CHAPITRE XIV
Désinfection maritime
Après plusieurs épidémies de peste, de choléra, de fièvre jaune, véritables fléaux qui firent d'innombrables victimes, les nations civilisées se virent obligées de se défendre contre ces maladies meurtrières, généralement importées par la voie maritime. La France prit l'initiative de conférences internationales à la suite desquelles de sérieuses mesures de préservation furent édictées par les puissances contractantes.
Ces mesures, qui consistaient au début dans la quarantaine au Lazaret ou à bord du navire, étaient onéreuses et vexatoires : elles soulevèrent les justes réclamations des navigateurs. A l'heure actuelle, grâce aux connaissances plus approfondies des maladies pestilentielles, grâce aux perfectionnements apportés aux procédés de désinfection, on a pu modifier heureusement le système quaranlenaire en le remplaçant par l'inspection médicale des passagers et de l'équipage et par une désinfection méthodique et appropriée des bagages, des marchandises, et du navire lui-même.
En France, la loi du 3 mars 1832, et le décret du 4 janvier 1896 servent de base à la réglementation de la police sanitaire maritime. D'autres décrets, notamment ceux du 15 juin 1899 et du 6 mai 1906, et de nombreuses instructions ministérielles déterminent les mesures de désinfection et d'hygiène nécessaires pour sauvegarder la santé des populations et les préserver de l'invasion des maladies épidémiques exotiques.
Le cadre de notre travail ne nous permet pas de nous
étendre, comme il conviendrait, sur notre organisation sanitaire maritime, et sur le fonctionnement normal de ce service si important. Nous croyons cependant devoir indiquer que le gouvernement français a institué, il y a plusieurs années déjà, un service de médecins, dont la compétence offre toutes les garanties, qui est chargé de la prescription de toutes les mesures qu'il peut être nécessaire d'imposer aux navires de provenance suspecte, arrivant dans les ports.
Les ports français, où doivent forcément se rendre les navires venant de pays contaminés, sont munis d'un matériel complet de désinfection : étuves, appareils spéciaux, pulvérisateurs, et du personnel indispensable au fonctionnement de ces appareils.
Dans chacun de ces ports est installé un laboratoire de bactériologie, où le service médical maritime, peut au moyen de cultures et d'inoculations aux animaux, fixer un diagnostic qui serait douteux.
Cette partie de notre travail sera divisée de la manière suivante :
1° Extrait de la réglementation sanitaire maritime.
2° La désinfection des navires.
3° Destruction des rats à bord des navires.
Extrait de la réglementation sanitaire maritime
DÉCRET DU 4 JANVIER 1896 PORTANT RÈGLEMENT DE POLICE SANITAIRE MARITIME
Art. 52. — Tout capitaine arrivant dans un port français est tenu de :
1° Empêcher toute communication, tout déchargement de son navire avant que celui-ci ait été reconnu et admis à la libre pratique.
2° Produire aux autorités chargées de la police sanitaire tous les papiers du bord ; répondre après avoir prêté serment de dire la vérité, à l'interrogatoire sanitaire et déclarer tous les faits, donner tous les renseignements venus à sa connaissance et pouvant intéresser la santé publique.
3° Se conformer aux règles de la police sanitaire, ainsi qu'aux ordres qui lui sont donnés par les dites autorités.
Art. 55. — Tout navire arrivant avec patente brute est soumis au régime sanitaire déterminé ci-après :
Ce régime diffère selon que le navire est indemne, suspect ou infeclê.
Art. 56. — (1) Est considéré comme indemne bien que venant d'une circonscription contaminée, le navire qui n'a eu ni décès, ni cas de maladie pestilentielle, à bord, soit avant le départ, soit pendant la traversée, soit au moment de l'arrivée.
Est considéré comme suspect, le navire à bord duquel il y a eu un ou plusieurs cas confirmés ou suspects, au moment du départ ou pendant la traversée, mais aucun cas de choléra depuis sept jours, de fièvre jaune depuis neuf jours, ou de peste depuis douze jours.
