‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 47 sur 215 · DU CAP VF. RS SINGAPOUR · texte numérisé non relu

DU CAP VF. RS SINGAPOUR

paille-en-queue ou phaëtons. Ces oiseaux de mer sont totipalmes : leur plumage est blanc-argenté; ce qui les distingue des autres, ce sont les deux pennes longues et étroites qui constituent leur queue, et qui parallèlement juxtaposées, ressemblent à une paille, de là leur nom. Le bec est arqué, les ailes d’une longueur peu considérable; aussi, au lieu de planer constamment comme les albatros, ils volent haut en battant des ailes comme la pie. Ils vont très loin en mer, mais ils se tiennent toujours dans la zone intertropicale, c’est donc avec raison qu’on les appelle les oiseaux des tropiques, surtout de l’Océan indien.

Par une belle soirée étoilée, nous avons pu voir les deux petites nébuleuses de Magellan, pareilles à deux flocons nuageux, et que les marins appellent Maurice et Bourbon. En môme temps, près de la croix du sud la trouée de la voie lactée, connue sous le nom de sac du charbonnier . On frémit en laissant échapper la pensée par ce gouffre de l’infini, comme s’il fallait faire effort pour la rappeler sur notre petit globe.

Dans ces parages les effets de lumière sont splendides, au lever et surtout au coucher du soleil, quand il y a des nuages floconneux à l’horizon.

Des bancs de poissons volants pourchassés surgissent,, comme une grêle de traits, le long des flancs du navire. Les paille-en-queue passent en troupes au-dessus des mats.

Le reflet des vagues, au soleil couchant du 27 mars, paraît d’une belle couleur rouge-violet. C’est la première fois que nous avons vu cette remarquable coloration des eaux qui captiva l’attention générale. Dans les eaux de la zone torride notre thermomètre monte à 27°. Les frégates à grande envergure font leur apparition. Ces oiseaux sont totipalmes, ont la tête et la gorge nues et le bec crochu. La queue est fourchue, et les ailes d’une longueur remarquable peuvent atteindre trois mètres. C’est en leur qualité de fins voiliers qu’on les appelle frégates. Ces oiseaux se nourrissent presque exclusivement de poissons volants; souvent, à cet effet, ils font rendre gorge aux autres oiseaux ichtyophages, notamment à l’oiseau fou.

Comme les paille-en-queue, les frégates sont surtout des oiseaux du tropique austral. Ils nichentsur le sable des plages et des îles, où ils pondent deux ou trois œufs.

Le 28 mars, à notre grande surprise, nous avons vu voler le long du bord, non plus des oiseaux, mais un petit groupe de cinq demoiselles ou libellules. C’est signe que nous approchons du détroit de la Sonde, par un temps lourd, chaud (29"), chargé d’électricité, avec pluie, éclairs, tonnerres sourds et une vive phosphorescence de la mer. Pendant trois jours nous avons gros temps; des sàtanites volent autour du navire, sur les vergues duquel se réfugient des oiseaux de mer battus par la tempête : des fous de Bouby et des hirondelles sternes, se rapprochant beaucoup de la pie tant pour la forme (pie pour le plumage. L’oiseau fou est totipalme, ressemblant beaucoup à la frégate, moins la queue qui est en raquette à dix pennes. De plus, le bec n’a pas de narines, l’oiseau respire par une petite échancrure, située de chaque côté du bord dentelé de la mandibule supé-

GEOGRAPHIE ORGANIQUE

rieure. Son cri tient de celui du canard et du corbeau. Les fous sont rançonnés par les frégates, comme les vautours par les marabous.

Le l'r avril nous sommes en vue des côtes verdoyantes du nord-ouest de Java, et bientôt nous entrons dans le détroit de la Sonde, par une tranquille navigation à la vapeur, longeant les rives de ces basses terres, couvertes d’une végétation tropicale à fourrés impénétrables

Les navigateurs ne suivent pas toujours, en parlant du Cap les mêmes lignes pour se rendre sur les côtes de Chine. Selon le règne de la mousson favorable ou contraire, on peut se diriger sur le détroit de Malacca, sur celui de la Sonde, ou à défaut aller passer par la mer des Moluques. Dans tous les cas, il faut naviguer à travers les détroits, les îles et les archipels de l’Océanie, cette immense agglomération de grandes ou petites îles, entre l’Asie et l’Amérique, constituant géographiquement une cinquième partie du monde, dont la population générale peut être évaluée à une vingtaine de millions d’individus, de plusieurs races plus ou moins mélangées.

Les îles, entre l’Asie et la Nouvelle-Hollande, sont groupées sous le nom de Malaisie. La Nouvelle-Hollande et autres points d’extrême sud font l’Australie. Les îles inombrables comprises entre la Malaisie et l’Australie ont le nom de générique de Polynésie. Surchargeons notre mémoire de deux autres subdivisions : la Micronésie, dans Thémi sphère boréal, et la Mélanésie, dans l’hémisphère austral. Le seul avantage de cette dernière dénomination, c’est d’indiquer toutefois que la population noire domine dans cette partie de l’Océanie; car il y a deux races : les océaniens nègres qui sont aborigènes ou les premiers occupants, peuplades sauvages, presque toutes anthropophages, répandues surtout dans l’Australie.

Les océaniens olivâtres ou Malais refoulent les précédents, sur lesquels ils l’emportent par une constitution physique, moins bas placée dans l’échelle anthropologique. Leurs langages dérivent d’un même idiome, et ils ont généralement les mêmes coutumes ; il sont industrieux et bons navigateurs, mais, dans leur rudiment de civilisation, ils mêlent aussi leurs goûts instinctifs pour l’anthropophagie. Les îles de la Sonde sont leur centre commun d’origine, généralement ceux des îles asiatiques sont mahométans. Tour à tour les Hindous, les Arabes, les Chinois se sont plus ou moins mélangés à ces peuplades, les exploitant ou les refoulant.

L’Australie et la Tasmanie forment l’Océanie anglaise. Les Espagnols ont établi leur domination sur les Philippines, mais la puissance prédominante dans ces lointains parages, c’est la Hollande qui lient sous ses lois la moitié de la population de toute l’Océanie.

Le 4 avril nous passons à 9 heures du soir entre le feu d’Anjer, petite ville hollandaise de Java, et l’ile du Milieu, ainsi appelée de sa position entre les deux points les plus rapprochés du goulet du détroit. Bientôt nous débouchons dans la mer de Java et de Sumatra, dans les courants de laquelle nous voyons flotter une grande quantité de palétuviers et de palmiers déracinés. Le tronc de ces derniers, vu entre deux eaux, et dont les rugosités corticales simulent des écailles, fait croire d’abord, à des obser-

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