‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 98 sur 215 · F I U V R E S C L 1 M AT È R 1 QUE S · texte numérisé non relu

F I U V R E S C L 1 M AT È R 1 QUE S

simples, que les variations de température et d’humidité seules peuvent produire, et d’autre part, les fièvres intermittentes miasmatiques.

Et où s’observent les intermittentes non miasmatiques?

Partout au printemps, même dans les lieux marécageux : car alors la chaleur, ditM. Puccinotti, n’est pas suffisante pour opérer le dégagement des miasmes. Voici textuellement une de ses assertions : « Nous répétons que les intermittentes ordinaires, qui naissent dans les lieux où il n*y a pas de marais; les intermittentes du printemps, qui naissent même dans les lieux marécageux, avant que les miasmes soient activés, et qui n’ont pas la même essence que les fièvres miasmatiques, ont cependant la même, absolument (l) la même périodicité, et ne la tirent certainement pas de miasmes (2). »

Si M. Puccinotti avisé sincèrement à défendre la doctrine de l’intoxication, dans la position critique où l’ont mise les faits d’observation, nous devons bien le dire, le service qu’il a rendu est celui de l’owrs au jardinier.

Plus conséquent avec ce qu’il nous a été donné d’observer, ou du moins, parvenu aux éléments d’une conviction plus entière, nous venons exposer comment et pourquoi nous avons été conduit à la négation formelle de la plus considérable des hypothèses médicales, ces barrières du progrès, en ce sens que, par des explications à priori sur ce qui est cà démontrer, elles éloignent de la vérification rigoureuse des faits, ou en faussent la véritable signification quand elle leur est contraire.

Indiquons par quelle gradation, nous avons été amené, du doute, à la négation de l’hypothèse de l’intoxication miasmatique paludéenne.

EXAMEN CRITIQUE DE LA DOCTRINE DE l’|NTOXICATION MIASMATIQUE.

Une doctrine croule quand elle est en désaccord avec les faits.

Cette théorie n’a pas été formulée précisément en corps de doctrine, elle est disséminée en propositions plus ou moins vagues, variables, par conséquent, selon les fantaisies de chacun. Entre toutes celles, en effet, qu’ont pu enregistrer les annales de la médecine, il n’y en a pas, assurément, de plus élastique quant aux interprétations les plus variées : c’est, ce qui lui vaut peut-être le grand nombre de ses partisans, souple qu’ellecst à se plier ainsi aux exigences de tous. Elle n’a pas d’éditeur responsable, résultat des déductions multipliées d'une sorte de superstition d’âge

(1) Nous devrions lire la memissime par ilalicisme.

(2) « Repitiamo che le intermittent! ordinarie elle nascono in luoghi dove non sono

paludi, le inlermittenti di primavera clie nascono ne’ medesimi luoghi paludosi prima

,îhe i rniasmi sino atlive. e che non Iianno la medisima essonza délie miasmaliolie, hanno

pure la stessa slossima periodicila, o non la Iraggono corlo nal miasma. « [Loc. rit , rap 0). '

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en âge, elle est partout et n’est à personne, nous sommes donc complètement à l’aise, sons ce rapport, pour la passer en revue, dans l’ensemble de ses dogmes, sans crainte de froisser des amours-propres d’auteurs, ayant grand soin, d’ailleurs, de rester dans les limites de la critique générale.

Celte doctrine part d’une hypothèse impossible à justifier. Si, partant d’un fail bien démontré, la doctrine de l’intoxication miasmatique paludéenne procédait, ensuite, au développement d’une théorie pour laquelle elle invoquerait môme l’hypothèse, force serait bien, sa base étant solide, d’en accepter l’ensemble, sauf à rectifier, avec le temps, ce que l’expérience et le progrès de la science autoriseraient à modifier aux questions de détail, mais loin delà, son vice originel est de chercher son point d’appui dans l’admission, toute gratuite, de miasmes considérés comme agents toxiques. On les a admis, non pas comme des êtres de raison, mais comme bien et dûment matériels, que le vent transporte, qu’une forêt intercepte, qui s’élèvent, qui s’abaissent, quon absorbe, quon a\ale, quon respire, sans dire toutefois s ils sont matière solide, liquide ou gazeuse,

ils sont : voilà tout.