Est considéré comme infecté le navire qui présente à bord un ou plusieurs cas confirmés ou suspects d'une maladie pestilentielle ou qui en a présenté pour le choléra depuis moins de sept jours, pour la fièvre jaune depuis moins de neuf jours, et pour la peste depuis moins de douze jours.
Art. 5. — Le navire indemne est soumis au régime suivant :
1° Visite des passagers et de l'équipage.
2° Désinfection du linge sale, des effets à usage, des objets de literie, ainsi que de tous autres objets ou bagages que l'autorité sanitaire du port considère comme contaminés.
Si le navire a quitté la circonscription contaminée depuis plus de cinq jours en cas de choléra, depuis plus de sept jours en cas de fièvre jaune, et de dix jours en cas de peste, les mesures cidessus sont immédiatement prises et le navire est admis à la libre pratique.
Si le navire a quitté depuis moins de cinq jours une circonscription contaminée de choléra, il est délivré à chaque passager
(1) Nous reproduisons les articles 56, 57, 59 et 60 modifiés par le décret du 15 juin 1899.
un passe-port sanitaire indiquant la date du jour où le navire a quitté le port contaminé, le nom du passager et celui de la commune dans laquelle il déclare se rendre. L'autorité sanitaire donne en même temps avis du départ du passager au Maire de cette commune et appelle son attention sur la nécessité de surveiller le dit passager au point de vue sanitaire, jusqu'à l'expiration de cinq jours à dater du départ du navire. (Surveillance sanitaire).
L'équipage est soumis à la même surveillance sanitaire.
Si la circonscription quittée par le navire depuis moins de sept jours était contaminée de fièvre jaune ou depuis moins de dix jours était contaminée de peste, les mêmes précautions sont prises, sauf les modifications suivantes :
1° Le délai de surveillance est porté à sept jours en cas de fièvre jaune ou à dix jours en cas de peste ;
2° Le déchargement des marchandises n'est commencé qu'après le débarquement de tous les passagers.
3° L'autorité sanitaire peut ordonner la désinfection de tout ou partie du navire ; mais cette désinfection n'est faite qu'après le débarquement des passagers.
Dans tous les cas, l'eau potable du bord est renouvelée et les eaux de cale sont évacuées après désinfection.
Art. 58. — Le navire suspect est soumis au régime suivant :
1° Visite médicale des passagers et de l'équipage.
2° Désinfection du linge sale, des effets à usage, des objets de literie, ainsi que de tous autres objets ou bagages que l'autorité sanitaire du port considère comme contaminés.
Les passagers sont débarqués aussitôt après l'accomplissement de ces opérations. Il est délivré à chacun d'eux un passeport sanitaire indiquant la date de l'arrivée du navire, le nom du passager et celui de la commune dans laquelle il désire se rendre. L'autorité sanitaire donne en même temps, avis du départ du passager au Maire de cette commune et appelle son attention sur la nécessité de surveiller le dit passager au point de vue sanitaire, jusqu'à l'expiration du délai de cinq jours à partir de l'arrivée du nsvire.
L'équipage est soumis à la même surveillance sanitaire.
L'eau potable du bord est renouvelée et les eaux de cale sont évacuées après désinfection.
Si la maladie qui s'est manifestée à bord est le choléra et si la désinfection du navire ou de la partie du navire contaminée n'a pas été faite conformément au titre V (1) ou si l'autorité sanitaire
(1) Voir le texte du titre 5 à la suite de l'article 58.
510 TÏUÎTÉ DE DÉSINFECTION
juge que la désinfection n'a pas été suffisante, il est procédé à cette opération aussitôt après le débarquement des passagers.
Si la maladie qui s'est manifestée à bord est la fièvre jaune, ou la peste, le déchargement des marchandises n'est commencé qu'après le débarquement de tous les passagers ; la désinfection du navire est obligatoire et n'a lieu qu'après le débarquement des passagers et le déchargement des marchandises.
