TERRES ARCTIQUES
navires qui s’y aventurent, elles se présentent sous les formes les plus variées, en trains, en iles, en montagnes. Ross en a mesuré une qui avait 100 métrés de hauteur sur 400 mètres de longueur; il faut compter qu’un quart seulement de la masse est hors de l’eau. Bellot, dans ses mémoires, cite un glaçon de G à 7 mètres de hauteur sur 800 mètres de longueur, et au sujet de ces blocs énormes, il ajoute : tantôt c’est une table régulière ou un cône alongé en forme de pain de sucre, tantôt une île véritable avec ses baies et promontoires; une autrefois, c’est une immense butte, ou l’entrée d’une caverne à galeries; des murailles, des tours en ruine, des arceaux, des ponts, pics déchirés et mille formes diverses, sur lesquelles s’exerce- l’imagination du navigateur, trompé par la brume et la distance. Il n’est pas possible d’affirmer que les régions boréales aient toujours deux saisons distinctes : un hiver et un printemps, car les rayons du soleil, frappent ces contrées trop obliquement, pour que les glaces ou les neiges, accumulées par un hiver de dix mois, et quelquefois plus, puissent entièrement disparaître; souvent même les détroits restent complètement gêlés, et le navigateur qui s’est aventuré dans des mers, qu’il a trouvées libres un moment, se trouve retenu dans ces solitudes glacées pendant de longues années. Ross y est resté 4 ans; Barentz, six ans, et Franklin, qui partit pour les mers polaires avec le pressentiment, sinon l’idée arrêtée de ne pas revenir, y périt avec les équipages de ses deux navires. Le printemps se fait sentir d’ordinaire en juillet et en août. Pendant le long hiver, rendu plus long encore par des ténèbres de plusieurs mois, (six mois, à 80 degrés de latitude), le thermomètre descend à 45 et 50 degrés; la mer gèle à 7 et 8 pieds de profondeur, les vents soulèvent des nuages, nuées, tourbillons ou trombes de neiges, bientôt toutes les ondulations ou aspérités des terres et des glaces sont comblées, et les terres ne forment plus qu’une immense nappe gêlée. Sous ce terrible climat, l’homme peut vivre, mais avec de grandes souffrances, et toujours en danger. Ainsi, dans la baie de Batty ou Bellot, en hiver, 1851-52, le thermomètre était descendu à 45 degrés; alors que le vent soufflait, le froid faisait attacher les paupières l’une à l’autre, les métaux au contact de la peau, produisaient l’effet du fer rouge; la nuit, dans une chambre chauffée, la vapeur produite par l’expiration, retombait en givre glacé sur la figure des dormeurs. Cette intensité du froid, amène la somnolence, ressemblant à l’ivresse, et un engourdissement général, qui amènerait la mort, si la circulation du sang n’était pas immédiatement activée par un exercice violent.
La géologie des terres boréales n’a pas encore été bien étudiée, nous savons seulement qu’on y a trouvé des calcaires, des grès ronges, des roches granitiques; quant à la végétation elle se réduit à peu de choses et les divers navigateurs qui ont hiverné dans ces régions, n’y ont rencontré le plus souvent que des mousses et des lichens, et parfois aussi (dans la haie de Batty), des saules nains, diverses herbes, parmi lesquelles fleurissaient la renoncule jaune et la bruyère rose. Les terres arctiques ne sont pas aussi inhabitées qu’on pourrait le croire, et de nombreux animaux en
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parcourent les solitudes. Au premier rang figure l’ours blanc qui- grimpe sur les glaçons, guette le phoque ou les poissons dont il se nourrit. Belle t affirme qu il attaque rarement l’homme, et qu’il ne se retourne même pas contre ses ennemis. Après l’ours, qui quitte rarement les bords de la mer, vient le loup, le wolverenne ou glouton, le renard blanc, le renard noir, dont la fourrure est très chère ; puis le bœuf musqué, le renne, les daims, le lièvre. Parmi les nombreux oiseaux qui, au printemps surtout, viennent animer les terres boréales, il faut citer l’eider, le corbeau noir (qu’on trouve du pôle a l’équateur), la grue, la mouette, le plongeon, le pigeon de mer, la perdrix de neige, l’outarde ou oie du Canada, les oies et les canards sauvages et quantité d’autres oiseaux. Les mers polaires sont peuplés de cétacés, de quantités prodigieuses de poissons et de phoques.
