‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 46 sur 215 · DE L’ÉQUATEUR AU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

DE L’ÉQUATEUR AU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE

la rencontre du soleil et de l’été, pendant que l’hiver règne en France, nous doublerons le Cap pour entrer dans l’Océan indien, etjpoursuivre notre marche de retour vers l’équateur, (pic nous couperons une seconde fois entre Sumatra et Bornéo. Nous aurons suivi le soleil dans sa marche. clans l’hémisphère austral, pour revenir à l’opposé, de telle façon que, en arrivant dans les parages de la Chine, nous nous trouverons en mai, juin, juillet, dans des climats et une température estivale analogues à l’Algérie, car les côtes méridionales de la Chine sont sur les mêmes lignes isothermes que le Sahara algérien. Il résultera de celte navigation de plus de six mille lieues, en courbe sur les deux hémisphères, formant les deux tiers de la circonférence du globe, que nous aurons entièrement évité l’hiver de 1 859-1 800 . Il résulte aussi de notre mouvement de translation cpie, par rapport au méridien de Paris, l’heure du jour n’est plus la même, à mesure que nous avançons d’Occident en Orient. En ce moment, par exemple, par les travers des côtes de l’Amérique du sud, à la hauteur de Rio- Janeiro nous avons midi, quand il est déjà plus de deux heures en France, et lorsque nous serons par la longitude de Pe-king(l), nous aurons minuit, quand il sera quatre heures du soir à Paris.

Le requin et son pilote. Les oiseaux grands voiliers de l’Océan. — Par le 52" degré de latitude sud et 24° de longitude ouest, dans l’Océan atlantique, un jeune requin, précédé de son pilote, suivait le sillage de la Dryade. Des matelots, l’ayant aperçu à l’arrière du navire, jetèrent à la mer une forte ligne, dont le gros hameçon était amorcé d’un kilo de lard. Le requin ne tarda pas à être dupe de sa gloutonnerie, en avallant lard et hameçon, qui le retint solidement accroché. On prit des précautions pour lui passer le nœud d’une amarre sous la queue, non sans vive résistance et grands efforts pour se dégager, mais enfin on parvint à le hisser à bord, à la grande satisfaction de nombreux spectateurs. Étalé sur le pont, sa longueur dépassait deux mètres, et sa peau sans écailles, mais rugueuse et épaisse, était d’un bleu violacé; ce qui a fait donnera ces requins de petite dimension le nom de peau-bleue, parmi les marins de Belle-ile, en mer notamment, où nous avons eu occassion d’en voir prendre.

Saisi immédiatement par un groupe de matelots, toujours joyeux de piétiner ce représentant d’une famille vorace, dont ils considèrent tous les membres comme leurs ennemis personnels, il fut éventré et dépécé ; car la chair du jeune requin, passée à l’eau de mer, est très mangeable avec certains apprêts. Les requins sont vivipares, c’est-à-dire qu’à la fin de leur portée ils pondent des petits vivants ; on en trouve parfois plus de cinquante, gros comme des sardines, dans le ventre de la femelle. Le requin de grande taille a jusqu’à huit mètres de longueur.

Répandu dans toutes les mers, (car on en compte quinze espèces, petites ou grandes), il est le tyran de tous les poissons, du plus petit aux plus gros,

(t) Pckingesl à 114°, 8', 30" longitude est ; différence d’heure 7 h. 36', 34".

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sans en excepter les baleines. Cependant il trouve un ennemi redoutable dans une de leurs espèces, le cachalot, qu’on appelle mucar , et f[ui lui fait à son tour une guerre à mort.

Le requin suit les vaisseaux, il est très dangereux pour rhomme qui tombe à la mer. On cite le cas d’une embarcation qui chavira dans les parages de S* -Hélène. Sur quinze hommes se sauvant à la nage, treize furent successivement dévorés par les requins que les poursuivaient.

Cependant, malgré l’effroi qu’inspirent les requins, il y a des nègres au Sénégal et sur divers points de la côte d’Afrique, qui ont l’audace de les tuer à coups de couteau, au moment où ces affreuses bêtes se mettent sur le côté, ouvrant la gueule pour les saisir.

Le requin paraît, dit-on, phosphorescent la nuit, quand il nage à la surface de l’eau.

Un fait bien remarquable et dont nous avons tous été témoins à bord de la Dryade, c’est la navigation qu’il fait de compagnie avec un petit poisson, Ion g" de 15 à 18 centimètres, se tenant le plus souvent au-dessus du dos du requin, ou sous une de ses nageoires pectorales, pour nager de conserve avec lui. Frappés de cette association, qui fait rarement défaut, les navigateurs ont pensé que le petit poisson servait de conducteur au requin, et de ce fait l’ont appelé son pilote, d’où le nom de naucrates ductor , que lui ont donné les naturalistes, et que vulgairement on appelle fanfre. On le trouve en troupe dans divers parages, notamment dans les eaux de l’ile de Sardaigne. Mais il n’y en a jamais qu’un avec le requin, sous la protection duquel il voyage, tout en lui rendant le service d’éclaireur. Il le précède, va, vient et se réfugié près de lui, pour se garer d’autres poissons qui le dévoreraient. Ceci nous paraît d’autant plus vraisemblable, qu’après la capture de notre requin, le pauvre pilote a erré de part et d’autre, à l’arrière et sur les côtes du navire, non pour prendre de la nourriture, car il a tout refusé, non-seulement les amorces des lignes qu’on lui a tendues, mais aussi toutes les autres parcelles de divers appats qu’on lui a jetées librement. II était inquiet, éperdu, pressentant d’instinct le danger de son isolément en plein Océan, sans son protecteur adoptif. Aux approches du Cap, une nouvelle capture de requin, nous a permis de vérifier de nouveau cet intéressant détail d’histoire naturelle.

Goélands bruns et noirs. — Pétrels. — Hirondelles de mer. — Albatros. — Durant plusieurs jours de notre navigation dans l’hémisphère austral, nous sommes restés entre mer et ciel, sans qu’aucun être animé donnât signe de vie, et ce n’est pas la moindre de nos impressions de nous être . trouvés ainsi flottants dans l’immensité, nous devrions dire dans le vide de la nature morte. Aussi ce fut pour nous une agréable surprise, après avoir laissé les alcyons sous l’équateur, de voir reparaître' sous le tropique austral de nouveaux oiseaux, suivant notre sillage : c’étaient encore des espèces de goélands, mais plus gros et à plumage foncé, des pétrels à manteau brun et à manteau noir. Les pétrels, ainsi que plusieurs autres oiseaux des genres palmipèdes de mer, dont nous allons parler, appar-

DE L’ÉQUATEUR AU CAI» DE BOt\NE-ESPÉRANCE .

tiennent à la famille des longipennes ou grands voiliers. Les oiseaux de cette grande famille, semblent se complaire à mesurer l’étendue des Océans, du nord au midi et de l’est à l’ouest, aussi sont-ils cosmopolites, à l’exception d’un petit nombre d’espèces grises et brunes, qui ne s’écartent pas des régions intertropicales, et des paille-en-queue, qui hantent de préférence les régions équatoriales de l’Océan indien. Toutefois, ils ont tous un lieu de prédilection, selon les parages, pour faire leur ponte annuelle, et ee sont ordinairement les rochers escarpés, ou les sables arides qui bordent les mers et les îles. Hors ce temps, qu’ils passent en terre ferme, ils quittent peu la haute mer, et se plaisent à braver les Ilots et les orages. Toujours en course, ils ne s’arrêtent que quelques secondes h la surface de l’eau, sur laquelle ils surnagent en tenant leurs ailes relevées, à demi ouvertes. Ils plongent rarement, c’est surtout à la surface qu’ils saisissent poissons ou détritus, soit en se posant, soit surtout en rasant l’eau, comme l’épervier rase la terre.

