‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 45 sur 215 · DES CANARIES V I. ÉQUATEUR · texte numérisé non relu

DES CANARIES V I. ÉQUATEUR

27 décembre. Aurore à 5 heures et demie, il fait jour à G heures, brumes légères dissipées par le soleil, air tiède, 2G1’ de chaleur. Une brise-constante fait quelques rides blanches à la mer; ciel nuageux, pas de lune. Il fait nuit à G heures 1 4. Lumière diffuse à 7 heures 1/2. Phosphorescence de la nier; bluetles et pelotons lumineux le Iongdu navire, le sillage forme une longue nappe argentée.

28 décembre. Aurore à 5 heures 20; brumes au lever du soleil ; flocons nuageux, chaleur humide à 2G° par 9’ de latitude. Bonne brise le soir; clair de lune, pas de phosphorescence.

29 décembre. La nuit a été chaude et lourde; nuages blancs, ciel mat. La surface bleu-verdâtre de la mer et les brumes atténuent beaucoup Uéclat du soleil sous les tropiques. Thermomètre à 27 et 28°. Le baromètre monte entre variable et beau; le soir la brise mollit; nous sommes à 7° de latitude. Pourtant le thermomètre est revenu à 27°; temps sombre le soir, il brume. On chauffe pour franchir à la vapeur les calmes, à 5° de latitude.

51 décembre 1859. Nuit chaude, temps couvert, pluvieux et brumeux; éclairs très fréquents sans coups de tonnerre, pluie à G heures. Beau soleil dans l’après-midi : thermomètre à l’ombre 29°; baromètre à 7G.

Nous étions par 2’ de latitude quand vers midi parut un astronome, grotesquement affublé et escorté, venant annoncer que nous étions à la veille d’entrer dans les états du Père la ligne. Pour les détails de la saturnale nautique que l’usage traditionnel des marines a consacrée, nous renvoyons le lecteur à notre VP Lettre de V expédition de Chine et de Cochinchine 0).

Il ne suffit pas, durant une longue navigation, d'assurer le bien-être matériel des équipages et des troupes embarquées; il faut aussi faire à bord de l’hygiène morale, prévenir la nostalgie et le spleen, qui ne sont parfois que le premier degré de ces fièvres délirantes, éclatant souvent sous les ardeurs des tropiques, et groupées sous la dénomination de calenture, dérivée du mot latin culere , avoir chaud, qui, d’après certains observateurs, pousseraient, par une irrésistible tendance, ceux qui en sont atteints à se jeter à la mer. Nous n’en avons eu que deux -cas chez deux militaires. Il est vrai qu’il faut faire ici la différence entre des hommes tous partis de bonne volonté, ne manquant de i;ien à bord, et ayant franchi rapidement les calmes qui retiennent souvent tant de gens, à bord des navires à voiles, dans des conditions défavorables, telles que surtout l’entassement sur le pont, l’insolation, le manque d’eau prolongés, et souvent en proie à des peines morales. — Quoi qu’il en soit de ces différences de conditions, il faut aussi noter comme d’un effet favorable sur la santé et le moral des hommes de la Dryade, les distractions du bord. - En temps ordinaire ils ont la promenade militaire avec tambours et musique, en tournant en ellipse sur toute la longueur du

(h Un vol. gt\ in 8°, Paris 1864.

GÉOGRAPHIE ORGANIQUE

pont; à un moment du jour, l’école de lecture et dé chant; le maniement d’armes, fusils et. canons, avec les matelots. Le soir il y a des chœurs qu’on encourage; plusieurs improvisent des scènes de pantomines ou des récits comiques. Puis les grandes fêles, inaugurées par la Noël et le passage de la ligne, se continuèrent par dés comédies fort bien improvisées.

Nous avions traversé les calmes équatoriaux, et gagné les premières brises de l’alizé du sud-est, pénétrant ainsi dans l’hémisphère sud, quand vers le midi d’une belle journée, accoudé aux bastingages, nous vîmes s’élever, de la surface ridée de la mer, des troupes de poissons volants, franchissant, avec la rapidité d’une flèche, des espaces de 50 à 40 mètres sur les vagues, pour s’élancer de nouvéau, fuyant ainsi les bonites et autres gros poissons qui leur donnent la chasse. Ces poissons volants, du genre exocet, ont de 45 à 50 centimètres de longueur. Ils abondent sous les tropiques, et sont remarquables par les reflets azurés et argentins, que rehaussent la teinte bleu-foncé de la dorsale, de la queue et des écailles pectorales.

En même temps que les poissons volants défilaient par bandes le long du navire, on voyait à l’avant, et rasant la surface des vagues, des petrelshirondelles, d’un plumage gris-noir, avec le croupion blanc, c’est le pétrel océanique, l’alcyon des Grecs, le procellaria des Latins. C’est à la même famille qu’appartient l’hirondelle salangane, dont les Chinois recherchent, comme mets délicats, les nids d’algues gélatineuses et à moitié digérées, que ces oiseaux construisent dans les anfractuosités des rochers de falaises escarpées, comme nos hirondelles des toits machottent la terre glaise pour façonner les leurs.

En même temps que des argonantes, nous voyions flotter aussi des espèces de nautiles bifilaires, en forme de petites vessies roses ou irisées, zoophytes rayonnés, précisément appelés physalies ou physales, qui abondent surtout dans les calmes de la partie méridionale de l’Océan atlantique. Par un heureux hasard, un matelot put en prendre une, dont les tentacules à longs filaments, s’étaient enroulés à une ligne. Les marins les appellent galère ou ortie de mer, à cause de la singulière propriété de produire par leurs tentacules, comme les méduses, un suc acre, déterminant un 'sentiment de piqûre et de cuisson vive quand on les touche. Nous avons eu la fantaisie d’en faire l’expérience, et nous avons eu une légère urtication à la main, qui a duré trois quarts d’heure, avec une douleur voisine de celle que produit une piqûre d’abeille.

Nous allons trouver dans l’hémisphère sud un ordre de saisons, qui, pour les mois de l’année (durée des jours et températures), sont, l’inverse de ce qui se passe dans l’hémisphère boréal. Nous venons (1 1 janvier 1800), d’avoir le soleil au zénith, aussi nous trouvons-nous en plein été dans l’hémisphère austral, et nous allons trouver au Cap de Bonne-Espérance, où décembre, janvier et février sont les mois d’été, les fruits, notamment les raisins, qu’on a en France au mois d’août. Après être venus ainsi à

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