‹ Traité de cristallographie (volume 2)Chapitre 35 sur 55 · II · texte numérisé non relu

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bonate de fer, qui a pour forme primitive un rhomboïde obtus dans lequel Fincidence des deux faces situées vers un même sommet est de 1 07^. Si cette mesure ne laisse rien à désirer du côté de la précision , ma méthode cesse d'être en défaut ; le fer spathique constitue une espèce distinguée de toutes les autres , et par ses principes et par la forme de sa molécule. Il est de mon intérêt d'avouer l'erreur que j'ai commise en assignant pour le rhomboïde primitif une valeur trop petite d'environ 2^ ^ , qui l'assimilait a celui de la chaux carbonatée.

Mais cette erreur, qu'il faudrait rejeter sur les mesuFCS prises avec le goniomètre ordinaire, est d'autant moins dans l'ordre des possibles, que ces mesures ont été répétées un grand nombre de fois avec beaucoup d'attention. Je vais essayer d'éclaircir la dilHculté, d'après l'observation qu'ont pu faire ceux qui ont eu sous les yeux des morceaux de fer spathique , tels qu'on en trouve dans une multitude d'endroits. Elle consiste en ce que souvent les lames dont ils sont les assemblages , au Heu d'être planes, subissent des inflexions et des courbures qui tendent à Élire paraître leurs inclinaisons respectives plus grandes qu'elles ne le sont en efièt. M. Jameson attribue à cette cause la différence qu'ont indiquée les mesures mécaniques (i). Ce que je puis dire, c'est que j'ai pris tous les moyens convenables pour m'as-

0) System of Mineralogy, t8i6, t. III , note à la page 272.

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surer du niveau des faces qui terminaient les rhomboïdes que j'ai employés , et qu'il m'a paru que ma mesure n'était susceptible d'aucune correction. J'exposerai plus bas des considérations qui viennent à l'appui de ce résultat.

Une seconde opinion était celle que j'avais d'abord adoptée , et que Bergmann semblait m'avoir dictée, en annonçant que le fer spathique contenait tou- ^urs une quantité considérable de chaux carbonatée, qui , dans les morceaux les plus aboddans en fer, formait à peu près la moitié de la totalité. J'en avais conclu que le fer spathique n'était autre chose qu'un mélange de chaux carbonatée et de fer qui empruntait sa forme de la première.

Mais les analyses qui ont été faites depuis quelques années par des cliimistes d'un mérite distingué, et auxquelles ils ont employé des cristaux de fer spathique qui étaient dans leur état de fraîcheur et n'avaient subi aucune altération , n'ayant donné que du fer et de l'acide carbonique, quelquefois avec une quantité de chaux carbonatée égale à 7^ de la masse, il a fallu renoncer à l'hypothèse précédente. La conséquence que l'on s'empressa de tirer de ces résultats , en les comparant avec celui de mes mesures, fut que la méthode cristallographique avait confondu dans une même forme primitive étrangère aux limites, deux substances entre lesquelles la Chimie venait de tracer une ligne de démarcation fortement prononcée.

La difficulté disparaît dans la troisième opinioa. qui a été émise par Rome de Lisle (i), et à laquelle je me suis conformé dans mon Tableau compara* tif (2). Suivant cette opinion , le fer spatliique serait le résultat d'une de ces opérations auxquelles je donne le nom de pseudomorphose , c'est-à-dire que la chaux carbonatée se serait convertie peu à peu en fer carbonate, par une substitution des molécules ferrugineuses aux molécules calcaires. Cette transformation aurait laissé subsister le mécanisme de la structure, à peu près comme dans le bois agatifié on retrouve tous les linéamens de l'organisation primiUve, en sorte que les molécules quarzeuses, en remplaçant une à une celles du bois , ont pris l'empreinte du tissu végétal. J'ai aperçu dans les fractures faites à des cristaux pseudomorpliiques de stéatite , tels qu'on en trouve à Baireutli , des indices des joints naturels qui existaient dans les cristaux calcaires auxquels ceux-ci avaient succédé. Seulement ils étaient moins apparens que ceux qu'on observe dans le fer spatbique.