Titïe V. — Art. 39. — . « Los déjections des malades sont « immédiatement désinfectées.
« Les vêtements, le linge, les serviettes, draps de lit, couvertures, « etc., ayant servi aux malades, sont, avant de sortir du local isolé, « plongés dans une solution désinfectante.
« Les vêtements et le linge des infirmiers sont soumis au même « traitement avant d'être lavés.
« Les objets infectés ou suspects, de peu de valeur sont irnmé- « diatement jetés à la mer si le navire est au large. Dans le cas « où le navire est dans un port, ils sont brûlés.
« Le sol des locaux affectés à l'isolement des malades et des «r infirmiers est lavé deux fois par jour à l'aide de solutions désin- « fectantes.
« Art. 40. — Ces locaux ne sont rendus au service courant qu'après « lavage complet de toutes leurs parois, à l'aide de solutions désin- « fectantes, réfection des peintures ou blanchiment à la chaux "-hl:>- « rurée et désinfection du mobilier. Ils ne reçoivent de nouveaux « passagers en santé qu'après avoir été largement ouverts pendant « plusieurs jours après ces désinfections. »
Art. 59. — Le navire infecté est soumis au régime suivant :
1° Les malades sont immédiatement débarqués et isolés jus.ju'ù leur guérison.
2° Les autres personnes sont ensuite débarquées aussi rap<«!e ment que possible et soumises à une observation dont la durée varie selon l'état sanitaire du navire et selon la date du dernier cas. La durée de cette observation ne pourra dépasser cinq jours pour le choléra, sept jours pour la fièvre jaune et dix jours pour la peste, après le débarquement ou après le dernier cas survenu parmi les personnes débarquées ; celles-ci sont divisées par f.TL»!ipes aussi peu nombreux que possible, de sorte que si des accidents se montraient dans un groupe, la durée de l'isolement ne fût pas augmentée pour tous les passagers.
3° Le linge sale, les effets à usage, les objets de literie, ains; que tous les autres objets ou bagages que l'autorité sanitaire considère comme contaminés sont désinfectés.
4° L'eau potable du bord est renouvelée. Les eaux de cale sont évacuées après désinfection.
5° Il est procédé à la désinfection du navire ou de la partie du navire contaminé après le débarquement des passagers et, s'il y a lieu, le déchargement des marchandises.
Si la maladie- qui s'est manifestée à bord est la fièvre jaune ou la peste, le déchargement des marchandises n'est commencé qu'après le débarquement de tous les passagers et la désinfection du navire n'est opérée qu'après le déchargement.
Art. 60. — Dans tous les cas, les personnes qui ont été chargées de la désinfection totale ou partielle du navire, qui ont procédé avant ou pendant la désinfection au déchargement ou à la désinfection des marchandises ou qui sont restées à bord pendant l'accomplissement de ces opérations sont isolées pendant un délai que fixe l'autorité sanitaire et qui ne peut dépasser, à la fin des dites opérations, cinq jours pour les navires en patente brute de fièvre jaune et dix jours pour les navires en patente brute de peste.
Le navire est soumis à l'isolement jusqu'à ce que les opérations de déchargement et de désinfection pratiquées à bord soienl terminées.
Art. 71. — Les peaux brutes, fraiches ou sèches, les crins bruts, et en général tous les débris d'animaux, peuvent même en cas de patente nette, être l'objet de mesures de désinfection que détermine l'autorité sanitaire.
Lorsqu'il y a à bord des matières organiques, susceptibles de transmettre les maladies contagieuses, s'il y a impossibilité de les désinfecter et danger de leur donner libre pratique, l'autorité sanitaire en ordonne la destruction, après avoir constaté, par procès-verbal (Conformément à l'article 5 de la loi du 3 mars 1822,1a nécessité de la mesure et avoir consigné, sur le dit procès-verbal les observations du propriétaire ou de son représentant.
