‹ Traité de désinfectionChapitre 88 sur 134 · CHAPITRE XI Désinfection des Etablissements hospitaliers · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI Désinfection des Etablissements hospitaliers

Le service de la désinfection doit jouer un rôle des plus importants dans les établissements hospitaliers, où l'on est appelé à observer les maladies transmissibles les plus diverses. On doit s'opposer de la manière la plus énergique à l'extension de ces maladies, soit au dehors, soit à l'intérieur même de l'hôpital. Trop souvent on a pu constater que certains hôpitaux étaient de véritables loyers d'infection, d'où se propagaient les maladies, au lieu de venir s'y éteindre. Tout hôpital moderne devrait posséder une véritable station de désinfection et un personnel affecté spécialement à ce service. ,

Dès son entrée à l'hôpital, le malade sera dirigé dans le pavillon ou la salle d'isolement. Les véhicules, brancards, chaises, etc., ayant servi à son transport doivent être immédiatement désinfectés au moyen de pulvérisations ou lavages antiseptiques. Les blouses et vêtements des porteurs seront introduits dans un sac spécial, puis désinfectés et déposés dans un vestiaire. Durant le cours de la maladie, il sera procédé à la désinfection continue des déjections, des draps de lit, des chemises, serviettes, etc..

Lorsqu'il sera guéri, le malade ne sortira de l'hôpital qu'après avoir pris les soins de propreté et de désinfection convenables. Après décès, le corps sera enveloppé d'un linceul, préalablement plongé dans une solution antiseptique.

Le cercueil, qui devra être étanche, contiendra sur une épaisseur de 5 à 6 centimètres un lit de sciure de bois, de charbon pulvérisé, ou de toute autre poudre, additionnée d'un désinfectant.

Literie et vêtements. — La literie, les matelas, les linges, les vêtements seront portés à l'étuve et traités comme nous l'avons précédemment indiqué. Les draps, les chemises, les mouchoirs, serviettes, etc., pourront être également désinfectés à la lessiveuse-désinfecteuse. Les lambeaux d'étoffe, les pièces à pansement souillées, les morceaux de ouate, les poussières et fragments de toutes sortes, les débris d'opération seront brûlés au four à incinérer, indispensable dans un hôpital. Grâce à l'incinération, on évitera tout danger de contamination dans l'hôpital ou dans son voisinage. Il n'était pas rare, lorsque les détritus et matières usées étaient jetés à l'entour des établissements hospitaliers de voir se déclarer des épidémies dans les quartiers environnants.

Locaux. — La désinfection des locaux, sol, parquet, murs, plafond, boiseries, sera obtenue soit par des lavages, brossages et pulvérisations, avec des liquides antiseptiques, soit lorsque ce sera possible, par le dégagement de vapeurs de formol. Les deux procédés peuvent se compléter l'un l'autre et suivant le cas, être employés concurremment. On se servira des solutions de lusoforme à 30 pour 1000, crésyl à 5 à 6 pour 100 ; chlorure de zinc à 5 pour 100 ; acide phénique à 50 pour 1000 ; soude caustique à 12 pour 1000, etc. Les pulvérisations pourront être faites avec le sublimé à 10 pour 1.000, suivant la méthode de Uffreduzzi-Bordoni. On aura tout avantage à employer ces diverses solutions très chaudes. Tout nettoyage, tout balayage du sol, ne -sera pratiqué qu'après avoir projeté un liquide désinfectant. Les murs et les plafonds seront badigeonnés soigneusement au lait de chaux, fraîchement préparé. Cette opération devrait s'effectuer au moins deux fois par an, en dehors de toute épidémie. Les peintures des boiseries devraient être renouvelées au moins une fois dans l'année. La désinfection à la formaldéhyde se fera au moyen des divers appareils, déjà décrits.

Le personnel spécial, affecté au service des contagieux devra prendre les précautions que nous avons précédem-

menl énumérées : revêtement d'une blouse stérilisée avant l'entrée dans la salle ; à la sortie, brossage et lavage des mains et du visage avec une solution antiseptique, pulvérisations pratiquées sur les chaussures.

Verres et couverts. — La vaisselle, les verres et les couverts servant à des malades contagieux seront désinfectés par une ébullition prolongée qui précédera le lavage. Ces ustensiles pourront être aussi stérilisés dans l'appareil que M. Thoinot a fait construire à l'usage des tuberculeux, par la maison Lequeux.

(Fig. 123)

Appareil pour stériliser les verres et les couverts

dans les salles d'hôpitaux

Voici la description de cet appareil :

Un panier mobile est formé d'une partie centrale C, dans laquelle on a mis 3 à 4 centimètres d'eau, que l'on porte à 1 ébullition (fig. 123).

Un robinet latéral R reste fermé pendant cette opération j

452 ÎRAITÊ DE DÉSINFECTION

il n'est utilisé que dans le cas où l'on a recours à une source de vapeur extérieure.

« Un niveau constant N permet de maintenir le niveau de l'eau dans l'intérieur de la chaudière A, lorsqu'on fait une série d'opérations prolongées.

« La vapeur produite en X sort par le tube central T, traverse tout l'espace réservé aux fourchettes et cuillers, qu'elle stérilise, puis passe autour et au-dessus des verres pour s'échapper par le bord inférieur de la cloche en cuivre, qui recouvre le tout.