Ma collection renferme un certain nombre de morceaux de ce fer, dans lesquels la pseudomoi>pliose semble parler aux yeux. Je me bornerai à en citer quelques-uns. Ici on voit des masses lami^

(1) Cristallogr. , t. HT, p. a8a. f^oyez ausai Icj lettres du docteur Demeste, t. II, p. Saa et suiv.,

(2) Page 27 c^.

iiaires de chaux carbonatéc enveloppées d'un 1er oxidé brun , qui a pénétré dans les parties situées ver» la surface , auxquelles il a communiqué sa couleur , tandis que celles qui sont situées vers le centre sout ratées blanches et intactes. Là, des rhomboïde» équiaxes de fer spathique en décomposition sont tra* versés par des lames de chaux carbonatée pure , dont les directions s'accordent avec Tordre de la structure, tel que l'indique la division mécanique des cristaux ordinaires qui présentent la même variété , comme si ces lames s'étaient conservées pour attester l'origine calcaire de la pseudomorphose. Ailleurs des groupes de cristaux qui offrent le rhomboïde primî* tif ont des parties blanches entremêlées de parties brunes, en sorte qu'il y a unité de structure. Les fragmens des premières n'ont aucune action sur l'aiguille aimantée, même dans l'expérience du double magnétisme , et se dissolvent en entier avec une lente effervescence dans l'acide nitrique. Les fragmens des parties bnuies attirent l'aiguille, dans l'expérience ordinaire, et sont in^solubles dans l'acide : seulement ils y perdent leur couleur et deviennent d'un blanc grisâtre.

En soumettant successivement aux mêmes épreuves des fragmens détachés de differens morceaux, on remarque que les propriétés ont suivi une gradation dont l'eflct était de rendre plus sensibles la résistance a l'action de l'acide et la disposition au magnétisme a mesure que le corps approchait davantage du der-

nier terme de la série, auquel répondait le fer spathique sans mélange de chaux carbonatée.

On voit par ce qui précède que, dans l'hypothèse où l'angle saillant obtus du rhomboïde du fer spathique serait de 107**, il fendrait, ce que personne ne sera tente d'admettre, que cet angle, en partant de 104^7, eût varié d'un morceau à l'autre, en passant par tous les intermédiaires compris entre les deux extrêmes.

On trouve aux environs de Dusseldorf en Westphalie, des cristaux qui originairement étaient composés de chaux carbonatée , appartenant à la variété métastatique. Us sont engagés dans des masses d'un fer oligiste qui est venu se mouler sur leur surface , et dont les molécules ont été prendre successivement les places que leur cédaient les molécules calcaires. Dans la plupart des cristaux , le remplacement n'a eu lieu que depuis le sommet jusqu'à un certain terme au-delà duquel la chaux carbonatée est restée intacte , en sorte qu'ici la pseudomorphose est évidente. Ce n'est plus, à la vérité, le fer carbonate qui en a fourni la matière : aussi n'ai-je cité cette observation que comme étant propre à diminuer la surprise que tendent à faire naître les fiiits précédens.

J'ajoute que l'hypothèse d'une pseudomorphose est celle qui fournit l'explication la plus naturelle de ces dérangemens de niveau et de ces courbures que présentent hs lames composantes d'un grand nombre de morceaux de fer spaihiquc. Ou croit voir une ma-

tière qui a été conspue tourménlée, et dont les mc^ eules , forcées de se loger dans des vacuoles qui n'étaient pas &itspour elles, n'ont pu Vairanger conformément aux lois d'une a^;r^tion par&itement régulière.

^ Le système de cristallisation du fer spathique est encore analogue à celui de'la chaux carbonatée. On y trouve le rhomboïde primitif complet, celui que j'appelle basé, ensuite la variété équiaxe, puis la contrastante et celle qui porte le nom de prismatique (i). Mais il y a mieux, et en observant les fractures d'une partie des cristaux , oh y aperçoit des indices très sensibles de ces joints surnuméraires qui se montrent dans les rhomboïdes primitif de chaux carbonatée, surtout de ceux qui sont parallèles à des pfans menés par les diagonales horizontales des &ces opposées deux à deux. Ainsi le rhomboïde du fer spaâlûque aurait copié celui de la chaux' carbonatée jusque dans ces modifications , qui me paraissent être

(i) Les cristaux de cette dernière , qui se trouvent dans le comté de Cournouailles , sont composés de couches concentriques dans lesquelles le progrès de la pseudomorphose s*annonce par la différence de couleur^ qui , en allant de la surface vers le centre , passe du brun-noirâtre au blanc-grisâtre et au jaune-brunâtre. Les fragmens de ces cristaux agissent immédiatement par attraction sur Taiguille aimantée , et si on lea présente un instant a la flamme d'une bougie^ ils acquièrent des pôles.

dues à de simples jeux de lumière étrangers au mé-* canisme de la structure.

