S DIFFICULTÉS DE L KMPIRE ANGLAIS
coinplèlcment. M. Gladstone, lord Spencer, lord Granviile, M. Shaw Lefèvre, M. Cliilders, M. Morley, M. Parneli soutinrent la lutte sans faiblir un seul instant.
Cette lutte n'a présenté qu'un intérêt exclusivement politique, Aucune question, autre que celle de l'Irlande, n'y a été mêlée. En Ecosse, dans le pays de Galles et dans le nord de l'Angleterre, les électeurs ont donné une grande majorité 'a M. Gladstone. Dans le Sud, l'Est et le Centre, notamment a Londres, 'a Manchester et 'a Liverpool, il a échoué. Néanmoins la majorité des votants, si ce n'est celle des collèges, s'est prononcée pour ses plans. On a compté 2,174,996 voix favorables et 2,128,545 contraires. Déjà on constate un certain retour dans l'opinion.
Ce retour est appelé 'a s'accentuer. Tout indique, en effet, que M. Gladstone a apprécié, avec une grande perspicacité, les véritables conditions politiques de l'Angleterre et de l'empire anglais. Ces conditions sont complexes, délicates, remplies de difticultés. La plus grande de toutes provient de la désaffection de l'Irlande, de sa volonté résolue de se gouverner elle-même. M. Gladstone tranchait cette première difficulté en rendant a l'Irlande son autonomie politique, agraire et financière. On n'a opposé a ses propositions aucune autre proposition, parce qu'il n'y en a pas d'autres 'a faire.
La seconde difficulté de l'Angleterre a sa source dans la nature de ses institutions et dans la division des partis. L'action de l'élément irlandais sur les institutions et les partis est perturbative, dissolvante. Elle a donné naissance a l'obstruction. Cette obstruction fausse, discrédite le gouvernement parlementaire. En fermant aux députés irlandais la Chambre des Communes, M. Gladstone éliminait l'élément perturbateur.
La troisième difficulté est le mouvement réformateur dont les élections de 1885 ont montré la puissance. Ici encore, M. Gladstone préparait les solutions, en déblayant le terrain. D'un côté, il modérait, il tempérait le mouvement par le poids des sacrifices que lAngleterre s'imposait en faveur de l'Irlande; d'un autre coté, il soustrayait ces solutions, où les intérêts Anglais sont seuls engagés, à l'intervention irlandaise.
LA CRISK 1)K L'F.MPIRK ANGLAIS 20'J
L'opposition (|ii'une fraction du parti radical a faite anv projets de M. Gladstone n'a pas d'autre raison. La pacilication de l'Irlande jjouvait coûter assez cher 'a l'aristocratie anglaise; elle obtenait i)ar compensation un atermoiement aux réformes rrclamces en An<,deterre. « .le crains fort, écrivait (( M. Gladstone quehpies jours après les derniers scrutins de « 4886, que le duc de Westminster n'ait préparé un mauvais « coup à l'aristocratie anglaise » (l ).
Il reste une dernière difficulté, le maintien de l'harmonie entre les diverses parties de l'empire, l'Indeexceptée, l'empire Anglais est une œuvre de colonisation. Cette onivre grandiose, qui est le fait le plus remarquable delà civilisation européenne, est due a des colonshabitués aux institutions anglaises, aux garanties et aux libertés qui les caractérisent. Les États-Unis ne font plus partie de cet empire , parce que l'Angleterre n'a pas respecté, quant aux colons américains, ces institutions, ces garanties, ces libertés. Le même fait s'est produit, dans ces dernières années pour la colonie du Cap. La encore, le gouvernement anglais a manqué de prudence et provoqué des soulèvements dangereux. M. Fronde, si hostile aux Irlandais, a dû le constater. Si donc l'harmonie doit être maintenue, au prix des plus grands efforts, aux extrémités de l'empire, pour sauvegarder l'empire lui-même, comment ne serait-elle pas plus indispensable encore au creur de l'empire? Cette difficulté, M. Gladstone y pourvoyait complètement. On a répondu qu'il y pourvoyait aux dépens de la sécurité de l'empire. C'est l'argument favori du marquis de Hartinglon et des Torys. Il a été relevé par l'un des économistes les plus autorisés de l'Angleterre, par M. Leone Levi (2).
En 1801, a l'époque de l'Union, la population de la Grande- Bretagne était de 11 millions d'habitants et celle de l'Irlande de 5,200,000 — soit 48 0/0. En 1884, la population de l'An-
({) Lettre du S juillet 1S8G. Le duc de Westminster, l'un des plus grands propriétaires de l'Angleterre, parait être intervenu avec activité dans les élections de 188G. Le duc de Westminster a l'ait une réponse publiée par le Times du 13 juillet.
(2) Lettre au 7Y?;ie5, 21 janvier 1880,