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CHAPITRE II Généralités

La désinfection a pour but de supprimer l'infection, c'està-dire de détruire ou neutraliser ses causes et notamment de rendre inoffensifs les microbes pathogènes répandus sur le sol, dans l'air, dans l'eau, sur les déchets de la matière vivante et tout ce qui touche et environne le malade.

La désinfection joue ainsi un rôle essentiellement préventif et prophylactique, soit en atténuant la virulence des microbes, soit en les empêchant de se conserver, de se multiplier, de se répandre. Un milieu est désinfecté, lorsqu'il ne présente plus aucun danger de contamination, la suppression du contage étant réalisée.

Dans l'état actuel de la science, la désinfection parfaite, idéale, ne doit pas seulement consister dans la destruction des infiniment petits, mais aussi dans celle de nombreux animaux, insectes, parasites, agents insoupçonnés jusqu'ici de propagation de certaines maladies. Les rats, les souris, les moustiques, les puces, les mouches sont en effet des vecteurs de germes pathogènes ; c'est par leur intermédiaire que peuvent se répandre la peste, la malaria, la fièvre jaune, la typhoïde, le choléra et la tuberculose. Nous devons désormais nous en protéger et les détruire, autant à cause du dégoût et de la répugnance naturelle qu'ils nous inspirent que par crainte d'inoculation et d'infection.

Il faut distinguer la désinfection de la stérilisation. Celleci a pour but la destruction complète et absolue de tous les êtres vivants, animaux et végétaux qui sont à la surface ou à l'intérieur des objets. Dans la stérilisation, les germes les plus résistants, leurs spores, sont eux-mêmes détruits.

Un objet est stérilisé lorsqu'il ne présente plus aucune trace de vitalité. De ce fait, avec la stérilisation, on réalise une désinfection ; mais lorsqu'on pratique une désinfection, on n'obtient pas nécessairement une stérilisation. Pour lutter avec efficacité contre les maladies contagieuses, il n'est pas besoin heureusement de recourir à la stérilisation ; les microbes qui occasionnent ces maladies ne résistent pas, en général, à une bonne désinfection.

Un agent physique ou chimique est désinfectant ou germicicle lorsqu'il possède la propriété de détruire les microbes et leurs spores. Il existe dans la nature des agents qui diminuent la résistance des germes, atténuent leur virulence et même- les détruisent. La lumière, le soleil, 1 air sont des microbicides puissants. Là où pénètre la lumière, la tuberculose évolue mal, ou même n'éclôt pas. L'action continue du soleil arrête le développement des micro-organismes ou diminue leur virulence. Koch a démontré que les bacilles tuberculeux ne résistaient pas à. une exposition aux rayons directs du soleil qui les tuent en un temps variant de quelques minutes à quelques heures. La bactéridie charbonneuse est détruite après huit heures d'insolation (Arloing). Les microcoques cessent de se développer après une exposition minima de 12 heures au soleil de juillet (Duclaux).

L'oxygène de l'air atténue la virulence des bactéries ; il parvient dans certains cas à l'éteindre complètement. Cela se produit, par exemple, lorsqu'on laisse vieillir, en présence de l'air, une culture de microcoque, de choléra des poules (Macé).

La dessicat'ion exerce une action défavorable sur les microbes pathogènes en général. Une dessication absolue les tue au bout d'un temps plus ou moins long.

L'électricité nuit au développement des micro-organismes. Elle diminue la puissance chromogène et la vitalité du bacille pyocyanique (D'Arsonval et Charrin).

La chaleur est de tous les agents physiques celui qui possède l'action neutralisante la plus marquée vis-à-vis des germes pathogènes. Une température humide de 100 degrés centigrades, maintenue pendant 30 minutes, suffit à les détruire d'une manière complète.

Le nombre des agents chimiques utilisés en désinfection est considérable. Certains tuent les bactéries ; d'autres entravent seulement leur multiplication.

Le désinfectant idéal devrait réaliser de multiple-conditions : destruction des germes et des spores, action rapide, prix peu élevé. Il ne devrait ni détériorer les objets, ni être dangereux pour ceux qui l'emploient. Il serait bon aussi qu'il n'eût aucune odeur désagréable.

