EXPLORATION DES FOSSES NASALES
un peu considérable, visqueux, de consistance de blanc d'œuf, mélangé avec des globules d'air plus ou moins grosses : s'il y stagne davantage, même en santé, et surtout en maladie, il s'épaissit, blanchit , jaunit, d'abord par stries, puis en totalité, devient quelquefois verdâtre, opaque, puis offre une consistance pâteuse. Est-il resté quelques heures dans les fosses nasales? il devient solide et forme des croûtes, brunes , grisâtres , jaunâtres suivant les cas. Celles-ci s agglutinent aux poils des narines et contractent quelquefois un assez haut degré de dureté. Il est bon d'insister sur de tels faits , parceque la membrane pituitaire présente en qut^lque sorte le tableau de ce qui se passe dans les voies de l'air moins accessibles aux sens.
899. Les mucosités nasales, i>|ràques, jaunâtres ou verdâtres , dénotent en général , lorsqu'elles sont abondantes, que la membrane qui les forme est enflammée. Lorsqu'elles sont formées ainsi en très grande quantité depuis long-t€imps , il faut craindre que la pituitaire ne soit ulcérée.
900. D'autres fois, les mucosités nasales sont teintes de sang, tantôt par stries, tantôt d*une manière égale. Ces états correspondent en général à des phlegmasies chroniques de la pituitaire. Elles offrent quelquefois, quoique assez rarement, une teinte et une apparence fort analogues à celles qu'ont les crachats dans la pneumonite. Elles annoncent alors qu'un des points de la pituitaire est vivement enflammé et que les mucosités y ont séjourné assez pour se teindre de sang. Je les ai vues semblables aux crachats de la pneu-
monite au premier degré , bien que le corysa fût assez peu intense pour ne pas donner lieu à des symptômes généraux. Dans quelques cas, d ailleurs, as-^ sez rares , les mucosités nasales offrent une teinte jus de pruneaux; cela a surtout lieu lorsque du sang mélangé avec ces liquides a long-temps séjourné dans les cavités olfactives.
901. D'autres fois le liquide qui s'écoule des fosses nasales est constitué par du sang pur ; tantôt, ce sang est rouge, rutilant, semblable à celui qui s'échappe des artères. Il est en général alors le résultat d'une congestion active vers la membrane pituitaire; cette rhinorrhagie survient spontanément, surtout dans le jeune âge et aux sujets robustes qui font beaucoup de sang, et n'en perdent pas des quantités proportionnelles à celles qu'élaborent les organes. Elle a fréquemment lieu dans l'hypercardiotrophie qui n'est pas le résultat du rétrécissement aux orifices ou à l'aorte. Suivant les cas, tantôt le sang coule goutte à goutte , tantôt par une sorte de jet. Loin qu'une semblable hémorrhagie, lorsqu'elle n'est pas très abondante, doive faire mal augurer de l'issue d'une maladie , elle ramène souvent à l'état de santé , et opère naturellement une perte de sang que l'on aurait avantageusement provoquée. Quand cette hémorrhagie devient excessive, ou même sans être telle, lorsqu'elle survient à un sujet affaibli, il est bon de ne pas la considérer comme sans inconvénient; car les pertes de sang excessives ont aussi leur danger. Quelquefois les hémorrhagies nasales habituelles sont fréquemment le résultat d'une maladie
du cœur et des poumons, et peuvent en éîre considérées comme un symptôme. Certains polypes des fosses nasales saignent aussi au moindre contact, etc.
902. Quelquefois le sang qui sort des cavités nasales est brun-foncé, c'est lorsqu'il s'agit d'un obstacle au cours du sang noir, par suite de l'anhématosie par Fécume bronchique , ou par le refoulement du diaphragme; ou encore lorsque ce sang a séjourné longtemps dans les cavités nasales. Dans ce dernier cas, il est assez souvent visqueux, ou en partie coagulé. Souvent la rhinorrhagie accompagne les premiers symptômes de l'entérite typhohémique. Les mucosités, ou le sang qui proviennent des fosses nasales , sont tantôt mélangés d'air, et d'autres fois n'en contiennent pas. Plus les liquides ont séjourné, plus l'inspiration et l'expiration se sont exercées sur eux , ou à travers eux, et plus Fécume qu'ils présentent est abondante. Ainsi , les spumosités dans les crachats du nez indiquent et le séjour et le ballottement avec Fair des liquides déposés dans les cavités olfactives. La grosseur des bulles doit aussi correspondre au degré des rétrécissemens par lesquels l'air a du passer.
