‹ Traité de diagnostic et de séméiologie (volume 2)Chapitre 99 sur 142 · GRANULATIONS DE LA COUENNE · texte numérisé non relu

GRANULATIONS DE LA COUENNE

pendant la vie. Sur plus de 10,000 saignées que j'ai faites ou fait faire depuis 1816 que je suis médecin, et dans lesquelles j'ai examiné le sang avec une attention scrupuleuse; je n'ai jamais trouvé cet état de la couenne sur des malades qui ne portaient point de suppurations ou de phlegmasies assez anciennes pour que du pus fût formé dans les tissus et reporté dans le sang.

796. Ainsi 5 la présence des granulations grisâtres et bien manifestes dans la couenne du sang parait être un signe de pyohémie ou d'altération du sang par le pus. Sans doute les preuves chimiques manquent, puisqu'on n'a pas pu analyser ce sang, et y trouver du pus ; mais nous verrons bientôt que la chimie n'est pas encore parvenue à donner des caractères distinctifs de la sérosité et du pus, et il y a tout lieu de croire qu'elle ne pourrait découvrir des molécules purulentes, isolées, séparées, contenues dans de grandes masses de sang.

797. Toujours est-il que les preuves pathologiques et statistiques précédentes sont d'un très grand poids. Toujours est-il que pour apprécier les rapports entre une lésion et ses symptômes, entre une pneiimonite, par exemple, et les crachats rouillés, on ne raisonne guère autrement que je l'ai fait pour établir la relation existante entre la pyohémie et le couenne granuleuse.

798. D'ailleurs, à ces preuves statistiques on peut en réunir une foule d'autres ^ déduites de la disposition anatomique des vaisseaux qui les rendent propres à s'emparer du pus; de la physiologie qui

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prouve la facilité avec laquelle les veines absorbent des liquides très nombreux et très variés ; de la clinique qui démontre les effets funestes des collections purulentes.

799. C'est sur un ensemble de faits et de raisonnemens semblables que j'ai tracé l'histoire de la pyohémie dans le Traité de médecine pratique. Il y a tout lieu de croire que si M. Donné avait été lecteur aussi attentif de cet article, qu'il est expérimentateur habile et prudent^ il se serait donné garde de me faire le reproche d'avoir établi le tableau de la pyohémie sur la simple inspection de la couenne.

800. D'après les raisons précédentes, il est difficile de ne pas admettre que la présence d'un grand nombre de granulations, très apparentes, contenues dans la couenne, ne soient pas les indices de la suppuration d'organes profonds et de pyohémie.

80 1 . Les proportions relatives du caillot^ de la couenne^ et de la sérosité dans des cas divers , seraient fort importantes à noter. On remarque souvent que la masse du coagulum , comparée à celle du sérum , est considérable au début des phîegmasies , et qu'elle Fest d'autant moins qu'on réitère d'avantage la saignée. Du reste, les recherches sur la quantité proportionnelle du caillot et de la sérosité sont fort difficiles à bien faire, parce que le coagulum le plus volumineux en apparence, l'est quelquefois fort peu en réalité , et parce que son volume tient principalement à la quantité de fluide séreux qu'il circonscrit dans ses aréoles. Tout au contraire , le caillot , petit et rétracté , ne renfermant pas de sérum ,

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a souvent un poids considérable par rapport à la quantité de sérosité que contenait îe sang. Quelquefois la couenne conserve beaucoup de liquide séreux, et d autres fois elle est beaucoup plus sèche. De là, de très grandes difficultés pour saisir les proportions relatives des élémens du sang et pour en déduire des conséquences pratiques. Ici , il faut s'aider d'autres moyens pour arriver à des conséquences même approximatives.

So2> La pression du caillot est un assez bon moyen d'apprécier le volume réel de la matière solide contenue dans le sang. Pour exprimer le liquide renfermé dans la coagulum , on prend un fragment de celui-ci , on le place entre deux pièces d'un linge fin ou de papier Joseph ; on parvient bientôt à le dessécher et à juger ainsi à peu près de la quantité de cruor.

803. La résistance que le coagulum oppose aux doigts qui le pressent , fait apprécier aussi la densité de la partie solide du sang.

804. La pondération est encore un autre moyen de juger delà densité du sang. M. le docteur Lhéritier, qui était alors un de mes élèves, a fait sous mes yeux, et en suivant la marche dont nous étions convenus ensemble, une série d'expériences sur ce sujets et voici leurs principaux résultats : Ce médecin a exa-miné , d'une manière scrupuleuse , îe sang recueilli dans les cas suivans : cinq épanchemens pleuréiiques , quatre pneumonites , cinq hémo-arthrites , huit entérites typhohémiques , trois épilepsies, quatre polyanhémies, deux dermites superficielles aiguës

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de la face , cinq hyperhépatotrophies , trois bronchorrhées et trois bronchites , total , quarantedeux cas. Or, voici les conclusions auxquelles ont conduit les résultats qu'il a obtenus : « i o La densité du sang est augmentée dans presque tous les cas de maladies franchement inflammatoires et principalement dans celies des poumons , de la plèvre et des membranes séreuses articulaires; 2^ dans les phlegmasies de la membrane muqueuse gastro-intestinale dont les surfaces se recouvrent de produits sécrétés, le sang n'offre pas la même densité que dans les maladies précédentes ; 3'' chez les pléthoriques , la densité du sang offre un contraste remarquable avec celle du sang des individus exténués par une abstinence prolongée ou par de fréquentes hémorrhagies ; 4° Lorsque le caillot est recouvert d'une couche couenneuse , épaisse et dense , la pesanteur spécifique du sérum diminue; 5" la densité du sérum est considérable dans le sang qui n'a point fourni de couenne, mais qui appartient cependant à un sujet non débilité ; 6« la densité du sang est liée au degré de coloration et de plasticité de ce liquide , elle n'est nullement soumise à la manière dont le sang s'écoule des veines.»

80 5. On lira avec fruit dans le travail original la manière dont on s'y est pris pour obtenir les résultats précédens. [Bulletin Clinique t. 1. p. i54).

806. La traction, la divulsion, la section, font encore juger de la densité et de la consistance du caillot du sang.

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