« Lorsque la vapeur sort franchement à la partie inférieure de cette cloche, on prolonge l'opération pendant 20 minutes et on est certain d'avoir une stérilisation complète.

« Il suffit alors de retirer la source de chaleur, et de laisser refroidir pendant quelques instants, pour enlever le panier et le remplacer par un autre, ou bien retirer les objets qu'il contient et stériliser une nouvelle série de la même manière.

Crachoirs. — Dans les hôpitaux, les malades auront à leur disposition des crachoirs individuels et collectifs, en verre, porcelaine, faïence, métal, dans lesquels se trouvera toujours un liquide antiseptique. On devra veiller, avec le plus grand soin, à ce que ces récipients soient journellement désinfectés et tenus dans un état constant de propreté.

Le moyen le plus simple pour désinfecter les crachoirs est de les recueillir et de les porter à l'ébullition dans un récipient spécialement affecté à cet usage, et contenant de l'eau additionnée de carbonate de soude. Les supports métalliques des crachoirs collectifs seront lavés avec une solution antiseptique. M. Thoinot a fait construire par M. Lequeux un appareil stérilisateur des crachoirs individuels, à l'usage des hôpitaux.

Cet appareil (fig. 124), se compose « d'une chaudière en cuivre, au fond de laquelle on a mis un peu d'eau destinée à être vaporisée au moyen d'un brûleur à gaz B,

JPRATlQUE DE LA DESINFECTION

n Deux paniers superposés DD contiennent 7 cases pouvant recevoir ensemble 14 crachoirs.

« Ln couvercle E ferme l'appareil et lorsque 1 eau est mise en ébullition, la vapeur s échappe par un tube H, de façon à assurer une circulation continuelle de vapeur à 100 degrés dans l'intérieur du récipient. Une soupape déposée

(Fig. 124)

Appareil stérilisateur des crachoirs individuels. L'appareil est figuré en coupe verticale.

sur le couvercle, jouant à la moindre pression, assure, au cas ou le tuyau H se boucherait, sans que l'on s'en fut aperçu, la libre issue de la vapeur et fait que la manœuvre de l'appareil, où la vapeur ne peut acquérir de tension su-

périeure à celle qu'elle possède à 100 degrés, n'offre pas le moindre risque.

» Un thermomètre T es.t disposé de façon à plonger dans l'eau d'un des crachoirs (crachoir central) et sert ainsi de témoin pour indiquer la température réelle des milieux à désinfecter. (1)

« Le manuel opératoire est des plus simples, et à la portée de tout serviteur de l'hôpital. Le voici :

« a) S'assurer qu'il y a de l'eau dans le fond de la chaudière ;

« b) Introduire les crachoirs dans les paniers et s'arranger de façon que le crachoir central supérieur, celui où plonge le thermomètre, soit toujours rempli aux trois quarts ; y ajouter de l'eau si c'est nécessaire ;

<( c) Fermer le couvercle E et déterminer 1 ebullition en allumant les deux couronnes du brûleur B ;

(( d) Lorsque le thermomètre indique la température de 100°, prolonger l'opération pendant 20 minutes, puis éteindre le brûleur B : attendre quelques minutes pour obtenir un refroidissement de quelques degrés, ouvrir le couvercle, retirer les paniers et procéder à une nouvelle opération s'il y a lieu.

« Cet appareil stérilisateur des crachoirs assure donc la désinfection par la vapeur à 100 degrés des crachats tuberculeux. La durée de 20 minutes d'exposition des crachats, en milieu humide et acide, à l'action de cette vapeur est amplement suffisante pour assurer la mort du bacille de Koch ».

Dans les établissements hospitaliers pourvus d'une étuve à vapeur d'eau sous pression, la désinfection des crachoirs se pratiquera avec avantage dans cet appareil, où ils seront soumis à une température de llo°, pendant 15 à20 minutes. On procédera ensuite à leur nettoyage.

(1) Si le thermomètre plongeait, non dans l'eau du crachoir, mais dans l'atmosphère ambiante de l'appareil, il donnerait une fausse indication et marquerait 100° bien avant que cette température fût en réalité atteinte par le contenu des crachoirs.

Grâce aux progrès réalisés dans la construction des appareils à désinfecter et à la modicité relative de leur prix, il n'est pas d'hôpital, si peu important qu'il soit, qui ne devrait être muni d'un matériel en rapport avec le nombre de ses malades. Le plus petit hôpital sera toujours en mesure de posséder une cuve à tremper, un pulvérisateur, un appareil à dégagement de formol et une étuve à formaldéhyde. Cette dernière pourra être, à la rigueur, remplacée par un local hermétiquement clos, où l'on dégagerait des vapeurs de formol. Le médecin de l'hôpital devra dresser un employé de cet établissement pour effectuer les diverses opérations qu'il surveillera lui-même, en se conformant aux instructions du Conseil Supérieur d'hygiène. Dans les J? hôpitaux importants devrait être installée une véritable sta- ûCù,

tion de désinfection qui comprendrait : une étuve à vapeur d'eau sous pression, une chambre à formol, une laveusedésinfecteuse, un four à incinérer, un appareil à formol pour désinfecter les locaux, et des pulvérisateurs.

Page 1