NOUVELLE PÉRIODE DE LUTTE
cun doute sur la gravité des actes que provoquerait tout recours a la force, le seul espoir des lorys. Les Torys ue dét-iespèrent pas encore d'accabler les Irlandais. Du '27 au 29 août 1886, il a fallu que 550 policemen et soldats, conduits par trois magistrats, livrassent plusieurs assauts pour expulser de sa cabane une pauvre famille qui habitait Woodford, dans le canton Je Galloway. C'est le retour a l'emploi de la crowbar, de l'infanterie et de l'artillerie pour démolir les cabanes des fermiers. C'est aussi le retour aux actes de vengeance privée qui ont désolé et dévasté l'Irlande 1).
Momentanément soutenu par la fraction des whigs qui sont grands propriétaires en Irlande, le ministère Tory a réouvert la campagne des évictions. Partout, elles sont poursuivies avec un acharnement nouveau. Les évoques catholiques irlandais, dans leur réunion annuelle de 1886, viennent de la dénoncer a l'Angleterre et a l'Europe. Les Irlandais entrevoient une nouvelle période de terreur militaire. Ainsi s'accomplissent les menaces du marquis de Salisbury et du marquis d'Hartington, dont le père est l'un des plus opulents landlords irlandais : la force doit avoir le dernier mot.
M. Paroell a répondu a ces excès en saisissant la Chambre des communes d'une demande de réduction de tous les fermages et de la suspension des évictions par les tribunaux ; de son côté, M. Michael Davitt a déclaré aux délégués de la convention de Chicago que, si la proposition de M. Parnell n'était pas adoptée, il y aurait lieu de répondre a la force par la force.
On ne retrouve, dans aucune autre contrée de l'Europe, un état social qu'on puisse comparer a celui de l'Irlande. L'oppression a disparu de la Turquie d'Europe. En Pologne, la lutte n'existe pas entre les classes, mais entre un gouverne-
O'Reilly en est le trésorier. L'inlluence de ces sociétés esL considérable. Au Canada, en Australie, les Irlandais ont formé des sociétés du même genre. Ils so sont enrichis et ont ainsi confirmé l'arg-ument de M. Gladstone : L'Irlandais n'est pas une erreur delà nature.
(1) La crowbar est un bataillon officiel de démolisseurs, les soldats ayant parfois hésité devant la besogne que leur infligeaient les huissiers, greffiers et hommes de justice qui sont un des fléaux de l'Irlande.
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ment étranger et toute la population En Irlande, la population combat pour ne pas émigrer ou ne pas mourir de faim contre une aristocratie spoliatrice, soutenue par un gouvernement étranger. La lutte est a la fois politique et sociale. Elle est sans merci (1).
Elle touche néanmoins à son terme. Les Irlandais peuvent, en effet, compter sur le concours de l'Ecosse, du pays de Galles (2) et de tous les Anglais qui veulent réformer les institutions que l'aristocratie a imposées à l'Angleterre (3). Il y a solidarité entre l'indépendance politique et agraire de l'Irlande et les réformes sociales et fiscales en Anarleterre.
(1) Sur la condition sociale de l'Irlande, ses origines et son étal actuel, je renvoie à la conférence que j'ai faite, en mai 1886, au Congrès de la Réforme sociale et publiée sous ce titre : IncU'pendance politique et aqrairc de VJrlande, ainsi qu'à une étude qui a paru dans le Journal des Économistes, février 1881.
(2) Déjà les propriétaires rencontrent les plus grandes difficultés à faire payer les fermages dans le pays de Galles. Les fermiers demandent une diminution générale de 25 0/0. Une Land Icague s'est formée dans le pays de Galles.
(^] M. Boutmy a communiqué à l'Académie des sciences morales et politiquiis, séance du 22 mai 188G, un mémoire des plus intéressants, mais non encore publié, sur l'évolution aristocratique ou oligarchique qui a suivi, en Angleterre, la révolution de 1688. Il a expliqué les origines, l'influence morale et politique de la Genti-y, qui acheta les terres des moyens propriétaires (yeomanry) et qui renouvela ses forces par des alliances avec les riches familles du commerce et de l'industrie manufacturière. Cette oligarchie ne s'est pas seulement enrichie par des alliances, mais en prenant des intérêts directs dans le commerce et les manufactures. Elle ne croyait pas déroger par le travail. Elle rappelle à cet égard les aristocraties de Florence, de Venise et de Gènes. Les fortunes faites, comment les conserver? C'est aux légistes que la Gentry doit les procédés de conservation : primogéniture, substitutions, actes secrets, exemptions d'impôts. L'aristocratie irlandaise et la gentry anglaise ne constituent qu'un seul et même groupe. Cette aristocratie est devenue maritime, coloniale. Elle a tout accaparé et s'est associée à toutes les forces vives du pays. C'est elle qui a fondé Terapire colonial de l'Angleterre. Maîtresse du sol, elle a fixé elle-même le prix des denrées et de Talimenlation au moyen des droits de douane. C'est cette aristocratie qui a engagé contre la France et Napoléon une lutte dont elle avait tous les profits, car la guerre soutenait seule ses monopoles. Cobden, Robert Peel et les lois de 1846, marquent la première période de sa décadence. M. Gladstone, l'indépendance de l'Irlande et les réformes fiscales en Angleterre, marquent la seconde.