‹ Traité de diagnostic et de séméiologieChapitre 14 sur 101 · PRODUITS AINORMAUX SUR LA LANGUE · texte numérisé non relu

PRODUITS AINORMAUX SUR LA LANGUE

(inflammations, ulcérations) ,etc. , agissant sur la membrane muqueuse. Cette salivation peut encore être augmentée par une congestion vers la face; par des mouvemeos répétés des muscles des mâchoires; par des impressions morales ; par une position de la tête telle qu'elle favorise l'écoulement de la salive au dehors ; par l'abaissement de la lèvre inférieure ; par la perte des dents incisives inférieures qui produisent le même résultat, etc. Il faut quelquefois de la sagacité pour rapporter à sa cause réelle l'issue au dehors d'une grande quantité de salive dans un temps donné, il résulte de tout ceci qu'il est bon d'être réservé sur les conséquences seméiotiques qu'on croit devoir tirer d'un écoulement abondant de salive. On a dit que celui-ci avait été quelquefois critique, et ici, comme ailleurs, il faut encore n'admettre un phénomène critique qu'avec une extrême défiance, et seulement après avoir bien considéré et pesé toutes les raisons anatomiques qui peuvent avoir produit cet écoulement salivaire.

1490. I>e mucus de la bouche ne peut guère être recueilli séparément de la salive. Ce qui a été dit des enduits de la langue et des dents se rapporte également à ceux des autres parties de la bouche. Restent les productions pultacées, couenneuses, développées parfois sur la membrane orale, à la suite d'inflammations plus ou moins circonscrites, soit de cette membrane , soit des follicules qu'elle contient. Ces dépôts, à demi-solides, cachent au-dessous d'eux, tantôt un tissu superficiellement enflammé, tantôt des ulcérations. Ils offrent des variétés fort nombreuses qu'il est important de connaître, surtout lorsqu'il s'agit des maladies des enfans, — Vous observerez parfois, sur la face interne des lèvres et sur la langue , une substance blanchâtre ^ d'apparence

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caséeiîse, reposant sur une surface rouge et douloureuse , souvent disposée en plaques arrondies , quelquefois mai circonscrites, se propageant d*avant en arrière, et s'étendant vers îe pharynx qu*elle envahit. Fréquemment elle s'étend vers les autres points de l'appareil digestif, comme semblent le démontrer les vomissemens et les selles de matière porracée que rendent alors les jeunes enfans. Si, à l'ouverture, on ne trouve pas ordinairement, dans le tube intestinal, un enduit pultacé consistant, c'est qn il n'y a plus ici cette action évaporante de l'air qui a lieu dans la bouche et qui doit, à coup sûr, rapprocher les molécules solides que condennent les liquides accumulés dans cette dernière partie. Quand les dépôts pultacés et adhérens sont abondans, ils font concevoir de l'inquiétude et craindre que la maladie ne s'étende vers le tube digestif. D'autrefois, surtout lorsque la cause, encombrement, a agi, ces couches de productions morbides sont plus épaisses, la membrane est entamée au-dessous; elles contractent diverses colorations foncées, persistent, se décomposent, prennent une odeur fétide assez analogue à celle de la gangrène, et bientôt une série d'accidens graves et mortels ont lieu. Enfin, dans certains cas, des couches plastiques, semblables à la couenne du sang , se déposent sur les divers poinîs de la membrane orale, et constituent une de ces éruptions dites diphtériques, qui, étendues vers les voies de l'air, peuvent causer la mort.

1491. L'oDORATioN de la bouche fournit aussi quelques données qui ne sont pas sans utilité diagnostique. On attache en général beaucoup d'impor« tance à une odeur fétide que l'on a désignée sous Fépithète de gastrique , parce qu'on la rapporte à festomac. Dans un cas, une dame avait été soumise

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à une abstinence de trente jours et périssait d Inanition parce que îe médecin ordinaire trouvait à l'haleine une odeur gastrique très prononcée. En effet, la bouche exhalait une odeur infecte. Or, la malade portait beaucoup de dents cariées ; c'étaient elles qui causaient cette détestable odeur Après une consultation assez orageuse , on convint de donner des alimens qui rendirent en quelques jours assez de forces pour permettre l'extraction des dents malades et enlever l'odeur. Presque toujours la fétidité de la bouche dépend de caries dentaires ou d'enduits qui recouvrent les dents et la langue. Si l'on enlève et si l'on flaire ceux-ci, on reconnaît l'odeur fétide que la bouche faisait sentir. Dans la salivation mercurielle les enduits si épais qui revêtent les dénis, sont la cause principale de la mauvaise odeur de l'haleine. J'ai vu, dans ce cas, l'argent être noirci par l'hydrogène sulfuré qui s'émanait des enduits putréfiés. Quelquefois l'odeur est acide, ce qui tient à ce que la salive et les enduits ont contracté de l'acidité. D'autres fois cette odeur est gangréneuse; c'est ce que l'on remarque dans la gangrène de la bouche,

1/^92. Il ne faut pas confondre les odeurs qui prennent leur source dans la cavité orale avec celles, très variées, qui proviennent des poumons. Il y a ici un moyen de diagnostic facile : c'est de faire fermer la bouche et de recommander au malade de respirer par le nez : si l'odeur de l'air expiré est alors nulle , et si celle du fluide qui sort plus tard par la bouche est désagréable , il faut bien que ce soit de cette cavité que s'échappent' les émanations odorantes. Une contre expérience analogue peut être faite lorsqu'il s'agit de déterminer que la source d'une mauvaise odeur est dans les fosses nasales.

