PRÉFACE IX
La condition de l'Italie et de la Russie diffère essentiellement de colle de ces Etats, soit [)arce que les ressources sont loin d'être aussi t»'randes, soit parce qu'en môme temps les besoins sont tout autres. L'Italie et la Russie demandent à l'impôt tout ce qu'il peut donner, et môme au-delà ; elles exagèrent, par suite, toutes les taxes, en particulier les taxes douanières, parce qu'elles laissent dominer leur politique financière par leurs vues diplomatiques. On saisit, tout de suite, les différences avec les Etats-Unis et l'Australasie, vastes colonisations qui n'ont ni armées, ni flotte, ni diplomatie. En Russie l'impôt est une nécessité nationale ; aux Etats-Unis il n'est parfois que le moyen de grossir des fortunes déjà colossales; tout abonde chez ceux ci; tout est restreint chez ceux-là. La Russie et l'Italie sont, en outre, d'anciens foyers où la civilisation a revêtu des formes diverses, où elle a accumulé des traditions, des législations, des institutions, souvent des scories, où môme se sont produites des interruptions prolongées de la vie nationale. Pays jeunes, à peine adolescents, malgré leur vigueur, les Etats-Unis, l'Australasie, le Dominion n'ont point encore à compter avec le passé ; l'histoire, la vie n'y ont pas laissé de détritus, n'y ont point eu d'accidents comme le morcellement de l'Italie pendant treize siècles ou l'invasion de la Russie par les Mongols. Aussi, tandis que la civilisation se déploie, sous nos yeux, avec une rapidité merveilleuse, sans rencontrer d'obstacles, dans ces colonisations qui sont l'honneur et l'espérance de notre époque, l'Italie a dû faire les plus grands sacrifices pour reconstituer son existence nationale, grâce à la bonne volonté, quelque peu naïve, de la France, et la Russie a pu décréter l'abolition du servage, entreprises également coûteuses, dont le poids se fera longuement sentir dans leurs finances et sur leurs impôts. De là des remaniements incessants, non point en vue de réformes fiscales proprement dites, car ces réformes ne sont praticables que chez les peuples, jouissant d'une entière maîtrise de leurs finances, ce qui