‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 63 sur 215 · VÉGÉTATION OU FLORE DE L’EUROPE · texte numérisé non relu

VÉGÉTATION OU FLORE DE L’EUROPE

quelques pins viennent encore à 1000 mètres, et plu sieurs sortes de pommes mûrissent à 500 mètres; l’agriculture ne cesse clans les vallées ouvertes au soleil, qu’à 600 mètres. Dans les monts Sudètes, l’agriculture cesse à 1100 mètres. Les forêts se terminent dans les monts Karpathes à 1400 mètres, seulement le pinus humilis, s’élève à 1600 mètres.

Dans les Alpes les forêts parviennent généralement jusqu’à 1600 mètres, l’aulne vert à 2000 mètres; le daphné odorant à 5500 mètres. La culture des céréales cesse à 1100 mètres, et celle de la vigne à 560 mètres. Dans les, Pyrénées, les grands arbres parviennent jusqu’au niveau de 2500 à 2400 mètres, le pin d’Ecosse arrive encore à 60 mètres plus haut.

La végétation européenne doit encore être considérée sous le rapport de l’extension des arbres, des arbustes et des plantes les plus importanteSpour la subsistance de l’homme, ou pour l’exercice de son industrie ; ces végétations occupent généralement les plaines, ou les régions de moyenne élévation. Les céréales mûrissent dans toute l’Europe ; seulement dans la Laponie, il faut à l’orge des expositions favorables. Le seigle réussit même à 64 degrés de latitude, en Finlande, mais la récolte est mieux assurée à quelques pas plus bas. Le froment est cultivé jusqu’au 629 parallèle, mais c’est entre 50 et 56 degrés qu’il prospère ; les épis sont dix et douze fois plus gros dans la Calabre, que dans l’Allemagne. Le mois, qui paraît avoir été emprunté de l’Amérique, vient jusqu’au 50 e degré, et le riz, originaire de l’Asie, prospère jusqu’au 47e parallèle.

La pomme de terre apportée, en Galicie en 1550, des régions tropicales de l’Amérique, est aujourd’hui répandue dans toute l’Europe. C’est seulement en 1785, que l’agriculteur Parmentier en lit adopter la culture en France. La vigne prospère jusqu’au 45e, parallèle dans toutes les expositions, mais de là jusqu’au 50 degré, elle fuit le voisinage de la mer du nord, et cherche, dans l’intérieur, des climats plus stables, qui lui permettent de dépasser, en Bohème et en Saxe, le 50e parallèle, mais son fruit trop faiblement chauffé y mûrit mal. Au nord de la région de la vigne, les plantations de houblon deviennent nécessaires pour la fabrication de la bière. Cette plante s’étend depuis le 50 degré de latitude jusqu’au 60 .

La distribution des plantes alimentaires qui précèdent, influe beaucoup, évidemment, sur la nourriture des peuples de l’Europe. Une ligne à plusieurs courbes, tirée du midi de l’Angleterre par la Flandre française, la Hesse, la Bohème, les monts Karpathes, Odessa et la Crimée, marque à peu près la limite entre les peuples qui boivent habituellement du vin, et ceux qui font un usage général de la bière. L’emploi du froment, pour faire du pain, est pins général au sud de cette ligne, mais il la dépasse sur quelques points, par exemple, dans l’Angleterre méridionale le pain de seigle est plus en usage dans plusieurs contrées montagneuses. C’est une ligne bien plus méridionale, longeant les Pyrénées, les Cévennes,les Alpes, et l’Herinus, qui sépare les pays à lait et à beurre des pays à l’huile. Dans les premiers, riches en pâturages, les bestiaux abondent et la viande, plus succulente, est aussi consommée en bien plus grande quantité. L’homme

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qui se nourrit habituellement de viande, de bière, de lait et de beurre, doit sans doute avoir un tempérament opposé à celui qui vit de pain, de vin et de mets apprêtés à l’huile, mais ce contraste ne se prononce véritablement qu’entre les anneaux extrêmes de la chaîne, comme, par exemple, entre l’Espagnol et; l’Italien d’un côté, le Suédois et le Russe de l’autre. Les peuples intermédiaires présentent, sous le rapport bromatologique, des analogies très variées.

Parmi les fruits d’arbres, la cerise et la prune bravent le plus les rigueurs des climats septentrionaux. La cérise mûrit près du Drontheinï en Norwége et près du Jacobsladt en Finlande, à 05 degrés de latitude, mais en Russie elle n’atteint qu’à peine le 60' parallèle. Par contre, elle devient rare en Italie et ne se montre en Sicile que sur les montagnes.

