‹ Traité de critique et de statistique comparée des institutions financières, systèmes d'impôts, et réformes fiscales des divers états au XIX siècle; Première Série; de nombreux tableaux son affectés aux impôts et aux finances de chaque étatChapitre 185 sur 377 · VI. — La propriété foncière · texte numérisé non relu

VI. — La propriété foncière

Avant rémancipation la terre appartenait, en Russie, à l'Empereur et 'a la famille impériale, a la noblesse, au clergé, à des communautés libres et à quelques marchands. On admettait que l'Empereur et la famille impériale possédaient le tiers du territoire. L'émancipation a complètement modifié cette situation. D'un côté elle a rendu a la commune rurale, au Mir, son entière indépendance — les membres du Mir sont devenus libres et propriétaires — d'un autre côté, elle a été suivie, comme dans l'Europe occidentale, d'une dislocation du .Mir. Le Mir avait été une ressource contre le servage: la liberté récupérée, il n'a plus de raison d'être. Le paysan russe désire partager le Mir. Il y parviendra comme le paysan français. D'où deux conséquences : une notable partie des terres appartient aux communautés rurales ; ces communautés marchent vers leur dis

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solution ; le'/régimo de la petite propriété s'impose à une partieîde la Russie.

Or la Russie a souffert plus que toute autre partie de l'Europe de l'extension de la culture sur le globe, aux Etals-Unis, a la Plata, en Australie, dans Tlnde. Elle exportait beaucoup de blé ; le blé a baissé. L'époque est défavorable à la petite culture. Il résulte d'une enquête faite dans huit provinces du centre de la Russie que le sol appartient a 1,005,059 familles se partageant 17,654,465 déciatines ou 19,590,000 hectares, soit 10 h. 1/2 par famille et 3 h. 1/2 par homme, c'est la moyenne de la petite propriété, celle qui ne peut que difficilement résister à la condition actuelle de la culture.

Quand ces faits sont bien saisis, la situation économique, politique et sociale actuelle de la Russie n'a guère de secrets. Les familles rurales sont libres, mais elles sont appauvries par les charges de l'émancipation et par la baisse de valeur des produits agricoles; elles se plaignent. Les familles nobles souffrent également, car les revenus des terres sont leur unique ressource. Les mécontents déclassés affluent dans les villes cherchant du travail dans les manufactures et le commerce. Pour leur assurer des salaires le- gouvernement porte au plus haut point le système prohibitif qui caractérise la Russie depuis longtemps. Mais le fait le plus saillant, c'est que les ressources fiscales de l'État, malgré l'accroissement de la population et de la production, malgré l'émancipation, n'ont pas pris l'essor sur lequel on comptait.

En effet, le serf émancipé est impuissant h payer aucun impôt, ses besoins augmentent avec sa liberté, et souvent ses ressources s'amoindrissent. Le maître auquel il doit payer son affranchissement, ne lui garantit plus rien.

Il faut beaucoup de temps pour métamorphoser un serf en contribuable. L'ancien maître est appauvri — le nouvel affranchi est impuissant. Telle a été la condition de la société romaine, de la société gallo-romaine, et même de la société féo- (jale. — L'impôt est devenu accablant sous les empereurs romains ; puis il a cessé d'être acquitté. La Russie traverse une crise analogue : malgré l'augmenta-

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