PERSONNEL D'EXÉCUTION ET DE SURVEILLANCE
Les opérations de désinfection sont effectuées par le personnel des corps et services, sous la direction et la surveillance d'un médecin désigné à cet effet.
Le médecin préside à la préparation, à la répartition et à l'emploi des matières désinfectantes ; il demeure personnellement responsable des accidents d'intoxication qui pourraient résulter de leur emploi, pendant toute la durée de l'opération.
Les désinfecteurs sont dûment avertis des dangers auxquels ils s'exposeraient s'ils s'écartaient des instructions et des consignes qui leur seront tracées.
Au début du travail ils devront se dépouiller de leurs habits habituels pour revêtir une calotte et des habits de toile (pantalons de treillis et bourgeron), qui, à la fin de l'opération seront passés à l'eau bouillante ou immergés dans une solution antiseptique. Pendant le travail, ils s'abstiendront de boire ou de manger. Après chaque séance ils retireront leurs vêtements de travail ; ils se laveront le visage, la barbe, les cheveux et les mains ; reprendront leurs vêtements ordinaires ; enfin, autant que possible, il leur sera donné un bain à la fin de la journée de travail.
Pour donner plus de sécurité à ces opérations, dans chaque corps d'armée, un groupe d'infirmiers doit être instruit à l'hôpital régional, dans la pratique des désinfections.
Les moyens à mettre en œuvre pour effectuer les désinfections sont :
1° L'incinération ; 2° L'ébullition dans l'eau ;
3° L'action d'un courant de vapeur humide sous pression ; 4° Les lavages ou les pulvérisations avec une solution antiseptique ; 5° La sulfuration.
Les antiseptiques dont il peut être fait usage sont : Le formol ; Le chlorure de zinc ; Le sulfate de cuivre ; Le chlorure de chaux ; Le bichlorure de mercure ;
PRATIOUE DE tA DÉStNFECTWtf 461
L'acide phénique ; L'huile lourde de houille.
Le lait de chaux ;
Pour les pulvérisations, il est exclusivement employé soit du formol, soit du sublimé dont le titre est indiqué ci-dessous.
Agents physiques
Les désinfections par les deux premiers moyens peuvent se faire dans des appareils improvisés, et la manière de faire, toujours simple, ne comporte pas d'explications.
Le troisième moyen exige une étuve avec générateur à vapeur sous pression, fixe ou mobile. Lorsque le corps d'armée est pourvu d'une étuve à désinfection sous pression, locomobile, cette étuve peut, sur demande au général en chef, être mise à la disposition des corps ou services qui ont à effectuer des désinfections importantes. La désinfection par ces étuves sous pression est réglée par l'instruction annexée à la présente notice.
Agents chimiques
Les corps sont pourvus des agents chimiques nécessaires aux désinfections courantes par des demandes trimestrielles de médicaments.
Lorsque des désinfections d'une importance exceptionnelle sont autorisées par le Ministre, des demandes supplémentaires de livraison par les établissements du service de santé, ou d'achat sur place sont adressées au directeur du service de santé, en y joignant une copie de l'autorisation ministérielle.
Les antiseptiques sont employés à l'état de solutions aqueuses et au titre suivant:
Le formol en solution à 2 \ pour 100, soit 25 centimètres cubes de formol du commerce pour 975 centimètres cubes d'eau ;
Le chlorure de zinc en solution à 5 pour 100 ;
Le chlorure de chaux en solution préparée de la manière suivante :
Délayer peu à peu 100 grammes de chlorure de chaux dans 100 grammes d'eau ; étendre la bouillie blanche, ainsi obtenue, de 10 fois son volume d eau.
La puissance de l'antiseptique est considérablement augmentée, quand il agit en solution chaude ; on obtiendra donc de meilleurs résultats en diluant la bouillie de chlorure de chaux dans de l'eau à 40° ou à 50°. Le chlore attaquant tous les métaux, cette solution sera faite dans des vases en terre vernissée.
Le bichlorttre de mercure en solution à 1 pour 1000 ; on augmente l'efficacité de l'antiseptique en l'additionnant de 2 grammes de sel marin par litre. La solution ne doit se faire que dans des vases en terre vernissée, en fonte ou en tôle émaillée, en dissolvant dans de l'eau bouillante 2 grammes de sel marin et 1 gramme de sublimé par litre. Cette préparation s'altère si elle n'est employée dans les 24 heures.
L'acide phénique en solution de 2 à 5 pour 100.
Pour éviter des méprises, les solutions de sublimé doivent être colorées par l'addition d'une solution alcoolique à 1 pour 100 de carmin d'indigo, et celles contenant de l'acide phénique, par l'addition d'une solution alcoolique à 1 pour 100 de vert Sulfo J. Les solutions de chlorure de zinc sont colorées en violet de gentiane. La dose est de 40 gouttes de solution colorante par litre de liquide désinfectant.
Les solutions désinfectantes ne doivent jamais être contenues dans des bouteilles à vin ni dans des bouteilles d'eaux minérales, mais dans des flacons en verre coloré, entourés d'une bande de papier rouge orangé et portant, outre une étiquette indiquant la nature et le titre de la solution, une étiquette en papier rouge orangé sur laquelle le mot « Poison » est écrit en gros caractères.
