‹ Traité de cristallographie suivi d'une application des principes de cette science a la détermination des espèces minérales et d'une nouvelle méthode pour mettre les formes cristallines en projectionChapitre 46 sur 74 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

APPLICATION DE LA CRISTALLOGRAPHIE A LA DISTINCTION DES ESPÈCES MINÉRALES.

I. Considérations générales sur t 'Espèce minéra~ logique , et sur la manière de la déterminer.

I . Les differentes divisions et sous - divisions qui composent les méthodes destinées à faciliter l’étude des êtres naturels, aboutissent toutes à l’espèce comme à leur terme commun. Il n’existe réellement dans la nature que des individus, dont les assemblages composent les espèces. 11 en résulte que pour avoir , relativement à l’un des règnes de la nature , une méthode qui la représente fidèlement, il faut avant tout fixer la notion de l’espèce qui se rapporte à ce r^ne. J’ose même dire que c’est là le point essentiel , et que tout le reste n’est qu’accessoire. Dans les méthodes qui concernent les règnçs organiques , les caractères spécifiques sont liés à un fait qui élabht sur la nature elle-même le fondement de l’espèce, et en fournit la véritable notion. Ce fait consiste dans la succession non interrompue des individus qui naissent les uns des autres. Les ressemblances que présentent dans la forme et dan^ la

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disposition particulière de leurs oignes les divers individus auxquels s’étend cette succession , fournissent le caractère distinctif de l’espèce qui résulte de leur ensemble.

En Minéralogie, il n’y a ni reproduction ni espèce, si l’on prend ce terme à la rigueur. Rien n’empêche cependant de suivre l’exemple de Linnæus, de Bergmann , de Wemer et de plusieurs minéralogistes célèbres, en appliquant le ndm Ôl espèce, dans un sens plus lâche, à un assemblage déterminé d’êtres inorganiques.

La question est de savoir quels sont les principes qui doivent diriger l’auteur d’une méthode minéralogique dans la formation de ces assemblages auxquels nous donnons le nom espèces, et lui servir à tracer entre eux des lignes de démarcation qui puissent les faire distinguer les uns des autres; ou, ce qui est la même chose, quelles sont les conditions requises pour que nous soyons fondés à identifier dans nos conceptions et dans notre nomenclature, plusieurs objets qui se présentent successivement, , en sorte que chacun d’eux ne soit censé différer des autres que par son existence particulière.

Or, il est visible que les principes d’ofi dérivent ces conditions doivent reposer sur la véritable notion de l’espèce minéralogique , et ainsi c’est à cette notion qu’il faut remonter , pour en déduire ensuite l’indication de la marche à suivre dans la formation de la méthode.

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a. Cette notion paraît se présenter d’elle-même, si l’on considère qu’un minéral n’est autre chose qu’un aggrégat de molécules unies entre elles par l’affinité ; que la Chimie , en nous dévoilant les qualités et les quantités respectives des principes tfui constituent ces molécules, a répandu d’autant plus de jour sur la formation des minéraux, qu’elle est parvenue , dans plusieurs circonstances, à les reproduire après les avoir détruits ; d’où l’on sera porté à conclure que c’est uniquement dans les résultats de l’analyse chimique qu’il faut chercher la notion de l’espèce, et que celle-ci doit être définie une collée^ tion d’êtres organiques semblables par leur composition. ’

Mais pour peu qu’on y réfléchisse , on sentira que cetté définition est incomplète, en ce qu’elle n’énonce que les matériaux des substances minérales, et fitit abstraction de la manière dont l’affinité les a réunis , et de l’empreinte qu’elle a laissée de son travail sur les corps auxquels cette réunion a donné naissance.