Art. 72. — La désinfection est dans tous les cas obligatoire :
1° Pour les linges de corps, hardes et vêtements portés, (effets à usage), et les objets de literie ayant servi, transportés comme marchandises.
2° Pour les vieux tapis.
3° Pour les chiffons et les drilles, à moins qu'ils ne rentrent dans les catégories suivantes qui sont admises en libre pratique :
a) Chiffons comprimés par la force hydraulique, transportés comme marchandises en gros, par ballots cerclés de fer, à moins que l'autorité sanitaire n'ait des raisons légitimes pour les considérer comme contaminés.
b) Déchets neufs provenant directement d'ateliers de filature, de tissage, de confection ou de blanchiment, laines artificielles et rognures de papier neuf.
Art. 73. — Les marchandises débarquées de navires munis de patente brute, peuvent être considérées comme contaminées et, à ce titre, l'autorité sanitaire peut en prescrire la désinfection, soit au lazaret, soit sur des allèges.
Art. 74. — Les marchandises en provenance de pays contaminés sont admises au transit sans désinfection, si elles sont pourvues dune enveloppe prévenant tout danger de transmission.
Art. 75. — Les lettres et correspondances, imprimés, livres journaux, papiers d'affaires, (non compris les colis postaux), ne sont soumis à aucune restriction ni désinfection.
La désinfection des navires La désinfection à bord des navires.
Il y a intérêt à pouvoir pratiquer des désinfections à bord du navire en cours de route. Il suffit que le vaisseau soit doté des appareils et des désinfectants nécessaires.
Une étuve à désinfection, un pulvérisateur pour les solutions antiseptiques, un autoclave à dégagement de vapeurs de formaldéhyde constituent l'outillage indispensable. Lorsqu'on veut détruire les rats, il faut, en outre, avoir, à défaut d'un appareil spécial comme celui de Clayton, une provision de soufre, ou un stock suffisant de cylindres d'anhydride sulfureux.
La maison Geneste- Herscher a installé à bord de nombreux navires un des modèles de ses étuves à désinfection.
La figure 125 montre la coupe transversale d'un navire muni d'une de ces étuves, dont l'alimentation en vapeur se fera à l'aide des chaudières du navire.
La maison Clayton a également installé, à bord de quelques navires, son appareil à production de gaz sulfureux.
PKATIOUE DE LA DESINFECTION
Désinfection du navire
La désinfection d'un navire ne diffère de celle d'une maison ou de tout autre établissement que par les difficultés résultant de sa capacité et de la complexité de son.aména-
-J^fofyzcr.Je,
(Fig. 125) Coupe tranversale. — Inctallation, à bord d'un paquebot aménagé pour le transport des émigrants, d'une étuve à désinfection par la vapeur sous pression, système Geneste et Herscher.
gement tout spécial. Les mêmes procédés peuvent donc convenir à cette opération : pulvérisations, lavages, brossages avec liquides désinfectants, fumigations d'anhydride sul-
(Fig 125)
Appareil Claylon installe sur un truck et désinfectant un navire a quai
fureux et dégagement d'aldéhyde formique. Il existe cependant des appareils particulièrement construits en vue de la désinfection des navires ; ce sont les appareils Clayton, Ma*
Désinfection d'un navire do commerce le CITY OF PERTH par « l'Appareil Clayton *
sur chaland à vapeur.
rot, Nocht, etc. qui ont l'avantage de permettre d'effectuer la désinfection totale d'un navire dans un laps de temps relativement court. Ces appareils sont placés, soit sur un chariot ou wagon pour les navires à quai (fig. 126), soit sur chaland pour ceux qui sont éloignés du port (fig. 127).
