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CHAPITRE II

Instructions pour le personnel

chargé de la Désinfection

Les agents chargés de la désinfection sont tenus, afin de prévenir leur contamination et la propagation de la maladie, de se conformer, d'une manière rigoureuse, aux multiples prescriptions que nous allons énumérer :

Lé personnel désinfecteur se livre à un travail délicat, pénible et dangereux ; son recrutement exige une sélection toute spéciale. Il doit réunir toutes les qualités suivantes : adresse, vigueur et santé parfaite ; il est bon de ne l'accepter qu'après un examen médical. Le devoir du désinfecteur, en dehors de ses obligations professionnelles, est d'être poli, prévenant dans ses relations avec le public, et d'une probité absolue. Il doit veiller à la propreté de son corps et de ses vêtements.

Pour effectuer leurs opérations, les désinfecteurs reçoivent un vêtement de travail qui se compose :

1° D'une blouse en toile, serrée au col et aux poignets ;

2° De pantalons en toile, pouvant être serrés à la ceinture et aux jambes ;

3° De chaussons en forte toile, destinés à recouvrir entièrement les chaussures et l'extrémité inférieure des jambes.

4° D'un bonnet ou d'une casquette couvre-nuque, en toile ;

5° D'un masque spécial, pour empêcher l'absorption des

poussières, et, à défaut de masque, d'une éponge, d'un mouchoir ou d'une compresse que l'on maintient par un lieu sur la bouche et sur les narines.

Leur travail aussitôt terminé, les désinfecteurs se pulvérisent l'un après l'autre, sur toutes les parties du corps, avec une solution antiseptique. Ils se débarrassent alors de leurs vêtements de travail, les placent dans un sac spécial, imprégné de la même solution.

Après chaque opération, et avant de prendre tout repas, les désinfecteurs se brossent les ongles et les mains, et se lavent soigneusement le visage, la tète et la barbe. Ils prennent ensuite une douche eu un grand bain.

En cours de travail il « •! absolument interdit aux désinfecteurs de manger, de boire et de fumer.

Désinfection a Domicile

La désinfection à domicile comporte deux opérations : enlèvement et transport des objets infectés à la station, et désinfection des locaux contaminés.

L'enlèvement et le transport des objets s'effectuent au moyen d'une voiture spéciale. Celte voilure est étanche, avec parois intérieures lisses en tôle aux angles arrondis : elle peut être fermée hermétiquement. La voiture est conduite par un cocher faisant le plus souvent partie du personnel, et accompagnée, en général, de deux désinfecteurs.

Elle renferme :

1° Un nombre suffisant de toiles et de sacs spéciaux pour envelopper les linges, vêtements, objets de literie, matelas, tapis, etc. ;

2° Des brosses, serpillière-, éponges stérilisées, etc. :

3° tTn pulvérisateur avec tout ce qui esl nécessaire à la préparation de la solution désinfectante.

4° Dans le cas où l'on veut désinfecter les locaux au moyen de la formaldéhyde, un appareil à dégagement de ces vapeurs, avec tous les accessoires : colle forte, bande de papier, etc..

402 TDAITÈ DE DÉSINFECTÎOK

Dés leur arrivée au domicile contaminé, les désinfecteurs retirent leurs vêtements de ville et les introduisent dans un sac spécial, déposé au dehors de la pièce contaminée : ils revêtent ensuite leur tenue de travail, et transportent le pulvérisateur rempli du liquide désinfectant. Us pulvérisent ce liquide sur toute la surface du parquet et placent tous les objets, devant être portés à la station, dans les enveloppes et dans les sacs soumis eux-mêmes à la pulvérisation antiseptique. L'un des hommes de service inscrit sur un carnet à souche tous les objets qui doivent être emportés. 11 laisse entre les mains des intéressés le double de la liste de ces objets.

Les paquets ou ballots doivent être soigneusement fermés. Leur transport dans la voiture ne doit s'effectuer qu'après que chacun des hommes sera soumis à l'action du liquide contenu dans le pulvérisateur. Toutes les parlies de leur corps, les mains, les souliers, et particulièrement, le dessous des chaussures, doivent recevoir des pulvérisations désinfectantes.

Aussitôt le chargement effectué, la voiture retourne h la station.

Désinfection des Appadtements

La désinfection des appartements se pratique soit par des pulvérisations ou lavages à l'aide d'un liquide désinfectant, soit par .le dégagement d'un gaz antiseptique, tel que l'aldéhyde formique. Avant de procéder à ces opérations, les désinfecteurs recueillent avec soin les balayures, les poussières, les restes de vieux pansements, les journaux. morceaux de papier, les menus objets sans valeur, etc., et les brûlent dans la cheminée de l'appartement.

Désinfection /"//• pulvérisations ou lavages. - - On emploiera les diverses solutions désinfectantes que nous avons précédemment étudiées (crésylol, sublimé, etc.).