Puis, quand les analystes sont venus pour saisir cette production protéique, revêtue d’autant de formes qu il y a eu de capricieuses imaginations pour la façonner à leur gré, ils ont eu beau employer les précautions les plus minutieuses et les réactifs les plus puissants, ils en ont été pour de vaines recherches, qu’ils eussent nom deVolta, de Fourcroy, de Yauquelin,

de Thompson, de Julia, de Gattoni, d’Herpin, ou de Brochi.

« Alexandra Yolta, dit Joseph Franck (U, a observé que, dans les lieux entièrement marécageux et les plus propres à favoriser le développement des fièvres intermittentes, l’atmosphère offrait une proportion convenable entre l’azote et l’oxygène. »

Va-t-on remuer la vase des marais pour y dégager des bulles de divers (raz? Ces gaz, soignensement recueillis et analysés, ne sont le plus souvent que de l’hydrogène carboné, quelquefois de l’acide carbonique, de l’oxygène, etc/, tous gaz qui, agissant séparément ou mélangés sur l’économie animale, ont de tout autres propriétés assurément que de déterminer

la fièvre.

Yauquelin fit l’analyse de deux litres de rosée de marais, recueillie par Rigaud de l’isle, il la trouva semblable à l’eau de pluie.

« Jules-César Gastoni, ditM. Montfalcon (2), a analysé l’air stagnant des marais putrides du fort de Fuentes, à l’embouchure de la Valteline, pays dans lequel on ne saurait dormir sans être saisi par la fièvre. Cet air fut comparé avec celui de la haute cime du mont Legnone, toujours couverte de neige, et dont l’élévation, au-dessus du niveau de la mer, est de 1,400 toises environ. L’eudiomètre, manié avec l’exactitude la plus sciupuleuse, montra l’air recueilli sur le marécage plus salubre que celui du

• (I) Pathologie Interne , xxxvii.

(2) Histoire des marais.

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lac Legnone.On réitéra plusieurs fois la même expérience, en y changeant quelques circonstances de temps et de saison, elle donna quinze fois le même résultat. D’autres analyses furent exécutées avec des airs recueillis en onze lieux différents, tous marécageux et couverts d’eaux stagnantes ; on les compara avec autant de portions d’air pris sur les montagnes peuplées de végétaux : les premières parurent encore dans l’eudiomètre au même degre de salubrité que les secondes, et au niveau de l’atmosphère des plaines, résultat d’autant plus étonnant que les habitants de ces contrées semées de riz, sont des cadavres ambulants, malades de la fièvre, presque tout l’été, et au terme de leur vie, à cinquante ans, tandis que les montagnards voisins sont presque tous forts, vigoureux, vivent quatrevingt-dix ans, et atteignent quelquefois leur centième année.

De son côté, M. Julia a analysé soixante fois l’air des marais, et constamment il l’a trouvé delà plus grande pureté.

Ainsi, s’il est un fait bien démontré, c’est que les prétendus miasmes échappent à toutes les investigations de l’analyse, malgré cela, les mêmes hommes qui se rient des archées, des monades, des ferments des esprits vitaux, qu’ils regardent avec raison comme autant de créations fantastiques, de brillantes imaginations sans doute, mais qui s’évanouissent sous l’œil scrutateur de l’observation, ne craignent pas d’encourir le blâme de superstitieuses inconséquence, en admettant l’existence de miasmes dont ils parlent absolument comme s’ils les avaient touchés du bout du doigt.

On pourrait objecter qu’il est bien des choses qu’on ne peut toucher du bout du doigt et qu’il faut croire néanmoins. Assurément, mais toujours alors la cause admise devient évidente, ou par elle-même ou par la constance et l’identité de ses effets. La bave d’un chien enragé ne diffère pas à l’analyse chimique de la salive d’un chien bien portant, et cependant la première contient le virus rabique, sinon en substance particulière, du moins à l’état de propriété contagieuse. Mais ce virus rabique, que nous ne pouvons isoler, manifeste sa virtualité toutes les fois que l’animal qui

le secrète mord un autre animal.

Une .cave s’emplit d’acide carbonique qui échappe à la vue, mais qui se révèle par l’extinction de tous les corps en ignition qu’on y introduit, par l’asphyxie de tous les individus qui y séjournent, seraient-ils dix, seraientils cent.

