D'abord, Jl faudrait connaître d'une manière
parfaite quels sont , dans letat normal , les élémens constiluans du sang (i); et comme cet état diffère dans une multitude de cas, il serait indispensable de spécifier quelle est sa composition dans diverses circonstances purement physiologiques. L'époque de la digestion , la quantité et la nature des alimens qu'on a pris, les hémorrhagies qui ont pu avoir lieu, la nlanière dont s'exécute la respiration , et partant les différentes qualités de Tair qu'on respire, etc. , sont autant de causes propres à modifier les élémens constituans du sang. Si vous joignez à cela les différences que les âges , les sexes , les constitutions déterminent dans l'hématose ( i ) , vous avouerez que rien n'est plus difficile à apprécier que la composition du sang dans l'état normal. Ainsi, bien que l'on possède des analyses remarquables de ce fluide , telles que celles de MM. Berzelius , Marcet, Lecanu, etc. , on voit qu'elles sont loin de donner les mêmes résultats, et qu'il serait souvent impossible de dire en quoi le sang d'un homme malade diffère chimiquement de celui d'un homme sain.
(1) Voyez le niémoiie de M. Lecanu sur ce sujet: Journal de Pharmacie N"" IX et X, i83i.
(2) C'est ainsi que M. Lecanu a vu la quantité de sérum de la femme ou de personnes de constitution faible, être plus grande que celle de l'homme ou des individus sanguins; c'est ainsi que les proportions de l'albumine, de la fibrine et de la matière colorante, varient suivant certains âges et sont plus grande sur l'homme et sur les ^îersonnes sanguines que sur ceux qui se trouvent dans des conditions opposées; c'est aiosi que la menstruation influe ec moins sur les parties nutritives du sang et qu'il en est ainsi des saignées, etc.
820. ; Ce n'est guère que dans certaines affections où Tobservation simple avait déjà trouvé des altérations notables, que l'analyse chimique du sang malade a donné Heu à des résultats dont il est bon de tenir compte, (i) Entrons dans quelques détails ce sujet :
821. 1" On a cru trouver dans quelques cas une augmentation de fibrine, qui, suivant M. Raspail ue serait que de l'albumine insoluble alliée à quelques sels. Il s'agissait alors d'affections éminemment inflammatoires, telles que la pneumonite, lapleuriîe, etc. Dans les mêmes circonstances on a vu que les globules du sang étaient plus aboodans. Or, ce sont là les cas ou le caillot est plus ferme, plus pesant, plus volumineux ou plus rétracté. Si donc on parvenait à prouver qu'il existe dans le sang d'un malade plus de fibrine qu'à Fordinaire, on pourrait en déduire que le sujet est robuste, qu'il est dans des conditions polyhyperhémiques ou plilegmasiques et qu'il n'y aurait aucun inconvénient à lui pratiquer une évacuation sanguine.
822. 2° Quelquefois on a rencontré dans le sang moins de fibrine et aussi moins de globules (2) , ce sont
(t) Une autre difficulté qui se présente pour reconnaître les élémens du sang , c'est l'impossibilité où sont encore les chimistes d'y retrouver certaines substances qui y ont été introduites. Ainsi comme le fait observer M. Raspail, les matières organisatrices coagulables sont capables de soustraire une substance métallique à l'action des réactifs les plus énergiques en lui formant une enveloppe, dételle sorte qu'on ne retrouve plus dans lé sang des substances qu'on y a injectées.
(a) Il faudrait encore ici pour que l'examen des globules pût éclairer le
précisément les cas où le caiiîot est plus mou , moins dense et moins volumineux, proportionnellement à la sérosité. On remarque ces faits à la suite de copieuses saignées réitérées, des pertes de liquides et des maladies de long cours, surtout lorsque Fabstinence a été prolongée. Si donc on parvenait à constater cette diminution dans les quantités de fibrine , on en déduirait que le sang est peu riche et qu'il faut être réservé sur les saignées qu*on aurait à pratiquer.
823. 11 est bon de rappeler ici une expérience de M. Dupuy , dans laquelle la section des nerfs peumogastriques fut promptement suivie de la diminution dans les proportions de la fibrine du sang. Resterait à savoir pour tirer en diagnostic quelque parti de ce fait, si la diminution de fibrine était due dans ces cas à la géne de la respiration, au trouble survenu dans l'innervation ou aux saignées répétées (Andral).
824. 5** L'albumine du sang peut être augmentée. D'après les travaux de Traill et Gendrin, le sérum contient , dans l'état inflammatoire , des proportions d'albumine doubles de celles qui appartiennent à l'état sain. Alors le sérum est alors plus visqueux au toucher. La quantité de l'albumine du sang serait en faible proportion dans les états organo-pathologiques du sang opposés à l'inflammation.
diagnostic qu'on fut d'accord sur leur composition et c'est ce qui n'est pas, car tandis que les uns y voient un rudiment de fibrine entouré de inatièie colorante, M. Raspail les croit formés par de l'albumine, et M • Donné les considère comme des organes complets composes de fibrine» renfermant de Talbumine entre ses mailles et contenant des sels et de la matière colorante.
82 5. 4" L albumine peut être en effet diminuée dans ie sang. Mais ces variations qui peuvent avoir lieu jusqu'à un certain point dans l'état de santé, ont été peu étudiées en maladie. Suivant Thomson , cité par M.Forget, l'albumine et la fibrine sont peu abondantes dans le caillot du sang des cholériques, tandis que la matière colorante y est augmentée.
