‹ Traité de critique et de statistique comparée des institutions financières, systèmes d'impôts, et réformes fiscales des divers états au XIX siècle; Première Série; de nombreux tableaux son affectés aux impôts et aux finances de chaque étatChapitre 51 sur 377 · HUSKISSON · texte numérisé non relu

HUSKISSON

montrer quelles idées avaient définitivement prévalu dans son esprit éminemment pratique et dans quelle direction il entendait marcher quand, le lendemain de l'inauguration du chemin de fer de Liverpool à Manchester, il fut écrasé par une locomotive.

« On ne peut méconnaître l'esprit de progrès et Tardeur « industrielle qui s'est emparée de toutes les nations civili- « lisées. On ne peut nier que, dans plusieurs pays, des insti- « tutions plus libérales et la propriété mieux garantie n'aient « favorisé l'accroissement du capital et créé les autres con- (( ditions des entreprises manufacturières et commerciales. « Telle est la rivalité, chaque jour plus redoutable, que ren- « contre notre industrie. Nous sommes, depuis longtemps, « la première nation du monde dans les manufactures et « dans le commerce, nous exportons fabriqués presque tous « les produits de notre sol. Dans leur état brut , ils (( suffisent a peine ou plutôt ils ne suffisent plus aux « besoins de notre population. Notre législation des grains, « quelque utile qu'elle soit pour prévenir d'autres maux, « est un fardeau et une entrave pour nos fabriques et « notre commerce. Tandis que les produits de notre in- « dustrie doivent tomber au niveau des cours du marché unice versel, ce niveau est interdit a nos producteurs, pour ce « qui concerne la nourriture.

« Examinez votre accise et vos douanes ; les trois quarts « de notre revenu proviennent de ces deux sources et sont, « pour la plus grande partie, fournis par des articles néces- « saires soit 'a l'alimentation, a l'habillement et ii l'humble (( confort de l'ouvrier, soit aux industries dans lesquelles il « est employé. Il est facile de s'en convaincre en parcourant (( la liste des impôts d'accise et de douane, môme aujourd'hui (( que ceux que payaient le cuir et la bière ont disparu. Chan- (( délies, houblon, drèche, savon, alcool, thé, sucre, tabac, « chanvre, bois de construction, impressions, ces divers arec ticles rendent près de 50 millions de livres (750 millions).»

On lui objectait que les charges des classes riches étaient devenues plus lourdes ; on lui citait notamment les droits sur la vaisselle d'or et d'argent. Il répondait :

« Il est vrai que les droits sur la vaisselle d'or et d'argent « ont vingtu{)lé, depuis cinquante ans, mais les articles qui « constituent l'aisance modeste de l'humble demeure de l'ou- « vrier se sont-ils multipliés dans la même proportion? Je (( crains que, dans un grand nombre do cas, ils n'aient suivi « une marche inverse. Considérez la condition de ceux qui « cultivent le sol et qui poussent la navette depuis le point du « jour jusqu'au milieu de la nuit et comparez-la 'a celle des « artisans qui s'emploient aux jouissances des riches dans « Londres, » (1)

Aussi Huskisson acceptait-il le principe du rétablissement de l'income-lax afin de diminuer les taxes qui frappaient les consommations des classes laborieuses. Robert Pccl, alors son adversaire, lui a, en réalité, emprunté l'idée de la grande réforme fiscale qu'il devait accomplir, plul(3t, il est vrai, pour consolider les finances de rAndcterre et sa condition économique, que pour modifier entièrement la répartition des impôts.

« Contre une taxe sur les revenus des capitaux qui ne sont « pas directement employés 'a la production, on objecte qu'elle « peut être bonne en temps de guerre, mais qu'elle ne l'est « pas de même en temps de paix. Cette objection me paraît « trop absolue. Durant la guerre, les salaires du travail et « les produits du capital peuvent être élevés et durant la paix « ils peuvent être bas. Dans le premier cas, les taxes qui at- « teignent la production ne l'affecteraient que faiblement; « dans le second, le fardeau pourrait en être très lourd.

« Le montant du dégrèvement qui serait opéré sur les im- « pots d'accise et de douane ne donne qu'imparfaitement la c( mesure de l'économie et du soulagement qui en résulte- « raient pour l'industrie ; tandis que le produit de la taxe qui « leur serait substituée équivaudrait exactement 'a la portion <■( retranchée par elle sur le revenu des contribuables. Le « propriétaire, le rentier, le créancier hypothécaire, tous ceux « qui touchent une annuité quelconque retireraient un avan-

(1) Richelot. Tome 1, 145-47.

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