‹ Traité de cristallographie (volume 2)Chapitre 32 sur 55 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Application de la ciusTAU-OGitAPHiE a la disti^^liiok

SES ESPÈCES MXNÉIULES.

I. Considérations générales sur VEspèce minéraloglgue, et sur la manière de la déterminer.

1. Ijes différentes divisions et sous - divisions qui composent les méthodes destinées à facililer l'étude des êtres naturels, aboutissent toutes à l'espèce comme à leur terme commun. II n'existe réellement dans la nature que des individus, dont les assenibla|^es composent les espèces. Il en résulte (jue pour avoir, relativement à l'un des règnes de la nature, une méthode qui la représente fidèlement, U iàut avant tout lîxer la notion de l'espèce qui se rapporte i ce r^ue. J'ose même dire que c'est là le point essentiel, et que" tout le reste n'est qu'accessoire. Dans les méthodes qui concernent les r^nes organiques, les caractcr&s spécifiques sont liés à un fait qui établit sur la nature elle-même le fuudenient de l'espèce, et en fournit la véritable notion. Ce fhil consiste daus la succession non interrompue dus individus qui naissent les uns des autres. Le» ressemblances que jtréseuteiit dans lu ibrme ct-duiis la

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disposition particulière de leurs organes les divers individus auxquels s'étend cette succession , fournissent le caractère disdactif de Feqièce qui résulte de leur ensemble.

En IMUnérdogie, iln^y a ni reproduction ni e^èoe^ si l'on prend ce terme à la rigacar. Rien n'empèdbe cependant de suivre l'exemple de linnaeus, de Bergmann, de Werner et de plusieurs minéralc^istes cââires, «n appliquant le hméi X^spèce, dans un sens {dus ttcto, k tm «aonhlage déterminé d'êtres inoi^niques.

Laquestioti eiA de savoir qods sont les principes qui doivent diriger l'arOettr d^e méthode minérallogique dans la formation de ces assemblages auxqudsiiotts donnons le nom ^wpèœs, et lui servir à tracer entre «nï& des £gnes de démarcation qui puis»sent les faire diitmguer les uns des autres ; ou , ce qui est la m^ne dKise, quelles sont les conditions requises ptar que nous soyons foiKlés à identifier dans 9QM)S conoeptions et dans notre nomenclature, plusieurs objets qui se présentent «uocessivement^ en sorte que ckacun d'eux ne soit t^ensé différer des autres t]ue pardon existence particulière.

Or, il est visible que les principes d'où dérivent ces conditions doivent r^oser^sur la véritable notion de rœpèoe minémlogicpe , et ainsi c^est à cette notion

U iaM, remonter^ pour -en déduire ensuite l'indi-» El de la marcbe à suivre dai^ ia formation de la

DE CRISTALLOGRAPHIE. <ii

3. Cette notion paraît se présenter d'elle-même, i l'on considère qu'un minéral n'est autre chose I R|il'im aggrégat tie molécules unies cutre elles par I ï^llinité ; <pie la Chimie , en nous dévoilant les tjna- L4ïtés et les quantitéis respectives des principes <fiii ■instituent ces molécules, a répandu d'autant plu* Wme jour sur la formaliiKo des miTtéraax, tfa'ellc est Mirvenue , dans plusieurs circonstances, nlea reprojire après les avoir détruits ; d'où l'on sera porté « tonclure que c'est uniquement dans les résultais de l'analyse cliimique (ju'il faut cliercher la notion de l'espèce, et que celie-ci doit être défmie une collection ttétres organiques semblables par leur compo- ^Ution.

r Mais pour peu qu'on y réâéchisae., on sentira que Cfttte définition est incomplète, en ce<pi'elle n'cnooce iqiïe les matériaux des substances minérales , et £i»t abstraction de la manière dont l'affinité les a réunis , et de l'empreinte qu'elle a laissée de son travail siir les corps auxquels cette réunion a donné naissance.