Les membres, très nombreux et très variés de taille, de forme et de plumage, de cette innombrable famille, ont cependant tous le même type, et sont caractérisés par l’étendue du vol qui leur est commune, le bec à pointe supérieure crochue et leurs pieds palmés à trois doigts, avec un ongfet au talon. Les principaux genres que nous avons. trouvés en route sont les pétrels, les mauves ou goélands à manteau brun, les mouettes, les sternes ou hirondelles de mer, dont une grosse est toute noire, mais surtout l’albatros, le plus gros et à la plus grande envergure de tous ces oiseaux de mer.

Entre tous les habitants qui planent sur la haute mer, les pétrels sont les plus infatigables, les plus hardis à s’éloigner, on pourrait dire à s’égarer sur les Océans, car il en est qui font des voyages de plus de 5,000 kilomètres. Quelque loin que les navigateurs soient allés, en latitude ou en longitude et jusqu’aux pôles, ils ont toujours trouvé des pétrels, planant dans les parages les plus lointains, comme les plus orageux. Pourvus de longues et puissantes ailes, munis de pieds palmés, ces oiseaux ajoutent, à l’aisance et à la légérelé du vol et à la facilité de nager, la singulière faculté de marcher et de courir sur l’eau.

Malgré leur audace à braver la fureur des flots, les pétrels, dit-on, quand ils sont surpris par une tempête trop violente et trop prolongée, sont quelquefois forcés de chercher un refuge sur les navires qu’ils rencontrent, et cette particularité d’être en pareil cas, les seuls témoins de l’audacieuse intrépidité de l’homme et ses compagnons, leur a valu le nom d'oiseau des tempêtes .

Peu de jours après l’apparition des pétrels ou goélands bruns et noirs, nous avons eu, à b 00 lieues du Cap de Bonne Espérance, celle des albatros, grands oiseaux blancs et gris, du môme genre, mais qui remportent pour hi taille, comme l’aigle sur le pigeon.

C’est donc avec raison que l’albatros, Diomedea, est appelé le roi des palmipèdes. Disons toutefois que, malgré sa grande envergure, son col

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court et son plumage, lo plus souvent môle de gris ou de noir sur le dos et les ailes, ne lui permettent pas de rivaliser d éclat et d’élégance avec le cygne de nos étangs. Il est vrai (pie si ce dernier est le plus élégant des nageurs, pour planer l’albatros est le plus majestueux de tous les grands voiliers. Ils fréquentent les mers australes et surtout les parages du Cap deBonnc Espérance et du Cap Horn, et sont appelés par les marins moulons du Cap j car lorsqu’ils planent à la surface de la mer, de loin leur plumage blanc les faits ressembler à la frisure blanche des vagues ou lames qui moutonnent. 11 y en a de tout à fait gris et noirs, avec le bec noir et que les marins appellent des malamoques.

Avec de nombreux albatros nous avons vu des nuées de pétrels, de goélands blancs, gris, bruns et noirs, dits cordonniers , des fous, des mouettes et des hirondelles de mer, le long des côtes des trois îlots de Tristan d’Achuna, par 57° de latitude sud et 14° de longitude ouest. Au pied du cône principal, sur la pente de l’est, nous avons aperçu des cultures, un troupeau de bœufs et. les maisons d’un hameau, qui fut fondé, dit-on. par une famille suisse. C’est bien le refuge le plus isolé du monde que nous ayons rencontré.

Des algues flottaient en quantité et de grande dimension, notamment une à longs rameaux fibro-gélatineux, avec de gros bulbes ou nodus alternés, formant, par leurs appendices frangés et colorés, en quelque sorte, des calices violets. Cette thalassiophyte, qui n’est ni le fucus vésiculosus ni le fucus nodosus , pourrait être comparée à une balsamine dépouillée de feuilles, mais avec sa fructification considérablement grossie dans toutes ses proportions. Noos ne saurions donc donner une meilleure idée de tout son ensemble et de sa couleur qu’en l’appelant balsamine de mer. Nous avons vu aussi une autre algue des tropiques, espèce de laminaria , à longs rubans d’un beau jaune orangé de la largeur des feuilles d’aloës, c’est le baudrier de Neptune.

Le Cap de Bonne Espérance. — En mer le fi février 1 8 fi 0 , à midi, le point indiquait que nous n’étions plus guère qu’à une trentaine de lieues du Cap. Beau temps, thermomètre 18°, brises fraîches, lames moutonnées. Le soir la mer était grosse, de grandes vogues, comme on en rencontre d’ordinaire dans ces parages, arrivant amoncelées par l’arrière, semblaient devoir nous submerger; mais elles glissaient sous la quille de la Dryade, qui malgré sa grande masse était soulevée comme un frêle esquif, pour retomber alternativement dans des sillons de 8 à 10 mètres de profondeur, avec un fort roulis. Un beau clair de lune éclairait l’horizon, et l’on voyait voler pétrels, satanites et albatros, donnant, avec leur infatigable activité, la chasse aux poissons, comme dans le jour, par une nuit splendide.

Le lendemain, à fi heures du matin, nous avons salué, d’un regard d’admiration, un de ces magnifiques panoramas qui font époque dans les souvenirs du touriste. L’extrémité sud de l’Afrique surgissait à l’horizon, comme les dentelures d’une immense couronne obsidionale, sortant du

LE CAP DE BONNE- ESPÉRANCE

sein des eaux de la mer australe. Cette extrême pointe, justement appelée le Cap des Aiguilles, l’Âgulhas , soit pour ses nombreux pics granitiques, soit, disent les marins, parce que, jouant le rôle d’un puissant aimant, il fait affoler les aiguilles des boussoles ou compas de mer, ce Cap, disons-nous, est un jalon marin qui indique le point de partage des eaux de l’Atlantique de celles de l’Océan indien. Aussi le désigne-t-on encore sous le nom de coin de mire.

Les sommets aiguillés retenaient encore condensées les frisures d’une légère brume, qui resplendissaient au soleil levant, et nous allions toucher à l'autre extrémité de cette terre d’Afrique, dont l’intérieur reste encore un mystère, malgré les tentatives réitérées de hardis explorateurs.