Revêtus de leur tenue de travail, les désinfecteurs placent

PRATIQUE t>E LA DESINFECTION 403

les meubles au milieu de la pièce ; ils enlèvent les tableaux et les glaces des murs ; puis pulvérisent successivement la solution antiseptique sur le parquet, les plafonds, les murs, les fenêtres, les portes, les boiseries, les rideaux et tentures. Les pulvérisations doivent être effectuées avec méthode, tranche par tranche, point par point, de manière à n'oublier aucune des parties de la pièce à désinfecter. La quantité de liquide désinfectant doit être assez abondante pour imprégner entièrement les surfaces et produire un véritable ruissellement. Il est bon, en outre, de faire une deuxième pulvérisation, cinq ou dix minutes après.

Les lits, armoires, placards, tableaux, glaces, etc., seront traités de la même* manière que les murs, c'est-à-dire longuement arrosés de la solution. Le jet du liquide pulvérisé sera dirigé sur toutes les surfaces, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, et particulièrement sur les moulures, sculptures et anfractuosités des meubles. Les grands tapis, qui ne peuvent être transportés à la station, seront soigneusement désinfectés sur leurs deux faces.

On ne doit jamais oublier de nettoyer à fond et de désinfecter les water-closets, -les vases de nuit, seaux de toilette, et de pratiquer ensuite des pulvérisations dans les cabinets et dans toutes les petites pièces éloignées de la chambre du malade.

Les pulvérisations peuvent être remplacées par des lavages pratiqués au moyen de linges, serpillières, brosses, pinceaux, que l'on plonge dans un seau contenant la solution désinfectante. On doit disposer d'un autre seau rempli d'eau pure, destiné au rinçage des linges et des brosses.

On opérera, comme pour les pulvérisations, en plaçant les meubles au milieu de l'appartement, et en lavant et frottant méthodiquement le parquet, les murs, le plafond, les boiseries des portes et fenêtres avec le liquide désinfectant. Le parquet sera préalablement nettoyé avec une solution chaude de savon. Les surfaces unies des meubles sont badigeonnées avec des linges trempés dans le liquide antiseptique et essuyées ensuite avec un linge sec. Les parties sculptées, anfractueuses, sont nettoyées à l'aide d'un pin-

ceau. Les objets délicats, tableaux, glaces, dorures, etc., doivent être séchés aussitôt après le lavage.

En Allemagne, on fait précéder les pulvérisations ou les lavages des murs tapissés, par une opération qui consiste à les frotter avec du pain. Cette opération aurait pour but d'enlever les poussières et les germes qu'ils renferment, sans les répandre dans l'atmosphère. Le désinfecteur frotte le mur verticalement de haut en bas, avec une tranche de pain, en exerçant une pression uniforme. Les tranches de pain usagées et les miettes tombées sur le sol sont balayées, recueillies et brûlées. Ce procédé qui ne peut être efficace, s'il n'est suivi d'une pulférisation ou d'un lavage, a le défaut d'être long et dispendieux.

Désinfection par dégagement de gaz antiseptique

Dans la désinfection des appartements, le gaz le plus employé est l'aldéhyde formique, qui ne permet d'obtenir qu'une désinfection en surface. On ne doit avoir recours à une désinfection, à l'aide d'un gaz, que lorsqu'on a la certitude de pouvoir clore hermétiquement les locaux et ensuite les ventiler.

Les désinfecteurs, en tenue de travail, après avoir répandu sur le parquet, au moyen de pulvérisations ou de lavages, la solution antiseptique, doivent se conformer strictement aux prescriptions suivantes :

Tous les meubles adossés aux murs, en seront légèrement écartés ; les portes des armoires seront grandes ouvertes, et les tiroirs sortis complètement. Les meubles sans pieds seront soulevés à l'aide de coins en bois ; les sommiers seront sortis du lit et relevés. Les rideaux et les tentures, laissés en place, seront déplissés et élargis. Les désinfecteurs cuberont l'appartement afin de déterminer la quantité exacte de gaz à dégager, puis devront apporter tous leurs soins à assurer l'herméticité des locaux. Les fenêtres et les portes devront être fermées hermétiquement, soit avec des bandes de papier que l'on colle sur les fissures et mal-jointsL

soit en les calfeutrant avec de la ouate humide. Les crevasses des portes, les trous de serrure sont bouchés avec du mastic de vitrier, ou simplement avec de la pâte de mie de pain. Toutes les autres ouvertures, bouches de calorifère, orifices de ventilation, orifices servant au passage de fils de sonneries électriques, tuyaux acoustiques, etc., seront soigneusement recherchées et obturées. Les grosses ouvertures (cheminées) peuvent être bouchées avec des draps mouillés ou recouvertes de journaux. Ces opérations terminées, les objets tels que vêtements, linges, fourrures, etc., qui n'auront pas été transportés à la station, seront suspendus à des cordes et étendus de façon à présenter le plus de surface possible et à faciliter la pénétration du gaz. Le col des vêtements sera relevé ,les poches complètement retournées, et les manches écartées. Avant de sortir de l'appartement, les désinfecteurs retirent leurs vêtements de travail, les étalent sur les cordes et se désinfectent les mains, le visage, les cheveux et la barbe, ou bien encore ils se pulvérisent l'un après l'autre, sur toutes les parties du corps, la solution antiseptique : ils se débarrassent de leurs vêtements de travail et les placent dans le sac spécial. Tous les appareils, ustensiles, objets, qui ont servi à la désinfection, seront nettoyés et désinfectés avec soin, avant d'être descendus dans le véhicule, qui doit les rapporter à la station.

