TOMO II
EXPLORATION DE l/lNTESTIN.
i6g8. Les évacuations alvines sont souvent bilieuses, et cette bile varie en consistance, en quantité et en couleur. Des selles semblables peuvent se rencontrer dans des états organo-pathologiques très variés. Tantôt elles tiennent à ce que le duodénum irrité détermine un afflux de bile dans l'intestin, tantôt à ce que le foie est lui-même malade el a augmenté son action; ailleurs à ce que des secousses de;^omissemens ont comprimé la vésicule et Font vidée dans l'intestin. D'autrefois enfm à ce qu'il a existé des obstacles au cours de la bile, et à ce que le fluide accumulé audessus s'est tout- à-coup échappé lorsque son passage sera devenu facile. On observe quelquefois de telles évacuations alvioes à la suite des symptômes des calculs biliaires; nous reviendrons ailleurs sur ce sujet. Des selles bilieuses ont été rangées parmi les signes les plus caractéristiques des épidémies dites bilieuses. Toujours est-il, que, lorsqu'elles sont observées épidémiquement, elles annoncent au moins que la cause morbide a porté une action spéciale sur les voies biliaires.
1 699. Le sang contenu dans les selles peut les colorer à l'extérieur et être disposéjpar stries. C'est ce qu'on observe, sutout lorsque sa source est dans le gros intestin et que des hémorrhoïdes le laissent suinter lors du passage des fécès. D'autrefois il est mélangé intimement avec les matières fécales. Plus la source du sang est profonde et plus ce mélange est complet. Plus aussi les matières sont fluides et plus elles sont colorées par le sang d'une manière uniforme, Quelquefois ce sang est rendu parles selles en grande quantité à la fois. Ordinairement cet accident est le résultat d'un écoulement qui provient d'hémorrohïdes situées aux environs de Tanus. Il peut même se faire qu'il en soit ainsi, bien que les gargouille-
EXAMEN DES FECES.
mens et la percussion prouveraient que ce liquide est accumulé dans l'S iliaque ou le cœcum. J*ai vu, dans deux cas, le sang provenu d'hémorrhoïdes comme l'inspection le démontra, remonter très haut dans l'intestin, y séjourner, et être rendu^ plus tard à l'état liquide on même en caillots. Quand un malade est atteint de polyanhémie ou d'hydrohémie, dont la cause n'est pas évidente, on doit s'enquérir avec soin s'il ne rend pas du sang par les selles. Dans deux observations une telle recherche m'a coodoit à trouver la source du mal et à y remédier. D'autrefois le sang rendu avec les fécès provient de tumeurs carcinomateuses situées à une hauteur variable du tube digestif. Si la distance à laquelle le lieu affecté se trouve de l'anus est un peu considérable, le sang est alors noir; car il est altéré et perd sa couleur rouge par suite de son séjour dans les voies alimentaires et de son contact avec les sucs qui s'y trouvent. Le sang que contiennent les fécès est un des meilleurs caractères de la dysenterie ou plutôt de la colo-rectite ; mais pour cela il faut que ce caractère soit joint aux autres signes de cette affection.
1700. Des mucosités puriformes ou même de véritable pus sont quelquefois rendus par les selles. Il est urgent, dans des cas pareils, d'en rechercher la source avec le plus grand soin. Souvent le pus provient d'abcès développés à la marge de l'anus et suivis ainsi de fistules borgnes internes. Les circonstances commémoratives de l'existence de tels abcès et l'examen de l'anus, font reconnaître une telle lésion. D'autres fois les liquides puriformes sont la conséquence d'une inflammation, plus ou moins aiguë, des gros intestins ; c'est ce qu'on observe quelquefois dans la colo-rectite intense. Il se peut faire aussi que des abcès développés dans
EXPLORATION DE l'iNTESTIN.
îe mésentère ou sur des parties voisines de Tintestin, viennent à s'ouvrir dans sa cavité, et que la matière qu'ils contenaient soit rendue par les selles. Alors on recueille souvent des détails sur l'existence antérieure d'une tumeur abdominale ou sur des symptômes qui lui sont propres; de plus, l'écoulement du pus a lieu d'une manière subite et sans être ordinairement précédé des signes deTentérite. Des affections cancéreuses de l'utérus, des fistules uréthrales ou vésicales, etc., déterminent quelquefois aussi des abcès qui s'ouvrent dans Tinîestin. Des selles, d'une apparence puriforme, sont parfois le symptôme d'une péritonite puerpérale parvenue à un degré avancé. C'est ainsi qu'à la Clinique de la Pitié, succomba une femme atteinte de métro-péritonite puerpérale , et dans les intestins de laquelle était une énorme quantité de sérosité purulente. Dans quelques autres cas de piohémie,les selles ont aussi offert plus ou moins les caractères du pus (i).
1701. D'après les considérations précédentes, la présence du pus dans les selles n'indique pas, d'une manière constante, qu'il s'agisse d'une inflammation actuelle de la membrane muqueuse intestinale. C'est l'ensemble des symptômes, la marche de la maladie, l'étude attentive des états organopathologiques offerts par le malade qui peuvent déterminer les rapports existans entre les selles puriformes et l'inflammation.
1702. Il arrive fréquemment que plusieurs des caractères précédens, présentés par les évacuations alvines, peuvent être combinés, et que l'on rencontre à la fois, dans les matières évacuées, de la sé-
(i) V. le Traiti de méd, pratique, articles pyohémieet entérite pyohémique.