La couleur des eaux de la mer, aux approches du Cap, est de couleur vertolive. Beaucoup d’algues ou fucus flottaient à la surface. Parmi ces grandes espèces de goémons, il y avait surtout de nombreux échantillons de cette algue bulboso-laminaire, à laquelle ses larges feuilles spatulées, comme celles de l’aloës, sont développées sur une forte base d’implantation, dénotant un violent arrachement et tombant en touffe, succédant à une longue tige cylindrique, très grosse à la base, et s’amincissant en s’allongeant vers les rameaux. On l’appelle, communément au Cap, et non sans quelque similitudes de formes, le bambou de mer. Nous en donnerions une idée bien plus exacte, similitude pour similitude, en disant que cette algue gigantesque ressemble moins au bambou, qu’à une de ces belles plantes d’aloës d’Algérie, qui n’atteignent leur complet développementque tous les sept ans, avec feuilles, grande tige et rameau, moins la couleur, qui est brune, celle des olives macérées. Donc le nom d’aloës de mer lui conviendrait mieux que celui de bambou de mer.

Quand cette algue, arrachée de la mer, flotte à la surface des eaux, les racines et les rameaux sont plus ou moins immergés, mais sa longue tige infléchie ou courbée, lisse et lubrifiée, surnage ressemblant assez à une longue et grosse anguille, ou plutôt avec l’ondulation des vagues à un gros et long serpent, car le bambou de mer peut atteindre parfois 15 à 20 mètres de longueur. Telle serait la cause de la grosse illusion que des navigateurs ont pu se faire de bonne foi, sur les prétendus gros serpents dormanl à la surface de la mer, et tant de fois signalés par le ci-devant Constitutionnel.

Beaucoup d’oiseaux volaient au-dessus des eaux; c’étaient encore des albatros, mais de plus petite taille que les Diomedeci , planant et fondant comme des éperviers, des pétrels bruns, procellaria æquinoxialis , desgannets où oies de Soland qui hantent de Cap des Aiguilles.

A mesure que nous approchions de la rade nous étions entourés de cormorans au plumage noir, volant en troupes comme des oies ; des nuées de pétrels mauves, de goélands plongeurs, tous oiseaux qui sont d’autant plus nombreux qu’on leur donne une inviolable hospitalité sur la rade de Cape-Town. Sur l’eau, et toujours nageant et plongeant, étaient aussi de nombreux manchots plongeons à plumage gris et rayé de noir sur la tète, c’est le sphenisevs denier. su sphénisque du Cap, dont les ailerons

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rudimentaires ont au lieu de plumes, des canons pileux, et sont impropres au vol.

En s’approchant de terre on voit paraître à fleur d’eau, vers le milieu de la rade, un îlot bas et sablonneux appelé nie Robin. On en a fait un lieu de détention, pour ceux des chefs cafres qui, ayant été faits prisonniers, sont gardés à vue sur cet îlot, qu’on pourrait mieux appeler l’ile aux faisans, vu le grand nombre des beaux oiseaux de cette espèce qui en font, pourrait-on dire, une volière à ciel ouvert.

Fréquemment, dans ces parages, les navires et les embarcations sont suivies par des troupes de marsouins et de phoques, pendant que des méduses et des galères flottent sur les eaux, au milieu d’algues allant à la dérive des courants et des remous de la mer.

Nous quittions les brumes de l’Océan et une température presque fraîche, pour arriver sous la réverbération d'un vaste hémicycle, rocailleux gris et rougeâtre comme de la ponzzolanne. Aussi sur rade la température était-elle à bord, à l’intérieur de nos cabines, à 23° centigrades. Des goélands,des cormorans, des mlùichots plongeaient à qui mieux mieux, prenant force poissons. Les sardines surtout qui y foisonnent font leur principal aliment. Ces poissons, pourchassés par d’autres, vont s’échouer par bancs à la plage, et c’est plaisir à voir des enfants, sur les débarcadères, jeter à l’eau des lignes à quatre hameçons adossés, non amorcés, les immerger pour les retirer brusquement, et manquer rarement d’en accrocher quelques-uns au passage. Après les sardines et les maquereaux, ce qui abonde le plus dans la rade de Cape-Town, dans laquelle se jouent quantité de marsouins quand il vente frais, ce sont les homards fort beaux et excellents. Tous les navires au mouillage, en laissant tomber leurs trémails en prennent en très grand nombre; aussi ces crustacés sont tellement abondants sur le marché, que pour 25 centimes on peut choisir parmi les plus beaux. Les huîtres de la rade sont grosses et peu recherchées, on ne les drague pas.

En quittant le bord où l’air est presque toujours frais, excepté sous l’équateur, l’impression la plus marquée c’est, le grand changement de température. La sensation de chaleur est d’autant plus vive qu’elle contraste davantage avec la température de la haute mer. De nombreux enfants se baignaient sur la plage, car nous devons le répéter, le mois de février au Cap c’est l’équivalent du mois d’août en France. Aussi en raison même de la chaleur, avons nous eu tous les fruits de la saison : melons, pastèques, ligues, raisins, les muscats rouges surtout; des légumes en abondance, d’autant plus agréables pour les débarqués, qui en étaient réduits à bord aux conserves et aux salaisons. Le bœuf et le mouton du Cap sont excellents, aussi est-ce un point de relâche et de ravitaillement très fréquenté par les navires.

Cape Town fut fondé en 1(532 par Van Riebeck, cent-sdixanle-six ans après la découverte du Cap par Vasco de Gaina, en 1497. Déjà onze ans auparavant, en 148(5, il avait été entrevu par Diaz. En remontant plus avant

LE CAP DE BOXNE-ESPRIUNCE.

dans l’histoire, il est à croire que l’extrême pointe sud de l’Afrique avait été reconnue par les Phéniciens, dans leur voyage de circumnavigation, sous Phnraon-Neko. La ville du Cap, dont la population et de 25,000 habi" tants, est d’un coup-d’œil agréable, sur un plan presque horizontal, au pied de la roche dite Table du Cap. Les rues tirées au cordeau, parallèles et perpendiculaires les unes aux autres, se coupent à angle droit, et en font un véritable damier d’habitations gracieuses, au-dessus desquelles voltigent surtout des hirondelles toutes noires, se rapprochant des martinets, mais n’ayant pas leur cri.

, La maison portant le n" 2 à Strand-Street, est celle dont Lacaille avait fait son observatoire, pour mesurer l'arc du méridien. Le premier jalon qui servit de base, comme point de départ de ses opérations, commencées en 1751 et finies en 1755, est recouvert d’un capuchon en maçonnerie sur le quai, en face du débarcadère. Ilerschell à son tour passa trois ans au Cap, dont la pureté de l’atmosphère est si favorable à l’observation astronomique.

