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CANTON

21 avril. Toujours beau temps, on file 9 nœuds. — Mouettes, goélands, petites hirondelles, thons, bonites et poissons volants comme la veille.

Dimanche 22 avril. Même temps, môme température (50°), même navigation; cependant un peu de brise le soir rend la chaleur plus supportable. Nous ne sommes plus qu’à 120 lieues de la haie de Canton. Nous apercevons passant au loin de grands oiseaux blancs de la grosseur des oies, et volant tout-à-fait de la même façon par troupes de passage renouvelées le lendemain et le 5e jour, dans la direction du sud. — Nuit étoilée ; légère phosphorescence; étoiles filantes.

25 avril. De 50 et 51”, le thermomètre est passé à 29°. Cette légère différence et un peu d’air 'nous permettent de respirer plus à l’aise. Beaucoup de poissons volants. Petites mouettes. Une hirondelle de terre vient se réfugier à bord. La nuit est sombre et électrique avec un peu de pluie.

24 avril. Le temps est couvert et pluvieux; le thermomètre a baissé à 26°, l’air est frais. Nous découvrons dans la brume un premier ilôt de l’Archipel, qui est dans la baie de Canton et dans lequel nous devons trouver l’ile de Hong-Kong, où nous devons faire relâche. Beaucoup de navires vont et viennent, ou sont au mouillage dans le chenal que nous suivons. Des centaines de barques chinoises, accouplées par deux, font la pèche avec de longs fdets à la traine. On jette l’ancre à 5 heures dans les eaux du céleste empire. La Dryade est bientôt entourée de très nombreux petits bateaux, montés par des familles entières, et qui n’ont d’autre habitation que leur sampan. Comme à Singapore, la population de Hong-Kong est surtout chinoise et plus encore. Les Sicks, cavaliers indiens au service des Anglais, ont une belle physionomie indienne au profil à la grecque et basanée, contrastant par la régularité de leurs traits et de beaux yeux noirs, avec la figure jaune et osseuse des Chinois au nez épaté et aux yeux torves. Chez ces derniers, en effet, la saillie des pommettes semble s’étre développée aux dépens des os propres du nez, qui sont affaissés mais larges. C’est cette largeur de la racine du nez et son aplatissement qui fait tirer en bas l’angle interne des paupières, et fait paraître relevé l’angle externe. De là cette disposition des paupières peu ouvertes, et fendues en amande, l’un des traits caractéristiques de cette race, qui ne ressemble à aucune autre, et qui assurément ne descend pat> du Caucase.

Canton. — Pendant qu’on faisait en rade de Hong-Kong de l’eau, du charbon, des vivres et autres dispositions, pour remonter à Chang-Hai, nous avons eu tout naturellement la fantaisie d’aller voir la grande ville de Canton, d’autant plus que d’excellents bâteaux à vapeur américains en font le trajet en 8 heures. Ces bons marcheurs font 15 milles à l’heure, c’est donc une quarantaine de lieues qu’on franchit rapidement. Des goélands blancs, aux grandes ailes, et quelques mouettes sont les seuls oiseaux que nous ayons vus dans celle baie profonde, où sont établies de

GEOGRAPHIE ORGANIQUE

nombreuses pêcheries. La plus curieuse de ces pèches est celle qu’un Chinois blotti dans son sampan, fait faire à une douzaine de cormorans captifs, attachés par un collier à longue chaînette. A un signe de baguette du maître, ils plongent successivement, rapportent au bec le poisson qu’ils n’ont pu avaler; ils rendent gorge au fond de la barque, se reposent et recommencent leur travail alternativement, de l’un et i’aulre bord.

Plus avant on entre en rivière, à travers les terres basses d’une immense vallée coupée de canaux, de rivières et couverte d’une belle végétation, où domine le mûrier. Bientôt une haute tour-pagode domine W'ampou, ville en rivière, première station commerciale de Canton.