De même, si l’air de certains lieux était empoisonné par des miasmes, il faudrait que les individus qui les hantent, fussent tous et toujours nécessairement intoxiqués. Or, il s’en faut bien qu’il en soit ainsi, car l’expérience démontre fréquemment qu’on peut respirer l’air des marais impunément un temps donné, très prolongé, en permanence même. Tout le monde, en effet, n’a pas la fièvre dans les pays mêmes où elle règne avec le plus d’intensité; nous en donnerons plus loin des preuves multipliées, en indiquant comment on prend la fièvre et comment on l’évite. Vainement invoquerait-on les tempéraments à prédisposition idiosyncrasique, nous croyons peu à ces Milhridales de l’intoxication. D’autre part,

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bien qu il n’y ait pas parité pour inférer ce qui se passe chez l’homme de ce qui a lieu chez les animaux, il est à propos de noter néanmoins que ces derniers respirent, avec une immunité constante, l’air des bas-fonds les plus marécageux.

Puis, on pourrait demander de quel droit on donnerait aux miasmes la prépondérance dans la pathogénie des fièvres,

Au temps des anciens Romains, la fièvre était octroyée parle courroux de la déesse Febris, dont on avait grand soin d’implorer la pitié, à force de sacrifices qui lui étaient offerts dans les trois temples qu’on lui avait érigés à Rome, ainsi que nous l’apprend Maxime Valere (L. 2., C. o) : Febrim ad minus nocendam templis colebant , quorum unum adhuc inpalatio , alterum in arce Marianarum, tertium in summd parte rici longi ; in caque remedia , quœ corporibus œgrotorum innexa [itérant , de ferebantur.

On lit encore une inscription ancienne avec ces mots : Febri divæ, Febri sanctœ , Fabri magnœ , Camillia amatapro fdio male affecta { 1).

Plus tard, à la déesse Febris succéda la madonna délia Febbre, à laquelle on adressait, au moyen âge surtout, des supplications analogues.

Varon, Columelle, Vitruve et après eux Lancisi et Rasori, attribuaient la cause première de la fièvre à la présence, dans le sang, d’insectes qui s’introduisaient subrepticement par les voies respiratoires et parles pores de la peau, et qu’on appelle, en Italie, des serafici. Aussi conseille-t-on de ne respirer, en certains lieux, qu’à travers une toile de gaz, en enjoignant, comme moyen préservatif et curatif, l’impérieuse obligation de se saturer d’ail, précaution prophylactique que nous avons vu employer avec un fanatique aveuglement.

D’autres recherchent dans des actions chimiques la cause première de la fièvre : c’est ainsi que Sylvius de La Boë dénonce comme source fébrigène incontestable les vapeurs sulfureuses. Si Sylvius revenait, il serait facile de lui démontrer qu’en tout temps, en tout lieu et à toutes doses, les vapeurs sulfureuses n’engendrent pas la fièvre, mais à coup sur on ne lui démontrerait pas que des miasmes la donnent.

Il n’est que trop vrai, de tout temps l’homme a eu la fâcheuse tendance à se complaire dans les créations chimériques pour les mettre à la place de ce qui est : c’est plus simple et plus tôt fait, puis, ces fétiches une fois posés, il les adore et ferme systématiquement les yeux à l’évidence des faits qui pourraient le ramener du faux culte où il s’égare.

Toutes les expériences, quelque ingénieuses qu’elles aient été, par quelques mains qu’elles aient été tentées, n’ont pu démontrer l’existence des miasmes, leur admission rentre donc dans le domaine des hypothèses que le temps a vu paraître et disparaître, cependant supposons pour un instant que les miasmes paludéens soient réellement la cause fébrigène, unique, indispensable, voyons-la à l’œuvre.

El d’abord, ce n’est pas tout qu’une première hypothèse quant a leur

(1) Moreri, Grand Dictionnaire historique.

