‹ Traité de diagnostic et de séméiologie (volume 2)Chapitre 127 sur 142 · MOUVEMENS RESPIRATEURS · texte numérisé non relu

MOUVEMENS RESPIRATEURS

comment il se ferait qu'un organe qui, comme le poumon reçoit tant de nerfs de la huitième paire ou du grand sympathique serait incapable de donner lieu, lorsqu'il est enflammé , à des sensations perçues; quoi qu'il en soit, le point de côté est moins vif dans îa pneumonite que dans la pleurite, surtout que dans celle qui a reçu le nom de costale. Ce fait s'explique très bien par les rapports de la plèvre pariétale avec les nerfs intercostaux.

12 15. Peut-on admettre que les poumons soient quelquefois le siège d'une douleur nerveuse , qu'il existe une pneumonalgie plus ou moins assimilable aux diverse§ névralgies? C'est ce qui est supposable, mais ce qu'on serait bien embarassé d'appuyer sur des faits.

1216. Les mouvemens du poumon sont, en très grande partie, passifs. Cependant l'opinion de M. Roux , qui les considère comme doués d'une expansibilité active, mérite d'être citée. Toutefois, tant que ce fait ne sera pas démontré, le pathologiste n'aura à s'occuper que des mouvemens pas^ sifs que détermine dans les poumons le jeu des parois thoraciques et du diaphragme^

1217. Or, c'est ici que vient naturellement se grouper l'histoire diagnostique des différens états de la respiration, ou plutôt des mouvemens respirateurs en maladie. Entrons donc ici dans quelques détails sur ce sujet,, et faisons-le avec d'autant plus de soin, que les signes fournis parla respiration, présentent une grande importance.

1:218. Les deux rnouvemens respirateurs, c'est -a-dire l'inspiralion et rexpiralion , qui ont pour agens les muscles des parois thoraciques et le diaphragme, s'exécutent en sanlë, d'une manière facile, douce, égale, et sont accompagnés d'un bruit de souffle fort léger qui ne s'entend que dans le silence et lorsqu'on approche l'oreille de la personne qui respire .(n° 1028). Bien qu'à cet égard il y ait beaucoup de variations, on peut dire, qu'en général, le nombre des rnouvemens complets de respiration, c'est-à-dire consislans dans l'inspiration et l'expiration réunies, est de quatorze à vingt ou vingt-deux par minute.

Ces proportions varient intlniment suivant les âges, puisque dans la première année de la vie, la respiration s'élève, dit-on, à trente-cinq fois par minute; dans la deuxième à vingt-huit; à vingt, vers la puberté; à seize ou dix -huit sur l'adulte. Il y aurait , du reste , à faire sur le nombre de respirations dans un tempsdonné, un travail du même genre que ceux qui ont été failssur le pouls (ri*'' 555,594). On a dit encore: que l'enfant respire surtout par les côtes; le vieillard principalement par le diaphragme; l'adulte par ces deux modes d'inspiration. La respiralion est généralement plus fréquente chez la femme; s'accélère par les exercices violens et les passions vives; se ralentit par la préoccupation d'esprit; est plus lente pendant le sommeil ; est modifiée par les professions, les vètemens, les attitudes, etc., 6t ce sont là autant de circonstances dont il faut tenir compte en diagnos-

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4ÎC , si l'on veut apprécier k leur juste valeur les symptômes que la respiration peut fournir. Il faut surtout se rappeler que, sur les personnes impressionnables, Tarrivée du médecin modifie les mouvemens respirateurs.

1220. Pour bien examiner la manière dont la respiration s'opère, il faut en général faire coucher le malade sur le dos; l'examiner en quelque sorte k son insçu et écarter autant que possible de lui , les circonstances qui peuvent l'émouvoir. Pour bien juger des mouvemens des côtes et du diaphragme, il serait bon que la poitrine et l'abdomen fussent mis à découvert; mais le plus souvent il y a de l'inconvénient a le faire à cause de Finâuence fâcheuse qu'aurait un brusque refroidissement sur les organes respirateurs.

1221. En maladie, la respiration devient quelquefois beaucoup plus fréquente', elle s'élève à vingthuit, trente, quarante, cinquante, soixante et d'avantage, par minute; la fréquence marquée ûe la respiration, indique qu'il y a quelque trouble dans l'action du poumon. Plus cette fréquence est grande, plus, en général, il y a d<3 danger pour le malade. Tantôt ce trouble fonctionnel à sa cause première dans les vésicules pulmonaires elles-mêmes; exemple: la pneumonite; tantôt dans des organes voisins du poumon ou dans les dépendances de cet organe: c'est ainsi que dan^ l'hydropleurie (hydrothorax) le liquide comprim^î les voies aériennes, et accélère les mouvemens res- |)irateurs; c'est ainsi que le resserrement et Tob-

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struction des bronches gênerU i abord de Pair et produisent le même effet. D'autres fois ia cause de la fréquence de la respiration existe dans des organes qui sont en rapport de contiguïté avec les poumons, ( le foie, l'estomac, le tube digestif;) ou dans les parties qui portent le sang dans les mêmes poumons: tels sont les artères et le cœur. Enfin les organes qui influent sur l'innervation ou sur ses mouvemens tels que le cerveau, les nerfs ou les muscles, peuvent aussi largement accélérer la respiration.

