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CHAPITRE VI Etuves à vapeur

I. — Étuves anciennes. — Nous avons vu que Vallin, dans un mémoire publié en 1877, avait fait observer que l'emploi de la chaleur humide était préférable à la chaleur sèche dans les étuves à désinfection.

En 1881, Koch, Gaffky et Lœffler ont confirmé l'opinion de Vallin, à la suite de nombreuses expériences faites à l'aide de la vapeur d'eau bouillante. L'appareil dont se servaient ces auteurs, était formé d'un alambic dont les vapeurs étaient dirigées dans une grande caisse métallique où ils plaçaient les objets à désinfecter. Mais cet appareil était si rudimentaire que les objets traités étaient lortement mouillés, par suite de la condensation de la vapeur d'eau, et qu'il fallait, pour terminer l'opération, les soumettre à un fort courant d'air très chaud et très sec.

Le premier appareil à vapeur affecté spécialement à la désinfection a été construit par M. Washington Lyon de Cornhil, à Londres.

Voici, d'après Vallin, la description de cet appareil :

<r C'est un vaste fourneau en fer forgé suspendu suivant son diact mètre horizontal entre deux roues, ou sur deux supports fixés oc dans le sol de telle sorte que le bord inférieur n'est distant du « sol que de quelques centimètres. Ce tonneau doit avoir environ « 2 m. 25 de profondeur et 1 m. 20 de diamètre. Il est intérieure- « ment revêtu d'un véritable tonneau en bois, de dimension plus <r petite, de manière à laisser entre les deux enveloppes un inter- « valle de quelques centimètres. Ces enceintes se ferment toute»

« deux en même temps d'une façon très hermétique au moyen d'une « porte représentée par la partie postérieure du tonneau. Une chau- « dière à haute pression tout à fait indépendante de la chambre de « désinfection, envoie à l'aide de tuyaux de raccord de la vapeur et surchauffée, à une pression de 28 livres anglaises par pouce carré, 4 dans l'enceinte où l'on a disposé les vêtements, la literie, etc.. « On commence par dégager la vapeur dans l'intervalle qui sépare « la chambre en bois du tonneau métallique, afin d'échauffer les « parois de l'étuve et de diminuer la condensation de la vapeur et refroidie. Cet inconvénient ne doit pas être complètement évité, « car des tuyaux de dégorgement existent dans l'étuve même et « dans l'espace intermédiaire, pour laisser écouler les eaux de « condensation ».

C'est en 1881 que la Maison Jules Le Blanc, de Paris, entreprit de suppléer à l'insuffisance et aux inconvénients des étuves à air chaud jusqu'alors en usage, en construisant les premières étuves à vapeur sous pression, qui donnèrent dès l'origine des résultats tellement concluants que leur adoption immédiate fut décidée par la Marine. Peu après, les principaux ports de mer et les colonies furent pourvus de ces appareils reconnus désormais indispensables.

La propagation de ce nouveau système fut rendue d'autant plus facile que la Maison créatrice ne le lit point breveter, ce qui permit à d'autres constructeurs de la reproduire à de nombreux exemplaires. Nous indiquerons plus loin les perfectionnements apportés par M. Le Blanc, à celte éluve.

En 1882, Merke, Directeur de l'hôpital de Moabit à Berlin, s'inspirant des travaux antérieurs et particulièrement de ceux de Vallin, faisait construire par Schimmel de Chemnitz, un grand appareil (fig. 25) dont il a donné la description suivante (1) : Il est formé par une enceinte solide, étanche, à double paroi de tôle (a) dont l'intervalle est rempli de matières mauvaises conductrices de la chaleur. Une seule porl'ï en fer, fermant hermétiquement au moyen de vis, sert à l'entrée et à la sortie des objets.

(1) H. Merke. Ueber Desinfectionsapparate und Desinfectionsversuche (Vierteljahr, fur gerichtliche Medicin und offentliches Sanitatswesen, t. 37e, 1882.

La hauteur totale de l'appareil est de 2 m. 12, la longueur de 2 m. 30 et 5 m. 20 en y comprenant le développement extérieur des rails pour la manœuvre du chariot (b) ; la largeur est de 1 m. 42, le cube total de 9 m. 5 et le cube utilisable de 6 m. 5.

Sur la paroi inférieure de l'étuve, on fait glisser, à l'aide d'un chariot, un système de tuyaux (c) munis d'ailettes ayant pour effet de multiplier la surface de chauffe. Dans ces tuyaux, on fait circuler de la vapeur surchauffée et sous pression qui chauffe l'air de l'appareil. Au dessus de ce système est fixé un autre tuyau, (e) de calibre beaucoup plus petit et percé d'un grand nombre de trous servant au dégagement direct de la vapeur. Un peu au dessus de ces tuyaux sont établis, sur un plancher, des rails sur lesquels roule un cadre en fer dont le fond et les côtés sont tendus de toile ; c'est sur ce cadre que l'on place tous les objets à désinfecter.

(Fig. 25) Etuve de Scbimmel

Au dessous de la porte, on a ménagé des ventouses de ventilation ; à la partie supérieure et sur la paroi postérieure se trouve un tuyau d'évacuation (f) véritable cheminée de ventilation. Un pyromètre, disposé pour être observé de l'extérieur, permet de connaître la température intérieure de l'étuve.