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existence ; il faut en faire une seconde quant aux éléments qui les dégagent; en effet, sans s’assurer s’il y a bien, dans tous les marais, des conditions suffisantes pour la production des détritus regardés comme générateurs de la fièvre, elles sont admises sans conteste comme sources intarissables. On a même tenté de faire une flore des marais, afin de classer les espèces végétales aquatiques, selon leur degré de nocuité. Maison n’a pas tardé de voir l’inutilité, sinon l’impossibilité de l’entreprise, en trouvant que ces espèces variant, selon les lieux, il aurait fallu créer autant de flores fébrigènes qu’il y a de marais. Ces flores ne seraient donc intéressantes qu’au point de vue botanique. Mais accordons tout et poursuivons l’examen des conséquences d’une première hypothèse. Après avoir admis les miasmes comme êtres matériels, mais indéfinis, se dégageant de foyers paludéens, en raison même de l’intensité d’action des conditions telles que la chaleur humide qui favorise la décomposition des substances organiques, on en déduit que ce dégagement s’opère avec plus d’effervescence dans le milieu du jour. Et aussitôt, par une inconséquence, bien faite pour surprendre, on a établi que les individus, fréquentant les marais, pouvaient néanmoins braver impunément l’intoxication miasmatique, dans le milieu du jour, que c’était surtout le soir, la nuit et le matin qu’ils couraient des dangers.

Comment sortir de cette flagrante contradiction? Par une quatrième hypothèse. L’activité de la fermentation paludéenne serait, à la vérité, en raison des feux du jour, au moment du midi, par conséquent, le dégagement des miasmes serait le plus vif et le plus considérable, mais en vertu de la rapidité de décomposition des substances organiques, dit-on, et d’une expansion toute particulière, les courants de miasmes seraient à ce moment trop subtils pour avoir prise sur l’organisme. Il faut avouer que c’est se créer des embarras à plaisir. Hypothèse pour hypothèse, il eût été plus simple d’admettre les miasmes comme agents nocturnes, on aurait évité ainsi une énorme contradiction, sans être mieux dans le vrai pour cela.

Mais nous n’avons rien perdu pour attendre, les miasmes, qui, au milieu du jour, avaient pris leur vol, sans faire attention à leurs proies, vers les régions supérieures de l’atmosphère ou malgré les courants aériens qui devaient les emporter au loin, resteront en suspension fixes et immobiles, on ne dit pas comment, reviendront vers le soir comme des nuées d’oiseaux aquatiques à l’entour des marais. Malheur alors à quiconque séjourne en ces lieux ! Aspirés, avalés, absorbés, pénétrant après un séjour plus ou moins long sur les membranes tégumentaires et gastro-pulmonaires dans lei torrent de la circulation, ils iront, pareils à des vautours, s’attaquer, non pas au foie, comme l’oiseau de Prométhée, mais à la rate !

Eh bien ! les physiologistes s’accordent a reconnaître que les fonctions de cet organe, qui n’est peut-être qu’un diverticulum , sont obscures, qu’elles constituent une des lacunes de la science; cependant ce qui est

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écrit, en physiologie pathologique, dans la plupart des traités de lièvres, ne forme-t-il pas une merveilleux chapitre sur le rôle de la rate? Ne répèlet-on pas, tous les jours, que c’est le réceptacle de prédilection des miasmes ? c’est là qu’ils se blottiraient, qu’ils sommeilleraient, d’après certains partisans de l’incubation, pendant toute sa durée, transformant ainsi la rate « en marécage interne ; » c’est de là qu’à leur réveil ils feraient irruption dans tout l’organisme, et par leur jeu alternativement expansif et centrifuge, ils occasionneraient l’accès ou l’apyrexie, puis, repulullant en générations multiples, ils distendraient leur repaire, lequel, à un certain degré d’intumescence, prend un grand nom emprunté d’une nomenclature aussi savante, il faut le reconnaître, qu’elle est hérissée de néologismes (b. Ce serait de la rate enfin que les miasmes seraient expulsés, à la longue, par les prétendus efforts éliminateurs qui constituent l’accès, et ce serait du degré de l’élimination que dépendraient la guérison et les rechutes, selon que l’élimination serait complète, ou qu’un levain miasmatique resterait encore caché dans les profondeurs du parenchyme splénique. Mais n’abandonnons pas le champ de l’étiologie, nous retrouverons la rate à propos des lésions organiques consécutives aux fièvres.

Les miasmes, avons-nous vu, sont censés pouvoir s’élever à hauteur variable, dont la limite, d’après l’évaluation générale, serait à 500 mètres, tandis que leur transport horizontal ne dépasserait pas 500 mètres, de sorte que ces agents si subtils n’iraient pas au delà d’une portée de fusil. En vérité, quand on tient champ libre d’hypothèses, on ne saurait se créer des difficultés, des impossibilités même, d’une manière plus inconsidérée.