Les Esquimaux, que l’on trouve disséminés dans ces îles, appartiennent à la même famille générique qui peuple le Groenland, le Labrador et la plus grande partie des côtes de l’Amérique septentrionale.
Leur nom véritable est Kuskie, et ils considèrent comme une insulte la dénomination d’Esquimaux, qui signifie mangeurs de poissons crus, et qui leur a été donné par les Indiens du nord de l’Amérique. Les Esquimaux des mers polaires sont plus petits, plus trapus que ceux du Groenland, leur taille dépasse rarement 4 pieds 40 pouces. Ils ont les yeux moins bridés, le teint moins jaune et plus rougeâtre, la face ronde, les joues rebondies, le front bas, peu ou point de barbe ; leurs cheveux longs, plats et noirs, sont minces ou coupés sur le devant de la tête, et retombent de chaque côté sur leurs épaules; leurs pieds et leurs mains sont d’une petitesse remarquable. Leur costume se compose de peaux de phoques, et est le même pour les deux sexes. Pendant l’hiver les Esquimaux habitent des huttes de glace en blocs équarris; rien n’est plus dégoûtant que l’intérieur de ces misérables demeures, éclairées par un trou circulaire, percé au sommet de la hutte, et par lequel s’échappe la fumée; l’hiver une lampe éclaire et chauffe en même temps les habitants, couchés sur des peaux de phoques, au milieu de dépouilles sanglantes et graisseuses. Enéléceshuttes sont remplacées par des tentes en peaux de phoques. Le phoque constitue l’unique nourriture des Esquimaux : la chasse de ce cétacé forme sa principale occupation. Parfois quelque baleine échouée sur la plage, vient fournir à ces populations affamées des provisions imprévues, mais le plus souvent l’Esquimau ne compte que sur le produit de sa pêche et, monté dans son léger canot, il poursuilpatiemment, à travers les glaces, le phoque qui doit fournir à tous scs besoins. En même temps que la chair sert à la nourriture des familles, la graisse sert, à éclairer et à chauffer l’intérieur des huttes; la peau est employée à une foule d’usages, outre qu’elle habille l’Esquimau, elle recouvre son léger canot, forme ses lentes et sa couche etc. L’ivoire des dents est employé en place du fer, à l’extrémité de de ses armes de pêche et de chasse. Mais lorsque la pèche devient insuffisante ou impossible, des familles et des tribus meurent de faim, et dans ce cas l’Esquimau, dit-on, ne recule pas devant l’anthropophagie. Cependant
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ces peuplades sont généralement pacifiques, et tendent à disparaître des régions polaires. Déjà ils paraissent avoir quitté les terres au-delà du passage du nord-ouest, puisqu'on n’en a pas encore rencontré sur les côtes qui le bordent au nord et que cependant on a découvert d’anciennes traces de campement dans l’ile Melville. Il semble prouvé que ces contrées, glacées depuis des siècles, sont soumises à l’intensité croissante et plus continue du froid, et que les populations, autrefois répandues peut-être jusque sous le pôle, tendent à émigrer de plus en plus vers le sud. Parmi leurs usages on remarque que leurs tombeaux ne sont pas creusés dans la terre, le corps déposé sur le sol, entouré des principaux ustensiles de pèche et de chasse du défunt, est recouvert de blocs de pierres ou de glaces, entre lesquels on ménage quelque intervalle, par lequel le mort puisse s’envoler vers le séjour éternel.
Groenland. — Description physique, végétaux, animaux. — Le Groenland, longtemps considéré comme faisant partie d’un continent arctique, dont il aurait formé l’extrémité méridionale, ne paraît être, aujourd’hui, qu’une grande île, qui serait bordée au nord par d’autres terres, dont on ignore l’étendue. Ross, Parry et d’autres navigateurs pensent que plusieurs des baies, situées sur les côtes, et non encore explorées, sont les entrées de canaux plus ou moins larges, séparant le Groenland d’îles ou d’archipels inconnus. Quoi qu’il en soit, le Groenland, tel que le représentent nos cartes, a, à son extrémité méridionale, le Cap Farewel, à 59 degrés de latitude. Il est borné au nord par des contrées inconnues, à l*ouest par l’entrée de Smith, la mer de Bafïîn, le détroit de Davis, au sud-est par l’Océan Atlantique ou mer de Groenland.
