LA SÉLECTION NATURELLE DES PEUPLES
L'autonomie de l'Irlande sera l'un des faits considérables de ce siècle.
Elle sera un démenti catégorique a l'application aux sociétés humaines de la théorie de l'évolution, de la disparition fatale des races faibles et de leur remplacement par les races fortes. Darwin qui a renouvelé cette théorie en Angleterre se trouve réfuté par l'histoire même de l'empire anglais. La race qui a peuplé les États-Unis et l'Australie, tout en accumulant 52 millions d'hommes dans la Grande-Bretagne, est impuissante'a gouverner, comme 'a anéantir, 5 millions de pauvres irlandais catholiques, condamnés par tant de prophètes 'a la dégradation, h l'émigration ou 'a la mort.
Elle coïncidera avec le relèvement de l'Italie, de l'Espagne, de la Grèce. Inutile d'insister sur le développement de l'Italie, tant il est a tous égards remarquable. L'Espagne se relève plus lentement, néanmoins sa situation s'est sérieusement améliorée. Il en est de même de tous les Etats de la vallée du Danube.
Mais qui a cru au relèvement de la Grèce? Qu'était la Grèce quand Chateaubriand la parcourut en 1806, si ce n'est le pays du silence et de la fièvre ? Qui a oublié ses descriptions de Sparte et d'Athènes? A peine 900,000 Grecs, à moitié sauvages, erraient-ils de tous côtés, traqués par les soldats turcs. Aujourd'hui la Grèce compte 2 millions d'habitants, Athènes est une ville de 100,000 âmes; des routes, des chemins de fer s'ouvrent de tous côtés; les anciennes familles grecques reviennent habiter ce désert qu'elles ont quitté depuis tant de siècles. La natalité en Grèce est de 4,87 0/0 par an ; elle n'est que de 1,07 0/0 en Angleterre et que de 0,52 0/0 en France.
C'est par sa natalité que l'Irlande s'est défendue. Le prêtre catholique a vu plus loin que le malthusien. Le tenancier ir landais riche aurait été dépouillé ou expulsé par le landlord. Les fds du tenancier pauvre sont des électeurs. L'argent ne vaut pas la vie.
Les 5 millions d'Irlandais qui habitent rAngletcrre ou les États-Unis sont des soldats dans le combat pour l'autonomie
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(le 1 Irlande. L'Angleterre n'en est plus à les mépriser. Elle les craint.
Uien n'a plus conlrihué aux malheurs de l'Irlande que les préjugés séculaires de l'Angleterre sur rinfériorité, la sauvagerie de l'irlandais, parce qu'il n'est ni anglo-saxon, ni protestant. C'est la thèse d'Arthur Young, rajeunie par lîuckie, par M. Froudo, |>ar M. E. de Lavcleye. Léonce de Lavergne a montré (pie l'Irlande ne devait cette infériorité qu'a son climat et à l'insuffisance de son territoire. Mais il n'a pas prévu le relèvement de l'Irlande ; il n'a pas prévu (pi'uii jour viendrait où le ministre d'Angleterre, l'illustre M. (îladstone déclarerait à son pays : « L'Irlandais n'est pas une erreur de la nature ; « il n'est pas plus incapable que tout autre européen ou que « les Américains de justice, de hon sens, de modération ; il « est aussi apte qu'eux a remplir ses devoirs civiques et si sa « fidélité ne paraît pas certaine, ne serait-ce par ce que la « loi lui est toujours représentée par une formule élran- « gère (1^. »
Ces préjugés ont été fortifiés par les théories sur la sélection naturelle et l'évolution fatale des races et des peuples dans l'humanité. Séduisantes dans la sphère de la zoologie, ces théories sont néfastes quand on les applique aux nations. Elles peuvent justifier toutes les oppressions dont sont victimes les peuples que les ^circonstances ont affaiblis et qu'exercent ceux qui paraissent temporairement plus favorisés (2).
(1) Discours du 8 avril 1886.
(2) L'un des savants les plus autorisés de l'Angleterre, fervent disciple de Darwin, M. Huxley a cru devoir s'occuperdes Irlandais. Il n'a pas hésité à leur appliquer les l'atales théories du maître et les siennes. 11 ne voit dans tout le drame irlandais f^ue l'œuvre d: la blague (Shib-bosett and sentimental blague} (le moines fallacieux. Opposé au i^-'ouvernement des majorités, il maintient que les Irlandais, même pour leur bien, doivent à, jamais obéir aux An;a;lais — de par la science (TmiM, 13 avril I88()).
Voici, pour connaître le ibndde la blague, un exemple entre des milliers: avant 18G(3, le domaine d'Archdéacon Crawford était évalué (Griffith's évaluation) à 387 1. s. de rente. — Cette rente lut portée à (5 10 1. 17 sch. — lCant-^^'all, correspondant du Standard — Ircland under the Land-act 1882).