‹ Traité de critique et de statistique comparée des institutions financières, systèmes d'impôts, et réformes fiscales des divers états au XIX siècle; Première Série; de nombreux tableaux son affectés aux impôts et aux finances de chaque étatChapitre 183 sur 377 · V. — L'ÉMANCnWTION DES SEHFS · texte numérisé non relu

V. — L'ÉMANCnWTION DES SEHFS

si l'on veut se rendre compte des conséquences multiples, profondes, lointaines de l'émancipation des serfs en Russie, il importe d'avoir une idée exacte de ce qu'était le servage avant i860. Pour le servage, qui n'est qu'une forme chrétienne de l'esclavage, de même que pour l'esclavage, l'homme, la tête humaine reste le prototype de la richesse. Ce n'est pas la terre qui est le signe de la richesse, c'est l'homme. On ne dit pas combien ce propriétaire a-t-il de maisons, de domaines, d'hectares, d'actions ou d'obligations? mais on dit combien a t-il de têtes d'hommes. Socrate était un sage ; néanmoins il comptait par têtes d'hommes. Or, comme il n'avait qu'une tête d'homme ou qu'un esclave, il passait pour très pauvre. Le Christ ne comptait pas par têtes d'hommes : aussi a-t-il porté 'a l'esclavage le coup dont il ne se relèvera jamais.

Après la guerre de Crimée, on comptait encore en Russie par têtes d'homme. Les petits propriétaires avaient de 1 'a 21 têtes d'hommes, têtes mâles; on ne s'inquiétait pas des têtes femelles. 11 existait 4], 978 petits propriétaires possédant 559,516 têtes mâles, ces petits propriétaires passaient pour pauvres ; venaient ensuite les moyens propriétaires avec 21 à 100 têtes; ils étalent au nombre de 56,195 et possédaient 1,697,914 têtes mâles; les riches avaient de 100 a 500 têtes mâles ; 20,103 riches possédaient 5,974,629 têtes mâles. Enfin les très riches les millionnaires, au nombre de 3,858, comptaient plus de

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500 têtes mâles; ils en détenaient 4,671,723 ; 111,804 propriétaires disposaient de 10,717,558 têtes mâles et le double avec les têtes femelles.

Ces statistiques sont exactement du même genre que celles que Ton trouve dans les livres grecs ou les polyptiques du moyen-âge. Le père de Démosthènes était riche, il avait cent esclaves. Nicias, plus riche encore, en avait plus de mille.

En Russie, le propriétaire le plus riche était l'Empereur, le Tsar. Il possédait 9,271,092 serfs, mais, de même que les anciens Capétiens, il avait peu à peu préparé l'émancipation de ses serfs dont la condition était bien préférable a celle des serfs ordinaires. Après l'Empereur, quelques richissimes personnages comptaient : 1 seul 150,000 serfs, 6 en avaient plus de 20,000, 25 de 10 a 20,000. A côté des serfs fonciers (le vieuxserf questal) il faut placer les serfs domestiques 874,000 pour la noblesse, 596,500 pour l'Église russe, 448,500 pour la bourgeoisie. La totalité des serfs était de 49,486,665 dont 23,022,390 appartenant aux particuliers.

L'Ukase du 19 février 1861 a tixé un terme à toute cette servitude, dans des conditions de justice qui ont été rarement égalées. Le Dvorovyé^ serf domestique, a été émancipé purement et simplement. Le paysan (krépostnyé) a dû racheter la terre qui lui a été attribuée. Sa destinée a été moins bonne quant a sa personne, meilleure quant à sa condition. C'est le résultat de l'influence territoriale. Il fallait assurer la culture du sol.

Actuellement l'émancipation suit son cours. Les serfs de la couronne ont été libérés par l'oukase du 8 juin 1865, moyennant une annuité payable pendant 49 ans, correspondant à leur ancien obrok et à la taxe d'amortissement.

Les serfs des propriétaires ont progressivement racheté leur personne et leur terre. En 1880, 8,833,553 avaient acquis 64,863,907 acres ou plus de 26 millions d'hectares.

Ces opérations immenses ont été faites au moyen des anciens établissements de crédit et de nombreuses banques nouvelles ; fin 1885 les paysans (anciens serfs) leur avaient emprunté 858 millions de roubles.

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