L. MIRMAN
y 8 traité de désinfection
MINISTERE DE L INTERIEUR
CONSEIL SUPÉRIEUR D'HYGIÈNE PUBLIQUE DE FRANCE
INSTRUCTIONS PROPHYLACTIQUES APPLICABLES AUX MALADIES $E MANIFESTANT (PRINCIPALEMENT PAR DES SYMPTÔMES INTESTINAUX OU GASTRO-INTESTINAUX.
Notions générales
Les germes sont contenus dans les détections {selles, vomissements, urines) des malades : ils se transmettent surtout par le contact de ces déjections, par les mains des personnes qui soignent les malades, par les linges, les vêtements, les aliments et Veau souillée ; ils peuvent aussi être transportés par les mouches.
Prescriptions essentielles
Isoler autant que possible le malade de telle sorte qu'il ne puisse être approché que par la ou les personnes chargées de le soigner.
Les déjections sont recueillies dans des vases contenant un liquide désinfectant et ne sont projetées dans les cabinets ou fosses d'aisances qu'après un contact prolongé avec ce liquide ; elles ne sont jamais déversées sur les fumiers, sur les voies publiques ou privées, dans les cours ou jardins. A
défaut de fosses d'aisances, elles sont enfouies dans le sol loin des sources et des puits.
Tous les linges ayant servi au malade sont plongés dans des récipients remplis d'eau additionnée d'une solution désinfectante ou soumis à l'ébullition prolongée. Ces linges ne doivent jamais être envoyés aux lavoirs ou aux blanchisseries avant d'avoir été désinfectés. La même prescription s'applique au cardage ou à l'épuration des matelas, objets de literie ou couvertures.
On ne doit jamais jeter, secouer ou exposer aux fenêtres aucun linge, vêtement, objet de literie, tapis ou tenture ayant servi au malade ou provenant des locaux occupés par lui. Si les linges ou vêtements souillés ne peuvent être immédiatement désinfectés ils doivent être, en attendant, soigneusement enveloppés dans des sacs ou toiles fortes.
Les linges sans valeur ou usés, les ouates salies sont immédiatement détruits par le feu ou plongés pendant une heure dans une solution désinfectante forte avant d'être jetés dans les fosses ou enfouis.
Après transport éventuel du malade ou terminaison de la maladie, la désinfection totale porte sur les locaux occupés par le patient, sur les objets de literie, linges, vêtements et tous objets avec lesquels il s'est trouvé en contact.
Les ustensiles de cuisine, assiettes, tasses, verres, cuillères, etc., les crachoirs, les récipients qui en tiennent lieu doivent être plongés pendant une heure dans une solution désinfectante ou dans de l'eau qu'on portera à l'ébullition et soigneusement nettoyés.
Les petits objets à usage personnel des malades, livres, jouets, crayons, fournitures de bureau, porte-monnaie sont détruits par le feu dans la cheminée ou le poêle toutes les fois que la chose sera possible en raison du peu de valeur de ces objets, ou soumis à la désinfection par dégagement de gaz antiseptique tel que l'aldéhyde formique gazeuse.
Les aliments ayant séjourné dans la chambre ne devront être consommés qu'après avoir subi, autant que possible, Une nouvelle cuisson.
loo traité de désinfection
Modes de désinfection a employer (1)
Pour les déjections (selles, vomissements, urines et les produits d'expectorations) :
Crésylol sodique (2) en solution forte à 4 p. 100 ;
Eau de Javel étendue d'eau de façon à obtenir une solution titrant un degré chlorométrique par litre d'eau ;
Sulfate de cuivre en solution à la dose de 50 grammes par litre ;
Chlorure de chaux en solution, conservé dans des vases clos, à la dose de 20 grammes pour un litre d'eau (il doit sentir fortement le chlore) ;
Lait de chaux fraîchement préparé (3) à 20 p. 100 ;
Lessive de soude en solution à 10 p. 100 (teintée) pour les crachats spécialement.
(Jamais le sublimé corrosif).
Lorsqu'il s'agit de déjections solides l'immersion totale dans le désinfectant doit durer six heures au moins ; pour les matières liquides une heure suffira. Le rejet dans les cabinets d'aisances n'aura lieu qu'après ce contact.
Pour les linges [chemises, draps de lit, taies d'oreillers, essuie-mains, mouchoirs, etc.) :
Ébullition pendant 1 heure au moins dans une lessive chaude au carbonate de soude ou à la cendre de bois ;
Trempage prolongé (six heures au moins) dans le crésylol sodique à 4 p. 100 ;
(1) Les divers procédés indiqués au choix des intéressés pour chaque catégorie d'opérations peuvent être employés suivant les circonstances ou les ressources locales.
(2) Formule du crésylol sodique liquide ou solution alcaline concentrée de crésylol officinal :
Crésylol officinal un kilogramme ;
Soude caustique liquide un kilogramme.
Effectuer le mélange dans un récipient en grès ou en métal. La réaction dégage beaucoup de chaleur et pourrait provoquer la rupture des récipients en verre épais. Ne s'emploie que dilué suivant les indications prescrites.
