‹ Traité de diagnostic et de séméiologieChapitre 20 sur 101 · AUSCULTATION DU PHARYNX · texte numérisé non relu

AUSCULTATION DU PHARYNX

avec avantage à l'aide d'une tige d'argent , flexible , mais résistante, longue de dix-huit à vingt pouces, terminée d'un côté par un anneau, et de l'autre par une boule sphérique dont le diamètre est variable selon râge du sujet. La résistance que le doigt éprouve, et le frottement de deux corps l'un sur l'autre, annoncent la présence du corps étranger, et la profondeur à laquelle il se trouve* Cet instrument, employé par Dupuytren , ne blesse pas l'œsophage , et comme on se sert successivement de boules variables en grosseur, il est difficile qu'il ne rencontre pas le corps étranger.

1540. Le cathétérisme de l'œsophage peut encore faire apprécier, par la profondeur à laquelle il cause une douleur plus vive, du siège d'une inflammation ou d'une ulcération de ce conduit. Dans ces cas, fort rares d'ailleurs , où la membrane interne de l'œsophage forme en quelque sorte hernie à travers les autres membranes , et constitue ainsi des poches annexées à ce conduit, dont la cavité communique avec la leur, il est probable que le cathétérisme œsophagien pourrait au moins les faire soupçonner. On a présumé que la rumination pouvait alors avoir lieu, et devenir par conséquent l'un des symptômes de cette lésion anatomique.

1541. La PERCUSSION conduit à peu de résultats pour l'exploration du pharynx et de l'œsophage. Elle donnerait seulement quelques documens, s'il s'agissait de constater le degré de dureté des tumeurs développées près de ces conduits.

1542. L'auscultation a distance du pharynx fait entendre des bruits assez variés et dont on peut tirer parti comme signes : i<> la respiration peut être rendue bruyante par suite de la disposition ou de la forme du pharynx. Ce fait a été déjà mentionné

EXPLORATlOiN DU PHARYNX.

à l'occasion de l'exploration du murmure respiratoire (no io44)' Lorsque les amygdales sont très tuméfiées et que le passage de l'air est rendu très étroit, ce bruit augmente de force et devient quelquefois sifflant. 2° La voix du malade , dans l'amygdalite , prend souvent un caractère spécial et guttural, qui peut faire soupçonner une augmentation: 4jans le volume de ces glandes, alors même qu'on n'en a pas encore d'autres notions ; il semble ici que le malade parle de la gorge. On observe ce timbre de voix, soit dans les cas aigus, soit lorsqu'il existe depuis longtemps une amygdalotrophie. 3° Lorsque des liquides abondans se trouvent dans la gorge, l'air qui sort du larynx produit en les traversant le râle de l'agonie porté au plus haut point. 4o Lorsque la déglutition devient très difficile par suite de la faiblesse des puissances qui en sont chargées , soit qu'il s'agisse d'une encéphalopathie primitive ou secondaire a toute autre lésion , l'action d'avaler des liquides est accompagnée d'un bruit particulier qui rappelle assez bien celui que fait entendre l'œsophage d'un cheval qui boit. Il semble alors que les boissons tombent dans un corps creux et large ; dans ce cas , en effet , le pharynx presque paralysé se contracte avec peine et doit rester dilaté ; aussi , le vulgaire qui se sert d'expressions qui font image, dit-il qu'alors les liquides tombent comme dans un sac. Ce signe est en général mauvais, car on conçoit combien est grave l'état de Tappareil nerveux qui correspond à ce symptôme.

1543. L'auscultation MÉDIATE ou immédiate du pharynx, dans l'état actuelle de la science, ne présente pas d'application ; celle de l'œsophage pourrait conduire à quelques résultats si elle était exé-

cutée pendant le passage du liquide dans ce conduit. En effet, comme on avale de Pair à chaque mouvement de déglutition, ainsi que l'a démontré M. Magendie, il devrait arriver dans certains cas de gêne dans le passage des alimens solides ou liquides, résultant d'une cause ou d'un obstacle mécanique, que certains sons en rapport avec la lésion existante se feraient entendre. Ce sujet mériterait des recherches spéciales.

i5Z^4' L'exploration des liquides formés dans le pharynx ou l'œsophage se réduit à l'examen du mucus qui y est sécrété , ou des produits anormaux qui s'y sont formés. Bornons-nous ici à dire, que des mucosités diversement altérées, que du sang, des concrétions pseudo-membraneuses, du pus, etc., peuvent prendre leur source dans la partie supérieure du conduit alimentaire; que ces substances ne se distinguent point par leurs propriétés physiques des matières très analogues provenant des voies aériennes, de la bouche , et quelquefois de l'estomac ; que, déjà, nous avons parlé de plusieurs d'entre elles à l'occasion de l'inspection du pharynx lui-même; que pour celui-ci, la simple inspection découvre quelquefois la source des liquides qu'il forme, mais que d'autrefois cette source est loin d'être évidente , et qu'il faut souvent de l'attention pour la déterminer. On doit se garder, par exemple, de prendre pour des liquides provenant de la gorge, les mucosités épaisses , visqueuses et quelquefois presque plastiques qui, tombant de la partie la plus reculée des fosses nasales, glissent sur la paroi postérieure du pharynx et se voient profondément derrière le voile du palais lorsqu'il se soulève. Il est parfois encore fort difficile de décider quel est le point de la gorge où un abcès s'est ouverte

EXPLORATION DU PHARYNX

1545. Les émanations odorantes qui s'élèvent du pharynx donnent lieu à des inductions diagnostiques du même genre que celles dont il a été fait mention à l'occasion de la bouche.

1646. Signes physiologiques. La sensibilité générale du pharynx , dans l'état normal , ne diffère pas de celle des autres parties de la bouche; peutêtre est-elle un peu moins vive. Trois sensations spéciales ont aussi leur siège ou une grande partie de leur siège dans le pharynx : l'une est le goût , et il a été parlé de son interprétation diagnostique à Toccasion de la bouche; l'autre est la soif; la troisième^stce sentiment bizarre qui produit la nausée et qui fait que l'estomac et les muscles abdominaux se contractent et produisent le vomissement lorsque des corps dont le goût déplaît , ou une excitation de la luette et du pharynx viennent à avoir lieu. Les altéralions de toutes ces sensations peuvent donner lieu à des applications diagnostiques.

1547. douleur, dans le pharynx, est presque toujours accompagnée de rougeur des tissus qui €n sont le siège ; elle est quelquefois très intense. Comme les amygdales sont le plus souvent malades , elles sont le plus fréquemment douloureuses. Dans quelques cas, cette douleur est portée très loin, et s'exaspère par le moindre mouvement; dans les abcès du pharynx elle est souvent pulsative; dans certaines amygdalotrophies sans rougeur, elle consiste seulement dans une sorte de gène. La sensation pénible que produisent des ulcérations pharyngiennes est vive lorsqu'elles datent de peu de temps plus obscure et souvent presque nulle dans le cas contraire. Une douleur ayant son siège très haut ou très bas dans le pharynx doit faire rechercher avec le plus grand soin si, sur des points

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