L PRÉFACE
et, dans sa direction économique, elle a rendu l'influence aux protectionnistes français, les plus intraitables des hommes. La diplomatie ne peut plus rien ni pour ni contre la France, à laquelle elle a fait tant de mal sous le second Empire. Il n'y a plus de traités à négocier, ni de conspirations de boudoir, ni de levées diplomatiques. Par contrôles secrétaires d'ambassade ont affaire avec une presse libre, clairvoyante, intrépide, immense, qui impose son contrôle et qui est, en partie, entre les mains des manufacturiers ou des agriculteurs. Les chambres elles-mêmes obéissent à la presse.
Aussi le gouvernement a-t-il opposé au tarif général italien de 1887 un tarif spécial avec la clause que si l'Italie relevait le tarif de 1887 (1), déjà excessif, le gouvernement était d'ores et déjà autorisé, à surélever les taxes françaises. L'Italie ayant immédiatement augmenté le tarif de 1887, le gouvernement français a suivi son exemple. Il y a dix ans cette guerre aurait soulevé les plus vives protestations; le courant de l'opinion s'étant modifié, il ne s'en est produit aucune. C'est donc à l'administration des douanes qu'a été confiée la mission de sauvegarder les intérêts français. Ils ne pouvaient être remis en des mains plus habiles et plus sévères.
Les résultats de cette guerre fratricide (2) ne peuvent faire doute pour personne. Le plus faible succombera. Or la France n'a nul besoin des produits italiens, tandis que l'Italie ne peut subsister sans le concours de la France. II a déjà été constaté que, dans le premier trimestre de 1888, les exportations d'Italie en France ont sensiblement plus diminué que celles de France en Italie. La diff'érence porte surtout sur les produits agricoles de l'Itahe. Or l'a-
1. Le tarif italien spécial aux marchandises françaises a été traduit dans le fascicule de mars 1888 du Bulletin des finances.
2. Voir ÏEconomiste français du 24 mars 1888, page 270. Quelle série de précaution ! Quelle série de barrières ! « Les couronnes funéraires t< composées de grains et de tubes de verre paient 186,50. » Les Italiens auront fort à faire pour lutter coutre nos douaniers.