En réalité, il n'en est aucun jusqu'ici qui réunisse ces qualités. Chaque désinfectant a ses indications et ses contre-indications : la pratique nous apprendra celui que nous devons choisir. Nous verrons, en effet, que les procédés de désinfection varient avec le milieu ou les objets à désinfecter. C'est ainsi que le gaz sulfureux est un insecticide puissant, mais un germicide infidèle. Il ne détruit pas toutes les spores, notamment celles de la bactéridie charbonneuse. Il a en outre l'inconvénient de détériorer certains objets.

On donne le nom de désodorisants aux agents capables de neutraliser les mauvaises odeurs. Quelques désinfectants sont en même temps désodorisants, tels le formol, le luso- • forme, le crésyl, etc ; mais en général, il n'y a pas parallélisme entre le pouvoir microbicide et le pouvoir désodorisant. Le chlorure de zinc désodorisant des plus efficaces des matières fécales les désinfecte fort mal. D'autre part, le sublimé, puissant antiseptique, ne possède aucune action désodorisante. Parmi les désinfectants connus, l'aldéhyde formique semble avoir une égale action désodorisante et germicide.

L'Antisepsie est la méthode qui permet de détruire ou d'arrêter le développement des micro-organismes qui sont la cause des diverses infections. L'Antisepsie est une désinfection appliquée aux êtres vivants dans un but thérapeutique (chirurgie, traitement de certaines affections externes ou internes).

Les Antiseptiques sont les agents utilisés dans la pratique de l'antisepsie.

De nombreux désinfectants sont employés comme antiseptiques ; mais parmi ces derniers, il en est beaucoup dont on ne se sert pas en désinfection.

Certaines substances, antiseptiques à une dose déterminée, deviennent désinfectantes si on les emploie à une dose plus élevée. Une solution de sublimé au cent millième sera susceptible d'arrêter le développement de certains organismes. Elle ne pourra les détruire qu'à une dose plus forte, par exemple au millième.

Il ne faut donc pas confondre le pouvoir antiseptique et le pouvoir désinfectant ou germicide.

Le pouvoir antiseptique d'une substance se mesure par la quantité la plus faible nécessaire pour empêcher la fermentation, la putréfaction d'un volume déterminé d'un liquide quelconque.

Le pouvoir désinfectant ou germicide d'une substance est exprimé par la dose la plus minime capable de tuer les germes contenus dans une quantité connue de milieu de culture.

La désinfection joue un rôle des plus importants dans la lutte que l'homme soutient chaque jour contre la maladie ; mais elle ne suffît pas. Elle constitue seulement l'une des mesures de prophylaxie habituellement employées : désinfection, isolement des contagieux, aération et propreté.

Nous devons compléter ces mesures par la recherche de tous les moyens capables d'augmenter la résistance de l'organisme vis-à-vis des germes infectieux, par l'application de bonnes conditions d'hygiène, par une alimentation saine et suffisante et en évitant tout excès, toute fatigue, tout surmenage.

Afin d'obtenir de la désinfection toute sa puissance prophylactique, il faut qu'elle soit méthodique, scientifique, complète.

Comme l'a dit, M. le professeur Chassevant, (1) « la désinfection ne doit pas être exécutée comme un rite, ni être appliquée uniformément et indifféremment de la même façon clans tous les cas ». Mal pratiquée, elle donne une

(1) Conférence populaire faite à Vicloria Hall à Genève le 8 septembre 1906 à l'occasion et sous le patronage du IIe Congrès international d'Assainissement et de Salubrité de l'Habitation.

sécurité trompeuse ; elle peut devenir un danger en permettant aux germes qui n'ont pas été tués de se propager encore. Nombreux sont les cas où l'on a pu constater une nouvelle éclosion de la maladie après une désinfection insuffisante. Ce sont des exemples de ce genre qui ont pu faire contester l'utilité et l'efficacité de la désinfection.

La pratique de la désinfection n'est pas aussi simple qu'elle peut paraître. Les procédés à mettre en œuvre, les agenls à employer varient selon qu'il s'agit de désinfection domestique ou de désinfection publique, de désinfection maritime ou de désinfection vétérinaire, et même suivant la nature de la maladie ou des objets à désinfecter.

Dans la prophylaxie des maladies transmissibles, par exemple, il y a lieu de distinguer la désinfection faite dans le cours de la maladie de celle pratiquée après guérison ou décès.

