouve que des animaux de petite taille.
Il faut encore faire exception pour les grands cétacés, cependant pour ceux-ci il importe de remarquer que la température du milieu qu’ils habitent est toujours, par suite des courants marins que les baleines recherchent, supérieur de plusieurs degrés à celle delà surface dusol et de l’air. L’influence du climat, sur le développement des êtres organiques, est encore prouvée par ce fait, que les pays soumis à la même température sont habités par des animaux du même genre. Ainsi, par exemple, il existe la plus grande analogie entre les animaux qui sont propres aux régions boréales et ceux qu’on rencontre aux régions australes. Il en est de même, soit de ceux qubhabilent les régions tempérées, soit pour ceux qui appartiennent à la zone tropicale de l’ancien continent et du nouveau. Les espèces qu’on rencontre dans le second sont différentes, mais analogues à celles qui sont propres au premier. Ce fait remarquable est d’une incontestable évidence, mais reste un mystère de la nature, dont la seule raison que nous puissions donner c’est que des conditions similaires produisent des effets semblables. Si nous ignorons pourquoi l’auteur de la nature a établi pour ainsi dire plusieurs centres de création, il est d’autres problèmes concernant la distribution des espèces animales qu’il nous est permis d’aborder et de résoudre. Quel est le lieu d’origine des diverses espèces animales? Pourquoi certaines espèces se trouvent-elles dispersées dans de vastes contrées, et même dans des climats fort opposés, pendant que d’autres espèces sont restées confinées dans la région même ou elles ont pris naissance?
Les causes qui favorisent la dissémination de certains animaux, sont de deux sortes : les unes tiennent à la nature même de l’animal; les autres à des circonstances qui lui sont étrangères.
Les animaux qui, par leur nature, sont portés à la dissémination de leur espèce, sont ceux qui possèdent au plus haut degré la puissance de locomotion. Aussi est-ce dans la classe des oiseaux et celle des poissons qu’on trouve le plus d’espèces cosmopolites. Leurs migrations à certaines époques de l’année, pour chercher dos climats plus appropriées à leur nature, concourent puissamment au même résultat. Plus les instruments de locomotion sont incomplets chez un animal, plus il est borné dans d’étroites limites : c’est ce qui a lieu pour les reptiles et plus encore pour les crustacés. Parmi les causes étrangères, la plus active se trouve dans la constitution sociale de l’homme. A mesure que l’homme a refouléjes espèces qui
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étaient dangereuses, il a multiplié le plus possible celles qui lui étaient utiles, et les a groupées autour de lui, partout où il a lui-même établi sa demeure, c’est ainsi que s’explique la présence des chiens, des moutons, des chevaux, des bœufs, des gallinacées et tous les autres animaux domestiques, sur presque tous les points du globe habité. Des circonstances fortuites ont pu, également, faire franchir, à certains animaux, des barrières naturelles, qui semblaient insurmontables. Ainsi, par exemple, les bois que le grand courant marin, si connu sous le nom de Gulf-stream, entraîne, depuis l’équateur jusque sous le cercle polaire, sont parfois habités par des larves d’insectes, ou peuvent donner attache à des œufs de poissons ou a des mollusques. Les oiseaux qui souvent ne digèrent pas les œufs ou les graines .qu’ils avalent, les évacuent parfois à de très grandes distances des lieux où ils les avaient trouvés, et transportent ainsi au loin des types inconnus. Quant aux causes qui ont agi en sens inverse, c’esl-à-dire qui ont maintenu certaines espèces confinées dans leur habitat primitif, elles résident dans des obstacles matériels ou physiologiques. Parmi les obstacles matériels les mers tiennent le premier rang. L’Océan en plaçant des barrières énormes entre les différents continents, a empêché les espèces indigènes de l'Amérique tropicale de se répandre dans la zone correspondante du vieux monde, et réciproquement. Ce n’est qu’au pôle nord surtout que les espèces se rapprochent et deviennent communes, parce que les terres se rapprochent elles-mêmes, et que les glaces établissent chaque année entre elles une continuité périodique. Aussi, l’ours blanc, l’élan, le renne, le castor, etc., se trouvent-ils dans les contrées boréales. Ces animaux, en partie, se trouveraient dans les régions polaires australes. La dispersion des animaux marins, qui vivent près des côtes, est également empêchée par la configuration des mers; mais ici l’obstacle réside tantôt dans une large étendue de terre interposée, tantôt dans l’immensité même de l’Océan qu’il eût fallu traverser. C’est ainsi qu’il y a peu d’espèces de poissons communes aux côtes opposées de l’Atlantique. Lès chaînes de montagnes opposent, quelquefois aussi, des barrières infranchissables à une foule d’espèces animales, comme le prouve l’inspection des deux versants opposés de la cordillière des Andes. Chaque côté nourrit des espèces différentes, et les insectes de la région brésilienne, par exemple, sont pour la plupart distincts de ceux qu’on trouve au Pérou, au Chili et dans la Nouvelle-Grenade. Les obstacles qui tiennent à l’ordre physiologique, ne sont pas moins puissants. Le premier entre tous est l’inégale température entre les diverses contrées du globe. Si quelques espèces, comme l’homme et le chien, supportent également le froid et la chaleur, et peuvent vivre sous toutes les latitudes, la plupart des animaux de la zone tropicale, comme les singes, les gazelles etc., mais l’homme nègre surtout, meurent promptement quand on les transporte dans un climat froid. De même les espèces propres aux climats froids, comme le renne, qui appartient aux régions boréales, ne peuvent supporter la température des pays chauds, pas plus que l’esquiineau. Enfin, dans une
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foule de cas, c’est la nature de la végétation qui apporte un obstacle à la dispersion des espèces, c’est ce qui a lieu pour toutes celles qui vivent exclusivement aux dépens d’un seul végétal ; évidemment elles ne peuvent dépasser la limite à laquelle ce végétal s’arrête lui-même. Tels sont, par exemple, le ver à soie et la cochenille : ils ne sauraient subsister dans les pays ou le mûrier et le cactus opuntia ne peuvent végéter. La girafe mourrait de faim dans une prairie, et le cheval périrait de même au désert où le chameau trouve sa maigre nourriture.