Au haut de la partie centrale de la ville, montant un peu en plan incliné, est le jardin de la compagnie des Indes, coupé dans sa longueur par une grande allée de chênes de Hollande. Parallèlement est un magnifique jardin anglais avec ses gazons, ses allées qui serpentent à travers des végétaux d’Europe, d’Afrique, de l’Inde et d’Australie, car il y a de grands arbres de la Nouvelle-IIollande. Beaucoup d’espèces algériennes s’y trouvent, cependant, en somme, l’Algérie a une température et une végétation beaucoup plus tropicales que le Cap. Ici les cactus sont rabougris, à peine a-t-on quelques rares échantillons de palmiers qui ne fructifient pas bien entendu. Il y a des tiges d’aloës sur les bords de la rade, mais qui, là du moins, n’ont pas la belle venue de ceux d’Alger. Nous n’avons vu ni cotonnier ni caféier, ni oranger; il faut aller sur la côte est Vers Port-Natal et Angola pour en trouver des spécimens. C’est aussi de ce côté qu’on cultive la canne à sucre, l’indigotier, les bananiers, les ananas, mais tout cela sur d’assez faibles proportions. Le riz et l’orge sont surtout récoltés dans le Namaqualand, sur le versant ouest au pays de la rivière Orange. Le blé, le maïs, la pomme de terre et l’igname prospèrent dans une colonie portugaise vers le 25° de latitude. La vigne cesse de produire vers les tropiques, mais réussit très bien du côté du Cap, les abricots, les fraises, les groseilles, les cerises, les pommes, les pêches, les figues, les noix, les poires, sont les fruits des jardins; les framboises et les châtaignes sont à une altitude plus élevée aux flancs des montagnes.

Les produits médicinaux, tirés de la flore du Cap. sont : l’aloës, l’huile de ricin, le stramonium, l’euphorbe, la gomme.

Au bas du jardin anglais est le musée d’histoire naturelle, peuplé des nombreux animaux d’Afrique, depuis l’oiseau-mouche sucrier, au casoar et à l’autruche. Le plus gros de tous les quadrupèdes est un énorme hippopotame. Il n’y a pas d’éléphants, bien qu’à moins de cent ans en arrière, ils vinssent jusqu’aux portes du Cap. Aujourd’hui, pour retrouver la

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plupart de ces grands animaux, de môme que les tribus de Cafres et de Hottentots, il faut aller, comme le lit le naturaliste Levaillant (1780-84), a quelques centaines de lieues dans l’intérieur des terres, où l’on peut voyager sur un long parcours, avec des relais de poste, que vont bientôt distancer les chemins de fer.

Les Hollandais d’abord, puis les Anglais, ont refoulé les indigènes, mais gardant comme eux, pour principale production du pays, les troupeaux de bœufs, de buffles, de moutons, tant pour la viande et les suifs, que poulies peau et les laines. Le mouton du Cap, comme celui de Constantinople, aune large queue plate, volumineuse, qui est une énorme pelote de graisse. Le bœuf est fin et délié de formes ; son poil est lisse, démésurément longues sont ses cornes, comme celles des bœufs delà campagne de Rome. On voit en ville des chariots de campagne, attelés de douze, de seize, de vingt de ces beaux animaux, deux par deux, qu’un conducteur précède aux tournants, pendant qu’un autre, avec un très long fouet, au bout d’une longue tige de bambou, presse leur pas rapide. Des attelages analogues se font avec de. très jolis mulets, et plus encore avec des chevaux non ferrés, légers, bien entretenus, tenant beaucoup du cheval arabe. Ce luxe d’attelages s’explique par la richesse des pâturages, et le niveau accidenté des makis à travers lesquels passent des chemins difficiles et effondrés, comme aussi de belles roules jallonnées parties villas, ombragées d’une végétation presque tropicale, et encadrées de pins maritimes et de pins parasols, comme les villas romaines. C’est au pied des contreforts de la montagne de la Table, du côté de l’intérieur des terres, que se trouvent, dans les quartiers appelés Constantia , les clos de vignes, donnant d’excellents raisins muscats blancs et rouges, dont les produits sont goûtés sous le nom de vin de Constance (l).

Par continuité d’analogie entre le sud et le nord de l’Afrique, après une course à cheval à travers les cottages et la plaine du Cap, nous sommes rentrés en ville le soir avec les chaudes bouffées d’un sirocco soufflant du nord, c’est-à-dire de l’intérieur des steppes : cette contrée, par 54° de latitude sud et 16° de longitude est, constitue bien un pays chaud, peut-être à un moindre degré qu’à pareille latitude nord, mais la température de l’extrême pointe de l’Afrique australe, paraît plus uniforme, par le tableau ci-après pour l’année 1858.

Extrait des registres météorologiques du phare du Cap de l'Agulhas , 54° 49 lut. sud, 20° long est ( à 200 mètres au-dessus et au bord de la mer).

Thermomètre centigrade,

mois.

maximum .

minimum jours de pluie

Janvier

16“ lt

Février

A reporter 18

(1) Les premiers ceps de ces vignes furent importes au Cap par des familles protestantes, émigrées du Diois en Dauphiné. Aussi avons-nous retrouvé au Cap les raisins de notre pays.

LE CAP DE BONNE-ESPÉRANCE

Theimonnitre centigrade,

mois.

maximum.

minimum. jours

; de pluie.

Report

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Total 83

Le baromètre a oscillé entre 29 pouces et 30,3.

Il y a au Cap des noirs, Ethiopiens, nègres affranchis, des Indiens, des Malais de Java qui sont mahométans ; des Chinois, des mulâtres, des Hollandais, quelques Allemands et Portugais, des Anglais ; quelques Cafre9, de très rares Hottentots en ville, mais un nombre plus considérable occupés aux travaux de la campagne.

Population de la colonie du Cap.

Blancs 119,000

Malais 6,000

* Nègres .... 1,700

Gens de couleur. . 130,000

Divers 11,000

Total 268,200 (1)

Dont près de cent mille pour les villes et les villages. Les autres sont disséminés, dans les fermes des nombreux districts de la colonie, qui s’étend sur une surface de 220 lieues en largeur sur 80 de longueur.

Le climat du Cap est sujet, tour à tour, à des sécheresses extrêmes et à des inondations exposant à leurs pernicieuses influences et le règne végétal et le règne animal. Nous reviendrons sur l’étude de cette intéressante contrée au point de vue médical, complétons ce que nous avons à en dire, sous le rapport anthropo-zoologique, par ce que nous avons vu au muséum d’histoire naturelle.

Muséum du Cap. — • Le conservateur du cabinet d’histoire naturelle, M. Layard, dont nous avons eu l’avantage de faire la connaissance, a obtenu, par ses efforts persévérants, la création d’un local monumental, au bas de l’enceinte du jardin des plantes auquel il fait face. Cet édifice est destiné tant aux collections du muséum qu’à la bibliothèque publique. Il y a deux principales et grandes salles, l’une au premier étage est la principale, l’autre au rez-de-chaussée servant de laboratoire, pour la préparation des

(1j En 1860.

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animaux. Nous avons examiné surtout les diverses variétés des espèces ayant un ‘cachet locai. Nous n’en dresserons pas le catalogue après un simple aperçu fait à vol d’oiseau, mais nous en mentionnerons les principales particularités. La plus frappante, dans la salle basse, c’est un groupe de statues moulées et peintes sur nature de divers types Cafres, Hottentots, Boschiinans. Ceux-ci dont le nom Bushmen ou Bojesmans, veut dire hommes des taillis, appelés aussi Saabs et Ilouzouanas, sont les peuplades les plus sauvages, les plus abruties de toute l'Afrique, au nord de la colonie, vers le désert de Kalihari. Ils vivent dans les bois sans feu ni lieu, mangeant tout crus des animaux, des insectes, des fruits, des racines. Ils errent dans les montagnes et grimpent sur les arbres comme les singes babouins leurs voisins, dont ils diffèrent peu pour la sauvagerie. Ils ne sont guère plus grands que des Lapons, ils ont le front bas et aplati, les pommettes saillantes et saillante aussi la mâchoire supérieure. Les yeux sont petits, les cheveux crépus, les lèvres plutôt tirées que grosses. Leur aspect rappelle celui des momies égyptiennes. On reconnaît à leurs traits l’origine européenne, mais leur teint est plutôt cuivré que noir. Une particularité des femmes Boseliimanes, c’est d’être cambrées d'une façon exagérée; toute la partie postérieure du bassin par suite d’un angle sacrovertébral très marqué, est fortement portée en arrière et très proéminente. L’inclinaison des os du bassin est telle que le sacrum est presque dans un plan horizontal.