826, 5*^ Les quantités d'eau que le sang contient seraient, en diagnostic, utiles à connaître. Malheureusement il est difficile de les apprécier. Nous ne reviendrons pas ici sur ce qui a été dit à foccasion du volume du caillot (n° 768). Ajoutons cependant que, dans certains cas, le sang renferme une énorme quantité d'eau (hydro-hémie) , et que sa fibrine en très petite quantité se coagule avec peioe ou môme ne se concrète pas. On observe ce fait dans les maladies du cœur lorsque la circulation à été longtems embarassée, et surtout lorqu'on a beaucoup saigné sans nourrir les malades. M, Andral a vu cet état du sang chez des sujets hydropiques qui ne portaient aucune altération organique des solides [V^^e Précis d' an atomie pathologique ^t, V). Ce sang séreux doit donc faire craindre, jusqu'à un certain point , l'invasion de collections séreuses. MM. Nicolas et Gueudeville ont trouvé aussi une no» table augmentation de sérosité, et une diminution marquée de fibrine dans le sang des diabétiques.
827. Les proportions de la sérosité du sang sont parfois notablement diminuées ; c'est surtout ce qu'on remarque dans le choléra. Ce caractère du sang qui rend compte de la plupart des phénomènes
secondaires de la maladie : de la lenteur, de la circulation et de la respiration, de la cyanose, du refroidissement, de la langueur de toutes les fonction s, est un des signes les plus positifs des périodes avancées de cette terrible affection, et l'un de ceux qui doivent faire porter le plus fâcheux pronostic.
828. 6° On sait peu de choses sur les cas dans lesquels la proportion de la matière colorante du sang est augmentée. Il n'en est pas ainsi de ceux où elle est diminuée. On croit en général, et M. Andral paraît être de cet avis, qu'un sang pâle, et par conséquent moins riche qu'à l'ordinaire en matière colorante , prédisposerait quelquefois aux hydropisies ou même pourrait les produire.
829. Il est à peu près certain que dans la chlorose et dans l'état qu'on a désigné sous le nom de cachexie cancéreuse, il y a une diminution marquée dans les proportions de la matière colorante du sang.
830. y'' L'augmentation de la quantité du fer contenu dans le sang, n'a pas été jusqu'ici étudiée sous les rapports pathologique et diagnostique. On pourrait sans doute tirer parti des belles recherches de M. Baruel qui est parvenu à réduire à Téîat métallique tout le fer que contient une masse déterminée de sang et qui a trouvé sous ce rapport de notables différences entre un individu et un autre. La diminution de ce métal a été constatée dans la chlorose et dans plusieurs autres cas de polyanhémie [Anliémie générale)-, ce serait donc, en diagnostic, une chose importante, que de constater, dans certains états maladifs, la diminution dont il s'agit, et cela d'autant plus qu'on y
trouverait une indication thérapeutique, celle de faire prendre au malade des oxides ou des sels de fer.
83 1 . La présence de divers produits des fl uides sécrétés constatée dans le sang pourrait fournir quelques données sur la nature et le diagnotic de certaines maladies :
852. La présence de Furée rappellerait les expériences de MM. Prévost et Dumas et de M. Ségaîas sur ce sujet, et porterait à croire que, par une cause quelconque, les reins accompliraient mal leurs fonctions, ou encore que l'urée serait absorbée dans les voies de la sécrétion urinaire. îci, il faudrait bien s'assurer si Furée retrouvée dans le sang, ne serait pas Feffet des procédés chimiques qu'on aurait employés. (Raspail ) .
833. Si l'on rencontrait dans le sang, non seulement les principes colorans jaune et bleu de la bile, mais encore de la résine et de Fhuile, comme Fa fait M. Orfila, on serait conduit à supposer l'existence d'une maladie des organes de la sécrétion ou de l'excrétion biliaire.
834- Il y a lieu de penser aussi que des analyses du sang des graveleux , et l'appréciation des proportions de sels calcaires qui s'y trouvent comparées à celles qui se rencontrent dans le sang des autres hommes, fourniraient quelques données dont le diagnostic pourrait ultérieurement tirer parti.
835. On a prétendu avoir trouvé du lait dans le sang des femmes qui se trouvaient dans l'état puerpéral ; si, plus tard, on trouvait des moyens de constater ce fait, ce serait fournir des données nouvelles pour le diagnostic des maladies des femmes en couches.
^70 analyse: chimique du sang.
856. S'il était possible de rencontrer dans le sang des poisons qu'il contiendrait, on en tirerait des inductions précieuses en toxicologie; on sait, du reste^ combien il est difficile d'y parvenir (n° 820).
837. On a fait quelques tentatives pour découvrir par l'analyse chimiq^ue, la présence du pus dans le sang, M. Donné, remarquant que le pus, même étendu d'eau, traité par l'ammoniaque concentré, se transforme en une sorte de gelée glaireuse et filante, tandis que le sérum auquel on ajoute ce même réactif devient moins consistant et moins dense qu'il ne l'était auparavant, a cru d'abord trouver en ceci un bon moyen de distinguer les fluides purulens et séreux. Aussitôt que dans le sérum il y a un peu de pus, les choses se passent comme s'il s'agissait du pus luimême. Malheureusement l'ammoniaque transforme aussi le coagulum en gelée visqueuse; le caractère précédent a donc peu de valeur; car, dans beaucoup de cas, le sérum contient des globules sanguins susceptibles de se convertir en gelée par l'ammoniaque, et la couenne elle-même renferme des globules; ainsi, de ce que le sérum , traité par cet alcali, se transformerait en gelée, on n'en pourrait pas déduire qu'il contiendrait du pus, telle est, du reste, l'opinion qu'émet M. Donné.
858. Ce même expérimentateur a eu recours à un procédé qu^il appelle chîmico-microscopique : ayant remarqué, comme J. Muller, que la potasse et surtout l'ammoniaque dissolvent les globules sanguins, il assure avoir vu d'un autre côté que les globules purulens restent intacts et parfaitement distincts lors-