‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 73 sur 215 · SPITZBERG · texte numérisé non relu

SPITZBERG

flanquées de glaciers. Leur grande élévation les fait apercevoir de très loin. Un jour de cinq mois tient lieu d’été. Les quelques plantes qu’on y rencontre sont les cochléaires, les renoncules, les joubarbes et les pavots. Les golfes et les baies se remplissent de fucus et d’algues, d’une dimension gigantesque, c’est dans ces forêts marines que les phoques et les cétacés aiment à se réfugier. On y trouve les chiens marins, le morse ou chalvaross, la baleine que chassent le narval et l’épée de mer. Au milieu de ces grands habitants de la nier glaciale, s’avance l’ours polaire, tantôt parti sur un ilôt de glace, et tantôt nageant dans les flots, il poursuit ou dévore tout ce qu’il rencontre. Un autre quadrupède, le renne broute la mousse qui couvre tous les rochers. Des bandes de renards et d’innombrables troupes d’oiseaux de mer viennent, pendant quelque temps, peupler ces iles solitaires. Mais dès que finit le jour polaire, oiseaux et poissons se retirent.

Les Hollandais ont beaucoup exploité les pèches du Spilzberg, l’huile et les fanons de baleine, la peau du morse et ses dents plus dures que l'ivoire, les cornes de narval, la matière cérébrale du cachalot ou blanc de baleine, employé pour la fabrication des bougies, ont fait faire de gros bénéfices. Tous ces grands animaux sont cependant moins utiles à l’homme que le hareng, dont la mer glaciale semble être ou la patrie ou l’asile. Là dans les eaux inaccessibles, il brave l’homme et la baleine, mais des causes inconnues l’en font sortir, pour venir environner de ses innombrables essaims, les côtes septentrionales de l’Europe et de l’Amérique. Au commencement de l’année, cette multitude amoncelée et serrée, qui occupe une immense étendue, débouche des mers polaires. Une partie se dirige vers l’Islande dont les mille baies sont remplies, mais on ignore ce que deviennent ensuite les débris de cette bande. L’autre partie descend la mer du nord, se fractionne en deux troupes principales, l’une suit les côtes de la Norwège et de la Suède, pénètre dans la Baltique par le Caltegon, en sort par les Beltz, côtoie l’Allemagne et la Frise, se jette dans le Zuyderzée, et reprend ensuite la route du nord. L’autre qui est ordinairement la plus nombreuse, passe aux îles Sethland et aux Orcades, où l’attendent les pêcheurs hollandais , puis descend vers la grande Bretagne, dont elle colore tous les rivages, et vient se réunir dans la Manche pour se perdre ensuite dans l’Océan Atlantique.

Une autre curiosité des mers polaires, c’est l'extrême abondance des bois flottants, que les courants amènent sur les terres du Labrador, du Groenland, et plus encore sur celles de l’Islande, .du Spitzberg et des terres arctiques, entre ces deux iles. Les amas de bois flottants, jetés sur l'ile Jean-Mayen, l’égalent en étendue. Généralement, les Islandais en recueillent assez pour leur chauffage. Les baies du Spitzberg en sont remplies,

il y en a beaucoup sur la partie de la côte de Sibérie, exposée à l’est. Les bois se composent de troncs de mélèzes, de pins, de cèdres sibériens, de sapins, de bois de Fernambouc, de campèche, de camphriers etc., ces troncs paraissent avoir été entraînés par les grands fleuves d’Asie et

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d’Amérique, les uns sont apportés du golfe du Mexique, par le fameux courant de Bahama, les autres sont poussés par le courant, qui au nord de la Sibérie, porte habituellement de l’est à l’ouest. Quelques-uns de ces gros arbres, que le frottement a dépouillés de leur écorce, sont même assez bien conservés, pour faire d’excellents bois de construction.

Climats de l’Asie.

