DU TRAITEMENT
de pleurite ; ce n'est pas d'une gastrite , d'une splénite, etc. , qu'il s'agit; car la percussion démontre que l'estomac, la rate, ne correspondent pas au point douloureux : d'un autre côté , la douleur n'augmente pas par les mouvemens, comme cela aurait lieu dans la souffrance des muscles qui ne serait pas accompagnée de symptômes si graves. Il n'y a donc que le péricarde ou le coeur, qui puissent être le siège des accidens qu'on observe , et la douleur, elle-même, porte à croire qu'il s'agit plutôt d'une péricardite que d'une car dite,
§ VI. Du traitement sous le rapport du diagnostic.
154. Un grand nombre de médecins pensent que les résultats du traitement influent beaucoup sur le jugement que l'on doit porter de la nature d'une maladie. S'il était vrai qu'un médicament ou qu'une médication ne convînt qu'à une espèce de mal , ou encore si chaque affection avait un remède et un traitement spécial , cette manière de voir serait incontestable ; mais il n'en est pas ainsi , et le nom anti^ ajouté à celui d'une maladie, ne remplit jamais la promesse qu'il semble donner, de s'opposer à un état morbide. Ce n'est pas l'homme instruit qui peut faire cette thérapeutique toute empyrique qui dit: voici le mal , trouvons-en le remède spécial ; il laisse au vulgaire cette espérance , qui l'abusera toujours, et que le charlatanisme sait si bien exploiter ; il se dit , au contraire : voici le mal, cherchons à employer le traitement le plus convenable pour nous y opposer.
1 35. Il y a sans doute des maladies spécifiques, mais
sous LE RAPPORT DU DIAGNOSTIC. 68
il n'est pas dit qu'il y ait des médicameDs spécifiques ; car si la cause d'une affection a été spéciale, et si Ton peut convenir qu'il y ait contre elle un remède spécial , une fois qu'elle a agi sur l'organisation , il y a autant de variation dans ses résultats , qu'il y en a dans les idiosyncrasies 5 les âges, les constitutions, les complications , etc. ; et d'ailleurs , bien que cette cause soit d'une nature spéciale, elle peut être attaquée par des moyens divers. Ainsi , pour choisir une cause spéciale qui ne puissepas être contestée, le ténia est une cause toute spéciale d'accidens gastro-intestinaux; or, cette cause peut être combattue avec succès par une foule de moyens, et Von ne peut pas dire qu'il y ait ici un médicament spécial. D'un autre côté, les moyens qui peuvent détruite cette cause ou faire expulser le ténia ne sont pas spéciaux pour ce cas, puisqu'ils peuvent réussir daos d'autres maladies. Ainsi , de ce qu'on aura administré avec succès du mercure dans une maladie de la peau , ou dans un ulcère, il n'en faudra pas déduire qu'il s'agissait d'une affection siphylitique; car ce médicament réussit dans beaucoup de lésions qui n'ont pas ce caractère ; comme aussi la guérison d'une ulcération par des antlphlcgistiques généraux et locaux ne prouvera pas qu'elle ne reconnaisse pas un cause vénérienne. Une foule de faits prouvent en effet que des traitemens très variés réussissent dans des cas pareils. De ce qu'on aura fait dissiper un état morbide par des stimulans énergiques, on n'en déduira pas non plus que le mal n'était pas une inflammation; car beaucoup de maladies inflammatoires, et notamment Tophtalmie^ cè-
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dent quelquefois d'une manière prompte à l'emploi des stimulaos.
136. Il suit de tout cela, que le traitement ne peut indiquer à coup sûr la nature d'une maladie , mais qu'il sert à établir des présomptions plus ou moins plausibles sur le caractère qu'elle présente. Ainsi, dans un cas où une saignée apporte immédiatement un extrême soulagement , il y a lieu de croire qu'une hyperhémie générale ou locale existait ; ainsi lorsque des symptômes gastro-intestinaux cèdent brusquement à l'emploi de purgatifs qui ont produit des selles abondantes , on est porté à conclure que la présence des fécès occasionnait le mal que Ton avait à combattre.
137. Le traitement éclaire encore le diagnostic par les variations qu'il détermine dans l'état anatomique des parties. C'est ainsi qu'à la suite d'une forte saignée dans une maladie du cœur, où cet organe occupe un large espace dans le thorax, on est conduit à croire qu'il s'agit plutôt d'une dilatation que d'une hypertrophie lorsque après l'évacuation de sang le volume du cœur a beaucoup diminué; c'est ainsi qu'après la ponction et l'évacuation du liquide dans l'ascite on explore mieux l'état des organes abdominaux : c'est encore ainsi que par la nature du fluide qui s'écoule d'une tumeur incisée , on apprécie mieux qu'on ne ne l'avait fait auparavant le caractère de celle-ci.
1 58c Concilions de tout ceci, que le traitement fournit quelques données au diagnostic ; mais n'oublions pas que s'il fallait attendre l'issue d'un traitement avant de réunir assez de données positives pour re-
DES SIGNES, SOUS LE RAPPOr.T PRONOSTIC. G5
connaître la maladie, la médecine ne serait plus une science , et qu'on ne saurait comment; il aurait fallu soigner le malade, qu'après avoir employé un traitement fondé sur le hasard ou les conjectures.
1 38. Sans doute le traitement qu'on a fait à d'autres malades affectés d'une même manière que celui qu'on soigne actuellement , éclaire le médecin sur le meilleur traitement à opposer à la lésion de celui-ci; c'est même par cette voie que dans les épidémies la thérapeutique se perfectionne; mais ce n'est pas à dire pour cela que la nature et le siège de la maladie soient mieux appréciés par le succès que l'on pourrait avoir obtenu. Aurait-on trouvé que le mercure eût réussi dans le choléra , certes, personne n'aurait considéré celui-ci comme une affection siphylitique; pas plus qu'on n'aurait pu y voir une fièvre intermittente , quand même il eût été vrai que cette maladie aurait cédé au sulfate de quinine.
§ YII. Des signes^ sous le rapport du pronostic
139. Le pronostic, ou l'art de juger de l'issue d'une maladie , ou de l'ordre et de la succession des pîiénomènes des maladies, est inséparable du diagnostic, 11 n'est pas de signes qui ne fournissent quelques notions sur les résultats qu'un état morbide peut avoir. L'importance des signes divers , relativement au diagnostic, correspond aussi à leur degré d'utilité, sous le rapport du pronostic. De là vient que les signes anatomiques ou physiques donnent lieu , pour le médecin, à des notions bien autrement cer-