C’est, en un mot, comme pour les singes qui se levant sur leurs pattes de derrière, n’arrivent pas à se redresser complètement. Cette particularité des femmes Boseliimanes, que les hommes offrent à un moindre degré, est un trait de plus d’animalité. Les muscles fessiers sont très développés et de plus surchargés de graisse, en hiver surtout, car cet état graisseux, comme celui de la bosse du chameau, diminue en été par les chaleurs, les fatigues et les privations, pour s’accroître de nouveau en hiver. Mais disons le bien, cette exubérance anatomique et graisseuse de toute la région fessière constitue, si l’on veut, une hypertrophie tutius substantiœ, mais nullement un appendice caudal, comme une confusion de langage a pu le faire supposer d'après certaines relations sur celte particularité. Un double tablier de peau forme une sorte de jupon très court, qui est tout leur vêtement. Une autre large lanière roulée en écharpe, etpassée en sautoir su r les épaules, sert surtout, quand elles nourissent, à porter leur enfant sur le dos, mais reposant assis ou à cheval, sur ce qu’on peut appeler l’arrière-train de ces femelles. Les filles ont un tout petit tablier de chasteté très étroit, triangulaire, se terminant par la pointe en deux languettes flottantes. Les Boscliimans appartiennent aux premières souches des Hottentots, mais ceux-ci sont déjà pasteurs et un peu agriculteurs, tandis que les premiers sont tout à fait sauvages, et constamment en guerre avec eux. Les Hottentots, refoulés dans les contrées qu’arrose la rivière Orange, sont d’une taille un peu plus élevée que les Boschiinans, mais d’assez pauvre constitution euxmêmes. Ils ont le teint, la couleur de la peau, brun cuivré ou olivâtre, les

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cheveux crépus, Iainés par peliles touffes, et leur langage ira de rapport avec aucune langue parlée. De taille au-dessus de la moyenne, en partie détruits par leurs ennemis, refoulés par les Européens, cette race achève de dégénérer dans l’abus effréné de l’alcool, le brandy, qui est l’opium duCap. 11 y a en outre une peuplade appelée les Bâtards; ce sont les Griquas, métis de Hollandais et de Hottentots, formant tribu indépendante au nord de la rivière d’Orange, où sont les grandes cascades des Aukrabies. Les nègres pillards sont, du côté de Berg. Damaras, dans les déserts, ce que les Touaregs sont dans le Soudan ; tandis qu’une branche cafre, les Betjounas, qui sont entre les nègres et les Cafres, propremenldits, agriculteurs fixes et artisans, représentent les Kabyles de l’Algérie. Les Cafres occupent le versant est de l’extrémité sud de l’Afrique, le long des côtes de l’Océan indien. Ils sont plus grands et plus forts, et bien qu'appartenant à la famille noire, leur teint est plutôt celui du mulâtre que du nègre. Les uns et les autres ne sont point velus, leur peau est brune, lisse et sans poils. Leur tête rasée porte sur le sommet une petite touffe crépue. Les Cafres sont pasteurs et nomades, polygames, idolâtres et très belliqueux. C’est contre eux que les Anglais sont encore obligés d’entretenir des postes avancés qui, comme les nôtres en Algérie, sont exposés à des retours offensifs.

Parmi les types cafres du musée, il y a un guerrier ressemblant à un Kabyle dont il porte le tablier pour tout vêtement; il est dans l’attitude du combat tenant, un bouclier de peau de buffle d’une main et de l’autre un javelot qu’il va lancer. A côté est un autre Cafre vigoureux aussi, dans la pose d’un danseur. Il a une ceinture en lanières de peau tordue avec ses poils ; des jambières et des manchettes de même nature ; un plastron et des bracelets en laiton, un collier de dents de léopard et de panthère; une crinière faite d’une queue d’antilope; il tient un arc, et son carquois est garni de flèches empoisonnées.

Les Hottentots et les Cafres dont les Gonaquas ne sont que les métis, viennent, selon toute probabilité, de vieilles migrations égyptiennes. Les Hottentots, successivement refoulés du nord au sud dans les déserts africains, ont subi une forte dégénérescence de race à travers les temps, les climats et les plus dures privations. Les Cafres seraient venus bien postérieurement et plus directement par mer, sur les côtes du Zansibar, et n’auraient pas souffert autant dans leurs émigrations, dans tous les cas beaucoup moins anciennes. Telle est l’opinion émise parmi les ethnologistes du Cap, et notamment par M. Layard. Entre autres particularités il nous citait celle-ci : des haricots provenant d’anciens tombeaux égyptiens, ont donné des haricots identiques à ceux que les Hottentots seuls au monde cultivent encore. De plus leurs chiens sont l’image vivante de ceux qui sont figurés sur les hyérogliphes.

En achevant notre examen des Cafres, nous fûmes surpris d’un fort bruit de souffle sibilant, sortant à travers les mailles de la mince toile métallique d’une vitrine. Sistepede ! C’est le serpent souffleur du Cap, une vipère grosse comme un petit boa, et dont il faut bien éviter la morsure,

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car elle est mortelle en quelques minutes. Ces serpents et autres espèces sont très répandus dans les environs, et c’est autant pour les détruire et les éloigner, que pour faciliter les défrichements, qu’on brûle annuellement de grandes étendues de makis et de broussailles, ainsi que le font les Arabes à l’autre extrémité de l’Afrique. Comme très venimeux encore, on cite le petit scorpion gris du Cap; mais ceux dont nous avons observé 1’efl‘et des piqûres en Algérie, nous tiennent en grande réserve sur la prétendue létlialité du venin des scorpions.

Les bètcs fauves, petites et grosses, ont été refoulées avec les sauvages, surtout vers la rivière Orange. Le dernier lion, tué près delà ville, fut abattu il y a déjà longues années par un Hollandais, vieillard aujourd’hui (1800), et sur le monticule même qu’on appelle la croupe du Lion, monticule maintenant dénudé, portant la tour des signaux, mais alors recouvert d’impénétrables broussailles. Toutefois les lions ne sont pas rares dans l’intérieur, et parfois ils viennent jusque dans les villages, pour ravir veaux, chiens, moutons et autres animaux, quand ils ne s’attaquent pas à une proie humaine. Plusieurs se font prendre à ce jeu là : On citait la femme d’un colon qui pour sa part en avait tué 19, cette autre amazone à la carabine est j au sud de l’Afrique, la digne émule du tueur de lions en Algérie.