On devra désinfecter avec soin, l'infirmerie, les postes d'équipage, les cabines des passagers, en un mot tous les locaux, où aurait pu séjourner un malade contagieux. Ce dernier sera isolé, de manière à localiser et limiter l'infection. Si l'isolement est parfaitement observé, on pourra s'en
tenir à la désinfection de la cabine infectée et des cabines environnantes. Lorsqu'on constatera un cas de choléra, de peste ou de fièvre jaune, on prendra des mesures assurant la destruction des insectes, mouches, moustiques, puces etc., et des rats et des souris.
C'est au médecin sanitaire, qu'incombent le soin et le devoir de prendre les mesures de prophylaxie convenant à chaque cas particulier et conformément aux différentes instructions ministérielles, parmi lesquelles nous reproduisons celles du Conseil supérieur d'Hygiène du 5 avril 1897.
Instructions sur la désinfection des navires a l'arrivée. (I)
Rapport de M. le Dr A. J. Marlin. (2) (29 mars — 5 avril 1897)
Dans sa séance du 27 février 1897, le Comité a déterminé les mesures prophylactiques qu'il lui a paru nécessaire et suffisant de prendre à l'égard des provenances, par voie de mer, des contrées de l'Inde et de l'Extrême-Orient où sévit actuellement la peste.
Ces mesures, conformes à la lettre et à l'esprit du Règlement général de police sanitaire maritime du 4 janvier 1896, ont été pour la plupart ratifiées par le décret du 9 mars dernier.
La désinfection y joue un rôle important. Si son application est spécifiée, dans divers articles du dit règlement, suivant des cas et dans des circonstances laissées à l'appréciation des autorités sanitaires, elle n'en soulève pas moins certaines difficultés pratiques qu'il convient d'envisager dans l'intérêt commun de la santé publique et de la navigation. Ces difficultés tiennent à la fois à la complexité des détails d'application, à la diversité des objets auxquels on a pu juger indispensable Je faire subir les opérations de désinfection et à la multiplicité des moyens proposés.
La désinfection porte, aux termes du règlement, sur les bagages des passagers et de l'équipage, sur certaines catégories de marchandises et sur le navire lui-même.
(1 Instructions publiées au « Journal Officiel » du 7 avril 1897 (p. 2.009/. (2) Comité Consultatif d'Hygiène de France.
Nous n'avons à nous préoccuper dans ce rapport que des moyens propres à la réaliser aussi simplement et aussi pratiquement que possible, en nous efforçant, en outre, de limiter au minimum les risques que ceux-ci peuvent faire courir à la valeur matérielle des objets à désinfecter.
L'application du décret du 9 mars 1897 vise surtout, en ce qui concerne la désinfection, les mesures sanitaires à l'arrivée, prescrites dans les titres VII et VIII du règlement général ; nous devons aussi nous tenir exclusivement sur ce même terrain, à savoir quels moyens de désinfection sont applicables dans les ports de France et d'Algérie lorsque, à la suite de l'arraisonnement, l'autorité sanitaire en a reconnu la nécessité.
La désinfection sera faite, suivant les cas, et d'après les modes d'application ci-après énumérés, à l'aide des procédés suivants :
1° destruction par le feu pour les objets sans valeur ;
2° étuvage pour les tissus et les étoffes ;
3° lavage à l'aide de solutions désinfectantes pour les objets qui ne peuvent supporter l'étuvage ;
4° lavage à l'aide de solutions désinfectantes pour le matériel et les parois des navires ;
5° lavage, aération ou emploi de gaz antiseptiques pour les parties profondes des navires.
Le matériel nécessaire à la désinfection comprend essentiellement:
des étuves à désinfection par la vapeur ;
des pulvérisateurs, pompes ou mélangeurs ;
des solutions désinfectantes ;
des siphons de gaz acide sulfureux liquéfié.
En outre, un matériel accessoire sera spécialement affecté à la désinfection ; il se composera de toiles-enveloppes et de sacs, de brocs en bois pour les solutions désinfectantes, de fauberts, de chiffons et éponges pour l'essuyage et le lavage et de divers outils uniquement affectés à ce service.