1 222, Il résulte de tout ceci , que la fréquence de la respiration peut être la conséquence d'une foule d'états organiques. En appréciant celte fréquence, on n'arrive pas à spécifier la maladie; mais au moins, la connaissance de l'accélération de l'acte respirateur attire l'attention du médecinet le porte à rechercher la lésion anatomique qui a déterminé ce trouble fonctionnel. D'autres fois la respiration est rare , c'est-à-dire, que dans un temps donné, elle a moins souvent lieu qu'à l'ordinaire. C'est ce qu'on observe quelquefois sur des personnes affaiblies par de longues maladies et qui, restant au lit, respirent et vivent peu.

1223. î^e rapport existant entre la fréquence des mouvemens respirateurs et circulatoires paraît , au premier abord, très important à noter. Cette importance n'est pas toujours, en pratique, aussi grande qu'on pourrait le croire. En général, il y a quatre à cinq battemens de l'artère contre un mouvement respiratoire complet» Ce lapport de

nombre peut être très modifié par la maladie; mais il faut avouer que, dans beaucoup de cas, on voit à ce sujet de très grandes anomalies. Il arrive, par exemple qu'il y ait dix baltemens de Tarière contre une inspiration; ou deux inspirations contre trois ou quatre pulsations du cœur. Le danger n^est cependant pas toujours très grave dans des cas pareils, et Ton ne peut pas inférer de çes mêmes cas des conséquences diagnostiques ou thérapeutiques positives. Cependant, M. Andral regarde comme un signe constamment mortel, la fréquence de plus en plus grande de la respiration alors que celle de la circulation diminue et semble revenir à son état normal.

1 224. On donne le nom de dyspnée à la gêne de la respiration, qu'elle qu'en soit la cause. Le mot asthme lui-même ne signifie rien autre chose que difficulté à respirer. On a individualisé l'asthme comme tous les noms de maladie. Dire que l'asthme est essentiel, c'est dire que la difficulté de respirer ne reconnaît pas une cause organique. Cette cause existe toujours; la trouver, la caractériser c'est là que gît la difficulté. La dyspnée peut être assez légère pour que le malade ne s'en aperçoive pas, ou qu'elle augmente seulement à l'occasion des mouvemens. Extrême, elle annonce en général un grand danger. La présence de la dyspnée doit éveiller l'attention du praticien et l'engager à rechercher avec soin dans quel état est le poumon, 1225. Dans l'orthopuée, la gêne de la respiration est portée au point qu'il faut que le malade se

âr>4 EXPLORATION DES POUMOVS.

tienne assis pour pouvoir accomplir celte fonelion. On a appelé respiration haute, celle dans lafjuelle rorlliopnée était extrême (llostan).

1226. L'apnée est la suppression de la respiration pendant un certain temps; cette suppression alors qu'elle persiste, ne peut être qu'apparente et non réelle, car l'apnée qui durerait serait un signe de mort.

1227. La respiration est grande , large (ce qui en i^énéial est un bon signe) , quand chaque mouvement inspirateur ou expirateur s'opère avec étendue et a une durée remarquable; elle est petite dans le cas contraire.

1 228. Hippocrale a dit qu'une inspiration grande se manifestant pendant une longue durée , ou de loin en loin après une respiration paisible, indiquait le délire et les convulsions. Jusqu'à présent celte assertion n'a pas été appuyée sur des observations sévères et répétées.

1229. La respiration est lente quand les mouvemens qui la constituent mettent beaucoup de temps à s'effectuer, et vite dans une circonstance opposée.

i25o. Elle est égale quand les temps d'inspiration et d'expiration sont analogues à ceux qui les précèdent ou qui les suivent; s'il n'en est pas ainsi , elle est inégale.

i23i. La régularité ou rirrégularité de la respiration consistent surtout dans l'égalité ou l'inégalité qu'elle présente sous le rapport du temps.

1202. La respiration entrecoupée, intermiticni®

est caractérisée par des variations de fréquence ^ en plus ou en moins, survenant à des temps marqués ou périodiques.

1 253 La respiration est dite interrompue quand l'inspiration ou l'expiration commencent avant* que celui de ces deux mouvemens qui vient d'avoir lieu soit complètement effectué* Elle est entre-coupée, lorsqu'il semble que les mouvemens. respiratoires se font par saccades ou avec des alternatives.

r234. En général , toutes ces inégalités de respiration sont, dans les maladies, d'assez mauvais^ signes..

1255. Suivant que la respiration participe des^ caractères de l'anhélation, du soupir, elc. on la dit haletante, suspirieuse, etc.

1256. Suivant qu'elle produit tels ou tels bruits,, on la désigne sous les épithètes de bruyante , sifflante, luctueuse, gémissante, plaintive, etc. Toutes ces distinctions se conçoivent avec assez de facilité^ pour qu'il soit inutile d'y insister davantage.