1493. Signes physiologiques. Dans l'état normal.

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les diverses parties de la bouche jouissent d'une vive sensibilité tactile , qui est exagérée dans certains cas d'inflammation , d'ulcérations ou sur des sujets irritables. Lorsqu'elle est mise en jeu, il est ordinaire que la salive s'échappe plus abondamment qu'à l'ordinaire des glandes qui la sécrètent.

1494- est très-rare que la membrane orale perde sa sensibilité, attendu qu'elle reçoit des nerfs fort lîombreox qui correspondent à des points divers de l'encéphale. On assure que , dans certains cas , la moitié de la langue était paralysée au point de n'être pas sensible à une piqûre qu'on pratiquait sur elle. Je n'ai jamais observé ces faits.

iL\g5, La langue et le palais, comme je crois l'avoir démontré, par des expériences, dans l'article Papille du Dict, des sciences médic»j, en 1819, sont à la fois le siège du goût. L'étude diagnostique de cette sensation ne peut guère être séparée de celle des organes digestifs dont la gustation est le sens spécial. Or, dans quelques cas, le goût est augmenté en ce sens, que certains corps qui, dans l'état normal , paraissaient peu sapides , le deviennent d'une manière notable dans la maladie. Cela s'observe souvent chez des femmes nerveuses et dans des accès de métralgie (hystérie). Plus souvent, le goût est moins développé qu'à l'ordinaire ou est à peu près aboli. C'est par suite de Fanervie (paralysie), soit de la cinquième, soit de la neuvième paire , qu'il en arrive ainsi. La raison de ce fait est facile à saisir, c'est que les deux nerfs de la même paire, se portant de chaque côté à la langue, il faudrait, pour que le goût n'existât plus, que tous les deux cessassent à la fois de remplir leurs fonctions. D'ailleurs, cette sensation se passe aussi dans le palais, et là, se retrouvent encore des filets nerveux dilFérens, dont il faudrait, pour que

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la gustation cessât d'avoir lieu, que l'action fût anéaiilie. Il est bien plus ordinaire que les enduits, dont la langue ou le palais sont recouverts, détruisent ou modifient le goût. C'est ce qui a quelquefois lieu dans l'entérite typhoïde , la pneumonite, l'amygdalite, alors que ces enduits sont devenus très épais et très durs. La sécheresse de la langue et du palais est encoreune circonstance qui diminueTénergie du goiit.

1496. Cette sensation présente souvent de grandes anomalies. Fréquemment les malades se plaignent d'éprouver un goût fade, ce qui s'observe surtout quanti l'enduit de la langue est épais et blanchâtre ; d'autrefois ils ressentent un goût de sang, et cela arrive, soit que ce liquide, provenant des voies digestives ou respiratoires , se trouve dans la bouche , soit que des émanations odorantes s'élèvant des bronches ou de l'estomac contenant du sang, remontent dans la cavité orale. Ailleurs la sensation gustative rappelle celle que donnent les œufs pourris, ce qu'on remarque surtout lorsque l'estomac contient depuis long-temps des matières mal digérées, et que des éructations en ramènent les odeurs dans la bouche. Dancc assur j que ce goût avait lieu sur des malades qui rendaient, par les bronches, le pus d'un empyème. On a dît qu'un goût cuivreux se montrait dans les fièvres intermittentes, même pendant l'apyrexic , et pouvait servir à pronostiquer leur retour (Landré Beauvais). Le goût putride se fait souvent observer : ]° sur ceux dont les enduits de la langue sont très altérés par le contact prolongé de l'air; 2" sur ceux dont les deals sont cariées et recouvertes d'un tartre humide et abondant; 3^ sur d'autres, enfin, qui portent de graves maladies des fosses nasales. La sensation d'àcidité a quelquefois lieu quand des enduits épais ont retenu îa salive dans la bouche, ou que des sucs aci-

des ont reflué de Festomac. Il en est ainsi pour lamertume produite par la régurgitation de matières bilieuses. Dans tous ces cas , une cause matérielle et des saveurs réelles donnent lieu à ces anomalies da goût. Lorsque l'on veut savoir si la cause qui altère la sensation existe dans les enduits de la bouche, on doit faire nettoyer celle-ci et frictionner la langue, jusqu'à sa base avec de la crème de tartre délayée dans deFeau vinaigrée : si la perversion du goût tient à la cause précédente, elle diminue pu cesse aussitôt que les enduits sont détruits ou moins abondans.

1/^97. On ne peut, d'après cela, adopter dans toute leur étendue ces propositions émises d'une manière si tranchée , d'après lesquelles on établit un rapport : entre le goût acide et un état muqtieux; un goût putride et un état du même nom , etc. Avouons cependant que îa présence de certaines substances dans le sang , peut influer sur les sensations gustatives; et de la même manière que les animaux lapent et exécutent îa déglutition quand on injecte du lait dans leurs veines ; ainsi la présence de la bile dans le sang, peut donner lieu, peut-être, à un goût plus ou moins amer. Toutefois, il est très rare que dans l'ictère, le goût soii amer. M. Double pense que cette amertume de la bouche tient à toutes les affections hépatiques; M. Landré Beauvais faitob-, server de son côté , qu'elle a lieu fréquemment le matin chez des gens en santé et qu'elle se dissipe lorsqu'on a pris quelques aîimens.

1498. Le goût est métallique sur certains malades qui ont été soumis à l'aclion du plomb , du cuivre, ou du mercure. Souveid les crachats qui s'échappent des voies de l'air bnl un goût salé qu'on remarque alors qu'ils contiennent ou non du sang.

1499 n résulte de tout ceci, que les altérations

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