L’Asie offre une surface de deux millions de lieues géographiques carrées, c’est-à-dire, plus de cinq fois la superficie de l’Europe. L’Asie figure une sorte de tronc, de pyramide quadrangulaire, dont la face nord-est, tournée vers l’Océan glacial, dont la face orientale est tournée vers le grand Océan, dont la face sud est tournée vers l’Océan indien et dont la face occidentale est tournée vers la Méditerranée. Le plateau central se décompose en deux autres, le plateau chinois et le plateau ou dépression des mers Caspienne et d’Aral. D’après cela, le système orographique de l’Asie se compose de quatre grandes chaînes parallèles, deux à deux, et talutant les quatre faces du plateau central. Ces quatre chaînes, dont la disposition et l’enchaînement, sont très confus et mal connus, forment le système central ou Himalaya, dont les ramifications s’étendent dans toute l'Asie. On doit en regarder comme des appendices quatre autres systèmes de hauteurs, beaucoup moins considérables et qui semblent isolés : le système ouralien, qui remplit la plus grande partie de l’isthme de jonction, entre la Mer noire et la Mer Caspienne, le système arabique dans la presqu’île d’Arabie, le système indien dans la presqu’île de riiindoustan.

On peut diviser en quatre chaînes ou groupes, le système de l’Himalaya. L’Altaï, d’après les données géologiques qui s’y rapportent, aurait été produit par un soulèvement granitique, à travers une immense fissure du globe, sur une étendue de lfi" de longitude. ÏI y a des sables aurifères et des mines d’argent d’un grand rendement.

L’Altaï ne représente pas comme les Alpes, des cimes déchirées ou dentelées, et des aiguilles ou des pyramides, il se termine au contraire par de larges plateaux granitiques, dont la roche se décompose et couvre de graviers les pentes des flancs de ces sommets.

Le groupe Thian-Chan, nom chinois, qui signifie monts célestes, porte aussi ceux de Sine-Chan, mont neigeux, et de Pe-Chan, mont blanc. Sa • latitude moyenne est le 42e degré, son point culminant parait être la masse de montagdes, remarquable par ses trois cimes, couvertes de neiges perpétuelles et connue sous le nom de Bokdaola, montagne sainte qui a 3800 mètres de baulenr. A l’est il s’abaisse brusquement et s’aplanit au niveau du désert glacé, nommé le grand Gobi ou Chamo, où l’on ne voit guère que des lacs salés, de faibles cours d’eau,, de maigres pâturages, des buissons, quand la neige persistante ne recouvre pas le tout, car l’hiver y est très long, l’été très court, mais d’une chaleur intense. Au sud

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s’étend la chaîne de PHimalaya, allant du nord-ouest au sud-est. Le sommet le plus remarquable de l’Himalaya est le Chamoulari, dont la hauteur est évaluée à 8200 mètres. On le distingue des plaines du Bengale, à plus de 500 kilomètres de distance.

La température de certaines localités indique, dans le système de PHimalaya, de profondes dépressions du sol. Ainsi la douceur des hivers et la culture de la vigne sont dues à des vallées d’affaissement circulaires, cl qu’il est beaucoup plus naturel d’appeler d’anciens cratères, c’est sur les bords de deux grands lacs, à la naissance de la chaîne du Dzang, qu’on recueille le meilleur borax du Tliibet. Les environs sont riches en dépôts

aurifères.

Le système de l’Himalaya s’étend jusqu’aux extrémités orientales de l’Asie, au sud-est comme au nord-est. C’est une de ces chaînes qui va former la presqu’île de Malacca, tandis qu’une autre se termine par Pile de Formose.

Nous avons visité ces contrées et nous dirons, toutes proportions gardées, que l’ile Formose en particulier est au système orographique himalayen chinois, ce que, par exemple, la Corse et la Sardaigne sont aux Alpes maritimes.

L’immense système asiatique présente, à l’ouestcomme à l’est etaunord, les caractères des régions volcaniques, de vastes cratères et des volcans en activité.

L’Amou-Déria, avant de se jeter dans le lac Aral, coule sur toute la contrée appelée plateau de Tartarie, mais dont la dépression est telle, que la mer Caspienne est à 50 mètres, et le lac aral à 70 mètres au-dessous du niveau de l’Océan. Cette immense concavité de l’ancien monde est un payscratère, comme le sont sur la surface lunaire Ilipparque, Archimède, Ptolémée, qui ont plus de 50 lieues de diamètre.

Le système caucasique se compose de deux groupes, celui du Caucase nord et celui du Taurus au sud. On peut rattacher à ce dernier le groupe du Liban, qui en est séparé par la vallée de l’Oronte.