(3) Pour avoir du lait de chaux actif on prend de la chaux de bonne qualité, on la fait déliter en l'arrosant petit à petit avec la moitié de son poids d'eau. Quand la délitescence est effectuée, on met la poudre dans un récipient soigneusement bouché et placé dans un endroit, sec. Comme un kilogramme de chaux qui a absorbé 500 grammes d'eau pour se déliter a acquis un volume de 2 litres 200, il suffit de le délayer dans le double de son volume d'eau soit 4 litres 400 pour avoir un lait de chaux qui soit environ à 20 pour
INSTRUCTIONS lOl
Trempage prolongé (six heures au moins) dans le formol du commerce à 40. p. 100 d'aldéhyde formique, à la dose de 40 grammes de formol pour un litre d'eau.
Pour les vêtements :
En toile ou assimilables : ébullition, trempage dans une solution comme pour les linges ;
En drap, laine ou matière analogue : passage à l'étuve (à vapeur ou à dégagement de gaz antiseptique).
Pour les ustensiles et menus objets [de toilette, de cuisine, de table ou autres) :
fibullition, trempage dans le formol du commerce comme pour les linges ; Trempage dans l'eau de Javel étendue d'eau.
Pour les mains, la figure et la barbe des personnes qui soignent ou visitent les malades :
Sublimé en solution d'un gramme par litre d'eau après savonnage.
Pour les objets de literie {matelas, oreillers, traversins) :
Passage à l'étuve (à vapeur ou à dégagement de gaz antiseptique) ;
A défaut d'étuve : enlèvement des enveloppes qui seront soumises à un trempage prolongé et trempage plus court des laines, crins, etc.
Pour les couvertures, les tapis, rideaux, tentures :
Passage à l'étuve (à vapeur ou à dégagement de gaz antiseptique) ;
A défaut d'étuve : ébullition totale ou partielle dans l'eau de lessive ; trempage ou lavage à l'aide de solution désinfectante comme pour les vêtements.
Pour les planchers, parois, murs, meubles [lit, table de nuit, etc.) :
Lavage au crésylol sodique à 4 p. 100 ;
Lavage à l'eau de Javel étendue d'eau ;
Lavage au formol du commerce à 40 p. 100 d'aldéhyde formique, à la dose de 40 grammes de formol pour un- litre d'eau ;
Badigeonnage des murailles non tapissées au lait de chaux fraîchement préparé.
Pour l'ensemble des locaux et objets les garnissant :
Dégagement de gaz antiseptique dans les conditions prévues à l'aide d'appareils spécialement autorisés à cet effet. Pour les cabinets d'aisances, latrines, fosses :
Lavage à l'aide d'une solution forte (crésylol sodique à 4 p. 100) du siège et des abords ;
Projection d'huile de schiste à raison de un kilogramme par mètre superficiel de fosse pour la destruction des larves de mouches.
Pour les vidoirs, éviers, rigoles :
Lavage à une solution forte (crésylol sodique à 4 p. 100).
Pour les puits susceptibles d'avoir été contaminés :
Déversement de permanganate de chaux ou de potasse à raison de 0 kilogr. 500 par mètre cube d'eau contenu dans le puits.
Pour les fumiers :
Ne jamais jeter de matières fécales sur les fumiers. Quand un fumier a été contaminé par des déjections humaines de malade, le détruire par le feu si son \olume n'est pas trop considérable. Dans le cas contraire, la désinfection est .difficile et elle réclame une imprégnation complète, et prolongée du fumier avec la solution du crésylol sodique à 4. p. 100.
Recommandations spéciales .
Les personnes qui soignent les malades mettront autant que possible par dessus leurs vêtements une longue blouse qu'elles laisseront dans la chambre et qui sera ensuite désinfectée ; elles mettront également des chaussures qu'elles laisseront en sortant ; elles s'interdiront de prendre leurs repas dans la chambre du malade ; elles se désinfecteront les mains avec la brosse et le savon, ainsi que la figure et la barbe, avant de sortir de la chambre, surtout avant de manger.
Éviter autant que possible la souillure des objets de literie et notamment des matelas en plaçant sous le malade un tissu ou un papier imperméable.
S'efforcer d'empêcher la transmission des germes par les
Instructions i()3
mouches qui souillent facilement leurs trompes ou leurs pattes dans les produits de déjections et les crachats. Se mettre à l'abri des autres insectes, puces, punaises, moustiques, etc.
Ces instructions ont été adoptées par le Conseil supérieur d'hygiène publique de France et sanctionnées par une décision du ministre de l'intérieur en date du 23 juillet 1907 pour l'application des articles 14 et 17 du règlement d'administration publique du 10 juillet 1906 sur les conditions d'organisation et de fonctionnement du service de désinfection ; elles se réfèrent à l'engagement que peuvent prendre les intéressés, en vue d'assurer eux-mêmes la désinfection obligatoire, suivant le modèle de formule A ou B annexée à la circulaire ministérielle du 18 mars 1907.