903. Des ûuides variés , tels que de la sanie , du sang profondément altéré, du pus qui s'écoulerait par les fosses nasales , devraient conduire à rechercher si, dans ceiles-ci, ou dans les cavités qui en dépendent, n'existeraient pas des tumeurs, des ulcérations ou des caries.
90/j. En définitive, il est d'autant plus utile d'étudier avec le plus grand soin les liquides qui s'écoulent des fosses nasales , qu'il est aussi important que dif-
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ficiîe de les distinguer de ceux qui proviennent du pharynx et surtout des voies aériennes sous-glottiques.
9o5. Les odeurs qui s'exhalent des fosses nasales, ou des liquides qui en sortent, donnent quelques lumières en diagnostic. Pour constater que la fétidité de l'air expiré provient réellement du nez , il faut alternativement faire respirer par la bouche et par leS fosses nasales, et comparer, dans ces deux cas, l'odeur de ce fluide. La fétidité est extrême dans certains cas d'ulcérations profondes et de tumeurs cancéreuses des cavités olfactives. Ces odeurs résultent de la putréfaction des liquides qui y séjournent. Il ne faudrait pas déduire de ce qu'un malade exhale par ses narines des émanations très fétides , qu'il porte une maladie grave des fosses nasales ; car on observe cette dégoûtante infirmité chez des gens dont les cavités ne présentent ni ulcérations, ni tumeurs. Il suffit, pour qu'elle existe , que les liquides formés sur la pituitaire y séjournent assez pour se pu! réfier, et qu'ils soient assez abondans pour que l'air ne les dissolve pas ou ne les dessèche pas à mesure qu'ils sont formés. Toutes les circonstances d'organisation qui prolongent leur séjour, et qui, tout en n'empêchant pas l'abord de l'air , ne permettent pas qu'un courant de ce gaz s'établisse avec assez d'énergie sur les liquides de la membrane nasale , pour en déterminer l'expulsion , doivent contribuer à déterminer la fétidité du nez. Aussi , les maladies des sinus frontaux et maxillaires dans lesquelles les ouvertures nasales de ces cavités ne sont pas bouchées , et dans lesquelles aussi beaucoup de liquides sont formés , sont-elles accom«
pagnées le plus souvent d'une grande fétidité de l'air expiré par les fosses nasales.
906. Les sièNEs physiologiques auxquels donnent lieu les fosses nasales , ou qui conduisent à reconnaître la souffrance de celles-ci, sont nombreux et variés.
907. D'abord la pituitaire est souvent douloureuse, et cette douleur se prolonge parfois jusque dans le front, les yeux, le pharynx ou les oreilles. Le lieu où la membrane est malade décide souvent du point vers lequel cette propagation de la douleur s'observe. Ainsi, l'inflammation des sinus frontaux et de la voûte s'étend vers le front; celle de la paroi externe vers les voies lacrymales et l'œil ; celle qui est voisine de l'arrière-gorge vers le pharynx , l'orifice guttural de la trompe d'Eustache , et l'oreille moyenne. Il se peut faire que la douleur se propage vers tous ces points à la fois , ou même , qu'en vertu des communications nerveuses , elle aille retentir beaucoup plus loin. C'est ainsi que la peau du front est souvent douloureuse dans le corysa, et que le cerveau luimême, quoique très rarement, peut souffrir consécutivement aux maladies de la pituitaire. Du reste, la douleur dans les fosses nasales peut être en rapport avec des lésions très variées , depuis la plus légère phlegmasie, jusqu'à l'existence des dégénérescences cancéreuses les plus graves.
908. Souvent, dans les maladies de la pituitaire, la sensation des odeurs devient nulle. Ceci a surtout lieu lorsque l'air cesse par quelque altération dans la forme des parties^ de pouvoir arriver jusque vers
îa voûte des cavités olfactives, Les variations de texture que Fétat maladif occasionne dans la membrane pituitaire, et le dépôt de liquides variés qui se fait à sa surface, peuvent sans doute aussi entraver les sensations olfactives.