Le Groenland diffère des terres basses et sablonneuses, qui forment l’archipel boréal : deux chaînes de montagnes se croisent à son extrémité méridionale et marquent son relief; l’intérieur est raontueux, coupé de nombreuses vallées, des côtes anfractueuses et dentelées, comme celles de la Norwége, sont bordées de noires et gigantesques falaises, presque toujours couvertes de neige. Les deux chaînes, dont les découpées profondes forment les fiords ou baies, servent de réservoirs à d’immenses
glaciers. Les vallées, qui leur servent de lit, sont profondément encaissées, et les cimes qui les couronnent, ont de 500 à 1200 mètres de hauteur. Ce sont les hautes terres arctiques. Les Islandais appellent les montagnes du Groenland : Ilimin-rad ou monts du ciel. Les points les plus remarquables sur la côte occidentale, sont le pouce du diable (74" degré de latitude), immense pic de glace, qui s’aperçoit de très loin, et vers le G4e près du Cap Farewel, la Corne du cerf, haute montagne à trois pointes, dont la plus élevée se voit, dit-on, de vingt-cinq lieues en mer. Quelques-unes de ces montagnes sont volcaniques.
Le Groenland paraît encore plus froid que les contrées glacées qui le bordent, ses glaciers, qui remplissent les vallées et descendent jusqu’à la mer en longues masses, ses pics énormes, formés par des couches de
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glaces, amassées par les hivers, et solidifiés par des dégels momentanés, présentent un aspect plus désolé, plus effrayant encore que les terres basses de l’Archipel occidental. Au printemps des portions énormes de ces glaces, s’écoulent dans la mer avec un bruit épouvantable, et vont former des banquises de glace, dont le volume et l’étendue font l’étonnement des navigateurs, tandis que des sommets des pics glacés se détachent des avalanches colossales de glaces et de neiges, venant combler le vide des vallées creusées par les glaciers mouvants.
On pourrait presque dire que le Groenland n’a qu’une seule saison, l’hiver, puisque la plus grande partie de celle région est couverte de glaces et de neiges perpétuelles; cependant les parties méridionales, les plus favorisées, jouissent d’une température à peu près supportable. Le grand froid commence en décembre; le thermomètre descend alors à 22° sous zéro. L’été se compte depuis mai jusqu’à la fin de septembre, mais la terre n’est à peu près débarassée de son manteau blanc qu’aux mois de juin et de juillet. Pendant cette saison Je soleil darde quelquefois ses rayons avec tant de force que le goudron fond sur la carène des vaisseaux. Le printemps et l’automne, à proprement parler, sont à peu près inconnus. L’été du Groenland n’a pas de nuits, mais en novembre, l’hiver a des nuits de plusieurs jours. Cependant, l’obscurité n’est jamais aussi profonde que les climats tempérés, à cause de l’éclat extraordinaire de la lune et des étoiles, sans compter les aurores boréales.
Les terres végétales sont rares au Groenland. Au printemps les glaces et les neiges se précipitent dans les fiords, dénudant tout jusqu’à la roche. Cependant quelques îles de la partie méridionale, et quelques parties des côtes occidentales, sont remarquables par des traces de vie et de fécondité, on y voit de la verdure, on y entend des oiseaux, mais les mousses elles lichens constituent la végétation principale. On y trouve une espèce de genévrier, qui reste fort bas, des saules nains, des myrtelles, des ronces, la camarigne dont les baies sont conservées pour l’hiver. On cultive le navet, le chou, les raves; on trouve aussi l’oseille, le capillaire, l’angelique, l’œillet de montagne, la grande et la petite fougère, la scabieuse, le cresson, le serpolet, la véronique, la violette, mais la plante la plus utile et la plus commune est le coclilearia, remède souverain contre le scorbut.
Les algues de la mer servent souvent de nourriture aux habitants, lorsque la chasse et la pêche sont insuffisantes ou impossibles.
Le règne animal présente une assez grande variété : on y trouve des rennes, des renards de différentes couleurs; l’ours blanc, qui n’est point si féroce qu’on pourrait le croire, car dans certaines villes de Sibérie on en conduit des troupes, au marché, non muselés et guidés par le bâton des gardiens. Quelques-uns de ces animaux, atteignent neuf pieds de long, et Bellot affirme qu’il y en a du poids de 800 kilogrammes.