Si l'on se sert d'un appareil destiné à être placé à l'intérieur de la pièce, le désinfecteur l'installe au milieu, le met en marche, et sort au plus tôt. Il doit alors fermer la porte de l'appartement, y coller des bandes de papier tout autour, et boucher le trou de la serrure, afin d'empêcher toute déperdition de gaz. Lorsqu'on emploie un appareil qui doit fonctionner de l'extérieur, la préparation de l'appartement terminée, on clôt la porte avec les mêmes précautions et l'on fait dégager la formaldéhyde dans la pièce, au moyen d'un tube introduit dans la serrure, ou dans un trou pratiqué dans la porte avec une vrille. L'appartement doit rester fermé un laps de temps, en rapport avec la quantité de formol employée, et qui est indiquée sur le certificat d'autorisation de l'appareil.

Ce temps écoulé, les portes et les fenêtres sont rapidement ouvertes pour obtenir une large aération, malgré laquelle l'odeur irritante du formol persiste assez longtemps. On peut éviter les inconvénients dus à cette odeur, en faisant dans la pièce, un dégagement d'ammoniaque en rapport avec la quantité d'aldéhyde formique employée.

Les désinfecteurs recommanderont aux locataires de faire suivre la désinfection d'un nettoyage général de l'ap- >artement, et d'une longue exposition à l'air et au soleil.

Désinfection a la station

A son arrivée à la station, du côté infecté, la voiture est conduite à l'endroit où doit s'effectuer le déchargement. Les désinfecteurs, ayant quitté leur tenue de ville au vestiaire, et revêtu leur tenue de travail, déchargent les sacs et ballots, les transportent dans la salle destinée à recevoir les objets souillés, puis les pèsent. Le cocher ne doit, en aucun cas, aider au déchargement : cocher, cheval, voiture, doivent être désinfectés.

Les objets que l'on doit détruire par le feu sont introduits dans le four à incinération, ou bien brûlés dans la cour, après arrosage de pétrole.

Les sacs et enveloppes sont ouverts et soumis à une pulvérisation antiseptique. On procède alors au triage et au marquage des objets, opérations pratiquées sur des claies. Lorsque les désinfecteurs trouvent dans les vêtements de l'argent, des papiers ou des objets de valeur , ils doivent les remettre après les avoir désinfectés, au chef de station, qui les fait parvenir à leur propriétaire, contre reçu. 4 Les linges sales, souillés de sang, de pus, de matières fécales, etc., sont immergés, brossés et rincés dans un bac, contenant une solution désinfectante, puis passés à l'éluve à vapeur sous pression, ou à 1 etuve à formol. Dans les stations bien outillées, il y aura avantage à traiter directement ces linges dans une laveuse désinfecteuse. Les linges non souillés, les rideaux, les matelas, les cous-

sins, les tapis, etc., sont placés dans l'étuve à vapeur rous pression, ou, à défaut, dans une étuve à formol. ;. Enfin les objets délicats : vêtements de drap, fourrures, chapeaux, cartons, caoutchouc, livres, etc., sont passés à l'étuve à formol, à une température aussi faible que possible pour éviter leur altération par la chaleur. * Les linges, vêtements, objets de literie, etc., que l'on soupçonne renfermer des insectes (puces, punaises, etc.), ou des parasites (sarcoptes de la gale), sont soumis à l'actionde l'anhydride sulfureux, dans une chambre spéciale. Ils sont ensuite désinfectés suivant leur nature. •jl Les sacs et enveloppes et les vêtements de désinfecteur sont mis à l'étuve avant d'être utilisés de nouveau.

Il est absolument interdit au personnel travaillant du côté infecté : 1° de recevoir des visites ; 2° de manger, de boire ou de fumer : 3° de pénétrer, sous quelque prétexte que ce soit, dans le côté désinfecté, à moins qu'il n'ait pris un bain ou une douche, se soit lavé, désinfecté et ait changé de vêtements. Ce même personnel est chargé du nettoyage journalier des salles et de la cour du côté infecté. La paille, les papiers et les produits du balayage doivent être immédiatement brûlés.

y, Dès qu'ils ont achevé leurs opérations, les désinfecteurs retirent leur tenue de travail, prennent une douche et un bain, et se lavent soigneusement le visage, la barbe et les cheveux ; ils revêtent ensuite leur vêtement de ville.

La désinfection terminée, les objets sont sortis des appareils par le personnel attaché au côté désinfecté, secoués à l'air, rassemblés, emballés et chargés dans la voiture, qui doit les transporter à domicile. Il n'y a aucun inconvénient à ce que le cocher aide au chargement.

Les objets sont remis à leur propriétaire contre la délivrance d'un reçu.

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