Le personnel chargé de la désinfection aura des vêtements spéciaux de travail.
Les solutions désinfectantes spécialement recommandées sont :
Le sublimé à 2 p. 1000, soit additionné de 10 grammes de sel marin par litre, soit en solution dans l'eau de mer ;
L'acide phénique pur cristallisé à 5 p. 100 ;
Le sulfate de cuivre en solution à 5 p. 100 ;
S18 ÎRAITE DE DÉSINFECTION
Le lait de chaux (1) fraichement préparé à 20 p. 100. Les qualités à rechercher dans un désinfectant sont :
1° La destruction rapide, sûre, définitive, des principes viru» lents ;
2° L'innocuité relative ou absolue pour les personnes,les objets à désinfecter et les appareils ;
3° Le bon marché et la facilité de l'emploi ;
4° Autant que possible l'absence d'odeur désagréable.
Il faut enfin insister sur les nettoyages et lavages pratiqués aussi énergiquement que possible ; le rôle des antiseptiques est surf nul favorisé par l'action mécanique des manœuvres de désinfection.
A. — Bagages des passagers et de l'équipage. — Les hardes, vieux chiffons, pansements infectés, les papiers et autres objets sans valeur seront détruits par le feu.
Les linges, objets de literie, vêtements, effets à usage personnel, matelas, tapis, et en général tous les tissus et étoffes contaminés ou suspects, seront soumis à la désinfection par l'étuve à vapeur.
Les cuirs, chaussures, courroies, caoutchoucs, bretelles, casquettes, chapeaux, cartons, malles, et tous objets semblables, les fourrures, les objets en bois collés seront désinfectés par pulvérisation ou lavage.
Tous ces objets sont déposés dans des toiles, enveloppes, sacs ou paniers avant d'être portés au local où ils doivent être désinfectés.
Les sacs et enveloppes ne sont ouverts qu'au moment de l'introduction dans l'étuve à vapeur.
Les objets souillés et tachés de sang, de pus, ou de matières fécales, sont brossés et rincés dans la solution de sublimé salée (2).
(1) Pournvoir le lait de chaux très fictif, on prend de la chaux de bonne qualité, on la fait déliter en l'arrosant petit à petit avec la moitié de son poids d'eau, Quand la délitescence est effectuée, on met la poudre dans un récipient soigneusement bouché et placé dans un endroit sec. Comme un kilogramme de chaux qui a absorbé 500 grammes d'eau pour se déliter a acquis un volume de 2 lit. 200, il suffit de délayer dans le double de son volume d'eau soit 4 litres 400, pour avoir un lait de chaux qui soit environ à 20 p. 100.
(2) A défaut de solution de sublimé salée, on fera usage de la solution d'acide phénique. Cette prescription s'applique a tous les cas où, au cours de ces instructions, il est fait mention de l'emploi delà solution de sublimé salée,
L'étuvage est t'ait suivant les conditions spéciales fixées pour chaque appareil et il doit durer le temps minimum prescrit dans ces conditions. Les parties métalliques des chariots ou paniers destinés à recevoir les objets doivent être garnies d'une bâche en toile et chaque couche d'objets également enveloppée d'une bâche en toile. Les objets ne doivent pas y être plies, ni serrés, mais étendus avec soin ; ceux qui sont en laine ou en plume et peuvent se gonfler sous l'influence de la vapeur sont toujours placés audessus.
Après désinfection, les objets sont étirés et secoués à l'air pendant quatre ou cinq minutes dès leur sortie des appareils.
Pour tous les objets ci-dessus énumérés qui ne peuvent subir l'étuvage, on devra les laver à l'aide de la solution de sublimé salée et faire choix pour ce lavage : de la pulvérisation, lorsque les objets sont particulièrement délicats, et, pour tous les autres, de nettoyage à Laide de pompes ou mélangeurs.
