‹ Traité de critique et de statistique comparée des institutions financières, systèmes d'impôts, et réformes fiscales des divers états au XIX siècle; Première Série; de nombreux tableaux son affectés aux impôts et aux finances de chaque étatChapitre 33 sur 377 · PRÉFACE XLVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XLVII

avec le plus de peine. La France est demeurée individualiste. La France s'imagine encore que la Révolution de 1789 a réalisé le plus haut idéal du progrès de l'humanité, et que les peuples, demeurés réfractaires à cet idéal, sont incapables de la suivre ou de la comprendre dans la voie de la félicité humaine.

Néanmoins, les conditions de la grande industrie sont si redoutables, la force motrice est si aveugle, si implacable, qu'il faut bien s'incliner devant les exigences fatales de la machinerie moderne, La Chambre des députés, malgré les protestations des économistes et des publicistes, dans tous les rangs de l'opinion, a donc dû accepter le principe de la responsabilité des patrons en cas d'accident et de l'assurance obligatoire.

Toutes ces questions sont traitées avec les détails qu'elles comportent dans le second volume des théories fiscales.

Il importe toutefois d'ajouter que la constitution d'une caisse de retraite obligatoire sera une immense amélioration pour la classe laborieuse en AUemagne et qu'aucun peuple à raison de la prospérité de ses tinances (2), de la modération de ses impôts, de l'accroissement de la richesse, du sentiment élevé de la solidarité sociale, de ses traditions nationales, ne se trouve dans d'aussi bonnes conditions que l'Allemagne pour faire cette grande expérience.

(1) Voir néanmoins un article de M. Brants, les lois sociales en Belgique, février 1888.

2) Le bullelin des finances (janvier 1888) contient un article intéressant sur les progrès de la richesse en Allemagne et sa répartition. Les résultats de cet article ne modifient pas ceux qui sont présentés par nous, quant à la répartition. L'ensemble des revenus de l'Allemagne est évalué à 14,086,064,000 m. dont 8,537,000,000 m. pour la Prusse, ainsi répartis : gros revenus, 818,315,000 ; revenus moyens, 1,168.000,000 m. ; revenus ordinaires, 2,199,900,000 ; petits revenus, 7,232,811,000 m. ; revenus insuffisants 2,666,080,000 m. Ces chiffres indiquent que la richesse s'accroît rapidement en Allemagne. 11 ne saurait en être autrement, par suite de l'importance de sou développement économique.

XLVIlI PRÉFACE

VIII. — Prusse. — Le budget de la Prusse a subi pour l'exercice 1888-89 une notable augmentation ; il a été évalué en recettes en 1,410,700,000 m. Les dépenses, y compris le budget extraordinaire, s'élèvent au même total. L'accroissement en une seule année est de 127 millions m. Il provient à concurrence de 71 millions de marcs de la part de la Prusse dans Timpùt sur l'alcool et le sucre, de 23 millions des chemins de fer rachetés, de 6,000,000 des impôts indirects, de 4 millions du timbre, de 3 millions des impôts directs, de 1 million des droits de successions.

La Prusse est la partie la plus prospère de toute l'Allemagne qui, malgré les grandes lois sociales, traverse une brillante phase de sa carrière (1).

IX. — Etats secondaires. — Les changements survenus dans les finances et les impôts des Etats secondaires de l'Allemagne seront établis dans l'appendice de la seconde série du Traité de critique et de statistique comparée.

X. — Italie. — La rupture économique avec la France, est devenue complète; il n'est pas possible d'en entrevoir le terme. Diverses causes ont concouru à préparer et semblent devoir agir longtemps pour maintenir cette rupture. D'un côté, l'Italie ambitionne une part, de plus en plus grande, d'influence dans le bassin méditerranéen. L'Angleterre et l'Allemagne n'ont garde de l'en dissuader. D'un autre côté, elle tend à développer son industrie manufacturière ; or, jusqu'à présent, elle s'approvisionnait de produits français.

Pour l'Italie, la France est un marché de pi'emier ordre (3) ; c'est le marché nécessaire, c'est le marché des

(1) Sui' les chemins de fer en Prusse, consulter Economiste français, n» 12, 1888.

(2) Sur les causes de la grandeur de la Prusse, consulter la Réforme sociale, avril 1888.

(3) Revue politique et littéraire, 10 mars 1888. Les intérêts économiques de la France et de l'Italie, par M. Fournier de Flaix et 11 février 1888 un article de M. Benoist.

PRÉFACÉ XLIX

marchés. Pour la France, Tltalie n'est qu'un marché secondaire. En 1885, le mouvement commercial de l'Italie s'est élevé à 2,709 millions ; celui de la France a dépassé sept milliards. La France absorbe à elle seule le tiers du commerce de l'Italie (881,382,000 fr. en 1885) ; l'Italie ne représente que le sixième du commerce de la France. En 1885, le commerce de l'Italie avec la France a été plus considérable que celui de l'Italie avec l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse réunies (764,445,000 fr.).

La subordination monétaire et financière de l'Italie est encore plus étroite. En 1887, l'Italie a importé pour 103,395,795 de métaux précieux, dont 7,711,139 or; elle a exporté pour 178,474,953, dont 36,721,217 or. Dans ce mouvement la France est entrée pour 79,0 i- 0/0 aux importations et pour 54,68 0/0 aux exportations. Aussi, lorsque la rupture a éclaté le change italien a-t-il baissé de 2 0/0. Cette baisse a eu dans toute l'Italie, à Rome, à Naples, en Sicile, un contre-coup tel que de nombreuses faillites ont éclaté de toutes parts. L'une d'elles, celle des frères Moroni de Rome, accusait un passif de 40 millions, chiffre très considérable partout, accablant pour l'Italie. Mais la baisse du change, les faillites des spéculateurs et des entrepreneurs ne doivent compter que pour peu de chose dans les pertes que l'Italie est appelée à subir dans la lutte économique contre la France. D'après les relevés des douanes françaises la France a vendu à l'Italie, en 1886, pour 4 millions de vins et lui en a acheté pour 89,680,00') fr. Voilà le client que l'Italie maltraite et sacrifie ! Même imprudence quant aux soies : ventes de la France à 1 Italie, en 1886, 54 millions ; achats de la France à l'Italie, 80 millions.

L'Italie ne se méprend pas moins sur la condition actuelle du gouvernement français. Cette condition est sans rapport avec celle de 1859. Il n'y a plus, en France, d'autocrate dont les utopies et les chimères, les froncements de sourcils puissent être mis en coupe réglée par les diplomates étrangers. La France se gouverne elle-même.

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