Il n’y a pas d’éléphant au musée, mais il sera facile, quand on voudra s’en donner la fantaisie, d’y faire figurer vivant même quelque descendant de ceux qui venaient autour de la ville, il y a moins d’un siècle, et relégués aujourd’hui à 150 lieues, dans le Knysma, pays des rhinocéros, des buffles et de milliers d’antilopes.

Les girafes et les chameaux hantent les plaines désertes, au-delà du 16° degré de lattitude, où l’on rencontre aussi les autruches. Ces dernières viennent même à Gomilles dans les plaines du Zwartland.

Les crocodiles sont nombreux dans les rivières des plaines de Lisupopo. Le doyen de taille de tous les animaux du musée est un hippopotame, le plus gros que nous ayons vu. Deux hippopotames vivaient en paix, dans une portion de fleuve enclavée dans la propriété d’un colon à Berg-River, (fleuve de la montagne), survint un fils dénaturé (de l’hippopotame s’entend), qui grandit en force et en férocité. Il éventra son père à coups de dents, ce sont les restes délacérés de ce dernier qu’on voit empaillés au musée, il a onze pieds de longueur, sur cinq de hauteur, et sa rotondité est celle d’un éléphant. Un rhinocéros bicornis parait petit à côté. Des têtes de rhinocéros isolées montrent, très évidemment, que la corne de rhinocéros n’est pas implantée dans les os nasaux, mais simplement juxtaposée par une base cartilagineuse cornée. Cette corne n’est ni osseuse ni éburnée, c’est une production épidermique pileuse, formée, dirait-on, par agglomération de longs poils parallèles. C’est une sorte de plique cornée. Chez le rhinocéros bicornis, ayant deux cornes sur la ligne médiane du nez, la petite plus rapprochée des yeux, ne prend son complet développement que si la première est arrachée ou tombe. Il y a un fort beau zèbre, de la taille d’un mulet

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arabe. La chasse au zèbre se fait à cheval et au fusil, c’est une chasse à courre très attrayante, où le cheval dompté et bien manié l’emporte de vitesse sur cet âne sauvage, vivant en grandes troupes dans les plaines de Val-Hiver, au sud de la république hollandaise de Transwal, vers le pays des Cafres. Non loin de l’hippopotame est un buffle moins gros, mais moins laid que le buffle des marais Pontins. Il ressemble plutôt au bœuf noir, n’étaient ses grosses cornes rugueuses et écaillées, très larges et aplaties à la base, de façon à former, de chaque côté de la tête, une calotte à carapace fortement striée en travers, et d’une palme de largeur.

Au milieu d’un groupe très nombreux d’antilopes, parmi lesquelles nous avons trouvé des analogues avec certaines espèces du Sahara algérien, nous avons remarqué le gemsbuck pryx capenns, antilope dont les deux longues cornes droites, et portées exactement parallèles en arrière, se confondent en une seule vue de profil. C’est probablement cet animal qui, ayant de plus une queue à longs crins, a donné lieu à la fable de la licorne. De grandes antilopes aquatiques, fréquentant les marécages et les rivières, ont leurs sabots fourchus, allongés et recourbés, appuyant sur la base par leur convexité en s’élargissant. Elles peuvent ainsi passer par où d’autres animaux seraient empêtrés. Par contre, tout à côté est un bouquetin plus petit que notre chamois, qui repose par la pince de ses sabots droits, courts et pointus; sur des aspérités de rochers sur lesquels il bondit. Il y a aussi le bouquetin des Indes, ou musc, petite miniature du genre, aux poils rudes et cassants. La plus grosse de ces antilopes a des cornes et une tête de bœuf, une queue à crinière de yack; c’est le bubale appelé aussi bœuf d’Afrique, vache-biche, ou taureau-cerf, qui va par petites troupes dans les déserts. Nous n’avons pas trouvé de mouillons ,à manchettes, comme ceux du Djebel-Amour, ni d’aussi fines gazelles que celles du Sahara algérien.

Le roi des animaux, le lion, fait assez triste figure parmi ses vassaux delà race féline, panthères, léopards, guépards etc. Notons qu’il n’y a pas de tigres dans la faune des environs du Cap, où l’on trouve le cochon sauvage et le sanglier. Le chacal du Cap, canis meromelas, est très répandu. Il y a aussi des loups et des chiens sauvages. Il est opportun de signaler à ce propos que, comme en Algérie, avant la venue des Français du moins, la rage est tout-à-fait inconnue au Cap.

Parmi les phoques ou otaries du musée, nous avons remarqué le phoque noir à crinière, appelé le lion de mer. Après des crocodiles et autres sauriens sont des squales, à côté desquels est appendue une énorme mâchoire de requin. Ses deux arcs articulés, forment un cerceau à travers lequel deux hommes passeraient sans toucher. Les requins, en effet, et les baleines aussi, fréquentent les parages du Cap. On a même remarqué que, depuis quelques années, les cachalots ont de la tendance à revenir se réfugier sur la côte d’Afrique, entre le Sénégal et le Cap, où sont des baies profondes; etllorsbourg affirme, dans ses instructions nautiques, que plusieurs fois des navires ont heurté, par mégarde, des baleines endormies près

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du Cap des Aiguilles, où naguère on les pêchait. Dans ces parages arrivent parfois aussi, en hiver, des glaces flottantes venant des régions polaires antarctiques.

Oiseaux , insectes etc. — Les rapaces forment, au musée, une imposante assemblée, dans laquelle figure au premier rang le hel aigle brun du Cap, à jabot ou plastron noir et à ventre blanc. Ses voisins, vautours et condors, sont pourtant de bien plus grande taille. Parmi les faucons s’en trouve un venu de la Nouvelle-Hollande, le faucon blanc qui, à la faveur de son plumage, se glisse traîtreusement au milieu des blancs kakatoès des Moluques, et en déchire toujours quelqu’un des serres et du bec, avant que ces naïfs perroquets se soient aperçus de l’intrusion d’un faux-frère. Un autre oiseau qu’on voit rarement, marqué de blanc encore, c’est le corbeau a collier blanc. Parmi les gallinacées de toute espèce, faisans, outardes, gangas, perdrix etc., un collier azuré distingue les belles pintades de Madagascar. A propos'de cette île, mentionnons des ossements fossiles du dodo, disparu depuis quelques siècles, et un oiseau plus grand encore pareillement disparu, l’épyornis, dont le volume des œufs est à celui de l’œuf d’autruche, domine ce dernier esta l’œuf de dinde. En effet, les œufs d’épyornis trouvés en 1850 à Madagascar, ont une capacité d’environ huit litres. Les malgaches en font des vases.

La collection des palmipèdes est très complète. Nous y avons retrouvé surtout nos compagnons de voyage, fins voiliers, goélands et pétrels, et les grands albatros. 11 y a notamment des pétrels damiers, ainsi appelés de leur plumage blanc et noir, qui sont d’ordinaire des oiseaux familiers des parages du C^ip. Or, ni avant notre relâche, ni depuis, nous n’avons pas aperçu un seul damier, durant notre navigation. M. Gérard Relit, voyageur naturaliste que nous avons rencontré à Cape-Town, revenant d’Australie, a fait la même remarque. Il n’est pas probable que l’espèce pétrel damier ait été détruite, mais il est à croire que quelque cause physique les aura fait émigrer vers d’autres latitudes. En tête des pétrels se distinguant des autres oiseaux de mer, par la réunion de leurs narines en un seul tube surajouté au dos du nez, se trouvent les grands pétrels gros comme des albatros, ayant un peu de noir aux ailes, qu’on voit^sur le Cap des Aiguilles quand il fait beau, et que Ilorsbourg désigne sous le nom de gannels ou oies de Soland.