On objectera que les fidts dont j'ai parlé n'ont lieu que dans des circonstances particulières et conune isplées, où la nature opérait sur des corps resserrés dans de petits espaces , et qu'on n'est pas en droit de les généraliser et de les étendre à ces couches puissantes de fer spathique qui se trouvent dans une multitude de pays. Je ne répondrai pas que nous ignorons ce qu'étaient dans l'origine ces couches qui, dans plusieurs endroits, sont accompagnées de grandes masses de chaux carbonatée , et que nous n'avons pas non plus le droit de juger de leur état primitif d'après leur état actuel. Je me bornerai à dire que y dans la nécessité ou nous sommes d'opter entre trois opinions dont chacune laisse un mystère à éclaircir, la saine raison nous prescrit de donner la préférence à celle qui nous le montre du côté le moins obscur.

n y a du mystérieux dans tout ce qui tient aux pseudomorphoses. Je citerai surtout celles que l'on trouve aux environs de Baireuth , où des cristaux de chaux carbonatée primitive , métastatique , etc. , et y ce qui est plus étonnant, de cristaux de quarz hyalin prisme y engagés d'abord dans des masses de stéatite, ont disparu de leurs moules à mesure que leurs molécules les abandonnaient à celles de la même stéatite qui, en s'y arrangeant, ont copié fidèlement les formes dont ces moules conservaient l'empreinte. Ayant brisé un morceau de la stéalile

te remarquerai, en finissant > «tait bien prouvé que le fer spalli fer carbonate soumis au mênii iiuanlités de fer et d'acide carbc élé produit d'un premier jet, particulière qu'il faudrait placer genre du fer, quoiqu'elle ne se fi sous une forme empruntée, en primitive resterait inconnue, ci ques autres substances qui sont téiisécs jusqu'ici par leurs pro[ que leur type géométrique ait le cas contraire où lu réunion carbonique n'aurait été que de i tliique devrait être placé dam suite du (êr oxidé. Je serais cept ici un point do doute qni ne pr solution définitive d'une questic partient à la Cliimie- U me suffi les iàits, quels qu'ils soient, n

DE CRISTALLOGRAPHIE. 45j)

ï'Vl. Des Minéraux mélangés de matières }tètém~ gènes.

14. Dans tout ce qui précède , j'ai supposé que les minéraux n'étaient autre chose que des assemblages de molécules homogènes, réunies eulre elles par une seule action <lc l'aflinité, et ]ai fait abstraction de tout ce qui pouvait altérer cette homogénéité. Les ibmics des molécules étant à l'abri de toute variation, ainsi que les angles des formes secondaires, malgré toutes les diversités accidentelles que la composition est susceptible de subir, j'ai dû d'abord, pour procéder avec ordre , me dispenser d'avoir égard

»à celles-ci , puisqu'elles sont censées nulles dans les Implications de la Cristallographie. Je vais mainte- Dant considérer les mêmes corps dans leur état réel , et comme renfermant divers principes accessoires, ■menés par les circonstances dans lesquelles ils se '^ sont trouvés pendant leur formation. Les réflexions auxquelles ce sujet me conduira , puisées dans une étude approfondie delà nature, achèveront de faire ressortir les avantages de la même science , en prouvant qu'elle seule peut faire tomber la dilliculté qui naît des résultats de ce conflit d'affinités dont les actions se sont partagées entre les divers élémens qui ont concouru à la production d'un même corps. ,£ette preuve ne sera même qu'im développement principes qui m'ont dirigé, parce qu'elle sortira icore de la même vérilé, que, sous le rapjxirl de

46o TRAITÉ

la Cristallographie y il n'existe daus un minéral que les molécules intégrantes qui se rapportent à son espèce , ou , en d'autres termes , pour elle j tous les minéraux sont purs.

Si nous remontons à la formation des minéraux , nous devons concevoir que la même masse de liquide dans laquelle étaient suspendues les molécules intégrantes de telle substance , renfermait en même temps celles de plusieurs autres substances , qui lui servent aujourd'hui de support ou d'enveloppe. Or , tandis que l'affinité agissait pour rapprocher les molécules de la substance dont j'ai parlé d'abord , et les disposer à la cristaUisation , d'autres molécules comprises parmi celles qui tendaient à produire des corps difierens ont manqué , pour ainsi dire , leur destination, pour aller s'interposer entre les premières ; et la réciprocité de cette action établissant ime sorte de commerce entre les diverses matières disséminées dans le liquide , chacune d'elles s'appropriait un surcroît qui lui était étranger. Je vais citer une suite de corps qui portent plus ou moins l'empreinte de cette tendance d'im minéral à s'associer des molécules d'une espèce différente.

