RÉFORMES ACCEPTÉES PAR LES TORYS
Il n'en a pas été de même de la miinicipalisation du sol. C'est prol)ablement le projet de réforme qui a valu le plus de sièges aux radicaux et aux whigs dans les comtés ; les conservateurs paraissent s'être mépris sur son importance. Lord Randolph Churchill a Lynn, a Manchester, lord John Manners a Melton Mowbray, sir Hicks-Beach h Cirencester, a Salishury, lord Iddesieigh a Sherbone, a (îlasgow, a Aberdeen, le duc d'Argyll, dans plusieurs lettres, en ont fait le thème d'atta(jues incessantes, de railleries, de plaisanteries sans lin, d'accusations de spoliation (])lunder) et de violence. On peut trouver excessive ou ridicule la faculté accordée aux pouvoirs locaux d'acheter des terres, par voie d'expropriation, et de les revendre au détail, le tout aux frais et risques des contrihua- Mes. Mais, dans le programme radical, le propriétaire serait indemnisé, comme en matière d'expropriation ordinaire. Il n'y aurait donc ni spoliation ni violence. Et, dans un pays où la terre est accaparée depuis deux siècles par quelques familles qui ont amassé des fortunes colossales, en profilant ainsi seules de toute la plus-value du sol, plus-value représentant des milliards, le projet radical ne paraît ni injuste ni chimérique.
Il en est de même d'une autre proposition de M. Chamberlain. M. Chamberlain n'accepte pas les usurpations faites, depuis cinquante ans, par les propriétaires fonciers, aux dépens dt3s terres appartenant aux paroisses. Il considère les actes d'incorporation (enclosure acts) comme illégaux. Il propose de revenir sur toutes les enclosures remontant a moins d'un demi-siècle. Les torys ont considéré cette proposition comme révolutionnaire. Ils l'ont dénoncée avec fureur. Cependant, la jurisprudence française en a admis et en pratique encore le principe.
La responsabilité directe du gouvernement, une longue et remarquable prati(pie des atfaires publiques, les facultés éminentes d'un esprit plein d'initiative et de ressources ont permis au marquis de Salishury, chef du cabinet conservateur, d'occuper une grande place dans ces: discussions. A diverses reprises, îi New port, dans South-London, a S' Stephen Club, 'a Brighton, il a simultanément critiqué les plans de ses ad-
RKFOUMKS AOCEPTKKS l'AK LKS TOItYS 105
versaires et exposé les idées de ses amis. Malgré son éloquence et sa liante intelligence, il ne Ini a guère été possible d^Hargii'le cadre tracé par ses collègnes: pas de désalTectation des biens de l'Eglise, pas de gratuité de l'enseignement, pas de mnnicipalisation du sol. La législation de 18SI paraît suffire à la désagrégation, a la mobilisation du sol. Toutefois, le marquis de Salisbury a été plus explicite en ce (jui concerne la réforme des administrations locales et Tégalisation deTimjxH. Il accepte une large réforme, avec le principe électif comme base, pour les pouvoir locaux ; il accepte une grande réforme liscale. Tout Anglais doit payer sur tous ses biens, quelle «pie soit leur nature ; Timpôt doit atteindre toutes les facultés, tous les moyens, sans exception, du contribuable (1K Le clief de?» torys s'est surtout apj)liqué a proléger la propriété foncière et l'Eglise établie. Les considérations qu'il a fait valoir, sur ces deux grands sujets, sont de l'ordre le plus élevé. Il croit la constitution actuelle de l'Eglise anglicane indissolublement liée au développement du christianisme en Angleterre et a sa propagation sur le globe. Sans nier que la propriété foncière pourrait être régie par des lois moins i)articidières, il considère qu'elle a été le fondement de la grandeur de \\ngleterre, au point de vue politique, et qu'au point de vue agricole, tout morcellement est actuellement impraticable, en présence de la baisse des prix et de la nécessité de diminuer les frais de culture. Il ne croit pas le climat et les modes de culture de l'Angleterre favorables a la petite nia la moyenne propriété ; il explique la concentration de la propriété foncière en Angleterre j)ar des raisons économiques dont la valeur est certainement considérable.
Ainsi les whigs ont ajourné deux des réformes contenues dans le programme radical, la gratuité de l'éducation et la désalfectation des biens de lÉglise; les torys en ont accepté deux, l'égalisation de l'impôt, sous certaines réserves, et le renouvellement des administrations locales. Ils repoussent
(1) Meeting- de Newport, 8 oct. 1885. Ail men in proportion of their respoiisability should contribue-to the expenses of local government.