Pour préparer le lait de chaux, on fait d'abord déliter de la chaux maigre ou grasse, de bonne qualité, en l'arrosant petit à petit avec la moitié de son poids d'eau. On obtient de la sorte une poudre qui peut être conservée quelque temps dans un flacon soigneusement bouché et placé dans un endroit sec. Un kilogramme de chaux, ayant absorbé 500 grammes d'eau pour se déliter, a acquis un volume de 2 litres 20 centilitres, qu'il suffit de délayer dans le double de son volume d'eau, soit 4 litres 40 centilitres pour obtenir un lait de chaux à 20 %. Le lait de chaux ne peut conserver ses propriétés désinfectantes que dans un vase bien bouché et pendant peu de jours.
Vhuile lourde de houille s'emploie en émulsion, mélangée à l'eau dans la proportion de 50 à 100 pour 1000.
Mode d'emploi des agents antiseptiques
Les antiseptiques en solution sont employés soit en lavages, soit sous forme de pulvérisations.
Les lavages sont effectués, suivant le cas, avec les solutions de chlorure de chaux, d'acide phénique, de sublimé, de chlorure de zinc, et à l'aide de pinceaux, de lavettes, d'épongés fixées au bout d'un bâton, ou, pour les planchers, de brosses à manche. Ces objets doivent, au cours de l'opération, être lavés dans de l'eau pure,
PRATIQUE de LA DêsiNTËCTtoS 469
afin de ne pas salir les solutions désinfectantes par ïes poussières qu'ils entraînent.
Toutes les surfaces (murs, boiseries, portes, fenêtres, planchers) doivent être rigoureusement mouillées ; le liquide doit pénétrer dans les fentes et joints.
Pour les pulvérisations, on utilisera soit la solution de sublimé, soit celle de formol. Ces pulvérisations doivent être faites lentement, régulièrement, tranche par tranche, sur les surfaces à désinfecter et d'assez près (presque à bout portant), de façon à mouiller, sans discontinuer, les parois ; le mouillage effectif est indispensable.
Les pulvérisations de sublimé n'exigent aucune mesure spéciale ; le local peut être occupé aussitôt après l'opération.
Pour les pulvérisations de formol, il importe de recourir à la pratique suivante :
L'antiseptique occasionne un picotement très insupportable des muqueuses oculaires et nasales. On diminue cet inconvénient en tenant ouvertes les portes et les fenêtres du local pendant la pulvérisation. On recommandera à l'opérateur d'éviter la chute des gouttelettes dans les yeux, pendant la désinfection du plafond. Aussitôt après la pulvérisation, le local doit être hermétiquement clos, pendant vingt-quatre heures ; on évite ainsi la diffusion des vapeurs de formol qui se dégagent par la suite, et, en empêchant l'évaporation du liquide pulvérisé sur les surfaces, on y maintient l'antiseptique à l'état de solution. Après ce laps de temps, le local est ouvert et largement aéré. Les parois se dessèchent ; après quelques heures toute odeur désagréable disparaît, et la pièce peut être occupée. On peut rendre plus rapide la désodorisation du local en y projetant quelques centimètres cubes d'une solution d'amoniaque.
La désinfection par l'acide sulfureux se fait au moyen de la combustion du soufre dans un local hermétiquement clos. Il est, avant tout, nécessaire de rendre les clôtures hermétiques, en recouvrant les joints des portes et fenêtres par des bandes de papier collé ; on sature d'humidité l'air du local, pour fixer l'acide sulfureux, soit en passant un linge mouillé sur les murailles peintes et sur le sol, soit en faisant bouillir de l'eau dans un large bassin ; on place sur le sol un certain nombre de récipients en poterie grossières, de 15 à 20 centimètres de diamètre et de 4 centimètres de profondeur, contenant au maximum 250 grammes de soufre en canon concassé. Si le sol de la chambre est planchéié, il est indispensable, pour éviter l'incendie, d'interposer sous chaque réchaud un lit de sable de 25 centimètres d'épaisseur et de 50 centimètres carrés. Le nombre des réchauds doit varier suivant le cubage du local, de façon que la quantité de soufre soit de 30 grammes au plus, 20 grammes au moins, par mètre cube. On enflamme le soufre à l'aide d'une
mèche de tonnelier, placée dans chaque récipient, ou, à son défaut, à l'aide d'alcool, de copeaux de bois ou de papier, en commençant par le foyer le plus éloigné de la sortie ; on se retire rapidement pour éviter de respirer les vapeurs suffocantes d'acide sulfureux qui se dégagent aussitôt et on ferme hermétiquement la porte de sortie en collant du papier sur les joints ; par prudence, et pour gagner du temps, il convient d'employer plusieurs hommes à cette opération. Au bout de trente-six heures, la désinfection est terminée ; on ouvre le local, on y établit des courants d'air, et on ne doit y séjourner qu'après vingt-quatre heures au moins de large ventilation.
Pour la sulfuration des locaux, les objets métalliques (fer, cuivres, dorures), qui s'altèrent très facilement par l'action du soufre, doivent être enduits de corps gras,