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CHAPITRE VIÏI Désinfection des Chiffons

La manipulation des chiffons est une opération fort dangereuse. Ramassés parmi les ordures et souillés le plus souvent d 'excréta et de poussières de toutes sortes, les chiffons servent de véhicule aux germes infectieux, et peuvent propager certaines maladies, notamment la variole, la peste et la scarlatine. Parsons, en Angleterre, Napias (1), en France, ont retaté plusieurs épidémies de variole éclatant chez des ouvriers qui procédaient au triage des chiffons. Parsons a constaté que les ouvriers des fabriques de bourre de chiffons sont atteints, dans les premiers temps, d'une inflammation de bronches, fokk-fever, déterminant de la fièvre, une angoisse très vive et des crachats noirâtres. Les médecins de la Basse-Autriche ont également observé, chez les femmes occupées à trier les chiffons blancs, une maladie d'une gravité extrême ,sans caractère déterminé, qu'ils ont appelé maladie des chiffons. a Les chiffons de laine semblent retenir plus facilement les germes infectieux que ceux de fil et de coton. Les chiffons blancs, de toile ou de coton, sont plus dangereux pour les ouvriers qui les manipulent, que les chiffons de laine, sans doute parce qu'ils proviennent de linges de corps ,de draps de lit plus sujets à être contaminés.

Il serait à souhaiter qu'une mesure législative rendit obligatoire, en France, la désinfection des chiffons de toute pro-

(l)Manuel d'hygiène industrielle.

venance, avant leur emploi dans l'industrie. Les locaux où l'on emmagasine les chiffons et ceux où l'on opère le triage devraient être fréquemment désinfectés. Les dépôts et usines de traitement des chiffons sont, d'ailleurs, en France, des établissements classés et soumis à certaines mesures de désinfection qui leur sont imposées dans les arrêtés d'autorisation.

Un des procédés les plus simples de désinfection consiste à exposer les chiffons aux vapeurs d'acide sulfureux. Ce procédé est insuffisant et, de plus, dangereux pour les ouvriers qui sont chargés de cette opération. Dans certains grands établissements industriels, les chiffons, avant d'être utilisés, sont placés dans une chaudière et soumis à l'action de la vapeur d'eau sous pression à une température de 120 degrés environ (Pouchet). En Angleterre, d'après Parsons, certaines usines traitent les chiffons par le permanganate de potasse, les vapeurs d'acide sulfureux, et parfois même la vapeur. Dans le but de se préserver de la nocivité des chiffons , cet auteur recommande les mesures suivantes : vaccination des ouvriers, éloignement des poussières, nettoyage et désinfection des chiffons par les lavages et les désinfectants chimiques, et surtout par la chaleur humide et la vapeur sous pression, supérieure à tous les autres moyens. Parsons a fait ses expériences avec l'étuve à vapeur sous pression de W. Lyon ; au bout de 3 heures, le centre des balles comprimées, pesant 255 kilos, marquait + 96°5 C, au bout de 4 heures + 123° C. L'augmentation de poids au sortir de l'étuve ne dépassait pas 4 %.

Il importe surtout de désinfecter les chiffons provenant des ports contaminés. La désinfection de ces chiffons est difficile à réaliser parce qu'ils sort en balles énormes et comprimées à la presse hydraulique. Déjà Pasteur avait conseillé de faire traverser ces balles, sans les ouvrir, par un courant d'acide sulfureux ; mais on connaît l'action incertaine de ce désinfectant. Le docteur Sternberg de Baltimore, rapporte qu'un industriel de New-York avait proposé de désinfecter les balles de chiffons comprimées sans les défaire, en introduisant au centre une tige métallique

creuse, percée de trous ; à l'extrémité libre, on ajoutait un cylindre en cuivre, contenant de l'acide sulfureux liquifié. En quelques minutes, parait-il, on pouvait, par un simple jeu de robinet, désinfecter les parties centrales de ces balles. Sternberg fut chargé de contrôler la valeur de ce procédé. « Des boulettes de coton, dit-il, furent souil- « lées de bacilles charbonneux et de bacillus subtilis, ri- « ches tous deux en spores ; elles furent enveloppées, les « unes bien desséchées, les autres à l'état humide, dans un « lambeau de mousseline et poussées par une ouverture ex- « térieure dans les parties profondes des balles de coton, « placées elles-mêmes dans des chambres de désinfection. « Le gaz acide sulfureux fut injecté à l'aide de l'appareil, « pendant 3 minutes et demie, sous une pression de 80 li- « vres, qui tomba bientôt à 75 ; au bout de 20 à 30 minutes « on entra dans la chambre à désinfection ; les boulettes de « coton furent immédiatement placées dans des tubes sté- « rilisés et servirent à fertiliser des liquides de culture, ap- « propriés ou à inoculer des cobayes qui moururent de « charbon le troisième jour ».

La désinfection avait donc été complètement nulle.

En 1885, pendant l'épidémie de choléra, un ordre du Local governement Board de Londres prescrivait la dé' sinfection des chiffons provenant des ports où sévissait l'épidémie. Il recommandait l'emploi de la vapeur chauffée sous pression, de manière à atteindre au centre de la balle, une température de 250° F. On devait aussi faire varier la pression de la vapeur afin de faciliter sa pénétration. Ce procédé aurait l'inconvénient, d'après les industriels, de détériorer les chiffons, à cause, sans doute, de la haute température à laquelle ils sont soumis.

M. A. J. Martin, dans un mémoire, communiqué au Congrès International d'hygiène de Vienne (1887), a de nouveau insisté sur la nécessité de désinfecter, d'une manière pratique et efficace, les chiffons, particulièrement ceux de provenance suspecte.

D'après cet auteur, la désinfection par la vapeur d'eau

sous pression, à une température de 115° àll9° C, est la seule qui offre des garanties pour la santé publique et les intérêts commerciaux.

Pour obtenir dans toutes les parties des balles la température de 110° C, Martin conseille de les faire décercler et d'écarter les chiffons à l'aide de morceaux de bois, de façon à former des tranches de 12 à 15 centimètres d'épaisseur.

Les chiffons ne subissent pas de détérioration appréciable au point de vue de la résistance et de la décoloration. Ce procédé est, en outre, moins coûteux et plus rapide que les divers procédés chimiques. D'après Martin, la tonne de chiffons désinfectés à l'étuve reviendrait à 2 francs 90, et 8 journées d'hommes, tandis que par les procédés chimiques, son coût serait de 5 francs 25 et 18 journées d'hommes.

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