Pour mieux me fiiire entendre, je supposerai que les molécules principes d’une des substances dont il s’agit , par exemple celles du carbonate de chaux , exercent les unes sur les autres leurs forces attractives, et que les circonstances soient favorables à la cristallisation. Nous devons distinguer deux époques différentes dans la durée de cette opération. Pendant la première, les molécules de l’acide carbonique et celles de la chaux se combinent suivant un certain

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rapport et dans un certain ordre, poiu' produire des solides réguliers presque infiniment petits et d’une forme invariable, qui sont les molécules int^rantes du carbonate de chaux. Pendant la seconde époque, ces molécules intégrantes se rapprochent de manière que leurs faces homologues s’alignent et se mettent de niveau sur autant de plans qui s’entrecoupent dans des sens déterminés, et tout cet assortiment ' présente à l’extérieur une configuration semblable à celle d’un corps géométrique. Mais cette conflgura • lion est susceptible de varier suivant la diversité des circonstances qui accompagnent la cristallisation. En raisonnant des autres minéraux conune de celui dont je viens de parler , nous en conclurons que l’espèce dépend de ce qui se passe pendant la première époque , c’est-à-dire que son caractère réside dans la molécule intégrante, comme étant le point fixe d’où part la nature dans la formation des minéraux. Or, nous avons encore ici deux choses à distinguer, savoir , les quantités relatives des principes qui composent la molécule intégrante , et les fonctions qu’ils exercent les uns sur les autres, en se réunissant, et d’où dépendent les la tus d’ailinité par lesquels leurs molécules propres se présentent les unes aux autres , les distances respectives auxquelles elles se placent, l’assortiment qui naît de leur réunion ; et ainsi ce sont les fonctions dont il, s’agit qui organisent, pour ainsi dire, les molécules intégrantes, et en déterminent la forme. Par une suite nécessaire,

celte même forme jointe à la structure du corps dont elle est l’élément physique , influe à son tour sur les propriétés de ce corps, telles que la réfraction, la pesanteur spécifique, la dureté et autres qualités qui tiénnent à l’essence du même corps.

3. C’est d’après les considérations précédentes que , dans mon Traité , j’ai défini l’espèce minéralogique une collection de corps dont les molécules intégrantes sont semblables par leurs formes, et composées des mêmes principes unis entre eux dans le même rapport.

Ainsi les minéraux ayant un type géométrique , qui consiste dans la forme de la molécule intégrante, et un type chimique, qui consiste dans la composi-; tion de la molécule intégrante, la définition de l’espèce est fondée sur la coexistence de ces deux types dans chaque individu.

Cette définition a reçu un nouveau degré de précision, depuis que les chimistes ont généralement adopté un principe qu’ils ont appelé principe des proportions définies, et dont la découverte a été le fruit des recherches du célèbre Dalton. U consiste en ce que les rapports entre les quantités des élémens qui composent les diflPérens corps de chaque espèce sont fixes et invariables, et il est même prouvé, par des expériences exactes, que ces rapports ont pour expressions des fractions simples , représentées par les premiers termes de la série naturelle des nombres. J’avais aperçu depuis Ion g- temps la liaison

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de ce pnncipe avec la géométrie des cristaux, et elle m’avait servi à en démontrer l’existence (i). Je me fondais sur ce que les molécules élémentaires ayant des figures détermine'es, c’était de l’ordre dans lequel elles étaient assorties que dépendait la forme de la molécule int^rante. Or, dans l’hypotlièse où les quantités relatives de ces molécules subiraient des variations, l’assortiment n’ayant plus le même rapport avec ses parties, la forme, qui peut en être considérée comme le moule, devrait être changée à son tour.

Maintenant, on peut demander s’il est nécessaire de faire concourir les deux types à la détermination des espèces minérales, ou si un seul suffit pour remplir ce but. C’est ce qu’ont pensé Cronstedt , Bergmann, et plusieurs autres chimistes, qui ont employé l’analyse toute seule poüf distinguer les espèces minérales les unes des autres.

U ibe parait, au contraire, que cette distinction doit être fondée sur les' résultats de la géométrie des cristaux , et que cette dernière peut même se passer, dans tous les cas, du secours de la Gümie, pour remplir l’objet dont il s’agit. Je vais exposer les motifs de mon opinion, et j’ose espérer qu’ils me garantiront du reproche de m’être laissé séduire par la prédilection que l’on a naturellement pour des sujets dont on s’est long-temps et fortement occupé.

(i) Tableau comparatif, 1809, introduction, page x.

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Toute espèce doit pouvoir être représentée. Or cette représentation dépend de certains caractères pris parmi ceux que les individus de l’espèce, considérés dans leur état naturel, offrent à nos observations.