Qu’arrive-t-il, en effet, aux observateurs qui parcourent les pays où les fièvres, comme en Afrique, régnent endémiquement ? Qu’à chaque instant ils rencontrent des fièvres qui dépassent, incommensurablement, les distances supposées que les miasmes peuvent franchir. Comment résoudre la difficulté? Très aisément, les fébricitants, dit-on, ont dû être intoxiqués, à une époque antérieure, en passant dans la sphère d’action de quelques marais. Cette hypothèse pourrait, jusqu’à un certain point, être mise en avant pour les voyageurs et pour les troupes qui exécutent de fréquents déplacements, mais la difficulté reste toute entière pour ceux qui sont sédentaires dans les pays non marécageux, hors de portée des marais, et qui cependant ont la fièvre, surtout pendant l’été. Le cas est véritablement embarrassant, mais, grâce aux expédients, nous allons voir qu’il ne l’est pas pour l'inloxicalionnisle, nous appelerons désormais de ce nom le partisan de la doctrine de l’intoxication miasmatique paludéenne.

Quelle est donc son attitude quand il rencontre, sur son passage, pareils faits d’observations si manifestes, qu’aucune contestation n’est possible? Avouera-t-il franchement sa théorie en défaut? Pour l’appliquer quand .

(1) llypcrsplcnolrüphie ou splénomégalie.

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même, il la rendra plus élastique, ce qui n’en est pas moins une condamnation implicite, voici l’interprétation de circonstance : évidemment, dit-on alors, l’intoxication prise dans un sens trop restreint, c’est-à-dire, ne s’effectuant que par l’action du marais type reste en défaut, et ne saurait rendre compte de tous les faits, force est bien d'entrer en transaction. 11 doit donc y avoir, poursuit l’intoxicationniste, d’autres sources, d’autres foyers d’intoxication : les détritus végétaux étant considérés comme les ferments qui dégagent les miasmes, il y a possibilité de retrouver ces ferments partout ou à peu près. Toutes les terres doivent en contenir, là l’humus qui s’amasse sur le sol d’une forêt remué par les défrichements, dégagera des miasmes, ici dans les villes, ce serostlles rigoles où séjournent des détritus croupissants, enfin, dans les plaines nues, desséchées, fendillées, chaque crevasse sera une source d’effluves miasmatiques communiquant, le devinerait-on...? Avec des marais souterains !

Pareil abus d’hypothèses révèle l’impuissance de la théorie, et d’autre part, le marais type est ainsi détrôné par ses propres partisans : si, en effet, les marais à l’état d’infiniment petits, comme les rigoles des rues ou les crevasses d’une terre fendillée par le soleil, peuvent suppléer à l’influence du marais type, c’est cesser de considérer le marais proprement dit comme condition première, indispensable, pour la production des fièvres, c’est porter le plus rude coup à la théorie de l’intoxication; en vérité, nous n’aurions pas voulu demander, à ceux dont nous nous déclarons l’adversaire, au delà de ce que nous accorde le propre aveu de quelques-uns d’entre eux.

L’indispensabilité du marais constitué n’étant plus invoquée, ne pouvant l’être dans certaines contrées où il fait défaut, il suffit maintenant d’un moment de réflexion pour faire justice des prétendues influences des marais infiniment petits et des remuements de terres. Si c’étaient, en effet, là les sources fébrigènes, qu’on nous explique alors pourquoi les agriculteurs de tous les pays, qui remuent la surface du sol de tant de façons, ne tombent pas frappés, intoxiqués dès les premiers coups de bêche, les premiers sillons de leur charrue ou leségratignuresde la herse? Comment les terrassiers exécutent-ils les chaussées si prodigieuses de nos voies de communication, comment peut-on exécuter un seul percement de tunnel, un forage de puits? L’humus d’une terre qu’on défriche empoisonne, dit-on, et que sera-ce donc des étables de toutes les espèces domestiques qui sont souvent la demeure permanente des gardiens, et bien plus un séjour regardé comme hygiénique pour les poitrinaires? Que sera-ce donc de tous les pourris.soirs où l’agriculteur, entassant détritus sur détritus, va remuer et puiser ses engrais?