Les Groenlandais n’ont d’autre animal apprivoisé qu’un chien de petite taille, à oreilles droites, ayant beaucoup de ressemblance avec le loup, ils l’emploient à tirer les Irai n eaux.
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Les oiseaux cle proie sont nombreux : le lièvre blanc fournit sa chair et sa fourrure; le lagopède ou perdrix du nord est d’un bon manger, mais on trouve une immense quantité d’oiseaux aquatiques, surtout les grands plongeons et pingoins; l’eider dont la chair est excellente et le duvet précieux; le kingalik ou canard à tète grise, le cormoran, des oies, des outardes, des mouettes et des goélands.
Les rivières fournissent beaucoup de truites et de saumons; la mer abonde en poissons de toute sorte : l’odde est le plus abondant; nous citerons aussi le cabeliau ou morue, le turbot, le serpent de mer (1), la raie, les salicoques, les oursins, les moules, dont une espèce renferme de petites perles. La baleine fréquente la côte occidentale du Groenland, et surtout les parages de la baie de Disco, rendez-vous des baleiniers.
On trouve aussi dans ces mers le gibbar, le nerval, le cachalot, le marsouin, le morse et enfin le phoque que poursuivent sans cesse les pêcheurs groenlandais dont il fait la principale ressource. La chair de cet amphibie est leur nourriture habituelle et, comme nous l’avons dit, la peau fait leurs vêtements, leurs canots, leurs tentes, leurs lits, leurs ustensiles de pèche, de chasse, etc.
Les tendons servent de fil, les vessies deviennent des gourdes, leur graisse serf à l’assaisonnement et aux onctions cutanées; avec le sang on fait du bouillon.
Établissements danois. — C’est du Danemarck qui dépendent les rares établissements européens jetés sur la côte groenlandaise. Cette terre découverte au 9' siècle, par les Irlandais, fut explorée, plus tard, par les Norvégiens qui lui donnèrent son nom (Groenland, terre verte), et y fondèrent des colonies, mais la peste en 1548, en détruisit presque tous les habitants, le pays fut oublié pendant plus de trois siècles et ce n’est qu’en 1 728 que des colons danois vinrent civiliser et convertir les Groenlandais ; alors furent fondées les centres d’habitations de ces parages. Leur prospérité fut d’abord assez rapide, et la population s’élevait à 50,000 habitants. Mais depuis un demi siècle celte population n’a fait que décroître, et n’est plus guère que d’une dizaine de mille âmes. Cette dépopulation est attribuée à l’intensité du froid qui augmente sans cesse, et finira peu à peu par rendre le pays inhabitable.
Les établissements danois, situés sur la côté méridionale ou sur la côte occidentale du Groenland, sont au nombre de 15 ; Upernawik est le poste le plus avancé vers le pôle, (72 degrés de latitude). Sa population n’est que de quelques centaines d’habitants, la plupart Esquimaux ou métis. La maison du gouverneur, la chapelle, l’école et quelques magasins, toutes constructions en bois, forment la ville haute. Le reste se compose de huiles en terre, d’une révoltante malpropreté. Upernawick sert d’entrepôt
(1; Nous ne connaissons pas le serpent de mer du nord, nous ne croyons pas aux gros serpents de mer, mais nous avons vu, pris par un pécheur en Cochinchine, dans l’arroye Chinois, des serpents hydrophys, gros, verts, à écailles, de la taille de petits boas.
CLIMATS I)E L’EUROPE
pour l’huile el les fourrures que les esquimaux, des côlcs environnantes, viennent y apporter. Les produits exportés sont : la graisse de baleine, l’huile de poisson, les peaux de phoques, de rennes, de renards, l’édredon (plumes ou duvet de l’eider).
Le commerce du Groenland est exploité par une compagnie établie à Copenhague, et qui emploie une douzaine de navires.
Au nord-ouest d’Upernowick, la côte du Groenland forme la baie de
Melville, fréquentée par les baleiniers, et tristement célèbre par les désas-
tres qui s’y renouvellent annuellement. Plus haut on rencontre le détroit de la baleine. Enfin, tout à fait au nord, se trouvent les hautes terres arctiques (78 ’) , visitées par Ross, qui put établir des relations avec une tribu perdue dans cet affreux pays.
