‹ Traité de diagnostic et de séméiologie (volume 2)Chapitre 130 sur 142 · FIÈVRE · texte numérisé non relu

FIÈVRE

1268. Ainsi , ce n'est pas un organe, ou un liquide déterminé, ce n'est pas plus le tube digestif que le cerveau ou le cœur, qui produisent la fièvre, il s'agit ici d'un phénomène complexe, résultat d'une foule de lésions différentes ; mais s'il fallait rechercher plutôt une partie qu'une autre^ comme donnant le plus souvent lieu aux phénomènes fébriles, à coup sûr , il faudrait mentionner le sang d'une part, et les poumons de l'autre. Ces derniers organes produisent la fièvre lorsqu'ils sont malades, soit par leurs relations organiques et nerveuses , soit par les altérations qu'ils peuvent faire éprouver au sang.

1269. Qi^elques actions dépendantes de la respiration, tels que le soupir, le bâillement, etc., donnent lieu à des applications diagnostiques et pronostiques , et cela , soit dans les maladies du poumon, soit dans celles des autres organes. Le bâillement et le soupir annoncent , en général , que la respiration se fait avec peine et que le poumon est congestionné. Aussi les voit-on survenir à l'invasion des fièvres d'accès, de l'épilepsie, de l'hystérie , dans la grossesse , lors de l'aménorrhagie, de l'enfantement , etc. Ici le bâillement et le soupir sont sous l'empire de causes aussi variées que peut l'être la congestion pulmonaire elle-même. Quant au rire , c'est un symptôme nerveux dont il sera parlé ailleurs. Le hoquet est le plus souvent l'expression d'une souffrance abdominale. La toux et l'expectoration ont été assez étudiées dans les articles précédens , pour qu'il soit inutile d'y revenir ici.

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1270. Les phénomènes fonctionnels auxquels donnent lieu, dans les autres organes, la souffrance des poumons sont très nombreux.

1271. Du côté du tube digestif: vous trouverez la sécheresse et les enduits de la langue, lorsque la respiration est gênée ; des vomissemens , et quelquefois des déjections spontanées , lorsque surviennent des quintes de toux ; pour peu que Fhématose soit incomplète, l'appétit se perd, la digestion se fait mal. A Fétat chronique , la souffrance pulmonaire , suivie de résorption purulente et tuberculeuse, est accompagnée de dévoiement , symptôme fréquent des ulcérations intestinales. Dans les dernières périodes de Tanhématosie par l'écume bronchique , les intestins se contractent spontanément et se vident des matières qu'ils contiennent.

1272. Le foie s'engorge, s'hyperhémie, pour peu que la respiration soit gênée. A l'état chronique , cet organe reste volumineux, son tissu blanchit, il dépasse souvent le rebord costal et vient faire une saillie remarquable vers l'épigastre.

1273. Le cœur varie beaucoup de volume à l'occasion de la pneumopathie (souffrance pulmonaire) ; nous avons vu que ses cavités droites sont dilatées par le sang quand la respiration est troublée. Cette dilatation persiste quand la pneumopathie continue Si les maladies du poumon sont accompagnées de gi andes déperditions de liquides, le cœur diminue et semble même s'atrophier ; nous venons d'établir que le mouvement fébrile est sou-

vent en rapport avec la souffrance pulmonaire, et, dans tout mouvement fébrile, Faction du cœur est altérée.

1274. Si la nutrition languit peu dans les maladies aiguës du poumon, elle semble devenir presque nulle lorsque ces affections sont chroniques : c'est qu'alors il y a souvent des pertes abondantes de liquides par les crachats, les sucs intestinaux ou les sueurs. De là cette exiguité des membres ; ces joues creuses et décharnées, ce nez efQlé, ces yeux rentrés dans l'orbite, ces doigts grêles, arrondis à leur extrémité et terminés en massue par suite de l'incurvation de l'ongle qui se contourne sur des phalanges desséchées ; de là encore cette mollesse et cette fragilité des os, cette ténuité des muscles , cet ensemble de symptômes et cet aspect , si bien décrits par Arétée , et qui sont les tristes précurseurs de la mort des phthisiques.

1275. En général, quand il existe une maladie aiguë du poumon, et surtout une hématose incomplète l'exhalation cutanée, est augmentée; de là les sueurs si habituelles dans la pneumonite, et qui sont loin d'être toujours une crise salutaire. Delà ces transpirations abondantes qui exténuent les phthisiques ; en général, celles-ci ont surtout lieu au front, sur la poitrine, et se déclarent principalement pendant le sommeil. Leur fréquence, leur abondance varient. Elles alternent souvent avec le dévoiement; dans ce cas, elles constituent, avec les crachats nummulaires , l'amaigrissement et les selles liquides et fréquentes, les signes fonction-

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nels les plus probables de la présence de tuber* cules dansies poumons.

1276. Le cerveau lui-même donne des signes dans la pneumopathie. Les phlegmasies du lobe supérieur paraissent être souvent suivies de délire. Toute altération prompte et aiguë dans l'hématose produit le même effet, ainsi que des phénomènes convulsifs et de la rigidité dans les muscles. Si la pneumonite du lobe supérieur est plus souvent accompagnée de symptômes cérébraux que celle des autres points du poumon , c'est qu'il y a lieu de croire que l'hématose est, par quelques raisons anatomiques, plus facilement troublée dans ces points que dans les autres.

1277. Le décubitus, dans la pneumopathie, a souvent lieu sur le côté malade , quoique cela soit moins fréquent que dans les épanchemens pleurétiques.

1278. Les pommettes, ordinairement colorées dans la pneumonite , le sont encore davantage sur certains phthisiques. Dans ces derniers cas, la rougeur est souvent nettement circonscrite. Si l'une des joues présente une teinte plus vive, c'est ordinairement parce que le malade est resté long-temps couché sur le côté malade qui correspond à cette joue. Lorsque les poumons souffrent, les mains sont fréquemment brûlantes et sèches, etc.

1279. Il est évident que toutes les fonctions, tous les organes enfin sont modifiés dans la pneumopathie et donnent lieu à des phénomènes qui

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peuvent fournir des signes plus ou moins positifs des maladies du poumon. Mais il faut ici se borner à ces considérations très générales, qui du reste se reproduiront à l'occasion de l'exploration des organes qui nous restent à passer en revue.

1 280. Remarquons, reiativementaux symptômes que donne le poumon et aux signes qu'on en déduit, que châtîun d'eux, quelle que soit d'ailleurs sa valeur spéciale, ne doit pas être considéré isolément , et qu'il faut le comparer avec les autres données du diagnostif; c'est déjà ce que nous avons vu pour d'autres organes , c'est ce que nous établirons pour tous ceux qui nous restent à étudier. Il vaut mieux répéter cette proposition, tant elle est importante , que de s'exposer à la laisser passer inaperçue.

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