B. — Marchandises. — Il y a lieu de distinguer, au point de vue de la désinfection des marchandises admises ou des marchandises prohibées et qu'on trouverait néanmoins à bord des navires, celles qui peuvent subir l'étuvage, celles qui ne peuvent être désinfectées qu'à l'aide de lavages antiseptiques et celles qui ne peuvent être soumises à aucun de ces procédés sans détérioration.
Les premières sont : les tissus et étoffes en balles non comprimées et cerclées, si leurs dimensions leur permettent d'être introduites dans les étuves en service. Elles y subissent le traitement spécifié ci-dessus.
Les secondes sont : les tissus et étoffes de trop grandes dimensions, notamment les grands tapis, les balles comprimées et cerclées. Les deux faces des tapis ou les enveloppes extérieures des balles doivent, si pour ces dernières on l'a jugé nécessaire, être fortement imprégnées de la solution de sublimé salée à l'aide de pompes ou mélangeurs.
C. — Dèsinfcdion du navire. — On videra la oji les cabines et toutes les parties du navire occupées par des malades ou des suspects et les objets qu'elles renferment seront soumis aux mesures de désinfection ci-dessus indiquées.
Les parois et les planchers seront lavés avec la solution de sublimé salée projetée au moyen de pompes ou mélangeurs. La pulvérisation des liquides antiseptiques ne sera employée que dans les locaux et pour les parois qui ne pourraient supporter sans grande détérioration un jet un peu violent de liquide désinfectant.
Ces lavages seront faits dans toutes les parties du navire où on les aura reconnus nécessaires. Ils seront obligatoirement pratiqués
dans les postes d'équipages, les poulaines, les souillardes, les parcs à animaux et tous compartiments souillés. Les appareils et objets ayant reçu des déjections et des vomissements seront lavés avec la solution de sulfate de cuivre ou du lait de chaux fraîchement préparé.
Deux heures après ces lavages antiseptiques, on lavera à grande eau, grattera et brossera les parois et planchers. Les postes d'équipages, les logements des caliers, les poulaines, souillardes, parcs à animaux et tous compartiments souillés seront ensuite repeints au lait de chaux.
La provision d'eau potable sera de même évacuée et jetée à la mer et les récipients qui la renfermaient, charniers, barils de galère, caisses à eau, bouteilles, carafes, etc. seront parfaitement vidés et déinfectés (soit avec une mèche soufrée, soit avec du permanganate de chaux ou de potasse, ou d'alun). Les caisses ayant servi notamment à recevoir de l'eau à terre seront vidées et désinfectées avec le plus grand soin ; elles devront être ensuite recouvertes.
D. — Désinfeclion des cales. — Les cales, c'est-à-dire le fond du navire, les passages, coursives, soutes à vivres, à eau et à vin, etc. seront désinfectés, soit par lavage antiseptique, soit par dégagement de gaz désinfectant.
Dans le cas où elles contiendraient des eaux, celles-ci seront vidées après mélange avec une des solutions antiseptiques pendant au moins vingt-quatre heures ; elles ne seront pas déversées dans un port.
La désinfection des cales par lavage peut se pratiquer soit avec la solution de sublimé salée, soit avec les solutions de sulfate ac cuivre ; le lavage doit être largement pratiqué sur toutes les parois et répété au moins deux fois. Puis l'on passe du lait de chaux frais sur toutes ses surfaces et dans tous ses interstices.
La désinfection des cales par dégagement de gaz sera faite rçprès que les parois auront été soigneusement humectées à l'aidé de jets de vapeur, par la combustion de 40 grammes de soufre par mètre cube ou mieux par l'emploi de siphons d'acide sulfureux liquide à dose de un siphon par mètre cube. Les locaux où se fait cette désinfection sont hermétiquement clos pendant au moins vingt-quatre heures.
Les puits à chaînes, le tunnel de l'hélice et tous les compartiments inférieurs qui communiquent avec les machines seront lavés soigneusement avec des solutions d'acide phénique.