Pour mieux me foire entendre, je supposerai que les molécules prinnpes d'une des substances dont il s'agit , par exemple cclks du carbonat* de ehaux , exercent les unes sur les auti^es lears forces attractives, et que les circoitstaiices soient favorables à la cristallisation. Pfous devons dislii^uer deux époques diflërentes dans k durée de cette opération. Pendant la première, les molécules de l'acide carbonique et celles de la cliaux se combinent suivant uu ceri'

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rappoK et dans un cerlain ordre , pour produire des solides r^uliers presque iofimment petits et d'une forme invariable , qui sont les molécules intégrantes du carbonate de chauiL. Pendant la seconde époque, ces molécules intégrantes se rapprochent de manière que leurs faces homologues s'alignent et se fnettent de niveau sur autant de plans qui «'entrecoupent dans des ^ns déterminés, et tout ^cet assortiment présente à l'extérieur une eonfiguration semblable à celle d'un corps géométrique. Mais cette configura tion est susceptible de varier suivant la diversité des circonstances qui accompagnent la cristallisation. En raisonnant des autres minéraux conune de celui dont je viens de parler , nous en conclurons que l'espèce dépend de ce qui se passe pendant la première époque , c'est-à-dire que son caractère réside vdans la molécule intégrante, comme étant le point fixe d'où part la nature dans la formation des minéraux. Or, nous avons encore ici deux choses à distinguer, savoir, les quantités relatives des principes (jui composent la molécule intégrante , et les fonctions qu'ils exercent les uns sur les autres , en se réunissant, et d'où dépendent les latus d^allinité par lesquels leurs molécules propres se présentent les unes aux autres, les distances respectives auxquelles elles se placent, l'assortiment qui naît de leur réunion ; et ainsi ce sont les fonctions dont il s'agit qui organisent, j>our ainsi dire, les molécules iulégrantcs, et en déterminent 1^ forme, l^ir une suile nécessaire,

cette même forme jointe ù la structure du corps dont elle est l'élément physique , inQuc à son tour sur les propriétés de ce corps , telles que la réfraetîoii , la pesanteur spécifique, la dureté et autres qualités qui lienneot à l'essence du même corps,

3. C'est d'après les considérations précédentes que , dans mon Traité , j'ai déiini l'espèce minéralogique une collection de corps dont les molécules ioi^rantes sont semblables par leurs formes, et coratiosées des mêmes principes unis entre eux dans le même rnpport.

Ainsi les minéraux ayant un type géométrique,

li consiste dans la forme de la molécule intégrante, et un type cliimique, qui consiste dans la composition de la molécule intégrante, la déllnition de ^espèce est fondée sur la coexistence de ces deux Ç^pes dans chaque individu.

Celte déllnition a reçu un nouveau degré de préitision , depuis que les chimistes ont généralement Adopté un principe qu'ils ont appelé principe des propartions définies, et dont la découverte a été le fruit des recherches du célèbre Dalton. Il consiste en ce que les rapports entre les quantités des élé- M^ mens qui composent les dilTérens corps de chaque B espèce sont fixes et invariables, et il est même prouvé, par des expériences exactes, que ces rapporLt ont pour expressions des fractions simples , représentées

Ipar les premiers termes de la série naturelle des tombrcs. J'avais aperçu depuis long-temps la liaison

de ce priocipe avec la gqométrie dea^ cristaux ^ et eUe n'avait servi à ea déaioatrer l'ei^ts^e^oei (i)« Je. me foiitdaid sur ce que Iqs idoIcquIqs éiém^Dfw^ ayant des figurea détcraûaéos^ c'ébii^ de Tor^rq dm», lequel elles étaiçsat assortie que dépend^H U fornft de la looléouk iat;égraot^* Or» 4an» l'hypotb^ rà les quantité» relative de ces mol^ii^ef wifeiwîfn*-^ varârtiem» l'asscertinmii; A'aywt jlkm h mNf pfr pc»! awQ sea pai^» k fiMm«>qai pwt ça ètm considérée cooune te mQiile, devrait él^ cjbiu^gée a son tour.

MainiçnaDt ^ on peut dei^and^r s'il es^ nëpessaire de fidre pq^cQurir les devm types à la d^t^npination des espèces minérales, ou si un seul suffit pour remplir ce but. C'est cq qu'ont pensé ÇroQStedt , Bergmauu, et plusieurs autres chimistes, qui ont employé l'analyse toute seule pour distinguer les espèci^ minérales Içs unes des autres.

Il ihe parait, au cqq traire, que cette distinction doit être fondée sur les résultats de la géométrie des cristaux ^ et que cetti^ deruière peut même se passer 9 dfps tous les pas, du seçqurs de la Chimie,

pour re^iplir Vobjjet dont il s'agit. Je vais exposer les

motiâ de mon ppiuion , et j'ose espérer qu'ils me garantiront du reproche de wi'être laissé séduire par la prédilection que l'on a naturellemeut poAir des sujets dont on s'est long-temps et fortement occupé.

(i) Tableau comparatif^ ^8091 introduction , pagt x.