Parmi les cristaux qui appartiennent à l'axinite, on en observe sur une des Êices du morceau qui leur sert de support, dont la couleur violette est jointe à une transparence assez nette, tandis que ceux (lui se montrent sur la face opposée sont verts et à j)eine translucides. Quelquelbis le nièuic cristal est en

partie violet et en partie d'une couleur verte , eu sorte que ces variations en indiquent une dans la composition elle-même.

Ailleurs un cristal est pur dans une partie et mélangé dans l'autre d'une matière hétérogène. Telle est une tourmaline de Sibérie comprise dans ma collection, dont la partie située vers un des sommets est incolore et transparente , tandis que le reste est chargé d'une matière qui rend le' corps opaque et lui donne une couleur d'un violet noirâtre. On connaît des topazes du même pays dont la partie supérieure est d'un blanc mat , tacheté de jaunâtre, et la partie inférieure transparente est d'un bleu verdâtre. L'assemblage de ces deux parties, dont les composans contrastent si fortement l'un à l'égard de l'autre , porte cependant un caractère d'unité qui s'annonce même dans les stries dont la surface est sillonnée d'un bout à Fautre. Ainsi tout , jusqu'aux simples accidens , concourt à identifier les deux parties, sous le rapport de la cristallisation.

J'ai dans ma collection un groupe de cristaux cubiques de cliaux fluatée dont les uns sont transparens et d'une couleur jaunâtre , et les autres opaques et d'un blanc mat qui leur donne un aspect analogue à celui de l'ivoire. Plusieurs sont des mixtes, dont une portion qui offre la couleur et la transparence des premiers , forme le prolongement de celle qui s'assimile à la matière des seconds, sans aucune apparence de soudure, à l'endroit de leur jonction.

tic celte dernière subslance interposées entre leurs molécules propres. M. le comte de Bournoo a observé le premier que Facide nitrique dans lequel on avait plongé les mêmes cristaux s'emparait de ces molécules étrangères et les dissolvait en séparant la chaux et la magnésie de l'acide carbonique. Ils perdaient en même temps leur propriété phosphorescente. Soumis ensuite à l'analyse par M. GliKievix, ils ne donnèrent qu'environ 4 parties de chaux sur 100, tandis que, dans les analyses faites par M. Laugier , et dont les sujets étaient des cristaux intacts de trémolite du même endroit , la quantité du même principe avait varié depuis i5 parties jusqu'à 3o (i). Quelquefois im cristal de trémolite renferme une petite masse de dolomie qui lui sert comme de noyau, et qui s'y est introduite pour ainsi dire à son insu, en sorte que les molécules propres se sont arrangées autour de lui avec autant de régularité que s'il n'existait pas.

La dolomie est le plus souvent d'une couleur blanche; mais à certains endroits elle passe à la couleur grise, et renferme une multitude de petites lames de mica. Les cristaux de trémolite participent de cette diversité; dans le premier cas, ils sont blancs ou d'un blanc légèrement verdàtre; dans le second ils sont d'un gris cendré, et leur dureté se trouve augmentée. J'ai encore dans ma collection un nior-

(i) Jounial des Mines, tome XIII, n** 73, p. i et

suiv.

ceau de dolomie dans lequel est engagé un ctùstal de trémolite , qui rend sensible a Tœil la double influence de sa gangue. Le morceau a une partie blanche à laquelle succède une autre partie d'une couleur grise. La portion de cristal qu'enveloppe la première est d'un blanc nuancé de verdàtre , tandis que celle qui répond à la seconde est d'un gris obscur,^

i5. Les observations que je viens de citer, et d'autres du même genre, m'avaient paru conduire à expliquer les anomalies que présentent les résultats de l'analyse chimique comparés a ceux de la géométrie des cristaux. C'était l'intervention des principes accidentels, qui, dans certain cas, faisait coïncider ceux de ces résultats qui se rapportaient à des substances qu'on ne pouvait se dispenser de séparer dans la méthode, et qui, d'une autre part, faisait contraster ceux qu'avaient offerts des substances évidemment identiques. J'avais cité dans mon Tableau comparatif diverses analyses relatives à l'un et à l'autre cas. La prehnite et la variété d'épidote dite zqysite, analysées toutes les deux par M. Klaproth, m'avaient fourni un exemple du premier (i). Je vais

(i) Suivant ce célèbre chimiste, les principes de la prehnite sont , silice 43» 8 ; alumine 3o,88 ; chaux 1 8,33 ; fer 5,6G ; eau i»83; et ceux du zoysite, silice 4^*, alumine itg; chaux ai ; fer 3» ayec une perte de s. Tableau comp., p. 137 et 184.

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