LA DETTE DE LA PRUSSE
doit sa situation politique a ses dépenses militaires ; elle tient h les augn[?enter plutôt qu'à les restreindre ; elle oblige tous ses voisins a se mettre sur le mêuie pied. Jamais les armements, dont Montesquieu déplorait Texcès et les périls au début du siècle dernier, n'ont été aussi formidables. D'où de trois choses l'une: faire la guerre comme Rome pour payer l'armée, augmenter les impôts ou emprunter.
Les remaniements fiscaux de la Prusse n'ont, en grande partie, pour objet que de dissimuler un accroissement des ressources fiscales afin de correspondre aux exigences militaires. Ces remaniements ayant rencontré des résistances légitimes, il a fallu emprunter. L'emprunt n'a pas été moins nécessaire pour toutes les autres dépenses de l'Etat : car, si on le laissait faire, l'Etat accaparerait tout.
La dette consolidée de la Prusse n'atteignait pas en 1848, 500 millions de fr. Malgré les indemnités de guerre payées en 1866par les Allemands, et en 1871 par les Français, cette dette avait été portée en 1880 a 1,745 millions de fr., à la fin de 1885 elle s'élevait 'a 4,880 millions de fr. Elle a dépassé depuis 5 milliards ; car l'État a continué les achats de lignes de chemins de fer, les grands travaux publics, et les opérations les plus onéreuses. Ainsi il a ei^iprunté 100 millions m. en 1886, pour acheter des terres en Pologne et en expulser les Polonais (1). Peut-être se servira-t-il des mêmes procédés en Alsace-Lorraine. La Russie y recourt de son côté pour chasser les Allemands de ses frontières. L'Europe en revient aux procédés de Sennacherib et de Nabnchodonozor. Que de familles, au lendemain du Kulturkamrf, devront chanter : Super flumtna Babylonis !'