Canton est sur la rivière des Perles, qu’on remonte à travers les bateaux, barques, sampans, jonques et navires qui l’encombrent par milliers. Dans les palais ou yamouns que nous avons visités, se trouvent comme dépendances des parcs à végétation variée. L’arbre ou figuier des Bagnans multipliant ses branches par ses racines et ses racines par ses branches, le cotontree bombax , bel arbre qui donne avant les feuilles de belles fleurs à corolles rouges-ponceau, de la dimension et de la forme de nos lys, ont surtout frappé nos regards. Dans ces parcs se trouvaient encore des biches et des cerfs, au pelage fauve tacheté de blanc comme les axis. Les anciens possesseurs recommandèrent bien de prendre soin de ces animaux, et de respecter aussi les myriades de chauve-souris, qui s’amoncèlent par grappes sous les toitures. La présence de ces chauve-souris en Chine est signe de prospérité, on les y aime plus encore que nos hirondelles de fenêtres en France. Cette vénération a un motif intéressé : les chauve-souris dévorent des quantités d’insectes, notamment les moustiques ou cousins aussi incommodes que nombreux dans le sud de la Chine. Dans la superbe villa du mandarin Po-Ting-Koa, nous avons vu une grande variété de fleurs et d’arbustes rares de la Chine. La plupart sont empotés et rabougris à dessein : grenadiers, orangers, citronniers, myrtes, arbre à thé, tout cela est ratatiné, tourmenté capricieusement, de façon à avoir des végétaux en miniature et déformés. Par exemple, un bambou qui pousse naturellement droit, a été tordu en serpent comme un vieux basson. C’est une manie pour les Chinois de rabougrir et déformer la nature ; la preuve la plus déplorable qu’ils en donnent , c’est la déformation des pieds de leurs Filles, atrophiés dès le bas âge par une compression barbare. Et on appelle cela des pieds mignons; mais ce sont des pieds estropiés ! Au fait ils pourraient bien nous objecter aussi, que nos femmes ont la manie de s’étrangler la taille.

Nous reviendrons à Canton à propos de son climat.

De Canton a Chang-Hai. — Nous avons passé à Canton les derniers jours d’avril 1 8(>0 . La température était très chaude, le thermomètre marquait 28° à l’ombre. Le 1er mai nous constations la même température a Hong- Kong, dont nous partions le 2.

Vendredi 2 mai. Légères brumes air frais, thermomètre !(>'”• La nuit, la

CANTON A SANG-IfAÏ.

mer devient mauvaise, la satanite elle baromètre nous avertissent de la tempête qui vient nous assaillir, et nous oblige à nous réfugier au mouillage de Jokako. Il vente très frais et le thermomètre est à 20°. Des pêcheurs nous accostent timidement : en leur montrant un poisson volant, que nous avions salé et piqué sur une planchette, nous leur finies comprendre de nous apporter le produit de leur pêche. Ils revinrent bientôt avec des anabas et autres poissons, des crabes, des crevettes, des poulpes. Le 9, le temps permet de reprendre la mer qui reste dure — le soir sur la frisure des vagues les rayons du soleil couchant se décomposent aux couleurs du prisme, avec prédominance du rose-violet.

11 mai. Temps couvert, brise fraîche, la mer est moins mauvaise. Baromètre à 75.8, thermomètre 18° centigrades, pluie le soir. Le 14on mouille dans les Chusans, non loin du port de Ting-Saï.Des pêcheurs nous apportent d’excellente marée, et des officiers, descendus à terre pour chasser, nous reviennent avec quelque gibier : tourterelles, courlis, bécasseaux et des petits oiseaux. On met le cap sur Chang-Hai, nous naviguons dans les eaux troubles et jaunâtres du grand fleuve de Yang-Tse-Kiang, où se jouent des troupes de marsouins, pendant que des albatros moyens, aux bouts d’ailes noirs, planent à la surface de cette mer jaune.