Viennent ensuite des oiseaux h plumages richement colorés : les colibris, les martins-pêcheurs, les sucriers, les guêpiers, dont un a queue en raquette, les huppes, les perroquets, l’ibis rouge, les oiseaux de paradis, font scintiller les vitrines de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Il y a de précieuses collections do coquillages, et surtout d’insectes très méthodiquement classés. L’entomologie est la spécialité de M. Layard. Il a rapporté de nombreuses espèces de Ceylan. Sa collection de papillons est très belle. Parmi les grandes espèces, il en est une très rare de Ceylan, qu’il n’a pu atteindre qu’à coup du fusil à cendrée. A côté de la riche variété des lépidoptères, sont classés les orthoptères du genre mante,

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notamment la feuille sèche, la feuille verte. Singulier organisme! jeu de dame nature! Comme en Algérie, les troupes de sauterelles, principalement le criquet voyageur, font souvent des ravages dans la colonie du Cap.

N’oublions pas de signaler, parmi les insectes, la mouche venimeuse, appelée tsetse ou glossina mussitans , sa piqûre (empoisonnée peut-être par la sanie des bêtes mortes), tue les chevaux et les bœufs, nous a dit M. Layard, et sa présence justement redoutée, rend les pérégrinations très dangereuses vers le nord de la colonie, c’est-à-dire vers le tropique.

Après les objets d’histoire naturelle on trouve, au musée du Cap, des chinoiseries, des collections d’ornements, d’ustensiles et d’armes de divers peuples, de sauvages surtout.il y a quantités de pagayes ou avirons, de pirogues, bâtons et haches en bois de fer singulièrement sculptés, des faisceaux dépiqués, sagaies, yatagans, kris, hallebardes, piques, javelots, arcs, llèches et carquois. Les arcs sont travaillés avec luxe et solidité. Il y en a depuis une jusqu’à quinze forces. Généralement les flèches sont dentelées et empoisonnées, avec un mélange d’euphorbe, d’acide formique et de venin de vipère ou d’arsenic. Il y a aussi un cactus, dont le suc seul sert à empoisonner les llèches, pour la chasse au tigre dans l’Inde et la Malaisie; et surtout l’upas, suc très vénéneux dont la plus faible quantité donne la mort instantanément, et dont les habitants des îles de la Sonde se servent pour empoisonner leurs flèches. L’upas antiar provient de \ antians toxicci, arbre de la famille des urticées autocarpées. L’upas ticutê est fourni par une espèce de strychnos, poison qui développe de violents accès tétaniques, paralyse l’action du cœur, et porte spécialement son influence sur la moelle épinière.

M. Layard nous a montré chez lui de très petites flèches, de la grosseur à peine d’une aiguille de bas et un peu moins longues. L’extrémilé pointue est lancéolée et empoisonnée, l’autre est implantée dans une petite boule de moelle de sureau. Ces dards en miniature sont introduits dans des tubes de roseaux ou de mérisiers, longs de trois mètres. Les Ceylanais les lancent dans l’ombre et sans bruit à leur ennemi, en soufflant dans ces sarbacanes d’une portée et d’une justesse de jet redoutables.

La Nappe était mise sur la Table du Cap , le vent soufflait et la mer était grosse, quand nous disions adieu à Cape-Town, fuyant à toute vapeur devant le gros temps, vers d’autres destinées. Après avoir doublé le Cap de Bonne-Espérance, et perdu de vue le Cap des Aiguilles, dans la soirée du 22 février 1800, le vent augmentant d’intensité oncessa de chauffer, pour marcher avec fort peu de toile, et néanmoins nous filions onze nœuds. La mer était très dure, et nous tînt pendant cinq jours au tangage et roulis. Nous étions accompagnés, dès le départ, de nombreux oiseaux de mer, et surtout au large par de grands albatros. A ces infatigables compagnons de voyage se joignirent, dès le 27, de nombreuses hirondelles de mer, guère plus grosses que les hirondelles de terre. Leur plumage brun ou noir, avait un peu de blanc sous le ventre cl sur la queue disposée en raquette. En rasant la surface de l’eau, elles semblent l’effleurer du bout de l’aile pour

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changer de direction. Elles courent parfois sur l’eau ailes déployées, ou peuvent s’y reposer quelques minutes ailes entrouvertes ou tout à fait fermées. Nous avons acquis la certitude que, comme les grands voiliers, ces oiseaux restent jour et nuit en pleine nier, et qu’ils ne doivent guère se rapprocher des rivages qu’au moment de la ponte. Le temps s’étant calme on put prendre des bonites à la ligne.

Dans la soirée : phosphorescence par binettes le long du navire, et par bolides ou pelotons lumineux dans le sillage.

Le 8 et le 9 mars, au milieu de l’Océan indien (42r> de latitude sud, 70° de longitude est), nous avons eu deux journées de calme, qui nous ont valu des distractions et de nouvelles observations sur des sujets intéressants d’histoire naturelle. Pêcher des poissons à la mer c’est tout naturel, mais pécher des oiseaux à la ligne c’est plus nouveau, cest ce dont nous avons été témoin. Ce furent d’abord, dès le matin, bon nombre d’albatros de la grande espèce qui vinrent planer dans notre sillage, attirés qu’ils sont d’habitude par les parcelles de nourriture qu’on jette des cuisines et après les repas : fragments de biscuits, débris de viandes et surtout les issues des bêtes abattues à la boucherie. Profitant de la presque immobilité du navire, sur une mer à peine ondulée par une faible houle, des matelots avaient eu de bonne heure l’idée de faire flotter, à barrière, des lignes dont les hameçons, amorcées de lard, étaient maintenus flottants par des planchettes de liège. Un albatros blanc, aux ailes grises, s’abbatit à quelque distance, puis s’avança résolument vers une ligne. Il arracha un morceau de lard qu’en- bon coq il partagea avec sa femelle, accourue près de lui. Fier de ce premier succès l’albatros donne un nouveau coup de bec, avec une confiance qui lui fût fatale, car la ligne retirée à ce moment l’accrocha par le bec. Il eût beau se débattre, il lui fallût bon gré mal gré se laisser remorquer et hisser à bord, tout étonné de marcher sur le pont sans pouvoir s’envoler. Pour prendre son vol, en effet, l’albatros qui nage étend seslongues ailes, se porte en avant courant sur l’eau, qu’il fait jaillir en arrière avec ses larges pieds palmés, et il lui faut franchir ainsi 50 à 40 mètres avant que le vent, s’engouffrant sous sa voilure, le soulève comme un cerf-volant. Ailes déployées, notre albatros mesurait 5 mètres 20 cenlim. d’envergure, sur 1 mètre 10 centim. de longueur, du bec à la queue qui est très-courte. Le bec est long et blanc, la mandibule supéiieui se teimine par un fort onglet crochu, qui semble surajouté. Deux narines tubulaires sont latéralement placées et parallèles au tiers supérieur; le tranchant est double de chaque côté, creusé d’une rainure en Y, dans laquelle entrent les bords tranchants de la mandibule inférieure. Ces tranchants ont, par leur disposition, de l’analogie avec ceux des tailleplumes emporte-pièce. Le bord gengival est garni de papilles villeuses qu’on prendrait pour de petites dents. La langue de l'albatros est retirée au fond du gosier; elle est petite, mince, pointue, triangulaire, lancéolée, de 5 centimètres de longueur sur 2 centimètres de largeur. A la base est une petite épiglotte, et l'ouverture supérieure de la glotte a deux cordes

