‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 48 sur 215 · SINGAPORE · texte numérisé non relu

SINGAPORE

vatcurs superficiels, à la présence de gros serpents. Avec l’ondulation des vagues il y avait ici de quoi se faire une illusion complète. En regardant de plus près ceux qui passaient le long des flancs du navire, l’erreur fut facile à reconnaître. Nous retrouvons des goélands, des mouettes et des hirondelles salanganes, tenant le milieu entre notre hirondelle et le martinet, en se rapprochant plutôt de ce dernier : plumage noir, queue fourchue, cri gazouillant. Une jonque chinoise nous donne, par son équipage, un premier spécimen de la race jaune citron chez laquelle nous arrivons. Le vendredi 7 avril nous débouchons dans la mer de la Chine, faisant cap sur Singapore, au cœur de la Malaisie. En débouchant du détroit de Riow (9 avril 18(50), une pirogue vint à nous, montée par des Malais. Le maître d’équipage est un pilote qui s’olfre à indiquer le mouillage de Singapore. Il nous apporte de beaux ananas, des bananes et des poissons, sorte d’anabas, qui ont, après la cuisson, les arrêtes d’une belle couleur vert-de-gris , on hésite à en manger d’abord, mais la chair n’en est pas moins excellente. La rade est large et calme à Singapore. L’atmosphère est toujours chaude comme l’eau à 29 et 50°, saturée d’humidité, se trouvant dans la zone équatoriale des pluies on pourrait dire perpétuelles.

Il y a peu d’oiseaux sur la rade, nous n’avons aperçu que quelques aiglons de mer, aux pennes digitées. Des centaines de bâteaux -marchands nous apportèrent tous les fruits des tropiques. Les cocos, les ananas, les bananes, les mangoustans, les mangues ou mangos, les oranges, les pamplemousses, les mangoustans, les goyaves furent enlevés à l’envi. Ce pays serait délicieux n’étaient l’accablante chaleur, les tigres qui viennent à la nage par la pointe de Malacca, et les boas. Comme spécimen de taille, nous dirons que M. le Dr Allen a suspendu, dans son dépôt de pharmacie, une peau de boa de 18 mètres de longueur. Lors de notre passage encore M. le Dr Rose recevait un sialcing de Java. C’est un serpent qui ressemble à nos couleuvres, mais il est excessivement vénimeux, on le dit phosphorescent la nuit.

Java et les Célèbes fournissent, à Singapore, une espèce de bons petits chevaux à peine plus gros que les chevaux Corses, faisant des courses rapides attelés à de légères voitures. Les singes viennent de Malacca et de Siam. Nous avons vu un grand orang-outang dont la cranioscopie l’emporterait assurément sur celle de certains nègres, si la phrénologie n’est pas une chimère. Il y a à Singapore des myriades de perroquets venant des détroits de Ranca et de Riow.

Mentionnons, pour les officines de pharmacie, des quantités considérables de sangsues, tirées des marécages à palétuviers mis à découvert à marée basse.

On trouve, au marché aux poissons, depuis le menu frétin argenté jusqu’aux superbes dorades. Il y a des crevettes en quantité, les plus grosses que nous ayons vues. Il y a aussi de grosses huîtres. Si leurs coquilles sont grossières, il y en a d’autres admirables et très variées, recueillies sur les rivages indiens.

GÉOGRAPHIE ORGANIQUE

Les Imllles de Singapore sont très beaux de formes. Les bœufs y sont petits, et ont le garrot proéminent, comme on l’observe chez le bison et le yack. 11 y a quelques moutons noirs apportés de l’Inde. Les Chinois y ont importé une espèce deporcs constitués, pourrait-on dire, par l’assemblage de trois boules de lard. La population de Singapore est des plus variées, mais l’élément indo-chinois cl malais prédomine de beaucoup sur les européens.

De Singapore a Hong-Kong. — Canton. — Le 10 avril 18001a Dryade a appareillé à 7 heures du matin, et pris le détroit de Singapore, faisant cap sur la mer de Chine.

Beau temps, beau soleil, thermomètre 50°, baromètre 70. La mer est très calme, la navigation est celle d’un fleuve tranquille. Le lendemain nous voyons sautiller le long du navire des troupes de bonites folles. Le coucher du soleil est splendide d’éclatants effets de lumière. Aux jours d’après nous voyons passer,- par intervalles, des poissons* volants, piquant comme des flèches, à la surface des eaux jaunies en nappes par des pollens transportés parles vents, des hirondelles, des goélands blancs, des frégates, des cormorans, en même temps que des raies, des marsouins et un baleineau de 10 mètres de longueur. Une autre fois on croit voir un gros serpent de mer, à plus d’un mille de nous, chacun de l’affirmer, la longue vue à l’œil. Le commandant (t) fait stopper et a l’obligeance de faire armer sa baleinière; nous y descendons pour aller voir le prétendu monstre de plus près, avec un fusil chargé à balles, quand des gabiers de vigie descendent, pour annoncer qu’ils avaient vu passer au large ce corps flottant, et que c’était un tronc d’aréquier (*). — C’est le 20 avril 1800, à deux heures de l’après midi, que ceci se passait à la hauteur du rocher de Soulo- Spate. Il faut bien se défendre des illusions en pareil cas : l’ondulation des vagues et le mouvement du navire donnent une telle apparence de mouvement serpentin, à une algue ou tronc flottant de palmier et d’aréquier surtout, qu'on peut, de bonne foi, croire avoir vu des serpents vivants et nageant. Nous continuons notre longue et monotone navigation, car il faut bien le dire et le répéter, le récit du touriste ne peut reproduire tout son voyage. Le récit est continu sans lacunes, par cela même il peut intéresser le lecteur, mais le marin observateur lui, a de mortelles heures d’ennui qu’un travail incessant seul peut atténuer. Voici un spécimen de nos dernières journées où l’impatience nous gagnait, à mesure que nous approchions de Hong-Kong : 20 avril ; on voit voler un petit pélrel brun, une allouetle, des mouettes-goélands d’un gris blanc. Beaucoup de poissons volants sont pourchassés par des bonites, auxquelles les thons à leur tour donnent la chasse.

(1) M. Itérai de Sédaiges.

(2) L’arequier est le palmier qui donne la noix d’arec qu’on mâche avec des feuilles de bétel. Le tronc droit comme un petit sapin ressemble à un gios boa.

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