De plus , ils doivent dériver de ce qu’il y a de plus constant dans la manière d’être de ces individus , de ce qui seul reste fixe au milieu de toutes les diversités d’aspect, de couleur, d’éclat, etc., produites par des causes accidentelles.

Or, la géométrie des cristaux satisfait parfaitement à ces conditions. A l’aide d’une sorte d’anatomie dont ces corps sont susceptibles, elle parvient à déterminer rigoureusement les angles et les dimensions respectives d’une molécule qui, à la vérité, échappe < à nos yeux par sa petitesse , mais qui est représentée par les solides r^uliers , dont la forme dérive des positions respectives des joints naturels situés dans l’intérieur des cristaux. Cette première connaissance conduit à celle de la forme primitive, autour de laquelle viennent se rallier, à l’aide des lois de la structure , toutes les variétés déterminables que présentent ime partie des individus de l’espèce j et à l’égard de celles dont les formes sont irr^ulières, j’exposerai dans la suite les observations qui indiquent leur rapprochement avec les précédentes.

Personne ne rend à la Chimie , plus sincèrement que moi, l’hommage que sollicitent les avantages précieux que ses résultats ont procurés à la Miué-

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ralogie. Elle remoale jusqu’à l’origiae des corps, en démêlant dans leurs masses les divers élémens qui ont concouru à leur production. Elle distingue parmi ces élémens ceux 'qui font la fonction de bases à l’égard des autres , et c’est de cette distinction que naît la formation des genres. C’est elle encore qui nous a dévoilé les propriétés dont nous nous servons pour caractériser les ordres et les classes. Edle plane ainsi sur toute la méthode, et l’on peut même dire que sans elle nous n’aurions pas de véritable méthode. Mais il s’agit ici de la détermination des espèces, qui doit être fondée sur l’observation immédiate des corps, dans l’état où ils portent l’empreinte du travail de la nature. Or, l’analyse même la mieux faite ne nous apprend absolument rien à cet égard. Elle substitue à ces dimensions et à ces mesures d’angles qui font ressortir la forme de la molécule intégrante , un simple rapport numérique entre les quantités relatives d’élémens dont les uns échappent à nos sens et les autres se montrent sous la forme d’une matière pulvérulente qui ne dit rien à l’œil. Bien loin de nous éclairer sur les fonctions qu’exercent les unes à l’égard des autres les molécules élémentaires dans le minéral, elle fait disparaître les caractères sensibles émanés de ces fonctions. Ses résultats enfin ne peuvent être vérifiés qu’à l’aide d’une nouvelle opération qui exige un certain temps et des attentions délicates, au beu que ceux de la géométrie des cristaux peuvent être répétco à

chaque instant pai- des moyens simples et expéditifs qui s’oflVent comme d’eux-mêmes à l’observation.

Oh jugera aisément, par ce qui précède, que j’ai dû écarter du plan de mon travail toutes les modifications accidentelles et variables qui étant susceptibles de se prêter à la manière de voir de l’observateur, lui donnent, pour ainsi dire, la faculté de composer avec ses yeux , et dont il ne pelit tirer que des inductions de convenance , qui n’emportent jamais la conviction avec elles. Je suis parti de ce qu’il y a de fixe et de constant dans les minéraux, et je me suis efforcé de mettre dans les déterminations que j’en ai déduites cette précision qui ne nous laisse les maîtres ni de lui résister, ni de lui l’c t'user notre confiance, parce que l’empire qu’elle exerce est fondé sur l’évidence qu’elle imprime à tout ce qu’elle touche.

Je vais exposer les diverses considérations que j’ai puisées dans la théorie des formes cristallines , envisagée sous toutes ses faces, et que j’ai fait concourir Vers le but auquel je me proposais d’atteindre. Elles seront entremêlées de discussions que j’ai jugées nécessaires pour détruire les objections qui ont été opposées à ma méthode, et ne laisser subsister, s’il était possible , aucun nuage sur la justesse des principes qui m’ont dirigé, et sur celle des données qu’ils m’ont fournies, pour distribuer les espèces minérales de tnanière à les faire ressortir nettement les unes à côté des autres. ' '

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