Le 19 mai on mouille à Woussoung, à l’embouchure de la rivière de Chang-Hai, un peu au-dessous du bâteau feu et de la station anglaise des clippers â opium. Sur les rives du fleuve s’étendent de riantes campagnes, bien cultivées et fertiles, plantées surtout de mûriers et semées d’une foule de petites habitations agricoles : nous recevons quelques spécimens de leurs fruits et jardinage : haricots, cérises, pois, fèves, grosse chicorée. On fait route vers le Pe-tchi-li, et le 8 juin les troupes faisaient un premier débarquement à Tche-fou. Les Chinois, rassurés par notre attitude pacifique, commencent à approvisionner le marché où abondent les volailles, les œufs, les légumes. Les mulets de Tche-fou sont remarquables : les bœufs de labour sont de moyenne taille à garrot proéminent; on les emploie isolément à la charrue et au bat, comme en Algérie. Il y a de beaux troupeaux de bêtes ovines. Lièvres et cailles couraient dans les céréales de la plaine; sur les collines nous avons trouvé quelques perdrix rouges et des pigeons, surtout sur les cîmes rocailleuses. Beaucoup de corbeaux et de pies volent dans les champs et autour des habitations, dont les familiers sont comme partout, les moineaux aux toits et les chiens sur les portes.

Sur le rivage, outre les goélands, on voit voler des cormorans et des aiglons de mer. L’aspect de la végétation de Tche-fou a des analogies avec celle du midi de la France, c’est presque d’ailleurs la même latitude. Les céréales, le maïs, le sorgho couvrent la surface des champs où l’on cultive aussi le chanvre, les patates et l’igname. Les vergers sont garnis d’arbres fruitiers comme les nôtres : poiriers, pommiers, abricotiers, Ireilles, pêchers, grenadiers. Le saule, le peuplier, l’orme, l’acacia bordent les terres, allées ou jardins. Le genre pin croit sur les montagnes.

C’est le G juillet 18GO que le corps expéditionnaire, moins une petite

GÉOGRAPHIE organique.

garnison, a quitté Tche-fou, pour faire route vers le Pe-Tchi-li . Beau temps thermomètre 2!K Baromètre 75-9. Les eaux de la mer qui étaient d’un l)U.u indigo la ) eille, paraissent d un vert clair; c’est signe de peu de fond. Peu d oiseaux de mer; 28 juillet : temps nuageux, thermomètre 28", baromètre 7G-o.

2.) et 50 juillet même temps. Cailles et tarins (pareils à ceux qu’on prend dans les montagnes de Die en Dauphiné), des papillons et beaucoup de libellules volent autour de nous. Orage le soir : vers sept heures, au soleil couchant, une trombe à sommets contigus tourbillonne à l’horizon vers le sud-ouest. Au moment de plonger Sous l’horizon le soleil parait double, les deux cercles étant superposés en 8 de chiffre :

Dans les premiers jours du mois d’août, on débarque à Pe-tang, on prend les forts du Pe-lio à revers, et nous campons à Ta-Kou, au milieu de marécages, marais salants, hantés par des milliers d’oiseaux aquatiques : mouettes, goélands, courlis, macreuses, hérons, flamans, chevaliers, bécasseaux, bécassines, sarcelles, canards et cormorans, pluviers, vanneaux, cygnes, pélicans, etc.

De là on remonta à Tieu-Tsin pour prendre les dispositions de marche sur Peking.

Moyennes mensuelles de température de Peking comparées à celles de Tche-

fou Tieu-Tsin et Tahou .

Pc king.

Tieu-Tsin.

Tiikou.

Tche-fou

Janvier .

Février . • .

Mars.

Avri 1 .

Mai ....

Juin ....

Juillet .

Août.

Septembre .

Octobre .

Novembre .

Décembre .

Nous parlerons ultérieurement de Peking et de Tieu-Tsin à propos des climats.

Après la signature du traité de Peking, une partie de l’armée occupa le nord du littoral, à Tieu-Tsin, l'autre le sud, à Chang-Ilaï. C’est de cette dernière ville que, dans les premiers jours de 1801, on prépara un petit corps expéditionnaire pour aller concourir, avec la marine, à débloquer Saigon en Cochinchine ; sur notre demande nous fîmes partie de l’ambulance. En qualité de médecin-chef de l’hôpital militaire de Cho-Kouan, à Saigon, nous avons pu pendant un an révolu, faire une étude méthodique du climat de cette colonie naissante, nous y reviendrons tout spécialement dans la seconde partie de notre travail.

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