La première, désignée sous le nom de désinfection continue, comprendra la désinfection du malade (peau, bouche, gorge, etc.), de ses déjections (selles, urines, vomissements, crachats), de son linge, de sa literie et celle des personnes se trouvant dans son entourage. On désinfectera en même temps le local au moyen de pulvérisations ou lavages désinfectants, tout en assurant une aération parfaite.

Cette désinfection, dans le cours de la maladie, devra être l'objet des soins particuliers du médecin traitant qui aura pour devoir de faire l'éducation des personnes entourant le malade, trop souvent réfractaires ou indifférentes aux soins de propreté et aux principes les plus élémentaires de l'hygiène.

Après guérison ou décès, il faudra procéder à une désinfection plus complète encore des objets et des locaux qui auront pu être infectés. La présence du malade et de son entourage ne gênera plus les opérations des désinfecteurs, qui pourront employer des procédés plus énergiques dans la désinfection des locaux. Les linges, la literie, les vêlements, tout ce qui aura pu être touché par le malade, seront transportés au moyen de véhicules spéciaux et avec toutes les précautions désirables à l'usine de désinfection où ils

seront soumis à l'action d'appareils ou d'agents appropriés. Les linges souillés seront notamment lavés avant d'être désinfectés.

Enfin les objets ayant servi à des pansements et dont la valeur est peu appréciable pourront être brûlés dans un four spécialement affecté à cet usage.

On voit donc que le désinfecteur doit être muni d'un outillage compliqué, s'il veut pratiquer son art de façon à obtenir des résultats véritablement positifs et capables d'inspirer confiance. Il doit connaître, lorsqu'il fait une opération, la nature de la maladie, afin d'employer l'agent le plus actif vis-à-vis du germe infectieux. Il serait désirable que le désinfecteur connût les propriétés des agents qu'il est appelé à mettre en œuvre. Il ne doit pas ignorer leur action sur les objets à désinfecter. C'est ainsi, par exemple, que tel objet altéré par son passage à l'étuve à vapeur devra être soumis à tout autre désinlectant. Un bon désinfecteur sera à même de contrôler l'efficacité des moyens de désinfection qu'il utilise. Il devra savoir se préserver lui-même de l'infection et apprendre aux autres à s'en préserver. En somme, il possédera un ensemble de connaissances ne pouvant s'acquérir que par une longue pratique et une observation rigoureuse des prescriptions données par ceux qui sont chargés de la direction scientifique du personnel.

Depuis longtemps déjà, la législation sur la police sanitaire des animaux prescrivait des mesures rigoureuses de désinfection ayant pour objet de préserver les animaux des maladies contagieuses. Rien de semblable n'existait pour protéger l'homme contre les affections transmissibles. La loi de 1892 sur l'exercice de la médecine prévoyait bien l'obligation pour les praticiens de déclarer ur certain nombre de maladies ; mais comme la déclaration n'était suivie d'aucune sanction, le corps médical ne se conformait pas à cette obligation.

La loi du 15 février 1902 a fort heureusement comblé cette lacune en rendant la désinfection obligatoire pour certaines maladies, et en édictant toutes les mesures d'hygiène propres à protéger efficacement la santé publique.

Cette loi n'a pas été acceptée par tous, même par le monde médical, sans protestations. On lui reproche de porter atteinte à la liberté de l'individu et d'intervenir dans la vie privée des personnes. Mais peut-on faire une loi sur la santé publique véritablement efficace sans qu'il en soit ainsi ?

Toute collectivité ne doit-elle pas avoir le droit de défense, au détriment de quelques-uns, lorsqu'il s'agit de sa sécurité ? Si dans la vie ordinaire, la liberté de chacun doit être absolue, limitée seulement par la loi ou par la liberté d'autrui, en matière d'hygiène, n'est-il pas juste et prudent que la liberté individuelle s'efface devant l'intérêt public ?

Les services rendus à la médecine par la désinfection ne sont plus contestables : les statistiques de ces dernières années en font foi. La désinfection ne doit être qu'une des phases nécessaires et acceptées par tous de la lutte contre les maladies.

Le législateur l'a enfin reconnu puisqu'il nous a donné la loi de 1902 et les divers décrets réglementant l'organisation et le fonctionnement de la désinfection. Le public luimême sait faire passer les légers ennuis que peuvent causer les opérations de désinfection après les avantages qu'il en retire, puisqu'il a fréquemment recours, sans intervention médicale, aux services publics ou privés de désinfection.

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