Cet appareil fonctionne de la manière suivante : On place sur le chariot les lits, matelas, oreillers, qu'il s'agit de désin-

fecter ; les objets de lingerie sont introduits dans des sacs de toile que l'on suspend aux montants du chariot. On pousse ce dernier dans l'étuve, on ferme la porte ; on fait circuler la vapeur sous pression dans les tuyaux à ailettes jusqu'à ce que la température se soit élevée à 80 ou 100 degrés centigrades. On ouvre les orifices de ventilation et la cheminée.

Lorsque la température intérieure est voisine de 100 degrés, on ferme tous ces orifices, on laisse la cheminée en partie ouverte et l'on ouvre le robinet de la rampe (e) percée de trous. La vapeur se dégage alors dans l'enceinte. Il suffit de 40 à 50 minutes pour assurer la désinfection. Au bout de ce temps, on arrête le dégagement de vapeur et après avoir ouvert les ventouses et la cheminée, on fait circuler la vapeur surchauffée dans les tuyaux à ailettes. L'opération est alors terminée.

II. — Ëtuves modernes. — La construction des étuves à vapeur a fait, depuis une vingtaine d'années de réels progrès dus aux nouvelles découvertes de la bactériologie, et aux nombreux travaux d'application de la chaleur à la désinfection qui ont permis à l'industrie d'apporter aux appareils, ainsi qu'aux modes de fonctionnement, tous les perfectionnements désirables.

Les étuves modernes sont, en général, formées d'un générateur de vapeur et de l'étuve proprement dite ou chambre à désinfection. Dans quelques appareils le générateur et l'étuve sont confondus. Le générateur de vapeur est constitué par une chaudière métallique de forme et de dimensions variables, dans laquelle l'eau se transforme en vapeur sous l'action du feu. Les chaudières sont munies de manomètres et de la robinetterie nécessaire à leur fonctionnement.

L'étuve proprement dite ou chambre à désinfection se compose d'un récipient métallique dont la forme et la contenance varient selon les plans du constructeur. C'est dans cette étuve que les objets à désinfecter sont introduits et suspendus, ou suivant le système, placés dans des chariots spéciaux. Des manomètres, thermomètres, enregistreurs de pression, soupapes de sûreté, tuyauterie etc. forment les accessoires indispensables de l'étuve à désinfection.

Précautions à prendre dans V emploi des étuves. — Les opérations de désinfection avec les étuves à vapeur sous pression exigent un certain nombre de précautions, sans lesquelles on ne peut obtenir de bons résultats ; nous allons les passer rapidement en revue.

/C II est de la plus grande importance, après la fermeture des portes de l'étuve, de chasser l'air complètement pour obtenir la température voulue ; l'air est, en effet, un mauvais conducteur de la chaleur, sa présence produit ce que l'on appelle des espaces morts, dans lesquels la vapeur ne pénètre pas et où la température est naturellement bien inférieure à l'indication du manomètre. Nous verrons, en décrivant les différentes étuves comment on les débarrasse de l'air qu'elles contiennent.

Afin d'éviter leur détérioration, les objets à désinfecter ne doivent jamais être en contact avec les parois de l'étuve ou avec le chariot qui les supporte. Il faut avoir le soin de recouvrir les parties métalliques du chariot ou de l'étuve d'une bâche en toile sur laquelle on place les objets. Cette bâche sera suffisamment grande pour recouvrir tous les objets à désinfecter. Ces derniers ne devront être ni plies, ni serrés, mais soigneusement étendus, en plaçant au dessus les tissus de laine et les objets en plumes susceptibles de gonfler sous l'action de la vapeur. Encore est-il préférable pour ces derniers, que la vapeur d'eau déforme et rétrécit, d'employer quand on le peut un autre procédé de désinfection, tel que, par exemple, la chambre à formol. Les objets en cuir, peau, caoutchouc, les fourrures, etc. que la vapeur détériore, doivent être désinfectés par des pulvérisations ou des lavages de liquides antiseptiques. Les linges souillés de sang, de pus, de toute substance albuminoïde, et de matières fécales, présentent l'inconvénient de rester tachés d'une manière indélébile par la vapeur d'eau. Il est donc indispensable, avant leur introduction dans l'étuve de les laver et les brosser soigneusement avec une solution désinfectante.

Après l'opération, les objets sortis de l'étuve sont étirés de façon à faire disparaître les plis, et secoués à l'air pour

les sécher plus rapidement ; on peut même les étendre sur des claies.

Les différents tissus de lin, chanvre, coton et laine subissent après leur passage à l'étuve une usure, qui peut être considérée comme insignifiante ; puisqu'elle ne s'élève qu'à 2 % de leur poids, après plusieurs opérations consécutives.

Les étuves à vapeur actuellement en usage peuvent être ramenées aux trois types suivants :

1° Étuve à vapeur fluente sans pression ; 2° Ëtuves à vapeur fluente sous pression ; 3° Etuves à vapeur dormante sous pression.

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