AVANT-PROPOS. V
traditions fiscales et ont ainsi contribué au naufrage total de l'ancienne organisation financière et fiscale de l'Empire romain, héritier lui-même des civilisations antérieures; comment d'autre part, les systèmes d'impôt de toute l'Asie mineure, ceux de la Mésopotamie et de la Perse, ceux de l'Egypte et de l'Afrique du Nord, ont été appropriés aux divers changements, nécessités par les phases diverses de la propagation du mahométisme et de la civilisation arabe ; comment enfin les divers organismes fiscaux et financiers ont reparu dans les républiques européennes, dans les grandes seigneuries, puis dans les divers Etats, disparates de formes, d'origines et de traditions, du moyen-age ; comment les systèmes d'impôt contemporains se rattachent à tout ce passé, par des liens très étroits, non seulement aux impôts des monarchies du XVP siècle, à ceux des républiques et des seigneuries du moyen-âge, à ceux de l'Empire romain, à ceux de Rome et de la Grèce, mais encore aux impôts de la vieille Chaldée et de la glorieuse Egypte, comment ils forment un des éléments essentiels de toute la chaîne de notre civihsation de même que l'on retrouve, dans notre code civil, des traces de la législation civile de la Chaldée et de l'Egypte ?
Certes, on ne saurait proposer aux historiens et aux économistes, un plus saisissant sujet d'études, plus propre, d'un côté, à montrer aux historiens quelle place les faits économiques occupent dans la vie des peuples et dans la transformation des civilisations et, d'un autre côté, à convaincre les économistes que l'économie poHtique est autrement vieille que les axiomes formulés, quelque peu à la hâte, par des théoriciens qui, le plus souvent, ont eu le dédain des faits ou ne les ont même pas connus.
J'ai été conduit par d'anciennes études, jamais abandonnées, par la lecture d'ouvrages historiques récents, en particulier ceux de Bôckh, Schœmann, de Mommsen, de Marquardt, de MM. Lumbroso et Revillont, qui ont refait de fond en comble, au point de vue économique, l'histoire des anciennes civiUsations, à dresser le tableau de ces di-