DE CRISTALLOGRAPHIE. ^iS

Toute espèce doit pouvoir être représentée. Or , cette représentation dépend de cerlnins caractères pris parmi ceux qne les individus de l'eiipèce, considérés dans leur état naturel, oCfreot à nos observations.

De plus, ils doivent dériver de ce qu'il y a de plus coustant dans la manière d'être de ces individus, de ce cjni seul reste fixe au milieu de toutes les diversités d'aspect, de couleur, d'éclat, etc., produites par des causes accidentelles.

Or , la géométrie des cristaux satisfait parfeitenfent à ces conditions. A l'aide d'une sorte d'anatomie dont ces corps sont susceptibles, elle parvient à déterminer rigoureusement les angles et les dimensions respectives d'une molécule qui, à la vérité, échappe à nos yeux par sa petitesse , mais qui est représentée par les solides réguliers , dont la forme dérive des positions respectives des joints naturels situés dans l'intérieur des cristaux. Cette première connaissance conduit à celte de la forme primitive, autour de laquelle viennent se rallier, à l'aide des lois de la structure , toutes les variétés dctemiinables que présentent ime partie des individus de l'espèce; et k l'égard de celles dont les formes sont irr^ilières, j'exposerai dans la suite les observation» qui indiquent leur rapprocbcment avec tes précédentes.

Personne ne rend à la Chimie, plus sincèrement que moi, l'hommage ([lie sollicitent les avantageii précieux que ses résultats ont procuves à la Miné-

ralogîe. Elle remonte jusqu'à l'origine des corps, en démêlant dans leurs masses les divers élémens qui ont concouru à leur production. Elle distingue parmi ces élémens ceux qui font la fonction de bases à regard des autres , et c'est de cette distinction que naît la formation des genres. Cest elle encore qui nous a dévoilé les propriétés dont nous nous servons pour caractériser les ordres et les classes. Elle plane ainsi sur toute la méthode, et l'on peut même dire que sans elle nous n'aurions pas de véritable mé^ thode. Mais il s'agit ici de la détermination des espèces, qui doit être fondée sur l'observation immédiate des corps, dans l'état où ils portent l'empreinte du travail de la nature. Or, l'analjse même la mieux faite ne nous apprend absolument rien à cet égard. Elle substitue à ces dimensions et à ces mesures d'angles qui font ressortir la forme de la molécule intégrante , un simple rapport numérique entre les quantités relatives d'éléraens dont les uns échappent à nos sens et les autres se montrent sous la forme d'une matière pulvérulente qui ne dit rien à l'œil. Bien loin de nous éclairer sur les fonctions qu'exercent les unes à l'égard des autres les molécules élémentaires dans le minéral, elle fait disparaître les caractères sensibles émanés de ces fonctions. Ses résviltats enfin ne peuvent être vérifiés qu'à l'aide d'une nouvelle opération qui exige un certain temps et des attentions délicates, au lieu que ceux de la géométrie des cristaux peuvent être répétés à

►tihl leui con

cliaque iustant par des moyens simples et espédilifs qui s'offreut comme d'eux-mêmes à l'observation.

On jugera aisément, par ce qui precùde, que j'ai dû écarter du plan de mon travail toutes les modilicatioDS accidentelles et variables qui étant susceptibles de se prêter à la manière de voir de t'observair, lui donnent, pour ainsi dire, la faculté de composer avec ses yeux, et dont il ne peut tirer que des inductions de convenance , qui n'emportent jamais la conviction avec elles. Je suis parti de ce qu'il y a de fixe et de constant dans les minéraux, et me sais efforcé de mettre dans les déterminations que j'en ai déduites cette précision t[ui ne nous laisse fie& maîtres ni de lui résister, ni de lui refuser noire flonfiance , parce que l'empire qu'elle exerce est fondé -iur l'évidence qu'elle imprime à tout ce qu'elle touche.

Je vais exposer les diverses considérations que j'ai Jiuisées dans la théorie des formes cristallines , envïtagée sous toutes ses faces, et que j'ai fait concourir Ters le but auquel je me proposais d'atteindre. ËUei! seront entremêlées de discussions que j'ai jugées nécessaires pour détruire les objections qui ont été opposées à ma méthode, et ne laisser subsister, s'il était possible, aucun nuage sur la justesse des principes qui m'ont dirigé, et sur celle des données quHIs m'ont fournies, pour distribuer les espèces minéndes de mauière à les faire ressortir nultcmeiit les unes à c6tû 4es autres.

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