‹ Traité de critique et de statistique comparée des institutions financières, systèmes d'impôts, et réformes fiscales des divers états au XIX siècle; Première Série; de nombreux tableaux son affectés aux impôts et aux finances de chaque étatChapitre 339 sur 377 · LE LOTTO · texte numérisé non relu

LE LOTTO

s'est élevé a 72,191,955 lires. Les frais ne dépassent pas 15 millions. La contribution par tête, de 1871 a 1881, a varié de 2,58 a 2,78, ce qui a permis au Trésor d'encaisser 719 millions nets en onze ans. L'Italie est de tous les gouvernements de l'Europe celui qui exploite avec le plus de rigueur l'impôt du sel. En France, le sel se vend 20 à 25 centimes le kilog , de 25 h 50 ceniimes en Allemagne et 55 centimes en Italie. C'est la meilleure preuve de la surcharge fiscale de l'Italie.

7" Le Lotto. — Plus redoutable est encore Je Lotto. Pour apprécier les pernicieux effets de cet impôt, il faut passer un samedi dans les grandes villes d'Italie. A partir de midi, le travail cesse, la population revêt ses habits du dimanche ; elle se répand dans les rues, elle s'accumule en face de petits bureaux-magasins au-dessus desquels se trouve cette inscription : Lotto^ brillamment éclairée la nuit. Au-dessous de l'inscription est placé un tableau où, a chaque instant, apparaissent, comme dans une lanterne magique, des chiffres cabalistiques. Ce sont les chiffres correspondant aux tirages. On peut prendre des billets pour tous les tirages qui ont lieu dans les villes suivantes : Rome, Bari, Florence, Naples, Palerme, Turin, Venise. La passion du jeu n'est pas, en effet, la même dans tous les centres italiens. Il n'y a de Lotto ni a Milan, ni à Gênes. Le Lotto est une vieille institution italienne. Il existait dans tous les anciens Etats. Il a été réorganisé d'une manière générale par la loi du 27 septembre 1865 et par décrets des 21 novembre 1880, 10 avril 1881 et 2 avril 1886. Le Lotto se fait sur les 90 numéros de 1 à 90; cinq de ces numéros sont tirés au sort et déterminent les gains. Les jeux peuvent se faire sur n'importe quelle quantité de numéros et sur les combinaisons suivantes : numéro simple (mise sur un des numéros sortants) ; numéro déterminé (mise sur le numéro d'ordre de sortie) ; ambe (suite de deux numéros), terne (suite de trois numéros) ; quaterne (suite de quatre numéros). Le tarif du jeu est de 7 centimes pour le numéro simple, gain (14 2/7 de fois la mise) ; numéro déterminé tarif, 7 centimes, bénéfice (71 5/7 de fois la mise) ; ambe 2 centimes, 500 fois la mise ;

terne 2 centimes, 5,000 fois la mise ; qualerne 2 centimes, 60,000 fois la mise(l).

Les augmentations sur chaque combinaison du jeu ne peuvent se faire que par quantités égales ou multiples des mises. Le prix des billets est de 10 centimes pour les tirages du département et de 20 centimes pour les autres. Aucun billet ne peut donner un bénéfice supérieur à 400,000 lires. Les gains des tirages hebdomadaires sont limités a G millions. Il existe par chaque département de tirages un maximum par numéro pour les primes qui peuvent être acceptées, savoir : Naples,

(1) Que l'on sache d'abord que le tirage de la loterie a lieu chaque samedi à Rome et dans huit autres villes. Il y a donc, en fait, huit tirages différents, tous les bureaux délivrant des billets pour les divers tirages.

Ces tirages se font avec un certain apparat. Ils sont présidés par un délégué de la préfecture assisté d'un délégué de la municipalité, de l'administration de la loterie, etc. Quatre-vingt-dix numéros sont placés solennellement dans une urne en fil de fer tournant sur son axe comme un poulet à la broche. Un enfant, le bras nu et les yeux bandés, est chargé du tirage. L'urne tourne et s'arrête, un coup de clairon retentit, l'enfant plonge sa main au milieu des numéros, en retire un qui est aussitôt proclamé et affiché avec accompagnement de sonnerie de clairon.

L'opération se répète cinq fois et les cinq numéros se décomposent en extraits simples ou déterminés (un numéro), en ambes (2 numéros), en ternes et en quaternes. Il n'y a pas de quine.

Nous ne nous étendrons pas sur le côté pittoresque de la loterie, il y aurait un volume très amusant à écrire, et les détails véritablement typiques que l'on pourrait donner et qui peignent si bien les mœurs italiennes, ne seraient pas en situation. Nous nous bornons à nous occuper du côté économique de la chose.

Les gains sont prévus de la façon suivante en proportion des mises :

Le joueur jouant sur un seul numéro reçoit 14 fois sa mise ; s'il a désigné l'ordre dans lequel sortira le numéro par lui choisi (extrait déterminé), il reçoit 71 fois sa mise.

S'il joue un ambe et que cet ambe sorte, il a 300 fois sa mise ; le terne est payé en raison de 5,000 fois la mise ; le quaterna en raison de 60,000 fois la mise.

Le minimum de la mise est 10 centimes; je ne pense pas qu'il y ait de maximum.

Maintenant, il va sans dire, que l'on peut jouer sur autant de numéros que l'on veut, le montant du prix diminuant stîlon que le nombre des chances de gain augmente.

Sur la réforme de la Loterie en Italie, consulter Journal des Écotiomistes, octobre 1886.

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