La pomme mûrit et se développe dans sa perfection jusque sous le 55e degré; plus au nord, elle durcit tout-à-coup et cesse de mûrir; de même aux extrémités méridionales de l’Europe, elle perd sa saveur et sa finesse.

La groseille et plusieurs autres arbrisseaux à baies, prospèrent plus particulièrement dans le climat méridional de l’Europe. La culture a transporté l’abricotier et surtout le pêcher, avec un grand succès, jusqu’au 50e parallèle, mais aussi ce sont des arbres indigènes des montagnes de l’Arménie et de la région froide de la Perse. La figue mûrit jusqu’au-delà du 50e parallèle, mais son véritable climat est celui des confins méridionaux de l’Europe. L’olivier lutte avec les vents froids des Alpes et les gelées de l’hiver, mais la fréquente destruction des plantations, au-delà du 44e degré, prouve que sa patrie naturelle est sur les bords même de la Méditerranée, jusqu’à l’élévation de 400 à 000 mètres.

De même, le vrai climat des orangers et des citronniers, ne commence qu’à 45 degrés et demi, aux îles d’IIyères, en Toscane ; sur le territoire de Nice, les oliviers de Van-Benn, de même que les palmiers de Badighera, ne sont que des exceptions, dues à l’abri que fournit la chaîne des Apennins.

Le palmier, le cactus, l’aloës et quelques autres végétaux des deux Indes, ne réussissent également qu’aux environs de Lisbonne, dans l’Andalousie, en Sicile, au-dessus du 40" parallèle. C’est aussi la limite la plus septentrionale, où s’est élevée la culture de la canne à sucre, jadis assez cultivée, près de Grenade et de Tortose, en Majorque et en Sicile.

Deux plantes d’une haute importance, le lin et le chanvre appartiennent à la presque totalité de l’Europe, mais le premier prospère d’avantage dans les températures froides, sa culture s’étend jusqu’en Finlande. Le second réussit parfaitement dans l’Oukranie russe, dans la Pologne, dans l’Alsace, en Provence, en Calabre et dans le royaume de Valence. Le midi de l’Europe, produit du coton et de la soie, mais les récoltes, sont loin d’égaler celles de l’Amérique et de l’Inde.

Parmi les arbres el arbustes, qui viennent sahs culture : le sapin, pmu. s a bien, habite toute l’Europe jusqu’au 07e parallèle; c’est surtout dans le

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nord qu’il forme de grandes forêts; tandis que le midi voit depuis le 42e parallèle, les rivages sablonneux de la mer, se couvrir du pin maritime et le pin pinier,pûi«s pineci , qui a le port du palmier, former de belles forêts dans les Alpes, dans les Pyrénées, aux bords du Tage. Les pins timbra et pumilia, appartiennent aux sommets des Karpathes, des Alpes et des Pvrénées.Le pin sauvage, pinus sylvestris, et le pin mélèze, ubre tarix , sont généralement répandus jusqu’au 08'' parallèle. Le pin pesse, pinus picea , ne ' commence qu’au-dessous du 00e parallèle. Le chêne commun, qui croît plus en Daléearlie, se montre encore, mais faible, au G2'‘ parallèle en Finlande; il n’atteint que les extrémités, les plus méridionales de l’Europe. Le chêne à glands doux, cjnercvs ballotu, orne tout le midi de son feuillage. Le chêne liège, quercas snber , s’étend particulièrement à travers le Portugal, l’Espagne et l’Italie. Le hêtre, qui cesse vers le 00e parallèle, et le tilleul qui s’élève vers le 65', sont au sud de la Baltique, et dans les îles de cette mer, d'une beauté particulière, le frêne, l’aune, l’orme, le peuplier noir, le peuplier blanc cessent également vers le 00" et le 61e parallèle. Le peuplier tremble et le bouleau ne s’arrêtent pas moins au cercle polaire, ils font partielles paysages solitaires de la Laponie. Les divers saules et les sorbiers habitent aussi les régions les plus septentrionales.

Les semences légères du saule et du bouleau, emportées par le vent, prennent racine presque au bord des neiges perpétuelles. Le sureau ne dépasse pas le 571’ parallèle, tandis que le lilas étale ses lleurs jusque sur les bords de la Newa, et jusque dans les sombres rochers de Falun et de Daléearlie au pied des Dophrines. Cet arbuste existe sauvage en Suisse, tout porte à croire qu’il est originaire d’Europe.

Divers arbres du midi, ont fait de lents progrès vers le nord, à l’aide de la culture : le peuplier d’Italie, ne dépasse guère la latitude du Danemark. Le platane oriental et l’érable, pseudo-platane, ornements communs des forêts de la Grèce, perdent leur éclat au nord des Alpes. Le frêne, fraxiints omius, richè à la Calabre, ne réussit guère au-delà du 44e parallèle.