Le système arabique, entièrement séparé du précédent, comprend différents groupes qui s’élèvent au milieu des déserts sablonneux de l’Arabie, et dont le plus considérable en altitude est le Sinaïi

La région méridionale de PHimalaya à l’Inde, est garantie des vents -glacés du nord, par les montagnes du Thibet, et va s’inclinant fortement vers les Tropiques et l’Equateur. Son sol riche et fertile, arrosé par de grand fleuves, est fortement chauffé par les feux du soleil.

C’est le contraire pour la région orientale, séparée de la précédente par la barrière que forment les chaînes montagneuses de Mongolie. Ces contrées, désignées sous le nom de Tartarie chinoise, ressemblent à l’Asie septentrionale, quoiqu’elles soient situées sous les latitudes de la France.

Le froid qui couvre la Tartarie, la température constante du grand Océan, et une exposition directement orientale, donnent à la Chine un climat moins chaud (pie celui de l’Asie méridionale. Ce vaste pays dépas-

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saut un peu le Tropique, el s’élevant peu au-dessus du 40 degré de latitude nord, présente tous les climats européens.

Règnes végétal et animal. — ■ L’Asie passe pour avoir donné à l’Europe ses céréales, ainsi que la plupart de ses plantes potagères et de ses arbres fruitiers. En effet, l’élévation (le quelques-unes de ses régions, porte à croire qu’elles furent le plus ancien centre de civilisation, d’où ont été importées les principales cultures. La région septentrionale offre plusieurs genres de végétation bien différentes. Près des sources du fleuve Amour, le chêne et le noisetier sont faibles et languissants. Le tilleul et le chêne cessent vers l’Irtich; le sapin ne dépasse pas le 00' parallèle; d’épaisses forêts de bouleaux, d’ormes, d’érables el de peupliers bordent le cours des fleuves. Le pin cimbre (pinus cimbra ), qui couronne en Europe les cimes des monts, s’élève au milieu des plaines humides de la Sibérie, où il atteint une taille gigantesque.

Le peuplier blanc est commun en Sibérie, de même que le peuplier bannier qui s’élève majestueux, en répandant l’arôme de ses bourgeons résineux.

La Sibérie ne produit ni pommes ni poires, les fruits insipides du poirier sauvage de la Daourie et du poirier à feuilles de saule, sont de la grosseur d’une cérise. L’abricot du même pays est d’un goût aigrelet.

Le mérisier à grappes qui croit dans la Sibérie méridionale, jusqu’au Kamschatka, porte un petit fruit douceâtre; celui d’un autre arbre (primas fructicosa), commun dans les steppes, sert à faire une sorte de vin. On tire aussi, des baies de plusieurs ronces et de diverses bruyères airelles, une boisson agréable. Un grand nombre de plantes à jolies fleurs sont indigènes de la Sibérie. Le muguet, la violette, l’ellébore noir, le veratre blanc, l’iris jaune, blanche, l’iris des près, l’anémone, la potentille, la gentiane des marais, l’élégant astragale des montagnes, offrent l’assemblage des couleurs les plus variées. Le daphné al laïque, l’amandier nain, la gentiane altaïque, l’œillet superbe, la valériane, croissent sur les flancs du mont Altaï, tandis qu’à leurs pieds croissent l’aster de Sibérie, la tulipe sauvage, le rosier à feuilles de pimprenelle. Sur les autres montagnes, on trouve la gentiane des neiges, mais c’est en Daourie (pie la flore sibérienne étale ses principales richesses : les monts se couvrent de deux espèces de rhododendrons, d’églantiers; dans les plaines croissent les anémones, de nombreuses espèces de potenti I les et de centaurées, de pivoines, notamment la'pivoine à fleurs blanches, dont la graine infusée dans l’eau bouillante donne une espèce de bière. Ces nombreux végétaux et beaucoup d’autres, ne dépassent point les limites de la Daourie; mais dès que l’on a dépassé lTénisei, la végétation est pauvre, et enfin au-delà du cercle polaire, jusqu’aux bords de l’Océan glacial, aux chétifs arbrisseaux succèdent des mousses et des lichens.

La végétation de la Manlchouric, de la Corée el du nord de la Chine, diffère essentiellement de celle de la Sibérie et du plateau central. De

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