III. — Personnel de désinfection
Le personnel chargé de la désinfection revêtira un costume spécial de travail, composé d'un bourgeron de toile, d'un pantalon ou cotte également en toile et à coulisse (le tout doit être serré à la taille, aux manches, aux chevilles et au collet), d'un calot couvrenuque et couvre-front et de chaussures appropriées.
Après leur opération, ils devront quitter ce costume et le désinfecter, ainsi que le linge qu'ils portaient.
Avant leur repas, qu'ils doivent prendre dans un local spécialement désigné et chaque fois qu'ils quittent leur travail, ils doivent se laver soigneusement les mains et la figure au savon d'abord, puis avec une solution de sublimé à 0.50 p. 1000 d'eau et 5 grammes de sel marin, et enfin à l'eau pure ou bouillie. Chaque jour, ils prennent un bain ou un bain-douche.
Destruction des rats
Du jour où il a été démontré que les rongeurs et particulièrement les rats étaient un des principaux agents de propagation de la peste, il a fallu prendre des mesures énergiques pour la destruction de ces animaux, dont on connaît la rapide et dangereuse pullulation.
11 est inutile d'insister sur les moyens ordinaires employés pour détruire les rats (chats, chiens, ratières, toxiques). Dans les villes, on peut se débarrasser d'un grand nombre de ces rongeurs en allouant des primes aux personnes qui les capturent, ou bien en se servant du virus Danys. Ce virus, préparé à l'Institut Pasteur, n'est autre chose qu'une culture d'un bacille qui occasionne chez les rats une maladie mortelle, alors qu'il est sans danger pour l'homme et les animaux domestiques.
Le meilleur procédé de destruction des rats à bord des
navires consiste dans la production d'acide sulfureux, dont l'efficacité est certaine, et qui a l'avantage de posséder quelques propriétés germicides.
A Hambourg, où le service de la destruction des rats est parfaitement organisé, on prend, d'après M. Nocht, les trois mesures suivantes :
1° Mesures prophylactiques concernant les bâtiments ayant à bord des rats reconnus pestiférés.
2° Mesures en vue de supprimer ou de réduire le plus possible le nombre de rongeurs sur tous les navires.
3° Mêmes mesures pour les grainiers à blé et autres établissements du port et de la ville.
Dès qu'un navire, venant d'un port contaminé, arrive à Hambourg, un fonctionnaire chargé de la désinfection se rend aussitôt à bord et fait déposer partout du poison pour les rats. Il recueille ensuite les rats morts et les fait examiner immédiatement par l'Institut d'Hygiène, qui, en moins de deux heures, fait connaître le résultat sommaire de ses recherches.
Si ces rats sont suspects, le débarquement des marchandises est interrompu et on procède, sans retard, à l'enfumage au moyen d'un appareil à gaz oxyde de carbone, — obtenu par la combustion du coke — qui, en moins de 2 heures emplit de ce gaz tout le navire dont les issues ont été préalablement fermées.
Un ou deux jours au plus après le dépôt des rats morts, l'Institut a terminé ses recherches bactériologiques, et si le diagnostic de la peste est définitivement admis, les mesures complémentaires suivantes sont prises sans délai : le navire peut débarquer sa cargaison, mais le personnel reste sous la surveillance de la police sanitaire, et les marchandises soigneusement vérifiées au point de vue des rats morts, des traces de morsure ou des excréments qui pourraient s'y trouver.
Dans ce cas, celles qui sont atteintes sont isolées et expo-
Pratiqué de La désinfection b£3
sées à l'air pendant 15 jours, laps suffisant pour que les bacilles de la peste perdent leur virulence.
Le déchargement terminé, le navire est désinfecté dans toutes ses parties avec des vapeurs de form aldéhyde et lavé ensuite au lait de chaux avec dissolution de savon au crésol. Toutes ses embarcations sont traitées de la même façon.
L'efficacité de ces moyens prophylactiques est aujourd'hui démontrée, puisque leur application à Hambourg, sur onze navires, ayant à bord des rats pestiférés, a donné des résultats tels qu'aucun cas de peste ne s'est produit.
Afin de prévenir l'indifférence, ou la négligence des commandants de navire, en matière de déclaration sanitaire, une forte prime d'argent est donnée à toute personne apportant un rat pestiféré.
2° La suppression des rats, contaminés ou non, sur les navires, est poursuivie à Hambourg sans relâche : tout bâtiment venant d'un port hors d'Europe est obligatoirement enfumé, après débarquement de la cargaison, avec du soufre et du charbon, et du poison est déposé dans les parties du navire que l'enfumage détériorerait.
On ne fait pas usage dans ce port de l'appareil Clayton pour les motifs suivants : cet appareil est trop petit et son emploi sur les grands navires exigerait trop de temps (8 jours). En outre le gaz Clayton endommage les marchandises qui s'imprègnent d'acide sulfureux.
Les embarcations de rivière pour les transbordements reçoivent tous les trois mois du poison pour les rats.
3° Les mêmes précautions sont prises pour leur destruction dans les greniers, entrepôts, docks, etc.. Un fonctionnaire du bureau de la désinfection place, tous les trois mois, du poison : le nombre de ces rongeurs est, de ce fait, considérablement réduit. Les résultats obtenus sont donc satisfaisants ; mais Hambourg se propose d'user de son nouvel appareil et de .remplir tous ces locaux, successivement de gaz oxyde de carbone, qui sera ensuite évacué au moyen d'une pompe. On espère ainsi détruire totalement les rats.