CHAPITRE PREJVUEH Agents physiques. — Ghaleuf
Généralités. - — La chaleur est, de tons les agents physiques, le seul utilisé en désinfection.
Dès la plus haute antiquité, on a employé le feu pour purifier. On allumait de grands feux dans les rues lorsque sévissaient des maladies pestilentielles ; on brûlait même tout ce qui avait appartenu aux malades.
La chaleur n'a reçu des applications véritablement scientifiques qu'au dix-neuvième siècle. C'est un Anglais, le Dr W. Henry de Manchester, qui le premier fit, en 1832, des expériences sur les propriétés désinfectantes des températures élevées.
En 1873, Davaine publia (l) ses remarquables recherches
(l) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 29 septembre
relatives à l'action de la chaleur sur le virus charbonneux. Deux ans après, Baxter reprit les expériences de W. Henry concernant l'action de la chaleur sur le vaccin jennérien. En 1879, Carsten et Coert font connaître les résultats de leurs travaux sur les effets de la chaleur sur la virulence du vaccin. Vers la même époque (1879-1881) Tyndall, cherchant à stériliser par l'ébullition, des liquides de culture additionnés de poussières de vieux foin, n'obtint de bons résultats qu'avec sa méthode des chauffages répétés que l'on désigne sous le nom de tyndallisation.
John W. Tripe, opérant sur de l'eau d'égout, observa, en 1880,- que les infusoires étaient tués à 43 degrés centigrades et que la plupart des bactéries avaient perdu toute activité à 60 degrés, tandis que quelques-unes redevenaient actives vers le quatrième jour.
Wernich, en 1880, et Koch, Gaffky, Lœffler et Wolfhûgel, en 1881, ont constaté, dans leurs expériences, que la chaleur sèche n'assurait pas toujours la désinfection, même lorsque la température était portée à 150 degrés et maintenue pendant deux heures. Par contre, ils obtenaient la stérilisation avec l'eau bouillante ou avec la vapeur d'eau à + 100°. Vers cette époque, Pasteur observa que les spores du charbon conservaient leur faculté germinative à la température de + 95°. La température de 100° qui suffisait, d'après lui, à détruire tous les germes des micr'oorganismes, respectait cependant les spores charbonneuses.
En général, la plupart des cellules végétatives perdent leur vitalité à une température de 60° environ. C'est ainsi que les germes des fermentations acétique, visqueuse et amère, qui sont la cause des diverses altérations du vin sont tués entre 50° et 60° ; c'est là le principe de la pasteurisation. Mais il existe des exceptions ; le « bacillus thermophilus » de Miquel se développe encore, à l'état de cellules végétatives, à la température de 70°. Le « bacillus mesentericus ruber » (Globig) se multiplie entre 50° et 70°. Robinowitsch (1895) a isolé de l'intestin grêle huit types de bacilles thermophiles, offrant la propriété de se développer jusqu'à 75° et dont le maximum de végétation se trouve entre 60° et 70°,
Les spores nécessitent des températures plus élevées pour être détruites ; leur résistance est plus grande à la chaleur sèche qu'à la chaleur humide. Les spores du «bacillus subtilis » peuvent germer encore, après avoir été portées à 100° pendant une heure (Brefeld) ; à 110°, cinq minutes suffisent pour les tuer. Dans ses expériences, Miquel a soumis des germes à des températures de 100, 120, 130 et même 145 degrés, dans l'air sec, sans obtenir la stérilisation ; celle-ci n'était réalisée qu'à 150°. Le degré" de résistance des bacilles et des spores à la chaleur sèche ou à la chaleur humide peut varier et semblé dépendre alors de certaines conditions dans lesquelles ils se trouvent au moment où on les soumet à l'action de la température. Un certain état de dessication augmente considérablement la résistance des spores. Arloing, Cornevin et Thomas ont constaté que les spores du bacille du charbon symptomatique étaient tuées par l'eau bouillante en deux minutes ; desséchées préalablement à 33°, il faut prolonger deux heures lebullition pour les détruire.
La réaction du milieu exerce sur les bactéries une influence, qui a été mise en évidence par les expériences de Miquel et Lattraye ; l'alcalinité diminue la vitalité des germes, les milieux neutres favorisent leur multiplication et leur développement.
La chaleur est donc un des moyens les plus efficaces et les plus pratiques pour obtenir la destruction des germes infectieux. La chaleur humide, à l'état d'eau bouillante, de vapeur d'eau, et surtout de vapeur sous pression a une valeur désinfectante bien supérieure à la chaleur sèche. La vapeur d'eau sous pression à une température de 112 à 115° détruit les germes les plus résistants, après une durée d'application de 15 minutes ; la chaleur sèche laisse intactes certaines spores à 130 et même 145 degrés, après une application prolongée.
La chaleur a cependant quelques inconvénients ; elle fait subir aux tissus des altérations au point de vue de la solidité et de la couleur.
Les tissus de lin, coton, laine, chanvre présentent après
leur passage à l'étuve, des pertes de poids plus ou moins sensibles, suivant le degré de chaleur auquel ils ont été soumis. La laine s'altère plus rapidement que le coton. Les différents objets en cuir, en peau, les livres, les fourrures subissent sous l'action de la vapeu** d'eau des détériorations telles que celle-ci ne peut être employée à leur désinfection.