CHAPITRE PREMIER Désinfection Domestique
Dans ce chapitre, nous exposerons brièvement les mesures simples et indispensables qu'il convient de prendre pour assurer la désinfection domestique, c'est-à-dire celle que l'on doit être à même de pratiquer chez soi, en présence d'un malade contagieux.
1° Garde-malades. — Les garde-malades et les personnes qui approchent les malades doivent prendre une série de précautions, autant pour éditer d'être atteintes ellesmêmes de la maladie que pour en empêcher la propagation par leur intermédiaire.
Elles devront changer de costume dans la pièce qui pré-
/ cède la chambre du contagieux. Les vêtements dont elles
auront fait usage auprès du malade seront désinfectés de
la même manière que les linges qui auront servi à ce dernier. On ne devra jamais manger dans la chambre infectée. Les gardes sortiront plusieurs fois dans la journée, au grand air, et même au soleil, en ayant soin toutefois de préserver leur tête de ses rayons. Il sera prudent de ne boire que de l'eau bouillie ou de l'eau minérale. L'alimentation sera saine et simple. On évitera tout excès, tout surmenage qui pourrait mettre l'organisme en état de réceptivité.
Les garde-malades prendront, de temps à autre, des bains antiseptiques et fréquemment des bains chauds savonneux, soit même alcalins, de façon à bien débarrasser la peau des poussières et des matières grasses.
La désinfection des mains revêt une importance toute particulière qui n'échappe à personne. Elles seront lavées (' soigneusement avant chaque repas, et toujours après avoir touché le malade. Les mains, ainsi que les avantbras, doivent être brossés longuement avec de l'eau savonneuse chaude, puis trempés pendant plusieurs minutes dans une solution antiseptique : sublimé au millième, phénosalyl à 1 pour 100, sulfate de cuivre à 2 pour 100, thymol à 0 pour 1.000, etc., etc.. Les ongles doivent être portés très courts de façon a être bien nettoyés. Les petites plaies et les crevasses des mains seront recouvertes de collodion, pour éviter tout danger d'inoculation. La barbe et les cheveux, qui retiennent si facilement les poussières de toutes sortes, seront savonnés à l'eau chaude et frictionnés ensuite avec la solution de Van Swieten. Il est nécessaire d'assurer une propreté rigoureuse de la bouche et des amygdales qui contiennent, a l'état normal, de nombreux microorganismes. On y parviendra en 'faisant de fréquents lavages et gargarismes à l'eau oxygénée, liqueur de Van Swieten, thymol, phénosalyl (X à XX gouttes pour un demi litre). La saccharine a été très recommandée dans ces dernières années.
Une demi ou une cuillerée à café des solutions suivantes, dans un verre d'eau, constitue un désinfectant agréable
1° Acide benzoïque1 t grammes
Acide thymique 5 gammes
Eau de Botot 50 grammes
2° Acide thymique 1 gramme
Acide benzoïque 1 gramme Essence de menthe V gouttes
Alcool 100 grammes
2° Malade. — Le malade sera isolé dans une chambre séparée, où ne seront admises que les personnes destinées à le soigner. Cette chambre aura, autant que possible, de grandes fenêtres, que l'on ouvrira plusieurs fois par jour. Pas de rideaux, pas de tapisserie, ni tentures, ni tapis. Un drap servira de descente de lit et sera remplacé chaque jour ou plusieurs fois par jour, s'il est souillé. Le lit en fer n'aura pas de rideaux et sera mis au milieu de la pièce ; chaque jour, la chambre sera nettoyée. Avant le balayage, on devra arroser le parquet avec une solution antiseptique, ou bien on y répandra de la sciure de bois humectée avec un liquide désinfectant. On jettera au feu les poussières et les balayures.
Le malade sera maintenu dans un état de propreté rigoureuse. Tous les matins on procédera à sa toilette : lavage du visage, des mains, soins à la chevelure, rinçages de la bouche, plusieurs fois renouvelés par jour. Les draps et le linge de corps seront changés le plus souvent possible et dès qu'ils seront souillés. On aura soin de laver après chaque miction et chaque selle, avec de l'eau tiède, additionnée d'un antiseptique, l'anus, le siège, les organes génitaux. On devra protéger le malade des mouches et des moustiques.
3° Linges, vêtements, literie. — Les linges, chemises, mouchoirs, serviettes devront être plongés immédiatement dans un récipient étanchc, contenant une solution désin-
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fectante : Sulfate 'de cuivre, à 50 pour 100 ; formaline, à 5 pour 100, etc. Ils y seront laissés au moins deux heures. Les objets de peu de valeur seront brûlés, après avoir été en- 'duits de pétrole ou d'alcool. On fera de même pour les journaux, brochures, livres et jouets d'enfant. Les vêtements seront portés à l'étuve, s'ils sont de bonne qualité, et, en opérant dans certaines conditions, ils ne subiront aucune détérioration appréciable). Les vêtements de peu de valeur pourront être portés à l'ébullition ou immergés dans une solution antiseptique. On peut aussi les soumettre, pendant 24 heures, à l'action du formol, en aynnt soin de très bien les étaler, afin d'assurer la pénétration du gaz.
Les matelas, les couvertures, les oreillers, très difficiles à désinfecter, à cause de la profonde pénétration qu'ils exigent, seront soumis à l'action de la vapeur d'eau sous pression. Les lits seront désinfectés soigneusement par un nettoyage avec une solution forte de sublimé, d'acide phénique, etc., ou bien par des pulvérisations avec les mêmes solutions. Les paillasses seront brûlées.
4° Vaisselle et objets de toilette. — La vaisselle, les assiettes, verres, cuillers, fourchettes, seront portés à l'ébullition avec de la lessive ; ces ustensiles ne serviront qu'à l'usage personnel du malade. Les brosses et les peignes pourront être bouillis dans de l'eau additionnée de carbonate ou de borate de soude. Si on craint de les détériorer, on doit les faire tremper pendant deux heures dans une solution de sublimé, à 1 pour 1000 ; d'acide phénique, à 5 pour 100 ; ou de formaline, à 5 pour 100. Les ciseaux seront plongés dans l'eau bouillante, ou flambés à l'alcool.
5° Locaux. — Les procédés pour désinfecter d'une manière efficace les appartements sont de deux sortes : Pulvérisation de bichlorure de mercure sur les murs et les objets mobiliers, et brossage énergique de? parquets à l'eau bouillante, contenant un antiseptique (lysol, lusoforme, acide phénique), ou bien dégagement de vapeurs de for-
maldéhyde, obtenu à l'aide d'appareils tels que le fumigator. Le fumigator a l'avantage d'être peu encombrant, facile à manier, peu coûteux, et d'assurer une bonne désinfection.
6° Cabinets d'aisance. — Les cabinets d'aisance seront l'objet d'une propreté toute particulière. Ils devront être installés de telle façon que l'aération soit parfaite, aucune odeur ne devant s'y dégager. Les murs et la cuvette seront largement, au moins deux fois par jour, parfaitement nettoyés avec de l'eau bouillante mêlée à un antiseptique, solution forte de sulfate de cuivre, 50 pour 1000, ou bien du lait de chaux fraîchement préparé.