2257. La respiration ronflante se remarque sour vent en santé ; on l'observe aussi dans les affections cérébrales. Dans la respiration stertoreuse qui n'est qu'une exagération de la précédente, et qui, produite par les vibrations du voile du palais , k Foccasion du passage de l'air, semble être le résultat de la faiblesse ou du défaut d'action de cette partie; on entend un bruit très fort qui se passe dans la gorge. îl ne faut pas la confondre avec la i*espiration râlante des mourans, qu'elle compli-

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que fréquemment. La respiration stertoreuse est uo mauvais signe qui se trouve trop souvent dans les affections cérébrales.

1238. Il faut remarquer encore que l'inspiration et l'expiration ne correspondent pas toujours entre elles; que l'une est quelquefois proporrionnément plus grande, plus lente, plus bruyante, etc. que l'autre; on voit quelquefois dans la pleurite, par exemple, l'inspiration, assez lente d'ailleurs, être suivie d'une expiration assez brusque. On a remarqué que dans ce cas, un intervalle de temps plus long qu à l'ordinaire, sépare l'expiration de l'inspiration qui îa suit, comme si les muscles inspirateurs consommaient beaucoup de force et avaient besoin d'un repos profond après avoir agi.

1209. -"^^s mouvemens respirateurs ont pour organes actifs les muscles des parois thoraciques et le diaphragme, et pour organes passifs les côtes; or, la respiration est dite costale ou tlioracique, quand ce sont principalement les parois pectorales qui l'exécutent , et abdominale ou mieux diaphragmatique quand c'est le diaphragme qui l'opère. En santé, suivant le degré de l'inspiration, il y a toujours, dans chaque mouvement de respiration , un peu de ces deux modes d'action; en maladie, l'un des deux peut exclusivement avoir lieu. En général , lorsque la respiration est costale, c'est qu'il y a, vers l'abdomen, une cause quelconque : douleur, tumeur, ou distension qui s'oppose à l'abaissement du diaphragme; lorsque îa respiration est complètement diaphragmatique, c'est qu'il y a, du côté des côtes^

des muscles ou de la plèvre, quelques causes du même genre qui gênent ia liberté des mouvemens des parois.

1240. Les côtes correspondantes au côté de la poitrine ou aux parties du poumon indurées , sont souvent moins mobiles que les autres, je ne les ai jamais vues immobiles ; M. Andral fait observer que c'est surtout dans la pleurite qu'on remarque cette immobilité.

1241. Les mouvemens inspirateurs sont quelquefois suivis de douleur et de toux , et c'est un assez bon moyen de juger si le poumon souffre profondément, que de faire exécuter un grand effort respirateur et d'observer si le malade se plaint alors de quelque souffrance ou s'il éprouve de la toux.

1242. En définitive, la fonction capitale du poumon est Y hématose^ et cette action se trouve puissamment modifiée à l'occasion des maladies du poumon ; ainsi, toutes les fois qu'une grande partie de ces organes , par une cause quelconque , ne respire plus, le sang qui la traverse cesse de recevoir l'influence de l'air; ce liquide est donc alors altéré d'une manière plus ou moins complète , suivant l'étendue plus ou moins grande des portions de poumon affectées. C'est encore ici le même fait qui avait été noté pour la bronchiarctie (resserrement ou oblitération des bronches ) . De ce mêpie fait , résultent une infinité de considérations diagnostiques et thérapeutiques; notons-en seulement quelques unes : dans l'oblitération prompte de nombreuses vésicules pulmonaires par l'écume j le mucus ou le sang, les capillaires

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extérieurs, présentent promptcment une teinte livide, ce qui s*observe si souvent dans les derniers temps de la vie ( n° 858 ) ; alors aussi, le sang qui sort de la veine est très foncé en couleur et devient souvent plus rouge , à mesure qu*on en lire davantage , parce qu'alors la respiration se rétablit (n° 764 j. Lorsque des gaz délétères ou irrespirables arrivent aux poumons , le même phénomène se présente^ (n® 755); il en est ainsi lorsque l'air, par un obstacle mécanique situé à la trachée ou au-dessus d'elle ne peut arriver jusqu'au poumon (n" 859). C'est donc une circonstance importante à noter, dans les maladies de poitrine, que de voir le sang changer de couleur, et les phénomènes d'anhématosie, dont l'histoire a été précédemment esquissée (n** 860), se dé* vclopper.

1245, Ces phénomènes suivent toute maladie du poumon portée au point démettre obstacle, sur une vaste surface, aux rapports qui doivent exister entre e sang et l'air. Or, toutes les fois qu'à la suite d'une maladie aiguë ou chronique , ces symptômes sur- ' iendront, il faudra songer aux maladies dont le poumon peut être le siège, au défaut d'hématose et à l'altération du sang qui en est la conséquence. Il faudra surtout ne pas oublier que la présence d'un mucus écumeux dans les bronches, reconnue par l'auscultation thoracique des ronchus, que la pneumohémie hypostatique révélée par la percussion, sont souvent la source de Tanhémalosie.

1244- ces faits , résulte encore que c'est un très^ mauvais signe dans les maladies des poumons qu'un&

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