‹ Traité de critique et de statistique comparée des institutions financières, systèmes d'impôts, et réformes fiscales des divers états au XIX siècle; Première Série; de nombreux tableaux son affectés aux impôts et aux finances de chaque étatChapitre 47 sur 377 · LE MOUVEMENT DES RÉFORMES · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT DES RÉFORMES

« qui, avant nciis, ont déchaîné la persécution contre les « bienfaiteurs du genre humain, qui ont empoisonné la vie « de Turgot?.,. Je n'ignore pas qu'il existe une faction dans « notre pays, j'aurais dû dire une secte, pour laquelle toute <( amélioration est un pas rétrograde vers le jacobinisme. « Cette faction paraît croire que, dans aucun cas, il n'est « d'un homme de bien de chercher a tenir son pays au « niveau des progrès de la science et à régler la politi- '( que d'après les changements qui surviennent dans le « monde » (1).

Ce mouvement de réformes a fourni trois étapes distinctes qui forment trois épocjues et qui se personnifient dans trois ministres éminents : Huskisson, Robert Peel, Gladstone. A chaque étape, il a changé de caractère. Essentiellement commercial et douanier avec Huskisson, il a reçu de Robert Peel une autre direction, qui s'est encore modifiée avec M. Glastone. Robert Peel a résolument compensé par des taxes spéciales aux classes riches l'abolition des taxes portant particulièrement sur les classes laborieuses. Non-seulement l'Etat a cessé de garantir les rentes des landlords et les prolits des farmers, mais ces rentes et ces profils ont été, en pleine paix, soumis a l'income-tax. Robert Peel a véritablement accompli une révolution liscale. L'œuvre de M. Gladstone a été moins révolutionnaire. Elle a surtout consisté a substituer l'impôt direct a l'impôt indirect.

La réforme fiscale, accomplie en Angleterre, au xix'^ siècle, n'a pas le même caractère que celle qui a eu lieu, en France, au xv!!!*" siècle. Elle n'a cependant pas moins d'importance et elle paraît être appelée a exercer une inlluence non moins durable. Elle n'a pas coïncidé avec une grande révolution et une longue guerre. La guerre l'a interrompue pendant 22 ans ; puis elle a repris son cours. Elle n'a pas eu pour but l'application de principes abstraits, bien qu'elle aît des rapports étroits avec les théories des physio-

(1) Riclielot, Histoire de la 7-cforme commerciale en Angleterre, l vol. p. 91.

sf:.s étapes 13

crates, bien qu'Adam Smith ait été son véritable milialeur. Elle a été surtout inspirée par deux idées : I" dégrever tout ce qui pourrait entraver la production, de manière a permettre a l'industrie anglaise de vendre et au commerce anglais de placer les marchandises anglaises sur tous les marchés ; 2" amoindrir les charges qui pèsent sur les classes qui vivent du travail manuel. Telles ont été exactement les idées de Fénelon, de Vauban, de Boisguillebert, de Montesquieu. Les physiocrates leur ont donné une autre forme et en ont fait l'application. Discutées par Ricardo et Malthus, plus ou moins adoptées par un certain nombre de publicistes anglais, notamment Stuart .Mill et Herbert Spencer, ces tiiéories sont demeurées étrangères aux réformes d'Huskisson, de Robert Peel, de M. Gladstone et de tous les hommes d'Etat anglais.

Ces réformes ont un caractère exclusivement pratique, politique, social. Elles ne peuvent que mieux servir a vérifier les théories des physiocrates, puisque, faites sans leur influence, elles ont abouti, en partie, aux mêmes résultats (jue ceux atteints par la révolution tiscale accomplie en France.

Bien que les réformes dHuskisson n'aient consisté que dans des modifications de lois de douanes, ces réformes n'en ont pas moins été poursuivies au double point de vue que je viens de préciser : encourager la production, dégrever les classes laborieuses. Aucun homme d'Etat anglais n'a plus formellement indiqué ce double but qu"Huskisson.

Robert Peel s'est associé a ce mouvement, mais seulement à la lin de sa carrière. C'est un ouvrier de la dernière heure ; son concours n'en a été que plus précieux. Il n"a pas été animé de vues plus hautes qu'Iluskisson ; son mérite a été d'embrasser l'ensemble de la réforme elle-même, de céder a la pression de l'opinion et de tracer, avec une vigueur extraordinaire, les grandes lignes de l'œuvre a accomplir; ouvrir les marchés du globe aux produits du travail des ouvriers anglais, affranchis eux mêmes du fardeau des taxes de consommation ; c'est la réalisation des idées des physiocrates, par d'autres moyens.

Les physiocrates avaient parfaitement compris que leur po-

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