909. Les mouvemens que présentent les narines donnent lieu à peu d applications diagnostiques. Toutefois, l'élévation fréquente des ailes du nez en rapport avec Finspiration; annonce souvent une gêne marquée dans la respiration, et on l'observe fréquemment au moment de l'agonie. Dans l'hémiplégie, il arrive quelquefois que l'élévateur de l'aile du nez, du côte paralysé, ne remplit pas son office, et que la narine correspondante ne peut se relever, tandis que celle du côté opposé conserve le mouvement.
910. L'éternuement, qu'on peut considérer comme le résultat de l'action de puissances qui dépendent des fosses nasales, annonce en général que celles-ci sont irritées par une cause quelconque. Quand il se renouvelle plusieurs fois de suite, il annonce souvent une inflammation de la pituitaire pour les heures ou pour les jours suivans. On a dit que i'éternuement qui, du reste, a souvent pour effet de déterminer des congestions de la face, des yeux ou de l'encéphale, se voit rarement sur les gens qui sont près de mourir et souvent sur ceux qui sont près de guérir^ L'éternuement, ainsi que îa rhinite , précède souvent l'éruption delà rougeole, etc.
911. La difficulté du passage de l'air par les fosses nasales est un symptôme qu'il faut étudier;' elle peut exister des deux côtés ou d'un seuL Tantôt elle con-
duità trouver un rétrécissement congénital des narines, circonstance capitale chez les enfants, et qui explique quelquefois ladypsnée et l'accélération de la respiration dont, à l'occasion delà moindre cause, quelques jeunes malades sont atteints. D'autres fois elle est due au déjettement de la cloison d'un seul côté, fait anatomique qui occasionne une grande gêne de la respiration; lorsque le côté le plus large vient à être oblitéré par des mucosités ou par toute autre cause.
912. La difficulté du passage de l'air par les fosses nasales , fait encore reconnaître les congestions de la pituitaire , et comme Ta si bien remarqué M. Bourdon, c'est vers la fosse nasale, du côté sur lequel on se couche et qui, par conséquent est déclive, que le plus souvent cette congestion est marquée. Ce fait est surtout observé dans les cas d'hyperhémie générale.
913. D'autres fois la difficulté de respirer par le nez fait reconnaître que la pitui taire qui recouvre les cornets inférieurs est œdémateuse, et cet état organo- pathologique a quelquefois été pris par des gens innattentifs pour un polype (n° 878}; enfin ce symptôme (respiration nasale difficile) peut conduire à trouver, dans les cavités olfactives, des matières qui y seraient accumulées et desséchées, ou des végétations polypeuses et sarcomateuses, des corps étrangers qui y seraient contenus.
914. Les causes organiques qui s'opposent au passage de l'air étant une fois constatées, conduisent à mieux apprécier certains symptômes dont on a souvent déduit des signes très décevans; je veux
parler ^es enduits et de la sécheresse de la langue , de la dyspnée dans certains cas, etc.
91 5 Les maladies des fosses nasales déterminent quelquefois de la fièvre et des phénomènes généraux; de sorte qu avant de croire qu'il s'agit seulement d'une hyperhémie générale, il faut avoir eu le soin d'examiner attentivement les fosses nasales. Dans beaucoup de cas l'inflammation de la pituitaire est suivie progressivement de celle des membranes laryngienne et trachéale. Ce fait est généralement connu et ne doit pas être négligé en pronostic. C'est une circonstance encore dont le diagnostic tire parti, que d'apprendre qu'une maladie aiguë des organes respiratoires avec toux et dyspnée , a commencé par les fosses nasales et s'est ensuite étendue plus inférieure ment. Dans ce cas , en effet , tout porte à croire que c'est plutôt la membrane trachéo-bronchique qui est malade, plutôt, dis-je, que le tissu du poumon.
9 1 6. Lorsque la pituitaire est ulcérée , et surtout lorsqu'elle l'est depuis long-temps , il faut examiner les ganglions lymphatiques sous-maxillaires et cervicaux, et se donner garde 5 si on les trouve engorgés, d'en conciuré qu'il s'agit d'un vice scrophuleux ou autre ; car un tel engorgement est ici le résultat de cette loi organique d'après laquelle les ganglions, qui correspondent à des tissus malades, ont une grande tendance à participer à cette maladie, ou au moins à s'enflammer (n°' 701,705).
KIIINITE.