C’est aussi la limite naturelle et générale du laurier, du myrte, du lentisque à mastic, du lérébenlhier, du buis et du cyprès, ces arbres ne viennent dans toute leur beauté qu’autour de la Méditerranée. C’est aux anciennes colonies grecques (pie la Crimée a dû l’introduction du laurier, ainsi que celle de l’olivier et de la vigne. Les lieux incultes du midi, surtout au-desous du 40J parallèle, se couvrent de thym, de romarin, de jasmin et d’autres arbrisseaux odoriférants, mais ils n’ont guère d’autres végétaux à baies (pie celui qui donne les câpres. Les rochers et les marais du nord, surtout au-delà du 60e parallèle, se garnissent, au contraire, d’arbustes riches en baies salutaires et quelquefois délicieuses, tels que les groseillers, les vitis iclœa, les myrtillus et le rubus chamœmorus.

Ce règne animal de l’Europe est encore moins varié que le règne végétal, mais du moins est-il exempt de la plupart des fauves (pii peuplent l’Asie et l’Afrique. Les régions du nord et du nord-est jusqu’à la Baltique et

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jusqu au centre de la Russie, offrent à peu près les mêmes particularités. Louis blanc et le renard bleu y apparaissent de temps à autre, sur les mages de 1 océan glacial. Le renne descend en Scandinavie, jusqu’au 61" parallèle, et en Russie six à sept degrés plus bas.

Le mus le mm us fait ses migrations en ligne droite de l’est à l’ouest, entre le ad1 et le (ûi parallèles. Le glouton parcourt toute celle région. L’élan se tient généralement plus bas que le cercle polaire, il se montre en Lithuanie et même jusqu en Prusse, cette région nourrit encore le mouton de la variété ouralienne ou Scandinave, distingué -par une laine dure et par les cornes communes aux femelles.

Les plaines nues ou steppes' qui bordent la mer d’Azoff et la mer Caspienne, ont quelques animaux communs avec l’Asie. Le chameau de

Bactriane y a retrouvé ses pâturages remplis d’herbes salines. Le mouton circassien ou à longue queue, s’est répandu jusque vers l’Oka. Le cheval tartare y est resté avec ses maîtres, et le chacal y a suivi la trace des animaux.

Les grandes plaines fertiles et verdoyantes qui s’étendent depuis l’Oukranie et la Moldavie jusqu’au Danemark et en Finlande, sont le séjour des races les plus fortes de bœufs et de chevaux, et ces animaux v ont probablement existé longtemps à l’état sauvage, on voit encore, de temps en temps en Pologne, quelques urus ou aurrochs, mot qui dit littéralement bœuf primitif ou ancien, c’est la souche sauvage du bœuf. On trouve dans cette zone, de même que dans toute l’Europe moyenne, une race de moutons identique avec celle d Espagne et d’Angleterre, mais celle-ci a été améliorée par des causes tant naturelles qu’artificielles.

La zone moyenne de l’Europe ne comptait pas l’àne au nombre de ses animaux indigènes, il y a été introduit, mais il dégénère. 11 est rare en Suède et en Russie. Le cochon se rencontre un peu plus au nord que l’âne; il ne s’y est propagé que depuis peu, ainsi que le chat.

La grande chaîne de montagnes, que nous avons suivie sous le nom de Pyrénées, dé Cevennes, d’Alpes, de Ivarpathes et de Balkans, est habitée

par trois espèces particulières : le bouquetin, le chamois, la marmotte; on trouve celle-ci jusqu’au-delà du oo‘ parallèle.

L’hôte principal des mêmes montagnes est l’ours brun des Pyrénées et des Alpes, ce dernier est beaucoup plus fort que l’autre. Les régions méridionales de 1 Europe ont les mômes espèces que la zone moyenne, car le bœuf et le cheval de I Italie, pour peu qu’ils soient bien soignés, ont des formes aussi robustes et plus vigoureuses que les mêmes animaux dans l’Oukranie ou dans le Holstein, mais les invasions des Maures et des Turcs y ont

amené le cheval arabe ou barbe, dont la descendance a produit l’andalou et d’autres variétés. Le midi de l’Europe a reçu de l’Asie le bufile qui ne se trouve pas plus au nord que la Hongrie; il possède aussi, et probablement d’origine indigène, le mouton mouflon dans l’ile de Sardaigne et en Corse, et une race particulière du même animal, le strepaieos dans l’ile de Candie. L’âne de l’Europe méridionale, s’il n’est pas indigène, vient de l’âne

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