LE MAL DR MER
survient quanti, passant au gué, à cheval surtout, un torrent impétueux, on se laisse fasciner par la rapidité du courant. Pareil malaise survient chez certaines personnes, quand l’œil fixe on regarde, par la portière d’une diligence, les bords d’une route, dont les arbres semblent défiler à la course.
Ce mal de voilure chez certaines personnes est lout-à-fait identique au mal de mer, Toutes ces circonstances, y compris celle de la navigation en première ligne, offrent celle similitude de conditions de produire le bouleversement des lois de la perspective, la perversion visuelle, la fatigue cérébrale, et toute une série de phénomènes sympathiques, réagissant du cerveau sur l’estomac et dans tout l’organisme. Il est tellement vrai que la fatigue de l’œil joue en ce cas le rôle primordial et le plus important, c’est qu’après avoir valsé, le plus sûr moyen d’arrêter le vertige, c’est de fermer les yeux un instant; c’est qu’à bord, le meilleur parti à prendre contre le mal de mer, c’est d’être assis le regard porté sur un point fixe, ou mieux encore de se coucher en fermant les yeux. Cette dernière précaution est le moyen prophylactique par excellence, si on l’exécute avant que le navire se mette en mouvement ; il est rare, en effet, que les personnes qui y ont recours tout d’abord, soient incommodées du mal de mer.
Enfin il n’est pas jusqu’à la physiologie comparée qui ne nous fournisse la preuve du rôle de l’œil, dans la production du phénomène qui nous occupe : le plus souvent les chevaux qui tournent sur une aire pour fouler le blé, ou aux moulins, ou 'à des norias, etc., tomberaient de vertige, si on ne leur couvrait pas les yeux.
Le mal de mer ne doit pas être considéré comme une maladie dans l’acception du mot, mais comme une simple indisposition passagère, se dissipant par l’habitude de la navigation, sauf le cas exceptionnel ou, par un gros temps prolongé et par cuite d’une idiosyncrasie toute spéciale, cette indisposition se prolongeant peut provoquer des accidents d’une certaine gravité, comme le vomissement de sang, mais l’hémotemèse est alors le mal principal ce qui est très-rare. L’opiniâtreté et l’énergie des vomissements peuvent encore tourmenter, plus que d’autres, les personnes atteintes de certaines prolapsus ou les déterminer chez celles qui y étaient prédisposées. Ajoutons encore que la grossesse est une circonstance défavorable en mer, car chez certaines femmes, les secouses du navire et les vomissements répétés ont parfois provoqué l’accouchement prématuré, ainsi que nous en avons eu un exemple en 1845, à bord de l’Etna où se trouvaient des familles de colons revenant d’Afrique (G.
En quittant l’archipel des Canaries, la dernière île que nous laissâmes derrière nous était l’ile de Fer, en partie enveloppée de brumes et sur les côtes de laquelle une large houle, dernières convulsionsdc la tempête, déferlait ses écumanles vagues. Graduellement le vent s’était fait dans la zone
1 1 ) Voir l’Algérie médicale, p. 104.
GÉOGRAPHIE OUGANI Q l) E .
tics vents alizés; on sent une brise bienfaisante et régulière, faisant enfler les voiles, et filer au navire une moyenne de sept nœudsàl’hcureO). Aussi le pont était-il animé, et l’on s’amusa à mettre de longues lignes à la traine. La plupart se rompent, entre le choc du cours du navire et la résistance des
gros poissons, qui emportent les hameçons. Une première fois on hisse une superbe bonite à hauteur du canot suspendu à tribord; on va mettre la main dessus, mais le poison qui se débat, heurte du museau contre l’anneau du gouvernail, la ligne casse et la bonite disparait par un plongeon dans le sillage. Plus heureux, ou plus adroits une autre fois, des matelots retirèrent avec une forte ligne, un beau tassai* (scombéroïde), de 1"‘ de longueur et dont la chair fut trouvée fort bonne à la table du commandant (2).
Mais une nouvelle etplus cuissante déception nous était réservée : le taquet d’une ligne part avec force, un gros poisson est pris; plusieurs matelots retirent la corde avec peine, le poisson se débat fortement : c’est un thon superbe mais la ligne est trop faible pour le soulever hors de l’eau. On court chercher des gaffes et des filets, peine inutile : d’une dernière secousse il rompt le fil de fer et disparait, emportant hameçon et petit poisson de toile dans la gueule.
Ajoutons encore comme distraction du même genre, celle que viennent parfois nous offrir spontanément les troupes de marsouins et de souffleurs, qui passent en se jouant le long du navire, surtout quand la brise fraîchit. On aime à voir en troupe ces derniers cétacés delphiniens, jouant à la surface de la mer, surtout pour les jets d’eau vaporisée qu’ils font jaillir de leurs évents, en nageant entre deux eaux.
Résumons nos observations météorologiques des Canaries à l’équateur : Le 49 décembre, le temps était brumeux, et l’état houleux de la mer entretenu par le vent et la pluie.
20 décembre. Le baromètre remonte un peu, mais reste au variable. Le vent a calmé, fort roulis, temps couvert. Le soir quelques bluettes phosphorescentes à la surface perlée du remous.
21 décembre. Grand calme dans la matinée, pluie fine, brumes tièdes, air à 22°.
22 décembre. Bonne brise, bonne mer, baromètre 70°, thermomètre 22n, brumes, bruines, rares bluettes phosphorescentes.
25 décembre. Temps nuageux, couvert, brume, mer grise, bonne navigation, deux nœuds, th. 22’, b. variable (7G).
24 décembre. Thermomètre inférieur 25°.
25 décembre. Par 19° de latitude et 27° de longitude bonne brise nordest (vent alizé), le baromètre monte, th. 25’.
2G décembre. Beau temps le matin, th. 24°. Brumes, fc soir légère pluie.
(1) Un nœud fait un tiers de lieue marine.
(2) Les médecins de l’armée, à partir du grade de major de lrc classe, prennent place ù la table du commandant.