ANTHROPOPHAGIE
le kava dont les effets sont si pernicieux, est fourni par une espèce enivrante de poivre; le sorgho fournit aux Chinois une liqueur très alcoolique, le chainsou.
Le café, le thé, sont des breuvages plus doux, dont l’usage circonscrit d’abord aux populations sémitiques et chinoises, s’est répandu parmi les peuples civilisés.
Rien n’est plus varié que l 'alimentation, selon les climats et les habitudes, celle dont se nourrit le trappieur de l’Amérique boréale, est une pâte faite avec la chair du daim ou du renne, séchée au soleil, pilée ensuite et mêlée de graisse.
De temps immémorial les asiatiques, notamment les Chinois, de même que les Indiens de l’Amérique du Nord, connaissent l’usage du tabac à fumer, que les Européens leur ont emprunté. Ils trouvaient dans le tabac un moyen de tromper la faim; comme quelques tribus de l’Orénoque et de la Plata, emploient certaines argiles, qui sont dépourvues, comme toute matière minérale, de propriétés nutritives, pour occuper plutôt que pour satisfaire l’estomac. L’opium, malgré ses propriétés narcotiques à trop grande dose, est recherché avec passion, comme ayant surtout, par sa fumée, des effets physiologiques, qui ont du charme, reveillent l’esprit, dissipent la mélancolie, et ont une action thérapeutique très salutaire sur les irritations des voies respiratoires.
Ledawamen ou haschych est aussi très répandu chez les Orientaux, qui y trouvent, soit en mastication, soit en fumée, des effets analogues à ceux de l’opium, mais que les Européens ont d’autant plus exagérés et dénaturés par leurs dires, qu’ils les connaissent moins.
L’habitude de mâcher des feuilles de bétel (avec noix d’arec, tabac et un peu de chaux), ou coca, en Asie et en Amérique, provient surtout du besoin de tenir la bouche humectée, en provoquant la salivation. La feuille de piper bétel est assez semblable, pour l’aspect, à celle du lierre ; sa saveur est fraiche et styptique ; elle sert à l’enroulement des substances qu’on y ajoute.
Anthropophagie. — ■ Des idées de religion ou de vengeance ont pu l’entretenir, et aussi le besoin de nourriture animale.
Dans les iles de la Polynésie, où les animaux mammifères étaient fort rares, le désir de manger de la chair, conduisait volontiers à dévorer le cadavre d’un ennemi, aux iles Fidji, on vît un chef montrer les ossements de 872 infortunés, que* son père avait dévoré, dans le cours de sa vie; chez les Tobens de Vaupès, l’homme est considéré comme un véritable gibier, et on voit ces sauvages déclarer la guerre à des tribus voisines, uniquement dans le but de se procurer de la chair humaine. Quand ils en ont plus qu’il ne leur en faut, ils la ITTnt dessécher, la fument et la gardent comme provision. Il ne faut pas confondre celte coutume, avec celle de conserver les tètes des ennemis séchées, en signe de trophée, ainsi que cela a lieu chez les Dayaks de Eornéo.
GÉOGRAPHIE ANTHROPOLOGIQUE
Ou a vu des Européens, exténués par la faim, recourir à cet affreux aliment de chair humaine.
Les gens de l’équipage du baleinier l’Essex, qui fit naufrage en 4820, vécurent de chair humaine pendant plusieurs jours, après avoir mangé ceux qui étaient morts d’épuisement, ils tuèrent et dévorèrent le mousse du capitaine. Les mômes horreurs se sont reproduites, à la suite d’autres naufrages. En Australie, après des famines, on vît le cannibalisme prendre d’épouvantables proportions. Encore aujourd’hui, cette hideuse coutume est répandue dans une grande partie de la Polynésie et de la Papouasie.
Quoiqu’on l’ait rencontrée en Amérique, elle ne paraît pas avoir été, chez les Caraïbes et chez les Indiens de l’Amérique du sud, aussi répandue qu’elle l’est encore dans toute l’Océanie. Aux îles Salomon le cannibalisme régnait avec fureur, et aux îles Marquises il était poussé à ce degré que non- seulement les prisonniers étaient dévorés, mais qu’en temps de disette on voyait les insulaires manger leurs parents, leurs enfants et jusqu’à leurs propres femmes.
La préparation de la nourriture, d’où qu’elle provienne, a nécessité, dès les âges les plus reculés, l’emploi du feu. Le feu fût d’abord obtenu par le frottement du bois contre le bois. Telle est la manière d’allumer du feu, que rappellent les chants antiques des Vèdas. Cependant, il est à croire que le feu des volcans, des fumarolles, des puits de feu, des fontaines ardentes, furent les premiers moyens que les hommes eurent à leur disposition pour faire du feu. Et d’autre part, il est bien plus probable qu’avant d’avoir trouvé le moyen de faire du feu par le frottement du bois contre le bois, l’homme était habitué à tirer des étincelles du choc de pierres de silex, de fragments de certains aérolithes etc.
D’autre part il est admis que, par la fermentation au contact de l’air, des détritus végétaux peuvent prendre feu. Il y a des montagnes brûlantes en France, en Autriche, en Bohême : celle de Zwickan, en Saxe, brûle très paisiblement depuis près de 15 siècles, quoique la couche combustible n’ait qu’environ deux mètres d’épaisseur. La Sibérie, la Perse, ont aussi des montagnes brûlantes, une couche de matière combustible prend feu, soit par le contact de l’air soit par le feu du ciel : fréquemment la foudre tombe sur des arbres qu’elle consume, et met le feu à des forêts.
Le feu a donc toujours été un élément disséminé à la surface de la terre, vomi le plus souvent de ses entrailles, mais l’usage domestique et généralisé du feu est un résultat de la civilisation. Son entretien fut jugé si éminemment utile, qu’il fit même l’objet d’un culte religieux, chez la plupart des peuples. A Rome les Vestales étaient préposées à la conservation du feu sacré, sous peine d’être enterrées vivantes si elles le laissaient éteindre, et il est à remarquer que, de nos jours encore, le feu ne s’éteint jamais dans nos temples, depuis la lampe de la modeste église de village, jusqu’aux 142 candélabres, qui brûlent en permanence, à la chapelle ardente du tombeau de St. -Pierre. /