La côte orientale a été explorée, dans le courant de 1 828, par le capitaine danois Graab, pour y retrouver l’emplacement d’une colonie, qui, partie de l’Islande, s’établit au Groenland, pendant le 14" siècle. Il dépassa le 69e parallèle, mais il ne trouva pas les traces d’anciens établissements. Cependant les indigènes, au nombre d’environ 600, qu’il rencontra sur cette côte lui parurent avoir plus d’analogie avec les européens. Toute cette côte parut, au navigateur danois, plus froide, plus stérile, plus misérable que la côte occidentale; elle ne consiste qu’en un glacier continu, qui ne laisse accès à la navigation que le long de quelques berges de rivières, ou le littoral de quelques îles. Pendant l’été de 1829 il n’éprouva pas un seul jour vraiment chaud. Le 14 juin le thermomètre centigrade atteignit son maximum qui ne fut que de 12 degrés. La végétation peu variée n’offrait qu’une herbe très line que les rayons du soleil desséchaient. On rencontrait : le cochlearia, l’oseille, quelques renoncules, des saules nains. Les principaux animaux étaient l’ours blanc, le renne, des renards, des lièvres blancs, mais vers le 65i' degré, on ne revit plus ces animaux.
Les Groenlandais ont la taille courte, la bouche ronde et petite, le visage aplati, la peau d’un jaune brun, les pieds et les mains d’une petitesse remarquable, les épaules larges, peu ou point de barbe, les cheveux noirs, longs et plats, qu’ils coupent sur le devant; les femmes les portent relevés sur le sommet de la tète. De doubles cottes en peau de phoques, disposées de façon que les côtés sans poils se touchent et puissent être graissés, des calottes, des bottes montantes, une casaque avec un capuchon, le tout en peau de phoque, constituent l’acoutrement des deux
sexes.
Comme les Esquimaux de l’archipel du nord, les Groenlandais ont des tentes pour Tété et des huttes pour l’hiver : les premières, sont couvertes en peaux de phoques; les autres, sont bâties en pierres reliées avec de la mousse, quelquefois en blocs de glace. L’entrée, haute à peine de deux pieds, est fermée par une peau; l’intérieur est rempli par une odeur d’huile el de viande, qui révolte les Européens. Une lampe en pierre ollaire, avec une mèche en mousse fine ou d’amiante, est entretenue constamment
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allumée et, en même temps qu’elle éclaire et chauffe la cabane, elle sert à faire cuire le repas de la famille.
11 ne paraît pas douteux, que les habitants du Groenland, ne fassent partie de la grande famille des Esquimaux, que l’on rencontre sur toute la cote septentrionale du continent américain. Celte parenté est surtout prouvée par leur, idiome, d’ailleurs, très remarquable par la richesse de ses formes grammaticales.
On reconnaît du reste, chez les Groenlandais, une foule de traits non équivoques, qui démontrent leur liaison avec les Esquimaux, même les plus éloignés. Ainsi, les instruments dépêché des habitants de l’Amérique russe, sont exactement composés comme ceux des Groenlandais. Les petits esquifs des Esquimaux, du Labrador et des Groenlandais ont exactement la même construction : ce sont des espèces de caisses longues et effilées, formées de branches légères, recouvertes de tous côtés de peau de chien marin, sur une longueur de 4 mètres. Ces barquettes n’ont que MO centimètres à la plus grande largeur, au centre est un trou formé d’un cerceau de bois, auquel est attachée une peau qui , au moyen d’une courroie à coulisse, se resserre comme une bourse,- liée à la ceinture du pécheur. Ainsi placé dans ce trou central, muni d’un seul aviron très mince, long de 1 mètre à 1 mètre 5' ) centimètres, et s’élargissant à chaque extrémité, en pagayant, rapidement de droite à gauche, le rameur ou pour mieux dire l’homme poisson, s’élance en droite ligne à travers les flots écumants, et brave les glaçons, au sein même de la tempête, sans courir plus de risques que les phoques, dont il est devenu le rival et le maître.
La race groenlandaise est robuste, courageuse, endurcie à la fatigue; les mœurs en sont douces, le caractère simple et facile, les familles vivant dans la concorde et la tranquillité d’une pauvreté perpétuelle; à l’encontre de bien des civilisés, ces sauvages aiment passionnément leurs enfants. Cependant la polygamie est en usage, et les femmes sont durement traitées.