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vocales très prononcées. Le larynx est gros; aussi le cri de cet oiseau estil comme celui de l’oie sauvage, et plus rauque encore. Nous croyons cependant qu’on a un peu exagéré en disant qu’il criait comme un âne, ainsi qu’à tort ou à raison on l’a dit du pélican, appelé de ce fait onocrota(e , jusqu’ici nous n’avions pu entendre le cri des albatros que nous avions rencontrés, pas même celui auquel un coup de fusil à plomb avait cassé les ailes, dans les calmes de l’Atlantique, mais aujourd’hui l’un d’eux surtout, parmi les douze ou quinze qu’on a pêchés successivement, plus irritable que les autres, a crié assez souvent et assez fort quand on l’agaçait, pour nous permettre d’affirmer que ce sont bien les stentors de la gente goéland. En secouant la tète, leur long bec fait entendre un claquement se rapprochant de celui delà cigogne. La plupart de ceux qu’on a pris, trainés au bout des lignes, sur un parcours de 80 mètres environ, ayant eu itérativement la tête sous l’eau, ont bu un coup, comme dit le marin. Aussi quand ils sont hissés sur le pont, ils dégorgent amplement un litre d’eau, mêlée à des vomiturations de débris de poissons et de mollusques ou zoophyles, à moitié digérés. Parmi ces débris nous remarquâmes, surtout, une forme de coquillage semi-cartilagineux, représentant une valve de peigne membraneuse, et sur la partie convexe et à lignes concentriques de laquelle, la moitié d’une autre coquille aurait été implantée de champ, en forme de crête transparente. Nous avons alors regardé de plus près et plus attentivement la surface de la mer, par les sabords de la batterie basse, et nous n’avons pas tardé à voir flottants des zoophytes gélatineux, azurés, nummulaires et à crête, qui devaient être les mêmes que ceux dont nous avions trouvé les quelette membrano-cartilagineux, dans le jabot des albatros. En effet, on en prit au filet, chez lesquels nous avons retrouvé tous les. caractères de l’acalèphe nummulaire irisé, à crête, désigné sous le nom de velelle (velella). Ce zoophyte gélatineux tient le milieu entre les médusai res et les actinies. La surface plane et inférieure, en contact avec la surface de l’eau est gélatineuse; des villosités blanchâtres, comme les tentacules de la physale ou ortie de mer, entourent la partie ovalaire centrale, qui ressemble à une petite huître molle; ce sont les suçoirs du zoophyte, bien rudimentaire, dont la transparence permet de compter les lignes concentriques que forme son squelette sub-cartilagineux, car ce rudiment de coquille n’est nullement calcaire.

Pendant que nous étions à la pêche des albatros, est survenu un requin escorté de son pilote, se tenant alternativement sur le dos ou l’un des ailerons de son patron. Le requin est venu droit à la ligne qu’on lui a jetée amorcée de lard. 11 s’est mis un peu sur le coté pour happer, mais a manqué son coup. On a brusquement retiré la ligne, alors qu’elle passait sous le ventre, et le croc lui a saisi l’aileron gauche. 11 s’est débattu, s’est dégagé et s’est enfui. On ne l’a pas revu de la journée. Le matin h mars, on a signalé un autre requin, dont la nageoire dorsale sortait hors de l’eau comme la queue d’un marsouin qui plonge. Il était accompagné de ses pilotes : un très petit, deux moyens, un autre plus grand. Il se

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tenaient alternativement dessus, dessous ou à côté du requin, ne s’en méfiant nullement. Il résulte de ce fait deux choses bien avérées maintenant; c’est que les pilotes peuvent escorter en troupe le requin; qu’un seul, bien que ce soit la règle ordinaire, n’a pas mission spéciale de le conduire; qu’il ne leur fait pas la guerre et qu’ils voyagent bel et bien de concert et de conserve. — Peut-être bien qu’au départ pour leurs lointaines pérégrinations, un seul pilote part avec le requin; mais quand celui-ci périt en route comme les trois que nous avons pris, si le pilote n’est, pas mangé par quelque autre poisson, peut-être et probablement, va-t-il à la recherche d’un autre requin, et deux, trois, quatre cicérones peuvent ainsi s’offrir au même, en se réfugiant sous sa protection.

Ils s’attachent tellement au requin qu’en 185G, la Poursuivante, allant à Rio-Janeiro, en ayant pris un, on passa une anguille (•) pour le hisser à à bord. En le dégageant sur le pont, on trouva son pilote qui, réfugié sous un aileron, avait été pris par l’anse du nœud coulant, victime de son dévouement.

Notre gros requin est venu droit à la ligne, dont il a avalé gloutonnement l’amorce. Il était près du double de ceux dont nous avons parlé précédemment. Il avait deux forts appendices anals, longs et pointus comme les défenses d’un gros sanglier, destinés à servir de moyens de coaptation dans l’accouplement.

Le surlendemain, une bonne brise nous faisait arriver à hauteur des iles d’Amsterdam et de S'-Paul. Une brume épaisse et un coup de vent nous ont empêchés de les voir, à notre grand regret, car la dernière, dit Horsbourg, formée par un ancien cratère ébréché, est devenue le refuge de nuées d’oiseaux, et un port naturel où foisonnent des myriades de poissons, des veaux marins et souvent des baleines.

Le 11 mars le gros temps augmente encore, et nous porte loin des îles que nous doublons au sud. La brume obscurcit l’horizon, le vent soulève en globulins les frisures des lames, et nous couvre d’une poussière d’eau entremêlée de vagues jaillissantes, sur lesquelles un rayon de soleil vient se décomposer en parcelles d’arc-en-ciel. Les albatros ont disparu, mais les satanites nous suivent encore.

Le lo mars nous voguions par le travers de 43° de latitude sud, sur la limite des glaces flottantes. L’air était calme et ticde (14°), et nous avions beaucoup d’oiseaux pour compagnons, parmi lesquels de grands pétrels bruns et noirs, dont une variété à collier blanc. Les jours suivants la courbe de notre navigation se rapproche du tropique par 54° de latitude, nous avons 18° au thermomètre. Les marsouins et les souffleurs jouent le long du navire.

Le 23 mars par 27" de latitude sud, la chaleur devient estivale, le thermomètre monte à 24°. beau temps, beau soleil, faible brise, commencement des vents alizés de l’hémisphère austral. Première apparition des

’l) Amarre à nœud coulant .

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