Dans une ville, dit-on, les égouts de chaque maison seront autant de foyers d’intoxication ! Cependant nous savons qu’on ne doit pas exagérer leur nocuité, ainsi que l’ont si bien mis en évidence les recherches de ffarent-Duchatelet, non pas assurément que nous contestions la nocuité de certains dégagements des détritus organiques, tels que les gaz hydrogène

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sulfuré, acide carbonique, etc., ce que nous contestons, ce sont les émanations fébrigènes qu’on voudrait leur attribuer.

Quant aux prétendus marais souterains qui seraient gisants sous un sol tellement desséché, qu’il se crevasse, nous attendrons, pour discuter leurs influences, qu’on ait au préalable démontré leur existence autre part que dans les régions de l’imagination.

Enfin, pour que rien ne manque aux exagérations de l’hypothèse de l’intoxication, après avoir supposé ces miasmes naissant et agissant dans des conditions impossibles, on leur trouve de plus des correctifs imaginaires.

Ainsi, il est recomnfandé de faire bouillir l’eau qu’on doit boire, «pour détruire, dit -on, les miasmes qu’elle pourrait contenir, » ce qui semblerait faire supposer qu’on pourrait dire des miasmes comme de certains animaux : morte la bête, mort le venin.

Ici encore nous ne contestons pas non plus l’utilité de l’ébullition pour débarrasser une eau croupie de divers gaz qu’elle tiendrait en solution, ce que nous contestons, c’est que les prétendus miasmes pussent être rendus

inoffensifs parce qu’on les aurait fait cuire.

D’autre part, il est dit encore, d’après Annesley, « que plus l’air est calme, chaud et humide, plus il occasionne de maladies, parce qu’il est

plus saturé de miasmes De là les bons effets des coups de tonnerre,

des ouragans et des tourbillons, dans une localité malsaine, pour disperser et enlever les miasmes pernicieux — , moyens que la nature emploie pour

dissiper les exhalaisons. » Ainsi donc, dame nature ruserait avec elle-même en faisant naître à plaisir des miasmes, pour se donner ensuite la satisfaction de les dissiper à coup de tonnerre! Voilà pourtant où aboutit une théorie qui ne met aucun frein à ses hypothèses !

Les miasmes cherchés hors de l’homme sont introuvables; examinons si les recherches physiologiques peuvent révéler du moins leur présence au sein de l’organisme.

Après avoir admis, par première hypothèse, l’existence d’un principe spécial comme cause fébrigène, après en avoir placé la source par hypothèse dans les marais, et fait une autre hypothèse pour le ranger dans la classe des poisons, on place, par hypothèse encore, 1 action première de ce poison fébrigène dans le sang, de sorte que l’empoisonnement miasmatique du sang serait la cause prochaine des accès. Les modifications que subit le sang des fébricitants étant le principal motif sur lequel se.st basée l’intoxication, il devenait donc intéressantde procéder àdesanalvses hématologiques, pour aller à la recherche du poison miasmatique au sein

du fluide où il passe pour exercer plus spécialement ses ravages.

C’est ce qu’ont fait MM. Léonard et Eolcy, dans leurs recherches sur l’état du sang dans les maladies endémiques de l’Algérie (Q.

« Cette étude, disent-ils, devait avoir pour nous d’autant plus d intérêt

(I) Mémoires de médecine militaire , I. 50,

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qu’elle pouvait transformer, en une vérité démontrée, l’hypothèse de tant de médecins recommandables qui, sans le secours de l’expérimentation directe, mais par de simples inductions, n’ont vu à toutes les époques dans les lièvres paludéennes qu’une viciation de la cràse du sang...

« Et, en effet, une espèce pathologique qui, comme celle dont il s’agit, entraine immédiatement des désordres fonctionnels, tels qu’une décoloration rapide de la peau et des muqueuses, les cachexies séreuse et scorbutique, devait au seul point de vue de l’interprétation des signes physiques, prendre sa source dans une modification de la constitution élémentaire du sang; et l’existence d’un agent toxique généralement admis pouvait à priori la faire concevoir. »

Leurs analyses portant sur soixante-sept cas de fièvre intermittente fournissent pour résultat les données ci-après :

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