L’écriture et l’arithmétique leur sont toul-à-fait inconnues : leur langue ne fournit de nom de calcul que jusqu’à o. Leur médecine ne consiste qu’en sortilèges, mais ils savent traiter les fractures en entourant le membre brisé d'un bandage en cuir épais, et en position étendue, c’est un moyen de contention qui serait à imiter par nous, non point avec la peau de phoque, mais avec le caoutchouc qui se façonnerait aisément en jambières et brassards avec lacs, pour exercer le degré de eonstriclion voulu, et maintenir les membres fracturés en position normale. Cela simplifierait bien des bandages trop compliqués, aux armées en campagne.
Nouvelle-Zemble. — En Russe : Terre-neuve; c’est le nom donné à la réunion de deux îles, situées dans l’Océan glacial arctique, au nord du gouvernement d’Archangel, par 08 et 70" de latitude nord.
Leur longeur est d’environ 1)00 kilomètres, sur 500 de largeur. Le climat
CLIMATS lins TERRES ARCTIQUES.
est très rude*, moins glacial pourtant que Semble rait comporter la latitude. La Nouvelle-Zemble est toute entière dans le cercle polaire, aussi la grande nuit y est-elle de près de trois mois. Les montagnes couvertes de neiges et glaces perpétuelles, renferment des volcans, des lacs, des rivières; il y a peu de végétaux, parmi lesquels d’humbles bouleaux. Les animaux qu’on y trouve sont : l’ours blanc, ,1e renne, l’isatis ou renard bleu, la loutre la chouette. Ce pays est désert, inhabité, mais les pêcheurs et les chasseurs d’Àrchangel, viennent y chercher les cétacés, les squales et les phoques qui sont très nombreux sur ces cotes.
Et cependant ces parages déshérités sont peut-être à la veille d’être très fréquentés, en devenant des poiuls de relâche ou d’hivernage, pour les navigateurs des mers polaires.
La Société géographique de Francfort vient de recevoir un rapport, sur les nouvelles découvertes faites au pôle Nord, par le lieutenant Payer et son compagnon de voyage, M. Weyprêcht. Chargés de faire des observations entre le Spitzberg et la Nouvelle-Zemble, afin de faciliter l’expédition projetée pour l’année prochaine, ces deux explorateurs ont fait des découvertes qui paraissent être d’une grande importance. Ils ont, disentils, découvert une immense mer polaire, dans un endroit généralement considéré jusqu’à ce jour comme inaccessible aux vaisseaux de tout genre. En 4808, une expédition avait en vain tenté de briser les obstacles naturels qui s’opposait à sa navigation, et, après des efforts surhumains, elle avait à peine obtenu des résultats insignifiants. « Bien que les plus graves autorités de notre temps, dit le lieutenant Payer, dans son rapport, croient inutile de chercher une roule à l est du Spitzberg, les expériences
que nous avons faites, nous permettent de prouver qu’il existe, au nord de la Nouvelle-Zemble, une grande mer ouverte à la navigation. »
Les observations de Siinons et de Mattieson avaient au reste déjà signalé l’existence, dans ces parages, d’une étendue d’eau non glacée. Le premier surtout, s’engageant à la poursuite des requins dans le voisinage de l’ile Bieloï (ile Blanche), acquit la certitude qu’entre la Nouvelle-Zemble et l’extrême nord de la Sibérie, les glaces disparaissent en automne, laissant le champ libre à la navigation. De cette manière, les espaces indiqués sur la carte, comme couverts de glaces éternelles, disparaîtraient d’eux-mêmes. Il faut remarquer que l’année 1871, comparée aux précédentes, a été particulièrement défavorable pour la navigation. Dans toute la Norwège, les pêcheurs s’accordent à dire, que, de mémoire d’homme, on n avait vu année si mauvaise pour la pêche. Le vaisseau allemand la Germania , malgré des efforts inouïs, n’a pu réussir à pénétrer dans la mer de Kara. Comment*se fait-il donc que Fauteur du rapport à la Société géographique de Francfort, soit parvenu à vaincre toutes ces d illicul tés, et a obtenir, en dépit de tant de circonstances désavantageuses, des résultats si importants et si inespérés? Tout le secret, c’est que les expéditions précédentes commençaient trop tôt, tandis que la meilleure saison est I automne. Elles côtoyaient ordinairement le Spitzberg ou la Nouvelle-Zemble, 1 espace